Ne pas savoir se réjouir.

En tant que bénévole, il m’arrive de rendre service. C’est toujours laborieux pour moi, même lorsque c’est censé être agréable. J’en ai parfois des retours positifs, donc supposément constructifs.

Aujourd’hui, par exemple, voilà ce qui a été écrit :

Bonsoir, merci à vous tous, bénévoles, de votre accompagnement. Pour mon épouse, comme d’habitude elle revient enchantée. De mon côté j’ai souffert de (tel et tel problème). Heureusement (Condorcee) a été super sympa et m’a donné tous les bons conseils. Bonne fin de WE, JM

Pourtant, je ne parviens pas à m’en réjouir.

Alors qu’il me semble que je le devrais: j’ai été très patiente, je l’ai accompagné avec beaucoup de douceur malgré l’obligatoire déception à laquelle il fait face, et il me semble que ce fut constructif pour lui, car il a pris conscience de plein de choses intéressantes à cette occasion (il est en formation).

Dans l’ensemble, j’ai eu l’impression de galérer à la simple idée d’y aller, ensuite, malgré les problèmes posés à JM, je n’ai pas pris de déplaisir particulier, je l’ai juste accompagné du mieux que je pouvais.

Après, j’ai éprouvé deux soulagements: celui du travail terminé, mais surtout, celui dû au fait que les autres membres du club me considéreraient comme ayant fait ce que je devais faire, donc sans jugement négatif.

Voilà, mes seuls plaisirs dans la vie: ne pas être condamnée, pouvoir me reposer.

Des émotions de type létal.

Aujourd’hui fait partie des nombreux jours où je me sens « prise d’émotions ». C’est difficile à expliquer : j’ai l’impression d’avoir tout le tronc légèrement secoué comme le serait de la gélatine.

Ce n’est pas très surprenant, j’ai longuement été en contact avec ma famille la semaine dernière, deux fois dans la semaine, qui plus est : il me faudra bien deux semaines pour m’en remettre. J’ai à nouveau rêvé de morts d’ailleurs, mais je n’ai pas retenu le détail. J’ai juste l’image d’un bébé mort, et l’impression d’un choix cornélien à effectuer ; la mort, la souffrance (physique et morale) et le choix cornélien sont les trois composantes de chacun de mes cauchemars. Il y a souvent du sang, aussi.

Hier, je n’ai rien réussi à faire. Aujourd’hui, non plus. Mon téléphone a trop sonné, j’ai dû rappeler des gens, ça m’a coûté beaucoup sur le plan émotionnel.

Je me sens lasse, triste, mais pas assez pour pleurer.

J’ai voulu me remettre de mes émotions de ces derniers jours (qui n’existent que dans ma tête) en lisant un bouquin que j’étais parvenue à me procurer malgré son interdiction : « Suicide, mode d’emploi ».

J’ai retrouvé son équivalent en anglais (« A practical guide to suicide »), mais je lis très mal l’anglais, et pour un sujet pareil, j’ai besoin de précision. Je me suis demandé si j’avais raison de le partager en téléchargement. Il me semble que oui, pour plusieurs raisons que je développerai peut-être un jour. Les deux principales sont d’une part que, pour le trouver, il faut vraiment le vouloir, le rechercher, et persévérer, et d’autre part que ce n’est pas si facile, de mourir. Que ce soit moralement, ou physiquement.

Je me sens en état de le lire, et même davantage : ça me ferait du bien de le lire. Ça fait très longtemps que j’en ai envie, sauf qu’avant, j’avais réellement envie de passer à l’acte, et je m’en sentais capable. Alors j’avais un peu peur, en raison du côté définitif de la chose (déjà que je n’arrive pas à retirer les étiquettes des vêtements que je viens d’acheter, alors un suicide…!).

Désormais, je sais que je ne me suiciderai pas, alors j’aimerais bien le lire, parce que le sujet m’intéresse. Et puis parce que c’est comme un ami sur lequel on pourrait compter.

Scientifiques rigoristes versus écologistes illuminés.

Je n’aime ni les uns ni les autres. Pourtant, dès qu’il s’agit de politique, j’ai parfois l’impression qu’il n’existe rien d’autre, et je suis pile au milieu. Ecartelée.

J’ai un esprit plutôt rationnel, et suis très intéressée par les sciences, et par la voie de la raison; celle qui a conduit à la déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Celle qui me paraît devoir être à la base de chaque décision. Je constate néanmoins que la science, appliquée au vivant, a souvent « changé d’avis » (davantage que celle appliquée à la physique), et que les études scientifiques dans ce domaine sont régulièrement sujettes à caution.

A titre personnel, j’ai pu constater, surprise, que les protocoles médicaux ne sont pas toujours adaptés; et j’en ai terriblement souffert. Ainsi, j’ai appris à distinguer la science appliquée au vivant, de la science appliquée aux matériaux, et à doser ce qui me paraît devoir l’être, sans le renier pour autant.

La science reste un ancrage. Savoir s’en éloigner lorsque les expériences détonnent des résultats attendus me paraît également nécessaire. C’est ainsi qu’on a pu se rendre compte que l’agriculture classique est probablement allée trop loin. Même chose concernant certaines façon de soigner l’humain.

C’est certainement ainsi que sont nés les écologistes, mais ils ont tellement peu été entendus qu’ils ont fini, pour nombre d’entre eux, par se radicaliser. Et par contrecoup, les tenants de la science aussi: encore davantage.

Aujourd’hui, je suis fatiguée, lorsque je tiens un discours qui me paraît raisonnable concernant des sujets sur lesquels les études scientifiques sont contradictoires, d’être systématiquement méprisée: on me renvoie le discours de quelques illuminés qui n’est pas le mien, et je suis dans l’obligation d’y répondre, alors que ce n’est pas mon propos.

Je suis affligée par cet espèce de rigorisme qui conduit à un mépris affiché et qui confine au manque de respect et au doute systématique… au simple motif qu’on exprime une opinion, voire une expérience différente.

Comme si tout était radicalisé dans l’inconscient collectif, et qu’on ne pouvait plus défendre une opinion sans être accusé de penser en tout point (y compris dans l’argumentation) de la même façon que ceux qui aboutissent à la même conclusion, par des biais parfois radicalement différents.

Comme s’il n’était pas possible d’arriver à la même conclusion avec des arguments et un raisonnement pourtant parfois très différents.

Pire qu’une mode, la caricature est devenue un art de vivre, et le détournement des propos une habitude que personne ne songe à dénoncer.

Je suis extrêmement agacée par ça, et ahurie par le mépris qui se déverse si facilement. Je ne supporte plus le manque de respect qui préside à tout débat d’idée, ni la déformation des propos que l’on porte, et encore moins les intentions qui nous sont prêtées, là où elles n’existent pas.

Pourtant, il me paraît assez clair que la science et l’informatique souffrent des mêmes problématiques que l’agriculture et la santé: un besoin urgent d’ajuster les principes qui régissent nos sociétés, voire une remise à plat raisonnable du système; à ceci près que s’il est nécessaire de se montrer binaire en science et en informatique, il est tout aussi nécessaire de ne pas l’être de trop concernant le vivant.

Les plus grands scientifiques restent raisonnables et pragmatiques, certains d’entre eux, et non des moindres, sont même croyants; les plus grands humanistes, tenants du vivant, ne nient pas l’apport des sciences, et l’intègrent à leur philosophie.

Pourquoi le commun des mortels est-il incapable d’en faire autant?