De façon générale, mes cauchemars suivent plusieurs constantes.
La première, quand je prends des fleurs de bach, ils deviennent « polis ». Au lieu de scènes de massacre, j’ai droit à des symboles, de type mausolée. Une deuxième, mon intégrité physique n’est jamais atteinte. Seule l’intégrité psychique est – souvent violemment – mise à mal. Une troisième, lorsque je suis en contact avec ma famille, ils reviennent en force. Enfin, j’y suis toujours seule, et sans répit.
Ainsi hier, après avoir passé un coup de fil à ma tante, j’ai fait un cauchemar. Normal.
Mais j’y ai été gravement blessée. Je saignais beaucoup, je souffrais terriblement. Je n’ai pas le souvenir que ça me soit déjà arrivé. Mes plaies finissaient par se refermer suffisamment pour que je puisse subir la longue suite de l’histoire, en étant active.
Ensuitement* donc, la terreur était présente, violente: un sniper qui tirait sur la foule dont je faisais partie et qu’il était impossible de repérer. Mais le plus souvent, je n’étais pas seule: quelqu’un près de moi essayait de me protéger. Bien évidemment il ne le pouvait pas puisqu’il était dans la même galère; c’était du moins un réconfort important à mes yeux. Ce n’était pas toujours la même personne, selon les endroits où je me trouvais dans le « film », mais c’était toujours un homme. De même, chose dont je n’ai pas l’habitude, on tentait de me proposer des abris (des personnes qui étaient loin, et me soufflaient des idées), mais je ne pouvais pas réellement m’y fier, tellement je n’ai pas l’habitude qu’on m’aide; je doutais. Et puis pourquoi le tireur fou ne pourrait pas trouver cet endroit et s’y amuser? J’y serais alors confinée, sans pouvoir m’échapper.
Mon cerveau, lui, était toujours à l’affût. J’observais les endroits où tombaient les victimes, je m’efforçais d’y trouver des constantes pour partir de là où il me semblait qu’il allait tirer. Il fallait parfois que je sois très rapide, et je ne savais jamais si j’avais raison ou non. En tout état de cause, à la fin du cauchemar, j’étais vivante sans avoir été à nouveau blessée.
Bref, intégrité physique atteinte, protection psychique, c’est suffisamment exceptionnel (c’est même probablement la première fois sur ces deux points) pour mériter d’être exposé.
* (je sais, ce mot n’existe pas, mais il a du sens je trouve, différent d’un simple « ensuite » puisqu’il s’inscrit dans la longueur)