De la crise à l’apaisement (4/4).

En tout cas, j’ai bien cru que les surprises en cascade n’allaient jamais se terminer, venir creuser encore les tréfonds de mes tourments qui ne sont que des petits riens de vie pour le plus grand nombre, mais des monstruosités pour moi, et j’ai regardé mes pauvres demi ponts qui restaient en m’attendant à ce qu’eux aussi s’écroulent. Pour l’instant, ils résistent encore.

J’allais tant et si mal que je ne voyais pas du tout ce qui pourrait me faire du bien. Car dans ces moments là, il n’est plus possible de prendre du recul, et chaque petit son résonne violemment tant qu’on n’a pas repris une grande respiration, ce que j’étais dans l’incapacité totale de faire.

J’étais plus ou moins attendue pour un café, mais c’était hors de question, même si l’hôtesse était accueillante et compréhensive. Travailler? Impossible. La télé/radio non plus, lire et écrire n’en parlons pas. Même pas en état de faire de la relaxation. Pas envie de prendre un calmant (j’en avais déjà ingurgité en prévision des réunions familiales).

Les larmes coulaient toutes seules, par intermittence. A ce point, ça faisait longtemps que ça ne m’était pas arrivé. Et si hier je me suis nourrie de pain et de beurre, aujourd’hui (mardi), je ne pouvais rien avaler. J’ai aperçu une voisine qui m’a regardée avec un air presque choqué quand je lui ai lancé un jovial bonjour avec le haut du visage aussi rouge que rétréci. C’est que je ne peux pas m’empêcher d’essayer d’avoir l’air normale, même quand je sais que personne n’est dupe.

J’ai fini par déterminer qu’une seule chose pouvait me faire du bien: l’air du large.

La majesté de l’océan.

Qui présenterait ce double avantage de m’aérer l’esprit, et de me faire déculpabiliser au sujet du chien qui serait tout heureux d’une telle aubaine après les quelques jours d’enfer que je venais de lui faire passer.

J’étais persuadée d’y aller seule sous la pluie, j’y suis finalement allée avec une copine, un temps assez doux et relativement ensoleillé. Il était très beau, aujourd’hui, l’océan.

L’émophilie a commis ses dégâts, je reste à l’état d’hématome, et il faudra du temps pour résorber les oedèmes. Au bas mot, quelques jours pour que je me meuve sans m’émouvoir à l’excès. Les larmes sont devenues plus rares, mais je constate, triste, que presque tout est à reconstruire, avec d’autres cartes qu’il va falloir que je trouve. Je changerais bien de matériau, mais tant que les fondations ne sont pas plus solides, ça ne servirait à rien.

Je suis donc à terre, très fatiguée et encore trop fragile pour mettre quoi que ce soit en route, mais la descente aux enfers, elle, semble terminée.

Ainsi, bien que j’en veuille toujours un peu à la terre d’être ronde – faute de quoi je ne peux jamais voir la statue de la liberté -, ça m’a fait du bien.

Merci l’océan, merci Sophie.

De la crise à l’apaisement (3/4).

Pour cette dernière partie de ma descente aux enfers – puisque c’est la plus fraîche au moment où j’écris, et qu’elle intervient à un moment où je suis déjà en crise -, je suis triplement peinée.

D’abord blessée de n’avoir pas été mise dans la confidence alors que je le méritais certainement au vu du contenu habituel de nos échanges, mais également et surtout, peinée d’avoir eu la confirmation de ce que je pressentais: je ne le verrai plus aussi spontanément ni aussi souvent qu’avant par la force des choses, alors que j’avais fini par accepter qu’il fasse partie de mes repères de vie, un privilège que je n’accorde quasiment jamais, parce que j’ai toujours beaucoup d’appréhensions à le faire.

J’avais fait trois exceptions à cela ces deux dernières années. Je ne suis même pas sûre d’ailleurs, d’avoir déjà accordé ce privilège à quiconque auparavant. J’avais accepté qu’entrent dans ma vie des sortes de rituels réciproques, sur lesquels – c’était ça la réelle difficulté -, j’avais accepté de me reposer (ou en tout cas, j’étais en train de l’accepter). Accepté de compter sur des moments de vie essentiels et réguliers.

Deux de ces exceptions viennent d’être fortement entaillées, là, en moins d’un mois: les week-end et vacances avec la copine, c’est terminé ou en tout cas moins probable et moins fréquent (il y en avait deux de prévus qui ont déjà sauté), les cafés et petites soirées inopinées avec le copain, aussi; sans parler de nos échanges textuels – dont je regrette pour certains de n’avoir pas pu conserver une copie.

A défaut des moments, je pourrai toujours compter sur les personnes dont la confiance subsiste. Il me reste à me dépatouiller – et ça me paraît, pour l’heure, aussi violent qu’impossible – d’un vide qui s’était pourtant annoncé, mais dont j’attendais patiemment qu’il s’en retourne, persuadée qu’il n’était que ponctuel.

J’aurais pu espérer pouvoir en combler une partie avec mon nouveau club de plongée, mais vu ce qui s’est passé vendredi dernier, c’est à oublier absolument. Il faut dire que c’eut été un bien mauvais choix: même gentil, le plongeur, par hypothèse, est lesté… Les très rares fidèles lecteurs de ce blog se rappellent peut-être à quel point tout ce qui touche de près ou de loin à l’abandon, l’absence ou le vide peut m’être douloureux. Davantage encore que les mépris sociaux et vexations en tout genre par des gros lourds (ou pas en fait).

Le seul apaisement que je trouve à cela est la nouvelle situation de mes ex-acolytes, qui me fait plaisir (mais que j’apprécierai mieux plus tard), et qui s’est grandement améliorée. Je m’en réjouis, même si, par un jeu de miroir, elle amplifie le désastre de la mienne… Une troisième flèche que je suis dans l’incapacité totale de gérer pour le moment, et qui accélère violemment la descente.

Bref. Vu que celui qui n’a pas jugé pertinent de me mettre dans la confidence, malgré tous les signes que j’avais perçus et interrogés délicatement, dispose de cette adresse de blog, je vais tabler sur le fait qu’il n’a pas l’envie / l’idée / le temps, ou la flemme de lire tout ça, ce qui devrait être le cas. D’autant que je suis épatée par ma faculté de tartinage. Dans le doute, j’ai retiré une partie de ce que j’avais écrit à l’origine, par égard pour lui (rien de bien méchant, mais différemment coloré).

Et c’est sans compter, j’avoue, que je lui aurais volontiers refait le portrait. Histoire de me défouler un peu.

Parce que si l’absence me rend triste, le fait qu’on me prenne pour une truffe aurait plutôt tendance à me mettre en colère. Lui qui aime tant le cynisme, je doute pourtant qu’il eut goûté au mien pour cet épisode.

D’où, encore une fois, l’inconvénient d’avoir filé son adresse de blog à un proche; je pense que je ne le referai plus. Ahah, mais je dis ça à chaque fois; c’est comme une bonne cuite: « alors ça, plus jamais! » Ceci étant, en matière de cuite, la dernière fois que je l’ai dit, ça a duré 20 ans.

Mais c’est une autre histoire.

 

Des bijoux d’Arte.

Magnifique série ce jeudi soir et jeudi dernier (six épisodes en tout), j’ai nommé Wolf Hall.

L’ascension et la déchéance d’Anne Boleyn, épouse d’Henri VIII, roi d’Angleterre du XVIè siècle, avec, en personnage principal, Thomas Cromwell, habile conseiller du roi et artisan de tout cela.

J’avais vu et pas du tout aimé la série « les Tudors ». Notamment parce que le roi avait une tête de footballeur je trouve, pas du tout crédible en tant que roi. Un peu comme dans le seigneur des anneaux, mais quelque chose me dit que je me répète sur ce coup là.

Bref, j’avais trouvé un intérêt à la série, mais davantage pour découvrir l’histoire de l’Angleterre que pour le plaisir de regarder une série. Côté esthétique et organisation de la narration ça allait, mais je n’avais pas réussi à m’accoutumer aux logorrhées de caricature accompagnant les personnages autant que la mise en scène.

Wolf Hall joue dans une autre catégorie. Finesse, esthétique, belle réalisation, jeux d’acteur, décors, et costumes. Et c’est sans compter l’intrigue et les dialogues, parfaitement ciselés.

Un seul bémol, non des moindres: l’accent américain. Pour une série anglaise du XVIè, ça fait vraiment mal.

Mais la musique, parfaite, permet de l’oublier sans trop de peine. Cette musique est, pour une bonne partie, composée du thème du générique de fin repris régulièrement. Elle est simple sans être simpliste, posée, peu chargée, finement rythmée, et vient parfaitement relever l’ensemble.

Pour les amateurs du genre, c’est à ne pas rater.

De la crise à l’apaisement (2/4).

 

En tout cas, je ne peux pas envisager de laisser mon chien seul, même si je me hais profondément de lui imposer mes larmes si fréquentes, parfois si violentes, et mon humeur si noire. J’ai l’ignoble sentiment de le rendre malheureux.

Et puis j’arrive enfin à croire sincèrement que certaines personnes (elles sont deux et demi) seraient véritablement malheureuses de ma disparition en pareille circonstance. Je veux dire malheureuses au point d’avoir un petit bout de leur coeur brisé jusqu’à la fin de leurs jours. Le top serait de faire passer un suicide en accident, mais si comme moi on refuse que ce soit violent, je ne vois vraiment pas comment: on est forcément démasqué à l’autopsie, ou alors on prend un risque trop grand de se rater.

C’est très récent, ça. Jusqu’à lors, j’ai toujours pensé – à l’époque où je pensais que je pouvais peut-être « passer à l’acte » – que mes amis ne s’en remettraient pas si mal, après quelques jours un peu tristes. Je pense que ça reste vrai pour la majorité d’entre eux.

Deux et demi donc (allez, on arrondit à trois), hormis ma mère bien sûr, qui est toujours aussi virtuose dans l’incohérence de ses sentiments à mon égard, et qui m’en a fait la démonstration encore dimanche. Je ne la sens toujours pas assez intelligente et/ou saine d’esprit pour le comprendre. Je n’exclus pas, un jour, de lui faire lire quelques lignes choisies de ce blog – même s’il y a peu de chances pour que ça serve à quelque chose – si je vis trop mal ses ambiguïtés. Mais je m’efforcerai de ne pas en arriver là en l’évitant soigneusement.

Bref. J’allais tellement mal que je repensais à toutes ces choses, si fort que je ne parvenais même pas à regarder un film, même simple.

Il faut dire que mon week-end d’interactions sociales déjà compliqué à gérer s’est terminé en apothéose puisque si je m’attendais à certaines blessures, d’autres m’ont réservé la surprise: je me suis sentie un peu « trahie » par un ami (c’est relatif car ni volontaire ni grave, mais quand même, ça fait très mal), avec qui la communication devenait déjà compliquée ces derniers temps, ce qui ne serait précisément pas arrivé s’il avait été franc. (Encore que vu la teneur de nos derniers échanges, je finis par avoir un doute.) Je sais bien que c’est délicat d’aborder certains sujets parfois, surtout pour les lâches hommes… J’étais (et je reste) persuadée qu’il était moins pire que ses congénères, mais j’oublie toujours que « moins » ne veut pas dire « pas ».

Il n’en fallait en tout cas pas davantage pour prolonger mon état, voire le faire redoubler, car venait s’ajouter au reste (que je n’ai pas détaillé en son entier), toute proportion gardée, une forme de mésestime, et une sorte d’abandon, qui plus est de la part d’un compagnon de route qui m’avait fait tant de bien jusqu’à lors.

Pour être plus précise, ça fait un mois qu’il me prend pour une truffe, et ne s’en rend même pas compte. ça fait un mois que j’ai compris que quelque chose avait changé, que j’en souffre, que je dis en le brusquant le moins possible que c’est moins simple de le voir et de communiquer avec lui qu’avant, que je m’efforce de m’en accommoder pour ne pas le contraindre, et que j’ai droit, en retour, à des dénégations et des reproches (d’où un de mes récents billets sur le sujet).

Lui ne s’en rend pas compte, persuadé que rien n’a changé, d’autant que je suis  bien certaine qu’il a fait des efforts en ce sens. C’est normal, il est désormais sur une autre planète, et ne perçoit plus la vie avec les mêmes filtres. J’y reviendrai peut-être un jour.

ça me ferait quand même du bien qu’il me fasse un peu plus confiance quand je dis certaines choses.

ça, pour le coup, c’est pas nouveau: depuis qu’on se connaît, c’est un petit dysfonctionnement récurrent entre nous, jamais résolu.

De la crise à l’apaisement (1/4).

Les choses déstabilisantes et souvent négatives s’enchaînent pour moi depuis la semaine dernière, au point que j’ai retrouvé mes bonnes vieilles habitudes. Objectivement, ce ne sont que des détails qui ont effectivement l’inopportunité de s’enchaîner, mais dont n’importe qui ou presque saurait s’accommoder.

Moi pas; c’est toujours l’abomination. Le château de cartes s’est (encore) effondré, il ne reste plus qu’un pont et demi d’un côté, et un demi-pont à l’autre bout. J’étais pourtant fière de ma prouesse, il avait plusieurs étages ce qui ne m’était jamais arrivé; et je me demande d’ailleurs si la douleur n’en est pas que plus intense au fur et à mesure que je suis habile à construire… il est difficile d’accepter de voir tous ses efforts réduits à néants, et plus l’effort et l’habileté (ou la compétence) sont importants, plus l’effondrement est « injuste » donc difficile à accepter. J’ai certainement déjà posé cette question sous une autre forme ici même, ça fait trop longtemps que j’y songe pour ne l’avoir pas fait. Et qu’on ne me parle pas de fondations: elles ne sont pas assez solides, et je n’ai jamais pu les consolider assez pour construire à l’aise.

J’avais si mal que j’ai d’ailleurs déterminé avec une quasi certitude la moins mauvaise façon de mourir (efficacité, simplicité et confort), et constaté, non sans une certaine satisfaction, que j’avais tout ce dont j’avais besoin sous la main pour ne pas me louper. Resterait à m’organiser pour que personne n’ait l’idée de passer à la maison trop tôt. Facile. C’est dire, quand on est mal, à quel point on peut être efficace. Du coup, je risque bien de m’ennuyer les prochaines fois, encore qu’une technique est toujours améliorable et que je n’ai pas encore songé à quelques détails qui n’ont néanmoins que bien peu d’importance.

Mais comme je l’ai toujours dit, je ne le ferai pas, même si ça me soulage vraiment beaucoup de le fantasmer. A un point qui m’étonne d’ailleurs, et que je n’ai pas encore trouvé sous la plume de quiconque – en même temps, je ne lis jamais rien. Enfin si, justement, j’ai parcouru « le suicide » il y a peu, de Durkheim, mais ce sont des données essentiellement statistiques.

Très intéressant, mais je préfère les tréfonds d’une âme.

 

De l’origine endogène ou exogène du mal-être.

Alors, l’oeuf ou la poule?

Est-ce que je me mets dans cet état parce que je pense à la famille alors que je devrais me concentrer sur d’autres choses (ce qui, en pratique, soit est déjà le cas, soit n’est pas possible, mais admettons), comme si j’avais en quelques sortes « décidé » que ma famille est un problème, ou que je l’avais en tout cas désignée comme bouc émissaire?

Ou bien le lien construit avec eux est-il réellement indépendant de ma volonté, et destructeur (quelle qu’en soit la raison, car il peut y en avoir plusieurs)?

Ma réponse à cette question est désormais la seconde, sans que j’aie jamais pu en déterminer la raison principale (malgré les apparences de mes billets précédents). Mais je pense que c’est aussi indépendant de leur volonté. La différence que je fais entre eux et moi, c’est que ça leur appartient, et ça ne m’appartient pas. Ils sont dans le déni, et je ne le suis pas. Et puis zut, hein, je suis arrivée après eux, j’étais au courant de rien, moi. Je refuse que ça m’appartienne et je ferai tout pour que ça n’arrive pas.

Ce qui me conduit à penser que c’est la seconde solution, c’est le systématisme. Mais la chronologie systématique ne suffit pas (c’est d’ailleurs un sujet tarte à la crème en responsabilité civile, et c’est passionnant). J’ai pu voir dans le lot des situations systématiques observées, un nombre conséquent de fois où je ne faisais qu’observer que j’étais mal, sans comprendre d’où ça venait; c’est en réfléchissant, puis en constatant le lien familial, sans aucune autre raison possible, que je pensais à la causalité possible. Pour cela, il faut un nombre très important d’observations, car les « raisons possibles » sont multiples, et il est assez rare qu’il n’y en ait aucune, même minime. Mais ça arrive, et c’est arrivé assez souvent pour conduire à une réponse qui me paraît solide.

L’argument qui vient conforter cela (encore qu’il est discutable côté causalité puisque c’est un versant négatif), c’est que toutes les rares fois où je me suis senti pousser des ailes, c’était toujours en l’absence durable de contact avec ma mère, et spécialement de sa présence.

Alors je rêve encore de partir vivre ailleurs, d’autant que je crois désormais avoir acquis une appréhension de ce que je suis et du monde suffisante pour ne pas reproduire de mécanismes trop destructeurs, malgré les faiblesse dont je reste affublée.

Mais je n’en aurai pas davantage le courage que de me foutre en l’air. Dommage.

Du rituel du mal-être.

Le rituel.

Assurer ce qui est déjà lancé et trop dur à « planter » pour les jours qui viennent. Retrouver les automatismes sourirestiques et d’intérêt pour les autres, ça va pas être simple, j’ai de l’interaction sociale jusqu’à lundi après-midi, qui plus est notamment, avec des personnes que je n’ai rencontrées qu’une fois, et avec lesquelles j’aurais aimé me lier. Ce ne sera donc pas possible (on n’oublie pas facilement les premières impressions chez quelqu’un), ou en tout cas pas maintenant.

Tenir le plus longtemps possible pour faire de nouvelles choses – à condition qu’elles soient brèves et pas trop engageantes – puis arrêter quand ça deviendra trop difficile. Si ça se trouve, dès maintenant [ndlr dès samedi]. Je verrai comment je suis au réveil.

Côté bouffe ce sera soit manger beaucoup, soit presque plus. Il y aura probablement au moins une journée « je mange liquide » ou « je ne mange que des fruits » ou « que du pain, du beurre » (avec ou sans l’option chocolat). Accessoirement, j’avais un bon repas prévu samedi soir, ça faisait longtemps que je ne m’étais pas payé un vrai bon resto, je ne peux pas annuler, car c’est un copain qui vit loin d’ici et que je vois peu, ça tombe vraiment mal. Normal.

Côté quotidien, quasiment plus de ménage, plus de lessive (heureusement je suis à jour pour l’un comme pour l’autre), je vais avoir honte si quelqu’un sonne à ma porte, je ne le ferai pas rentrer ou morte de honte (ceci étant, j’ai l’habitude, c’est fréquent). Les animaux vont ramer pour avoir des croquettes et des promenades ou pour entrer et sortir de la maison (d’ailleurs, depuis que j’écris, ils chouinent, et s’ils insistent, je vais crier pour qu’ils arrêtent [ndlr, ils n’ont pas insisté assez lourdement pour que je crie]).

Je vais aussi monter la température de la maison. Très bon exemple ça: avec mes 18,5° tout allait bien jusqu’à il y a deux jours, depuis, je me pèle sans arrêt, et j’éprouve le besoin de forcer le chauffage régulièrement. Je me demandais justement pourquoi je me mettais à avoir froid, là. Plutôt que de le faire par poussées, incrédule, maintenant que j’ai compris mon état, ce sera du 20° permanent, et davantage si besoin.

Terminé le boulot (ça c’est plus embêtant, ça peut me coûter vraiment cher). Heureusement, côté administratif, je suis à peu près à jour, il y a deux trucs qu’il faut que j’assure encore d’ici lundi ou mardi, dont un qu’il ne faut surtout pas que je loupe et qui va être compliqué.

Couper le téléphone quand j’aurai trop mal, bouder tout et tout le monde par moments, de toute façon, il ne sonne presque jamais, personne ne m’aime. D’ailleurs, c’est terrible, je me déteste d’avoir donné cette adresse de blog aux gens que je côtoie: d’un côté je n’ai pas envie qu’ils lisent mes sornettes car j’ai honte et je m’en aperçois de façon cuisante dans ces moments de mal-être, de l’autre, je me vexe un peu s’ils ne le font pas (bon, assez peu en fait, car je sais que je ne me lirais pas, ou très peu, à leur place). D’habitude, je fais comme si ce blog n’existait pas. Un des signes précurseurs de mal-être peut-être, c’est que j’ai du mal à conserver cette ligne lorsque je les vois (après tout, ça revient à ne plus savoir se positionner…).

Terminé les gribouillages, les chansons et autres conneries du genre, je sais déjà que je n’en aurai plus envie. Enfin on sait jamais, il peut y avoir des exceptions, il faudrait que je tente quand même si l’occasion se présente. Par contre, c’est certain, je n’ai aucune envie de le provoquer. Il se peut, et ce serait dommage, que je n’en aie plus envie non plus, après. Ce ne serait pas la première fois qu’un plaisir s’éteint de cette façon.

Rebelote le fond du lit avec série tv qui va me rendre obsessionnelle (j’avais programmé « house of cards » pour la prochaine crise, c’est donc pour maintenant, sauf autre idée). Adieu les documentaires et autres programmes constructifs.

Adieu les projets que j’avais mis en place (écrire certaines choses en partenariat, en lire d’autres pour les confronter, je ne les avais pas détaillées ici).

Si ça empire, ce sera journées coin-confort, journées cajoline. D’ailleurs, le coin-confort, c’est pour tout de suite, avec le soulagement du « c’est pas grave si je me couche à 5h du mat / lève à 14h ». Une culpabilité de moins à gérer.

Si ça empire encore, ce sera pleurs affreux (il faudra avoir le réflexe « calmant » si ça arrive), et me remettre à fantasmer le suicide (un plaisir / soulagement), et déterminer quelle serait la meilleure solution parmi toutes celles que j’ai déjà mises au point et qui me conviennent a priori (c’est-à-dire tout ce qui n’est pas violent hors la mort elle-même). Mais ça, pour l’instant, je n’y crois pas encore, même si je n’oublie pas que ça peut revenir très subitement.

Je sais en tout cas, que je ne le ferai pas.

Ce n’est pas faute d’avoir douté pendant des années… comme je doutais de l’origine de tout ça.

De l’observation du mal-être, et de son contexte.

Je suis sidérée par la métronomie de certaines choses.

Pendant que mes précédents billets se publiaient, juste après les avoir écrits, et alors que j’étais dans un état plutôt positif – comme il l’a rarement été à vrai dire -, j’ai reçu un texto de ma mère, me demandant de lui donner de mes nouvelles, et me proposant de passer chez elle car elle reçoit son frère et sa femme. Elle me demandait aussi ce que je souhaitais pour mon anniversaire (passé d’environ trois semaines). Dans la mesure où mon oncle va de plus en plus mal, et où les occasions de le voir sont rares, j’ai décidé de passer. Je sens que la culpabilité va être trop forte, sinon.

J’ai répondu que ça allait, que j’avais déjà fêté mon anniversaire et que je ne souhaitais pas le refaire, et que je passerais probablement. C’était mardi, juste après le docteur latête.

Depuis mercredi soir, et surtout hier (jeudi), je sens poindre la tristesse et le dégoût de la vie; qui ne m’a jamais totalement quitté mais quand même, ces derniers temps, j’étais impressionnée de la distance qu’il avait prise. Je sens que j’ai mal, que je suis « tristounette », et j’ai l’impression que personne ne m’aime.

Ce soir, ça devient carrément assez terrible: je n’avais aucune envie de regarder les étoiles et d’observer et surtout humer la nature en promenant le chien, rien d’intéressant dans mon esprit, que du négatif, des lamentations, mais sans raison de me lamenter.

A la piscine, j’ai fait des longueurs sans lever le nez, pas d’apnées, je suis même sortie avant qu’elle soit vide (ce qui est tout à fait exceptionnel). Et comme par un fait exprès, les ennuis ont commencé juste après avec mes nouveaux copains de plongée qui ont été assez désagréables, même si c’est, disent-ils, « de l’humour ». Ils ne m’avaient jamais fait ça et ça tombe particulièrement mal ce soir. Il y en a même un qui s’est un peu excusé pour lui et les autres (mais qui n’y avait pas été avec le dos de la main morte non plus, ce fut même peut-être le pire). Et celui qui me dragouille depuis quelques temps n’a pris ma défense à aucun moment, même s’il est vrai qu’il ne s’est pas du tout conduit comme les autres. Il n’est pas près de me voir en tête-à-tête celui-là, quels que soient les compliments qu’il fera sur mes mollets.

J’en ai presque pleuré en allant promener le chien, et j’ai décidé de ne pas y retourner pendant 15 jours. J’irai nager ailleurs. Et oui, c’était trop beau pour être vrai, et c’est le début des difficultés habituelles. Mais j’y réfléchirai plus tard, j’ai quinze jours pour ça, et c’est très bien comme ça, c’est probablement le temps qu’il me faudra pour aller mieux, à condition de ne plus être en interaction familiale.

J’en parle avec une certaine légèreté, mais c’est un mal qui va grandir, ça. Il s’est accompagné de détails insignifiants, un peu avant (par rapport au voyage programmé avec d’autres plongeurs du même club), qui font que cette chose que j’espérais en train de s’ancrer solidement, se dégonfle comme un ballon de baudruche. Tant que ça ne se dégoupille pas comme une grenade, je ferai avec, mais je n’en serai jamais à l’abri. Je suis donc désormais en insécurité , et aller nager deviendra un effort davantage qu’un plaisir. C’est un pilier, que j’étais en train de construire, et qui saute déjà. Avec toutes les remises en question qui l’accompagneront: tout ça se décantera peu à peu les jours prochains.

Mais comme j’ai l’habitude, ce n’est pas très grave. Ce sera le rituel.

 

… à la culpabilité maternelle.

Dans la même veine, il y a aussi toutes les fois où elle remet en cause mes intentions, s’arrogeant le droit de mieux savoir que moi ce qui m’anime.

Pourtant, à côté de ça, chaque fois qu’il y a un problème à régler, c’est vers moi qu’elle se tourne. Il ne faut pas déranger ses fils, soit parce qu’ils seraient trop perturbés, soit parce qu’ils ne savent pas gérer « ce genre de choses » (le fameux et si pratique « c’est pas leur truc »), soit parce qu’ils ont des choses plus importantes à faire. Et puis parce que j’ai les pieds sur terre, moi. Oh! un compliment…

Du coup, ça marche du tonnerre.

De fait, elle passe son temps à faire les choses ingrates à leur place (parce que ça va plus vite, parce qu’ils ne savent pas faire, parce qu’elle a envie de leur faire plaisir, elle a toujours une raison qui lui paraît bonne), là où moi j’ai appris à me débrouiller, parfois en l’obligeant à me laisser me débrouiller, et ça n’a pas été facile.

J’ai compris tout ça depuis longtemps et je me répète sans doute. J’ai d’abord voulu le changer, puis j’ai renoncé mais en croyant l’accepter, et j’ai même cru pouvoir le vivre occasionnellement, convaincue que le fait d’appartenir à une famille et partager des moments avec elle était plus important que tout. J’avais compris qu’ils étaient comme ça, que c’était un fonctionnement général à accepter, le revers de la médaille de toute famille, et qu’il fallait juste conserver une certaine distance.

J’ai surtout conscience que ma mère, bien qu’elle ait eu mon père pour combler certains points, a vécu la même problématique, les mêmes souffrances, qu’elle n’a pas pu se construire narcissiquement comme elle aurait mérité de le faire, et qu’elle ne fait que transmettre ce qu’elle a vécu en essayant de l’améliorer malgré tout.

Ce que je n’admets pas, c’est son déni.

Mais il se peut que même sans déni, je n’aurais pas pu accepter cette situation. Il aurait fallu que je construise, moi, quelque chose de valorisant par ailleurs, pour pouvoir me reposer sur mes propres fondations, à défaut des fondations familiales qui construisent en principe tout être humain. On est donc dans la problématique du cercle vicieux.

J’ai donc à nouveau opéré un revirement à l’égard de ma mère: je refuse désormais de faire trop d’effort pour lui faire plaisir. Même passer prendre le thé chez elle. De toute façon, depuis cet été, elle me dégoûte tellement elle est dans le déni.

Je ne prends plus ses appels téléphoniques, sauf si elle laisse un message disant qu’il « faut » que je la rappelle (et si elle en abuse, je ne le ferai plus); je ne l’appelle plus que lorsque j’ai une question à lui poser concernant la maison de vacances, et à condition que ça ne me rebute pas sur le moment. Ce qui me permet de rester aimable sans être hypocrite. Je continue à lui faire un cadeau pour son anniversaire – mais que je me débrouille pour lui faire passer sans la voir. ça, elle ne l’a pas encore compris, je pense, car elle continue à me proposer de nous voir.

Seulement voilà, je culpabilise. En début d’année, elle est tombée et a terminé aux urgences. Rien de grave, les yeux au beurre noir, quelques points de suture, du désarroi psychique, avec, en perspective à moyen terme, une chirurgie du nez. Je me suis félicité que ça se soit passé loin d’ici car je me serais sentie obligée de l’accompagner, et ça aurait pesé plusieurs semaines. Elle m’avait dit qu’elle rentrait quelques jours plus tard, mais je n’avais pas envie de prendre de ses nouvelles, et je ne l’ai donc pas fait, ce qui m’a permis de fleurir toutes les activités récemment exposées ici.

Je l’ai renvoyée vers ses fils car je me suis rendu compte qu’elle ne l’avait pas fait (puisqu’ils ont tant de mérites, pourquoi ne se tourne-t-elle pas d’abord vers eux, plutôt que moi?), et j’ai appris qu’ils n’avaient pas levé le petit doigt pour lui rendre visite, et lui demander si elle avait besoin de quoi que ce soit (ce qui confirme à ses yeux que « c’est pas leur truc », avec cette conviction accompagnatrice qu’ils ne peuvent pas apprendre).

Alors pour l’instant, je parviens à éloigner à peu près la culpabilité.

Mais quid, le jour où les choses seront plus graves? Ou le jour où l’on commencera à me faire sentir, ici ou là, au détour de quelques échanges plus ou moins anodins, que je suis monstrueuse (sans prononcer le mot) de laisser ma mère seule? Car après tout, elle ne m’a jamais maltraitée, et a toujours été « gentille » et bien intentionnée avec moi. Elle a fait ce qu’elle a pu, les parents ne sont jamais parfaits, etc.

J’aurai alors le choix entre la peste et le choléra.

Du fonctionnement familial…

Petit retour en arrière.

J’ai eu la preuve (pour la Nième fois cet été), que ma mère ne se comporterait jamais de façon constructive à mon égard, qu’elle était dans un déni total à ce sujet, et que j’étais (encore) trop fragile pour le supporter, même de façon très épisodique et distanciée. Elle a eu un moment où elle a fait des progrès très net (il y a quelques années, j’avais dû l’évoquer ici), mais ça n’a pas duré.

Si elle avait été dans de bonnes dispositions et avait bien pu faire son travail quand j’étais petite, je m’en accommoderais sans trop de dommages car alors je serais ‘normalement’ construite, et armée pour me défendre de ces choses là. Mais évidemment, ce n’est pas le cas.

D’un côté, elle considère que c’est presque toujours de moi que vient le problème, jamais vraiment d’elle ou d’un de ses fils, ou en tout cas, jamais assez par rapport à moi. Et si devant l’évidence elle est obligée d’admettre que n’importe qui serait légitime à être mécontent d’une situation donnée, il lui paraît normal que je ferme les yeux et que je m’en accommode sur le modèle de « tu peux bien faire ça, quand même… » ou bien « tu sais bien que tes frères, c’est pas leur truc, tu peux bien faire ça pour eux / à leur place, c’est pas grand chose » accompagné du rituel sous-entendu du « sinon t’es pas gentille » qui me fut si souvent ouvertement servi, petite et adolescente, que je ne peux plus l’oublier.

Parallèlement, elle n’a pas de considération pour ce que je suis ou ce que je fais, pendant qu’elle passe son temps à gloser sur les mérites de ses deux fils, en particulier le dernier. C’en est caricatural. Spontanément, ses sujets de conversation tournent autour des activités de mes frères (à vrai dire, les activités de l’un et les problèmes de l’autre), ou les siennes, ou des choses plus générales. S’il lui arrive de s’intéresser à mes activités, au bout de trois phrases, on passe à autre chose. J’ai pu l’observer assez souvent, et cela se passe parfois de façon vexatoire.

Il n’y a que dans les conversations en tête-à-tête que je peux lui parler de moi assez facilement.

Enfin, dès que j’ai l’air de me sentir bien, positive ou optimiste sur une situation donnée parce que j’arrive à oublier tout ça, elle a deux techniques (involontaires, j’en suis sûre). Soit elle va trouver l’imperfection de mon attitude et m’en faire le reproche, soit elle va considérer que c’est inopportun au vu du contexte et faire les gros yeux pour telle ou telle raison.

C’est-à-dire que tous les petits plaisirs que je peux avoir lors d’une réunion familiale, me sont reprochés à un moment ou un autre. Jamais méchamment, mais toujours de façon incontestable.

Et c’est ce qui fait que je parviens si mal à m’éloigner d’ailleurs: il n’y a jamais de méchanceté, ni même de rejet. C’est même l’inverse, je suis attendue comme le messie, et je reçois régulièrement des petits cadeaux (aux retours de voyage en particulier). C’est un peu comme si je manquais lorsque j’étais absente, mais que j’étais de trop dès que j’étais là. Et donc du négatif quasi permanent en ma présence, qui passe par tous les canaux possibles. Un négatif posé sur du non construit en son temps (et donc un besoin de reconnaissance qui perdure).

Je me dis qu’on ne peut pas tourner le dos à de bonnes intentions, surtout avec des liens familiaux, c’est tellement important la famille. C’est essentiel dit-on toujours; et c’est malheureusement sûrement vrai.  De sorte que je mets de côté le résultat exécrable, et c’est d’autant plus faisable qu’il se loge en grande partie dans l’inconscient (d’où, je suppose notamment, mes cauchemars récurrents), pendant que les petits présents restent… présents à la conscience.

Et je ne parle pas de toutes les fois où elle interprète négativement ce que je dis pourtant de façon neutre ou positive (un fonctionnement de type paranoïaque), ni non plus de celles où elle n’entend même pas ce que je dis, là où elle entend ce que disent ses fils les rares fois où ils parlent pour moi – quand ils comprennent qu’un malentendu s’instaure et veulent éviter un conflit.

Ce qui me paraît être le paroxysme de sa négation de moi.

 

Si j’étais un animal…

D’habitude je réponds que je serais une tortue ou un hérisson. J’ajoute que par une erreur crasse de la nature, je suis née avec des poumons plutôt que des branchies.

Mais au vu du billet qui précède, ces derniers temps, j’ai plutôt le sentiment d’être une sorte de caméléon (du coup, dotée de branchies, j’eus probablement été de type céphalopode… ce qui n’est certainement pas pour me déplaire).

Car c’est le fait d’écouter les autres chanter et jouer d’un instrument qui me donne envie de chanter (et si je le pouvais, de jouer).

Qui plus est, il me paraît manifeste que c’est le fait de chanter du texte, qui me fait imaginer du texte.

Exactement la même impression que lorsque je me trouve dans un pays étranger, où j’acquiers assez facilement les expressions en langue étrangère, pour peu que ma mémoire de poisson rouge (décidément…) m’autorise à les retenir.

Même chose dans une autre région de France où j’adopte souvent l’accent ou une partie de l’accent avec une rapidité déconcertante. Il arrive même que je ne puisse pas faire autrement.

Ce doit être pour cette raison que j’avais tant aimé « Zelig », de Woody Allen, à l’époque où je l’avais vu, même si j’avais notamment pensé que je n’aurais jamais pu faire semblant d’être psychiatre face à un psychiatre, faute de connaissances en la matière.

Il se peut bien que les choses aient évolué sur ce point précis…