L’être humain me dégoûte (2/2).

Une autre raison pour laquelle l’être humain me dégoûte, c’est la faculté qu’il peut avoir à affirmer des énormités pour faire adhérer à son discours (et son intérêt) ceux qui cherchent des réponses plutôt objectives à leurs questions.

Il présente ça comme un savoir qu’il détient, parce que c’est un professionnel – a fortiori lors d’une journée portes ouvertes -, et surtout comme une certitude, alors que c’est éventuellement complètement faux. J’en ai eu une magnifique démonstration lors de cette journée, où l’intéressé mélangeait le juste, raisonnable, et vrai, dans lequel se glissait de temps à autres une énormité qui arrangeait ses démonstrations. Et c’est sans compter les choses que je ne connaissais pas et que j’étais venue découvrir.

Je ne parviens pas à rester de marbre dans ces cas là, j’interviens en disant que je ne suis pas d’accord avec ce qui vient d’être dit, et j’explique pourquoi, généralement avec une question à la clef. Il se trouve que, quand je me permets d’affirmer quelque chose, c’est que généralement j’ai étudié la question, et je dispose donc d’arguments idoines. De sorte que mon interlocuteur ne peut pas y répondre autrement qu’en affirmant une énormité encore plus forte, ce qu’il n’ose le plus souvent pas faire. Ou bien noyer le poisson, et c’est là que je perçois à quel point il est désireux de vendre un produit sous des airs faussement objectif et rassurant.

En l’occurrence, il m’a paru aussi désireux de vendre son produit que n’avoir pas réellement réfléchi à la question – qui ne l’intéresse nullement (auquel cas il ne devrait pas l’utiliser comme argumentaire).

Et quand je vois les autres gober ce qu’il dit sans résistance, je suis prise d’une sorte d’envie de crier que j’étouffe bien évidemment au mieux, en me rappelant que je ne suis pas là pour animer le débat, ni pour intervenir d’une quelconque façon, et que, dans le lot, il y en a bien quelques uns qui finiront par se rendre compte des absurdités présentées… s’ils s’en rappellent, d’ailleurs.

Et je sens bien que, chaque fois que je ne peux m’empêcher d’intervenir, même avec de la diplomatie, je donne à l’autre une bonne raison de me rejeter. La seule chose qui sauve un peu les meubles, c’est ma gentillesse et mon sourire; mais le plus souvent, c’est insuffisant.

J’en conclus avec amertume que c’est pour cette raison précise que l’être humain est un mouton, et qu’au fond, il n’a pas vraiment le choix, puisqu’il est fichu comme ça, quelle que soit la place qu’il occupe.