Ma kiné est un ange.

A titre vraiment exceptionnel, elle a annulé ses rendez-vous il y a une dizaine de jours. Habituellement, nous avons un rythme bimensuel: toujours le même jour, toujours la même heure, une semaine sur deux. Cette régularité me rassure. Du fait de son absence exceptionnelle, son secrétariat a envoyé un mot aux personnes concernées, pour les inviter à reprendre rendez-vous, en appelant le secrétariat.

Moi, appeler le secrétariat, c’est blocage. Je le lui avais dit, il y a longtemps, que j’avais du mal à téléphoner, a fortiori son secrétariat qui n’est pas des plus compréhensifs. Elle sait que j’ai une fâcheuse tendance à me laisser aller. Je crois qu’elle sait aussi que nos rendez-vous me sont précieux.

Elle vient de m’appeler, à l’instant, parce qu’elle se rappelait de tout ça. Elle m’a gardé mon créneau. Elle est incroyable.

J’étais en train de pleurer, parce que je ne vais pas bien en ce moment. ça n’enlève pas mon mal-être, mais ça me touche beaucoup; elle m’a même redonné le sourire. Et peut-être un peu d’énergie pour ne pas me laisser déborder…?

Elle est vraiment super!

Petit cadeau.

En rentrant chez moi en voiture, fatiguée, entendant des absurdités à la radio, j’ai eu la bonne idée de changer de station.

Ô joie, j’ai entendu « Mandela day » des Simple Minds.

Pour une raison qui m’échappe tout à fait, cette chanson m’évoque le voyage. Le large. La liberté. La découverte. Avec le plaisir et la satisfaction qui y sont associés. Et j’apprécie tout particulièrement de l’écouter en conduisant. (Je crois d’ailleurs l’avoir déjà évoqué ici même, il y a quelques années).

Je n’ai quand même pas réussi à recontacter la sensation qui devrait être associée à ces concepts. Je reste éternellement enclavée. Mais un plaisir intellectuel s’est fait jour: je me suis dit que la vie me faisait un petit cadeau.

Je n’ai pourtant aucun souvenir précis, ni même le souvenir d’un éventuel souvenir. J’en ai conclu que j’avais avantageusement rêvassé, un jour, en l’écoutant.

Un petit cadeau, ça ne se refuse pas.

J’ai quand même pris une gifle lorsque l’animateur a parlé d’il « y a 30 ans ». Je me suis dit qu’il se trompait, tout en ne comprenant pas bien comment c’était possible. Mais mon esprit est passé à autre chose.

Là, en écrivant, je réalise que c’était bien il y a 30 ans, quand j’étais au lycée, et que j’étais amoureuse.

Stupeur.

Peu importe. Je suis ravie de l’avoir entendue, à ce moment précis.

Amputons donc! What else?

Au fil de mes curiosités, je découvre des comportements qui me paraissent toujours plus surprenants les uns que les autres.

Cette fois dans un cours en ligne, l’histoire (très résumée) de Henry Molaison, un pauvre bougre qui souffrait, en 1953, d’épilepsie incurable avec les techniques médicales connues de l’époque.

Alors un neurochirurgien du nom de Scoville a réalisé une « exérèse bilatérale », c’est-à-dire en gros qu’il lui a amputé le cerveau de deux de ses lobes (les « temporaux médians »).

Voilà l’effet que ça me fait: « ah? vous avez une jambe qui vrille, ce qui a pour conséquence que vous vous cassez la figure souvent? Ok, on va vous l’enlever: comme ça, vous serez sûr de ne plus pouvoir marcher, et vous ne pourrez donc plus tomber!« .

Je suppose que les choses étaient plus subtiles; et je n’oublie pas qu’il est toujours délicat de juger les situations d’une époque à une autre époque. Je n’ai rien trouvé, d’ailleurs, concernant le consentement qu’avait pu donner le fameux patient HM pour cette ablation.

Mais quand même, ça fait réfléchir…