Ce n’est que maintenant que le manque se manifeste pleinement. Jusqu’à présent j’ai été très occupée, notamment à rationaliser, ainsi qu’à me faire violence pour ne rien laisser paraître.
Aujourd’hui, je n’y arrive plus.
Ce n’est que maintenant que le manque se manifeste pleinement. Jusqu’à présent j’ai été très occupée, notamment à rationaliser, ainsi qu’à me faire violence pour ne rien laisser paraître.
Aujourd’hui, je n’y arrive plus.
Zut Chirac est mort… la série Brexit va être mise en veilleuse 😦
Ce matin en me levant -le premier matin sans le chien à la maison-, Ô surprise, j’ai trouvé un lapin, dans mon jardin. Là, à deux mètres devant la porte-fenêtre de ma chambre. Pendant quelques secondes, j’ai douté, je me suis dit que c’était peut-être une hallucination. Mais visiblement, non. Ou alors le chat en avait une aussi.
Le chat était sur les marches et semblait l’accepter, le regarder avec la tête inclinée, semblant marquer de la curiosité ou de la surprise; presque vouloir communiquer? Ne pas le poursuivre en tout cas.
Dans ce jardin, j’ai vu des chats, des hérissons, des pies, des essaims d’abeille, des mulots et même un rat une fois, mais un lapin, jamais!
A midi je pensais qu’il avait disparu, mais cet après-midi, il est toujours là. Il ne ressemble pas du tout à ceux après lesquels le chien aimait courir (sans jamais les attraper!): il est noir /gris / blanc là où les autres sont marrons et blancs.
Il est bien possible qu’il était déjà là, le soir de la mort du chien: j’ai entendu des bruits curieux dans le jardin, alors que j’étais couchée, et je me suis dit: « ça ne peut pas être le chien, il est enterré au fond du jardin. Le chat non plus, il est sur le lit. Les hérissons ne font pas ce bruit-là, et les autres chats ne font pas de bruit du tout. Alors, c’est le chien? Ce n’est pas le chien, ça ne peut pas être lui, ce n’est pas lui; on dirait que ça pourrait être lui, mais ce n’est pas lui, ce n’est pas possible », me répétais-je comme une litanie. Mais je n’ai pas cherché à en savoir davantage, ça ne m’intéressait pas. Tout ce qui comptait, c’est que ce n’était pas le chien, ça ne pouvait pas.
La vie, à nouveau?
J’aurais des pages entières à écrire, au sujet de mon chien. Je ne le ferai peut-être jamais, je n’en ai pas le courage. Il faudra quand même que je me fende d’une ou deux anecdotes, concernant sa mort (en particulier, l’histoire de la figue).
Je l’aimais, et je me sens nourrie de lui, comme j’espère l’avoir nourri, au sens figuré cette fois. Je me sens un peu ridicule à dire ça, mais il est très probablement la plus belle chose qui me soit jamais arrivée. Il a farouchement participé à ma construction, alors que j’étais en échec. C’est étonnant, une douleur avec des aspects positifs: même mort, il me fait découvrir des choses.
Et ce lapin m’intrigue.
Pendant ces deux jours atroces, j’ai été très entourée. J’ai une chance immense.
Cela n’enlève évidemment rien à la douleur, mais c’est réconfortant, ça aide à prendre les décisions, à comprendre la situation, en particulier pour moi à sortir du déni (qui a duré quelques heures), à être rasséréné une fois les décisions prises. Je n’imaginais pas que la douleur serait si forte. Ou plutôt si, mais sans y parvenir tout à fait: je me doutais que ce serait très dur. Mais je ne suis pas impressionnée: j’ai tellement souffert, dans ma tête, toute seule comme une grande, sans personne pour m’aider, que cela ne m’impressionne plus. ça fait juste atrocement mal, c’est tout. Et pour une fois, j’ai (presque) une bonne raison d’avoir mal.
Le vendredi 20, il mourait tranquillement sur le lit, après deux injections par une vétérinaire super (hormis qu’elle est arrivée avec une heure de retard -urgence à parer-, ce qui a provoqué quelques pics d’angoisse, auxquels j’avais à peu près réussi à échapper pourtant).
J’ai raté son dernier souffle, mais pas ses derniers battements de coeur qui sont devenus toujours plus faibles, jusqu’à ce qu’on ne les entende plus. Je l’enterrais immédiatement après, seule, après avoir déposé sur son linceul sa médaille de sociabilité et une bouteille en verre avec un mot doux, quelques uns de ses poils, et quelques uns de mes cheveux. Le mélange des deux nous caractérisait vraiment: la maison, l’aspirateur et les roues de ma chaise de bureau en ont terriblement souffert.
A l’exception de quelques affaires, j’ai jeté ou donné l’ensemble de ce qui lui appartenait. Je ne supportais pas de voir ses tapis, ses jouets, ses gamelles: il n’était plus là, il fallait que je m’imprègne de ce vide. L’après-midi, une amie m’aidait à faire mon sac, le samedi 21 je partais en week-end prolongé: je ne pouvais pas rester là, seule, sans lui, il fallait que je parte: les circonstances m’ont beaucoup aidée. Je le répète: j’ai une immense chance.
Je suis rentrée mardi soir, tard, très fatiguée. Je travaillais ce matin seulement, et heureusement car je suis tombée malade. Je ne sais pas comment j’ai tenu toute la matinée, et là, je suis dans un état épouvantable: fièvre (presque 39°, ce qui est exceptionnel chez moi), poumons pris, etc. J’ai des obligations qui m’attendent, mais demain seulement.
Demain est un autre jour.
Le dimanche 15 septembre, je voyais que mon chien allait mal. Je n’étais pas chez moi, et je devais rentrer le mardi 17 au soir. Je décidai d’avancer mon départ au lundi car son état ne s’améliorait pas: pour lui faire reprendre un traitement que j’avais arrêté, croyant qu’il allait mieux ces derniers temps. Le traitement ne semblait plus l’aider du tout, de sorte que le mercredi 18 au matin, j’allais consulter le vétérinaire qui m’annonçait la terrible nouvelle. Il me l’a montrée, sur l’échographie: la taille d’une balle et demi de tennis, cachée sous ses côtes. Je l’ai souvent caressé à cet endroit, je n’ai jamais rien senti. Culpabilité, encore.
Question idiote, sous le coup de l’émotion: « mais… comment il a attrapé ça? » Le véto: « vous me demandez comment on attrape un cancer »?
Je lui ai posé la question qu’il fallait: il en a pour combien de temps? Quelques semaines. Dans ma tête, donc, il allait mourir dans quelques semaines, pas avant. Erreur, évidemment: ce pouvait être n’importe quand. Il m’a fallu plus d’une demi-journée pour le réaliser.
Il était possible d’envisager une opération d’urgence à laquelle il ne survivrait peut-être pas, pour lui donner, au mieux, quelques mois supplémentaires. Il est épuisé, les nutriments ne se fixent plus, mais il ne souffre pas particulièrement, a-t-il ajouté.
L’après-midi, dans d’atroces tourments, il me semblait qu’à son âge, il fallait l’euthanasier, puisque les animaux ont le privilège de disposer de cette option. Une opération? Non, quelle idée… Je refusais de lui infliger un tel stress: il a toujours été une boule de nerfs, inquiet de nature (le sketch pour le faire marcher dans une petite flaque d’eau quand il avait un et demi!), on s’était bien trouvés pour ça, et je n’y suis pour rien: il était déjà comme ça avant que je ne le rencontre. Nous nous sommes mutuellement calmés, par la suite. Je refusais de le voir mourir ailleurs que dans son chez lui douillet, et il me semblait assez clair que ça ne lui convenait pas non plus. Et puis j’avais besoin d’être seule avec lui pour ses derniers instants. Et puisque nous en avions la possibilité… je n’allais pas nous en priver!
Puis la question s’est posée de savoir quand. Celle-là fut particulièrement compliquée, en raison de l’agenda déjà rempli et des paramètres à prendre en compte. Je n’entrerai pas dans le détail, mais au terme de très longues et ignobles tergiversations, le plus vite semblait le mieux.
On m’a proposé le jeudi 19 au matin, ce n’était pas possible pour moi: trop tôt; je ne sais pas pour lui, je n’arrive pas à savoir. Mais pour moi c’était trop tôt, il fallait que je me fasse à l’idée, quitte à souffrir plus longtemps de « l’attente ». Je voulais qu’il profite jusqu’au bout de ce qu’il pouvait encore, puisque j’avais du temps pour lui. Il fallait que je l’aime encore un peu. Des amis sont venus m’aider à creuser un trou. Parce qu’il appartient à ce jardin. Il voulait se joindre à nous, mais j’ai refusé: c’est la dernière chose que je lui ai refusée (avec la poursuite de la promenade de mercredi soir pour cause de type louche, ce qui n’était jamais arrivé en 12 ans). Pour le reste, il a eu tout ce qu’il voulait: les câlins des copains, les promenades, la viande quand il en a eu envie, et je le faisais boire à la pipette, lorsque je sentais qu’il n’avait pas le courage de se lever. Car les promenades l’ont évidemment exténué, même s’il était le premier à vouloir y aller, et le dernier à vouloir rentrer: il est resté jusqu’à ce que, de lui-même, il comprenne qu’il fallait rentrer: il peinait à avancer. Heureusement, la voiture était à 50 mètres. Je lui avais recommandé de bien doser son effort, pour qu’il ne soit fatigué que près de la voiture.
Il était 1h41 du matin.
C’était mon premier animal de compagnie. Arrivée dans cette petite maison en 2006, avec ce petit jardin, je me suis dit qu’il manquait un chien ici. Deux ans plus tard, il ne manquait plus: il était là, il avait déjà un an, avait été maltraité (j’ignore à quel point), et profitait de cet espace, qui n’était pas encore assez grand pour lui.
Bien que je le promenais régulièrement dans les bois, il m’en a fait voir de toutes les couleurs, et fuguait de la maison (mais revenait des promenades). C’était surtout quand j’étais asthénique, mais pas seulement. Se sont posées les premières questions existentielles: le faire castrer? Je n’ai pas voulu. Si c’était à refaire, je le ferais.
Je lui suis très reconnaissante de nos promenades dans les bois. Il les adorait, et ce qui était une contrainte à la base pour moi, est devenu un réel plaisir. Il était assez agité, mais avec un caractère formidable. J’avais fait des concessions à ses désaccords marqués, et inversement; je crois que nous nous entendions bien.
Depuis six mois environ, son appétit avait changé. En particulier au mois d’avril, pendant une dizaine de jours: il a refusé une magnifique patte de cochon que je lui avais apportée, alors qu’il n’avait pas encore mangé ce jour là.
Puis à nouveau au mois de juin, où j’appris qu’il faisait de l’insuffisance rénale: c’est normal m’a-t-on dit, c’est un vieux chien (il avait 12 ans), il faut adapter sa nourriture, et son appétit va fluctuer.
Qui plus est, je découvrais en juillet qu’il avait un abcès, que j’ai bien soigné de façon naturelle -sous la surveillance d’un vétérinaire- et qui a totalement disparu. Son appétit en revanche, c’était compliqué: je lui ai concocté un nombre incalculable de plats, sur les conseils des vétérinaires, mais son appétit restait très irrégulier. Je n’ai pas compris que cela signifiait autre chose, j’étais persuadée que c’est parce que je ne me donnais pas assez de mal, malgré tout le temps que cela me prenait. Il faut dire que je n’ai jamais su cuisiner… même pour moi. A ce point que j’en étais rendue, à un moment, à manger la même chose que lui, avec moins de viande, histoire de me nourrir correctement, et, qui sait? Le motiver à manger.
Mais pendant que je m’évertuais à soigner son abcès et lui concocter des petits plats, il développait une tumeur de la rate.
Typiquement humain…?
En regardant le reportage diffusé il y a quelques heures sur Arte, consacré à une énorme société d’investissements – dont le but assumé est donc de générer un profit maximum pour ses clients -, on pouvait voir un très haut responsable déclarer, le plus sérieusement du monde, que cette société pouvait très bien conseiller les Etats et les grosses multinationales (être donc détentrice de données secrètes et sensibles les concernant), et en même temps, choisir ses investissements de façon complètement neutre. Genre.
J’étais tellement surprise que j’ai ri.
Depuis très longtemps, il me semble que la société dans laquelle nous vivons marche sur la tête, mais j’oublie / redécouvre toujours jusqu’où ça peut aller.
Naïveté, ou cynisme…?
Plutôt du déni à mon sens… mais costaud.
Bien que je n’aie généralement nullement besoin de quoi que ce soit pour pleurer, il se trouve que je regarde régulièrement des séries, comme une majorité d’occidentaux.
Certaines d’entre elles sont de véritables machines à pleurer. J’ai beau me dire que certaines scènes ne sont là que pour nous tirer les larmes, je n’y résiste pas pour autant! A moins que ce ne soit véritablement trop appuyé dans le jeu des acteurs, auquel cas tout se verrouille, et n’occasionne qu’un haussement d’épaule mental.
Ceci étant, cela dépend très certainement de l’état psychique général du moment.
Pour ce qui me concerne, aujourd’hui, c’est impressionnant: j’ai des larmes au moins toutes les dix minutes, quand ce n’est pas davantage. Et il se trouve que je suis trop fatiguée pour avoir la force de faire autre chose.
Ce qui signifie que je devrais au moins faire une pause! … Et aller faire des courses, par exemple.
Ce néologisme a-t-il été raisonnablement choisi?
Je me garderai de souligner une corrélation entre la réponse qui me paraît adaptée et le fait que ce sont essentiellement les journalistes [féministes?], qui s’en sont emparé, visiblement sans prendre la peine de demander leur avis à ceux qui parlent le français.
Féminicide, du suffixe « -cide » (du latin cædere = tuer), et de « féminin »: qui appartient au sexe apte à produire des ovules; qui appartient en propre à la femme, qui est considéré comme spécifique de la femme, que l’on rencontre habituellement chez la femme (source: https://www.cnrtl.fr/definition/féminin).
… qui n’est donc pas la femme, d’une part.
Mais surtout, d’autre part, qui représente très mal la réalité de la situation.
Je présume que « meurtre conjugal » ne faisait pas suffisamment ressortir le fait qu’une très grande majorité de femmes étaient concernées, ni l’injustice de leur condition générale, que je ne nie pas. C’est pourtant l’expression qui devrait être consacrée.
Et d’ailleurs, je m’interroge: comment doit-on qualifier l’homme qui tombe sous les coups de sa femme, suite à des violences conjugales?
Car cela existe: https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2015/04/10/hommes-battus-des-chiffres-pour-comprendre-une-realite-meconnue_4613224_4355770.html
Je doute que « masculinicide » soit révélateur de leur condition. Corrélativement, l’utilisation du terme « féminicide » a pour conséquence pratique de nier complètement l’existence de meurtres conjugaux sur des hommes. Or ce n’est certainement pas en niant – certes involontairement – ces meurtres, qu’un ordre plus juste apparaîtra pour l’ensemble des victimes.
La cause de ces morts de femmes et d’hommes, ce n’est pas leur genre, mais le caractère de leur compagnon/compagne. Mettre le genre en avant, c’est se fourvoyer sur l’origine du mal.
Les femmes sont bien plus nombreuses à subir ce sort que les hommes, certes. Mais à partir du moment où les deux situations sont possibles, cela démontre ipso facto que le genre n’est pas en cause.
Il me paraît urgent d’utiliser un vocabulaire plus approprié. Il en va, à mes yeux, de la cause féministe!
J’ai très probablement déjà parlé de lui, ici même, par le passé (mais je n’ai pas retrouvé le billet auquel je songe… il n’a peut-être jamais été écrit, et resté dans ma tête?). Je n’irai pas jusqu’à dire que j’aimerais avoir des dents pourries pour le voir davantage, mais j’étais ravie, aujourd’hui, de retrouver mon dentiste; après presque 4 ans!
Il faut dire que les circonstances de notre rencontre sont un peu particulières. Elles remontent à 1990, je crois. Alors que, suite à une soirée où m’avait invitée une copine, j’étais restée dormir sur place, ses copains et lui avaient pris la peine de nous chanter une berceuse. Ils étaient un peu saouls, mais saouls-gentils-et-drôles. Je les avais trouvés très mignons et très respectueux, ce qui n’ était pas si fréquent rare. J’en étais ressortie enchantée, et presque réconciliée avec la gente masculine.
Il se trouve que cet enchantement n’a jamais cessé, depuis.
Quelques années plus tard, alors que nous ne nous étions jamais revus et que ma dentiste prenait sa retraite, je m’étais tournée vers son cabinet. Depuis, chaque fois que j’y vais, en moyenne tous les deux ou trois ans, même si je sens une carie et que j’ai peur des manipulations à venir, c’est un plaisir de m’y rendre!
Il est resté aussi doux et délicat que lors de cette première soirée, et c’est un plaisir certes peu fréquent, mais sans cesse renouvelé.
J’ai beaucoup de chance.