Le lapin a disparu.

A la réflexion, si, il s’est passé quelque chose début décembre, outre les tracas administratifs que j’affronte, les collaborations rétributives qui s’espacent, et les narcissismes que je supporte: le lapin a disparu.

Celui-là même qui avait réussi une miraculeuse transition entre la mort du chien et la vie. Celui qui me faisait dire avec un triste amusement que mon chien s’était transformé en lapin, tellement il était apparu tout de suite après sa mort. Comme s’il me veillait, parce qu’il me savait triste.

Début décembre, je suis partie quelque jours avec une copine. J’ai laissé ma maison à des personnes qui avaient besoin d’un logement. En partant, j’ai prévenu mes voisins chéris, et je leur ai parlé du lapin. Ils m’ont dit qu’ils l’avaient vu dans leur jardin l’autre jour « alors que le chien [ndlr: le leur] était dans le garage ». Le chien, c’est un berger allemand. Je me suis dit que ce lapin n’en avait sans doute plus pour longtemps, s’il venait dans ce jardin là, et qu’il était d’ailleurs étonnant qu’il ait échappé à son triste de sort pendant deux mois.

En tout cas, à mon retour de vacances, il n’était plus là, et je ne l’ai plus jamais revu.

Je crois que je le pleure un peu aussi. Il me faisait du bien, ce lapin.

Mon chien me manque.

Aujourd’hui, on m’a dit que j’avais l’air fatiguée depuis environ deux ou trois mois, que j’avais l’air d’avoir changé. J’ai réalisé que ça correspondait au moment de la mort de mon chien.

Je me suis demandé s’il avait réellement perçu quelque chose, ou bien s’il savait que mon chien était mort. Car dans mon entourage, rares sont ceux qui le croient encore vivant.

Moi, j’ai pas eu l’impression d’avoir changé depuis ce jour. Je sens que je « descends » depuis début décembre seulement, environ. Comme si c’était juste une question de similarité des mots.

J’ai rêvé d’un chien cette nuit, un chien super chouette, qui ressemblait au mien et qui était à moitié lui, mais pas tout à fait. ça me faisait du bien d’interagir avec lui; puis je me rendais compte qu’il n’était plus mien, qu’il ne l’avait peut-être jamais été, et il partait avec d’autres. Je me sentais un peu triste.

Cette tristesse s’est traduite par des larmes, ce soir, alors que j’écoutais le vent dans les arbres, là où, de son temps, je me promenais avec lui. Je venais de quitter la soirée à laquelle j’avais été conviée, sans rien dire à personne. Je n’en pouvais plus de faire semblant.

J’avais envie de m’enfoncer dans la forêt et dans le vent, mais je n’avais pas les chaussures adéquates, ni le courage d’aller les chausser, alors qu’elles se trouvaient dans la voiture, pas si loin. Pour lui, je le faisais. Le jeu en valait la chandelle: il était tellement heureux d’aller courir, sentir, revenir, repartir. ça valait la peine de s’enquiquiner un peu. Moi, j’aurais fait quoi? écouter le vent? pleurer?

Quel intérêt d’aller chausser des bottes pour ça?

Il me manque.

Remise à jour.

Il y a quelques semaines, j’avais décidé, chaque fois que je poste un billet, de republier celui que j’avais posté il y a dix ans, si toutefois il y en avait un à la même date. Je trouvais cette idée amusante.

Elle a pour conséquence qu’une part importante de ces vieux billets restent dans l’ombre. Mais surtout, étant d’une irrégularité crasse, je suis incapable de m’astreindre de façon systématique à cet exercice.

Maintenant que je l’ai compris, je n’arrive pas à me décider:

– dois-je continuer à le faire, même de façon irrégulière?

– ou vaut-il mieux que je laisse tomber ce procédé, et que je vire ceux que j’avais fait ressurgir pour les remettre au placard?

Ah, le doute…

 

Comment lui dire…?

Par email, ma mère nous a envoyé ce petit mot (parmi d’autres choses): « Si chacun de vous est en forme et heureux, ça me va. »

Comment lui dire que ça n’est jamais arrivé et que ça n’arrivera jamais…?

Ce n’est juste pas possible de l’exprimer; inaudible car trop cruel. C’est d’ailleurs à peine croyable que je l’aie compris, sans être mère. Peut-être parce que je me suis heurtée si souvent à sa surdité.

On peut dire qu’on n’est pas bien quand on est enfant, exprimer du mal-être. Mais si le parent ne l’entend pas et/ou ne peut rien y faire, et que cet état s’est installé puis pérennisé, a-t-on le droit, en tant qu’adulte, de le dire encore? Quelles conséquences pour quel intérêt? Dévastatrices pour aucun.

J’ai parfois un doute: ai-je bien compris?

Si une mère passe par là…

De victime à bourreau.

C’est la deuxième fois que je fais un cauchemar où je suis un bourreau. Le premier remonte maintenant à quelques mois, je crois. Je tuais un inconnu, d’une balle de revolver, si ma mémoire est bonne. Ça m’a beaucoup perturbée.

Je me plaignais de mes immondes cauchemars à l’époque où j’en faisais beaucoup. Manifestement, ils ne seront jamais pires que ceux où je suis un bourreau. C’est pas seulement très douloureux, c’est complètement insupportable.

C’est bien plus atroce que d’être victime, je trouve. Contrairement à ce que m’a démontré une psy, un jour, avec une logique implacable: l’idée était qu’accepter d’être victime conduisait en tout état de cause à être un bourreau. Son propre bourreau.

Certes. Mais on éprouve quand même beaucoup moins de culpabilité, lui avais-je répondu.

Ce cauchemar a fait suite à une réflexion, bien réelle, que j’ai reçue d’une personne que j’aime pourtant beaucoup. Je la sais très angoissée, mais je lui ai néanmoins demandé de ne pas utiliser la cuisine le lendemain matin (et donc de s’y préparer), car je comptais y faire le ménage le soir même, et nous devions ensuite quitter la maison dans laquelle je l’avais invitée, mais qui ne m’appartient pas. Comme je sais qu’elle tient beaucoup à son petit déjeuner, je lui ai proposé deux solutions de rechange: l’emmener le prendre dans un café -mais je sais que, bien que ça lui arrive, elle n’aime pas sortir-, ou aller le lui chercher à l’extérieur pour le prendre dans une autre pièce; à mes frais.

Après avoir tenté de me faire changer d’avis, elle m’a répondu textuellement: « Mais c’est hyper violent ce que tu me demandes! ». J’ai beau compatir à ses angoisses, j’ai quand même accusé le coup.

La nuit même (mardi soir), à peu de choses près, je rêvais que je massacrais un chien à coups de pelle. J’ai beau avoir conscience que ce n’est qu’un rêve, cette idée m’est insupportable.