En tout cas, j’ai bien cru que les surprises en cascade n’allaient jamais se terminer, venir creuser encore les tréfonds de mes tourments qui ne sont que des petits riens de vie pour le plus grand nombre, mais des monstruosités pour moi, et j’ai regardé mes pauvres demi ponts qui restaient en m’attendant à ce qu’eux aussi s’écroulent. Pour l’instant, ils résistent encore.
J’allais tant et si mal que je ne voyais pas du tout ce qui pourrait me faire du bien. Car dans ces moments là, il n’est plus possible de prendre du recul, et chaque petit son résonne violemment tant qu’on n’a pas repris une grande respiration, ce que j’étais dans l’incapacité totale de faire.
J’étais plus ou moins attendue pour un café, mais c’était hors de question, même si l’hôtesse était accueillante et compréhensive. Travailler? Impossible. La télé/radio non plus, lire et écrire n’en parlons pas. Même pas en état de faire de la relaxation. Pas envie de prendre un calmant (j’en avais déjà ingurgité en prévision des réunions familiales).
Les larmes coulaient toutes seules, par intermittence. A ce point, ça faisait longtemps que ça ne m’était pas arrivé. Et si hier je me suis nourrie de pain et de beurre, aujourd’hui (mardi), je ne pouvais rien avaler. J’ai aperçu une voisine qui m’a regardée avec un air presque choqué quand je lui ai lancé un jovial bonjour avec le haut du visage aussi rouge que rétréci. C’est que je ne peux pas m’empêcher d’essayer d’avoir l’air normale, même quand je sais que personne n’est dupe.
J’ai fini par déterminer qu’une seule chose pouvait me faire du bien: l’air du large.
La majesté de l’océan.
Qui présenterait ce double avantage de m’aérer l’esprit, et de me faire déculpabiliser au sujet du chien qui serait tout heureux d’une telle aubaine après les quelques jours d’enfer que je venais de lui faire passer.
J’étais persuadée d’y aller seule sous la pluie, j’y suis finalement allée avec une copine, un temps assez doux et relativement ensoleillé. Il était très beau, aujourd’hui, l’océan.
L’émophilie a commis ses dégâts, je reste à l’état d’hématome, et il faudra du temps pour résorber les oedèmes. Au bas mot, quelques jours pour que je me meuve sans m’émouvoir à l’excès. Les larmes sont devenues plus rares, mais je constate, triste, que presque tout est à reconstruire, avec d’autres cartes qu’il va falloir que je trouve. Je changerais bien de matériau, mais tant que les fondations ne sont pas plus solides, ça ne servirait à rien.
Je suis donc à terre, très fatiguée et encore trop fragile pour mettre quoi que ce soit en route, mais la descente aux enfers, elle, semble terminée.
Ainsi, bien que j’en veuille toujours un peu à la terre d’être ronde – faute de quoi je ne peux jamais voir la statue de la liberté -, ça m’a fait du bien.
Merci l’océan, merci Sophie.