S’appartenir quelques instants.

Il m’aura fallu 20 jours, depuis que je suis arrivée en vacances avec ma copine, pour parvenir enfin à m’appartenir un peu, pendant environ une heure.

J’ai pu quelques instants apprécier le spectacle. La lumière du soir, quelques mouettes qui passaient à l’occasion, le ciel encore bleu, les reflets sur l’eau, les bateaux au loin, les traces blanches que laissaient les avions dans le ciel lorsqu’ils passaient du même côté que le soleil.

Mais aussi, un peu moins il est vrai, éprouver des sensations, dont ma préférée: me laisser porter par l’eau, jouer avec elle à conserver mon équilibre genoux contre la poitrine tenus par les bras (c’est plus facile et plus agréable avec une « frite » entourant le haut du dos et tenue par les mains), ou la laisser gagner et me trouver « à l’envers » le visage tourné vers le fond, à ne plus pouvoir respirer. En pareil cas, je jouais encore ; cette fois, à voir combien de temps je tenais sans respirer.

Pas trop, ou bien en m’obligeant à bouger (ce qui gâche le plaisir), par égard pour les gens qui restaient sur la plage, et qui pourraient s’inquiéter de voir un corps immobile visage dans l’eau. Car faire la morte, ça me connaît et j’adore ça.

Mais je n’avais nullement envie de me faire remarquer, et je m’en voudrais terriblement d’inquiéter des inconnus en vacances avec pareil concept…!

 

Le paradoxe du vide.

Aujourd’hui, je me suis sentie aussi triste qu’inexistante.

Je n’ai pas compris le possible d’un tel paradoxe.

Mais grâce à mon dopage du moment – légal , pour sa majeure partie sans prescription , et manifestement nécessaire à mon maintien en à peu près vie -, j’ai pu ne pas m’appesantir dessus, me décider à m’immerger pour enfin nager. Jolie performance d’ailleurs, presqu’un kilomètre et demi de crawl, pour moi, c’est énorme.

Mais après tout, légal ou pas, à l’insu mon mal gré ou non, je suis bien « dopée » puisque je prends un précurseur de la dopamine, et, de temps en temps (une fois par semaine?), un peu de méthylphénidate. ça se confirme dans mes performances sportives.

Sans retirer ma sensation de « robot », ça m’a permis de laisser cours à ma folie sans que personne ne puisse s’en rendre compte une seconde. J’ai ainsi pu laisser pédaler mon vélo cérébral, plus souvent en roue libre d’ailleurs, au gré du bandage de mes muscles et de mes respirations contraintes par l’eau, le laissant mégalomanier (ce qui n’est pas fréquent chez moi): me fixer des objectifs inaccessibles, prier pour que mes voeux s’exaucent, et rêver d’être un ange, puisque je suis tellement incapable d’être humaine.

Il faudra que je surveille l’utilisation de ces cachets d’ailleurs, ça ne me ressemble pas des idées pareilles.

Pour l’heure, je crois que je n’y crois pas suffisamment pour faire de moi une psychotique…

 

Pas facile d’être en vacances de nos jours…

Parfois fatiguée d’avoir la famille que j’ai, y compris dans ses « meilleurs » éléments… Bon, c’est pas nouveau.

Je ne comprends pas pourquoi je ne peux m’empêcher de m’investir d’un rôle qui n’est pas le mien, même si je m’efforce malgré tout de rester à ma place.

Si, je comprends pourquoi. Personne d’autre ne le remplira, or il est indispensable, et il se trouve que j’ai horreur du gâchis.

Accessoirement, ça n’a strictement rien à voir, mais depuis exactement deux jours, j’ai un spam monstrueux sur mon ancienne boîte aux lettres d’ici… impossible d’en comprendre la cause.

J’ai plus urgent à faire: vivre mes vacances, et j’ai un mal fou: mon esprit est prisonnier, je ne parviens pas à le libérer.

Je n’ai pas su éviter la télévision (l’amie avec qui je suis en vacances a envie de regarder une série, que j’aime bien, et je n’ai pas réussi à résister, car outre le plaisir de la voir, il y a aussi celui de la partager, et elle est devenue accro).

Je n’ai pas su éviter internet non plus. Ce qui a du bon (je suis l’actualité que je trouve passionnante en ce moment), mais aussi du mauvais (je passe trop de temps dessus).

Je n’ai même pas su éviter mes amis. J’en ai invité plusieurs successivement à venir dormir ici (jamais plus d’un à la fois), et comme toujours, ça me bouffe une folle énergie. Besoin de me préparer psychologiquement, besoin de me remettre de mes angoisses existentielles d’interaction, sans compter le temps passé avec eux.

Tout cela pollue mon esprit autant que mon temps. Je n’en ai donc plus pour ne rien faire.

Or se « remplir » de l’extérieur, sans s’être soulagé au préalable de ce qui nous encombre, n’est sûrement pas une bonne chose.

Lire, se promener, écouter de la musique et se faire de bonnes bouffes ponctuelles en tous petits comités me paraît être une excellente thérapie en tant que cure annuelle de trois à quatre semaines… mais avec les technologies modernes, quelle épreuve!

J’espère y arriver un jour. Ce ne sera pas pour cette année.