Je n’aime ni les uns ni les autres. Pourtant, dès qu’il s’agit de politique, j’ai parfois l’impression qu’il n’existe rien d’autre, et je suis pile au milieu. Ecartelée.
J’ai un esprit plutôt rationnel, et suis très intéressée par les sciences, et par la voie de la raison; celle qui a conduit à la déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Celle qui me paraît devoir être à la base de chaque décision. Je constate néanmoins que la science, appliquée au vivant, a souvent « changé d’avis » (davantage que celle appliquée à la physique), et que les études scientifiques dans ce domaine sont régulièrement sujettes à caution.
A titre personnel, j’ai pu constater, surprise, que les protocoles médicaux ne sont pas toujours adaptés; et j’en ai terriblement souffert. Ainsi, j’ai appris à distinguer la science appliquée au vivant, de la science appliquée aux matériaux, et à doser ce qui me paraît devoir l’être, sans le renier pour autant.
La science reste un ancrage. Savoir s’en éloigner lorsque les expériences détonnent des résultats attendus me paraît également nécessaire. C’est ainsi qu’on a pu se rendre compte que l’agriculture classique est probablement allée trop loin. Même chose concernant certaines façon de soigner l’humain.
C’est certainement ainsi que sont nés les écologistes, mais ils ont tellement peu été entendus qu’ils ont fini, pour nombre d’entre eux, par se radicaliser. Et par contrecoup, les tenants de la science aussi: encore davantage.
Aujourd’hui, je suis fatiguée, lorsque je tiens un discours qui me paraît raisonnable concernant des sujets sur lesquels les études scientifiques sont contradictoires, d’être systématiquement méprisée: on me renvoie le discours de quelques illuminés qui n’est pas le mien, et je suis dans l’obligation d’y répondre, alors que ce n’est pas mon propos.
Je suis affligée par cet espèce de rigorisme qui conduit à un mépris affiché et qui confine au manque de respect et au doute systématique… au simple motif qu’on exprime une opinion, voire une expérience différente.
Comme si tout était radicalisé dans l’inconscient collectif, et qu’on ne pouvait plus défendre une opinion sans être accusé de penser en tout point (y compris dans l’argumentation) de la même façon que ceux qui aboutissent à la même conclusion, par des biais parfois radicalement différents.
Comme s’il n’était pas possible d’arriver à la même conclusion avec des arguments et un raisonnement pourtant parfois très différents.
Pire qu’une mode, la caricature est devenue un art de vivre, et le détournement des propos une habitude que personne ne songe à dénoncer.
Je suis extrêmement agacée par ça, et ahurie par le mépris qui se déverse si facilement. Je ne supporte plus le manque de respect qui préside à tout débat d’idée, ni la déformation des propos que l’on porte, et encore moins les intentions qui nous sont prêtées, là où elles n’existent pas.
Pourtant, il me paraît assez clair que la science et l’informatique souffrent des mêmes problématiques que l’agriculture et la santé: un besoin urgent d’ajuster les principes qui régissent nos sociétés, voire une remise à plat raisonnable du système; à ceci près que s’il est nécessaire de se montrer binaire en science et en informatique, il est tout aussi nécessaire de ne pas l’être de trop concernant le vivant.
Les plus grands scientifiques restent raisonnables et pragmatiques, certains d’entre eux, et non des moindres, sont même croyants; les plus grands humanistes, tenants du vivant, ne nient pas l’apport des sciences, et l’intègrent à leur philosophie.
Pourquoi le commun des mortels est-il incapable d’en faire autant?