Cherchez l’erreur.

Depuis le début de l’épidémie de covid-19, on apprend peu à peu que probablement moins de 15% de la population française l’aurait contractée.

On apprend également que bon nombre de cas -sans en connaître la proportion- restent asymptomatiques.

J’ai pourtant environ 30% de mes connaissances qui en ont eu les symptômes et supposent l’avoir contractée.

 

 

Ne jamais s’ennuyer.

Je ne m’ennuie jamais, et ça m’ennuie beaucoup.

Je suis prise dans les multiples toiles d’araignée formées par mes connexions neuronales, qui ne me laissent que bien peu de liberté. Je me sens contrainte de partout, comme si chaque route finissait en cul-de-sac, ou se retrouvait sur une autre déjà connue, perpétuant des circuits, jamais tout à fait les mêmes, mais jamais très différents.

Alors je ne m’ennuie jamais. Je trace en permanence, dans ma tête. Les idées d’initiatives ne manquent pas. Mais quasiment toujours, il y aura un obstacle à leur mise en oeuvre: le doute, le manque de confiance, l’incompétence, la peur de l’autre, de son rejet, de ses jugements, la peur de provoquer des réactions en chaîne épuisantes ou humiliantes, et surtout l’absence d’envie.

Qui plus est, mes multiples toiles d’araignée viennent se greffer sur celle, immense, d’internet, qui ne fait que démultiplier le phénomène. Régulièrement, je m’oblige à me déconnecter pour tenter de me contraindre à l’ennui. Mais il reste la boîte à images et la boîte à sons, toujours en production elles aussi. Jamais taries.

Je ne m’ennuie jamais assez pour laisser s’éveiller d’autres désirs. Encore moins pour me donner la force de mettre en oeuvre ce que toute personne normale met en oeuvre au quotidien. Parce qu’elle en a envie.

En cela, le confinement ne modifie en rien mon fonctionnement. Je fais tout comme ça vient, sans réelle envie. Mes désirs de revoir la forêt ou la mer s’estompent peu à peu, celui de voir des gens se satisfait avec de moins en moins d’interactions sociales.

L’esprit s’habitue à bien des choses…

De la (non) discrimination.

Autant je peux admettre, dans la situation actuelle, qu’on oblige les porteurs de virus avérés à être confinés, autant j’aurais été triste de n’imposer ce confinement qu’aux personnes âgées ou à risque.

Je n’en fais pourtant pas partie.

La décision n’a pas encore été prise, mais j’ai lu ceci : « la France « ne souhaite pas de discrimination » des personnes âgées ou fragiles dans le déconfinement progressif ».

Ouf, me voilà rassurée.

Des êtres de chair et d’os.

Depuis le début du confinement, je ne souffre pas tant que ça de la solitude. Entre les réseaux sociaux et le téléphone, je ne suis pas seule. Je souffre plutôt du manque de grands espaces. Et ces derniers jours, je découvre ce que peut représenter le manque de se trouver en présence d’un congénère, en chair et en os, pour un échange moins bref que l’achat de victuailles.

Je commençais à en souffrir lourdement.

Ce soir, je me suis décidée à sortir de mon jardin, faire quelques pas dans la rue, pour humer l’air du soir et écouter le silence. J’ai eu la chance de croiser deux de mes voisins, l’un après l’autre. On a bavardé une quinzaine de minutes, en conservant nos distances.

Je ne sais pas pour combien de temps, mais je me sens beaucoup mieux après cet échange resté pourtant assez superficiel. Je n’ai pas de mots pour décrire ce que c’est venu changer en moi. C’est étonnant.

Comme si on m’avait insufflé de la vie.

Atteinte.

Depuis le début du confinement, j’allais bien. Et même très bien. Jusqu’à la fin de la semaine dernière.

Les choses se sont peu à peu fissurées. J’ai cette horrible impression que la plupart de mes connaissances, comme certains de mes amis, deviennent un peu fous. Je me suis bien sûr demandé si ce n’était pas moi, qui devenait (à nouveau) folle. Apparemment pas trop, non. Je pensais que c’étaient des cas isolés à l’origine, mais c’est visiblement très répandu, cette peur panique du virus qui engendre des comportements étranges, et des condamnations aussi hâtives que sévères. ça finit par m’atteindre sans que je ne parvienne plus à lutter: trop peu de gens restent raisonnables et sereins, ce qui au fond, est normal.

J’ai tenté de joindre le docteur Latête en début de semaine, car je sens que l’angoisse du jugement et du comportement des autres monte, et que mon état fluctue. Le point de départ de ce tangage a été le coup de fil d’un de mes plus vieux amis vendredi dernier, devenu hypocondriaque pour l’occasion. Il semble avoir perdu une partie de sa raison; je ne l’avais jamais vu dans cet état. Depuis, d’autres lui ont emboîté le pas.

Je n’ai donc aucun dérivatif: pas de psy, pas de promenade en forêt, pas de nage, pas de chien, pas d’amoureux, et la moitié de mes amis qui perdent la tête. Il reste l’autre moitié et mon chat, heureusement; mais ce n’est pas suffisant.

Je n’avais pas jugé utile jusqu’à présent de reprendre mes fleurs de bach (voilà trois semaines que mes flacons sont vides), car je me sentais sereine et solide: je n’étais plus obligée de sortir, sans avoir à en culpabiliser, et j’avais trouvé des activités intéressantes et structurées. Bref, une vie presqu’équilibrée, émotionnellement stable, en tout cas.

Aujourd’hui pourtant, j’ai compris qu’il fallait que j’agisse vite, que j’allais trébucher et chuter; j’ai appelé le médecin. La visioréunion a rencontré des obstacles techniques, doublé d’obstacles humains. J’ai dû attendre, contrairement à ce qui venait de m’être annoncé, et c’est à ce moment précis que j’ai chuté.

Comme souvent dans les cas que je qualifie d’ « impossibles » techniques ou administratifs, une espèce de désespoir m’a envahie de façon fulgurante, un peu comme on sent monter de l’adrénaline. Aussi violent, aussi incontrôlable; mais exclusivement composé de colère et de désespoir. Zéro potentiel positif. Juste une force destructrice, et immensément puissante.

J’ai failli abandonner, insulter, supprimer mon compte. Là, vite, dans l’instant.

Puis j’ai pu voir le médecin, face à qui j’ai à nouveau éclaté en sanglots en m’excusant. Elle a dit et fait ce qu’il fallait, a accepté de m’écouter un peu parler.

J’ai pris un calmant, mais je m’inquiète. Pas d’être désespérée, pas encore. Le désespoir ponctuel est reparti.

Je m’inquiète juste d’avoir totalement perdu le fragile enchantement que j’avais rencontré, et d’avoir à nouveau, dans un futur plus ou moins proche, à lutter contre la Chose.

Des rouleaux de PQ.

Depuis toujours, et en l’occurrence depuis plus de six mois, je « collectionne » les restes de rouleaux de PQ: chaque fois qu’un rouleau se termine, je le jette dans un sac en plastique… qui reste dans la pièce idoine. Par flemme. Jusqu’à ce qu’il déborde… comme c’est très bientôt le cas.

Seulement voilà: avec tout ce que j’ai entendu dire au sujet des réserves de PQ faites par des individus depuis le début du confinement, je n’ose pas jeter tous mes rouleaux d’un coup.

Non, Messieurs les Éboueurs, je ne fais pas partie de ces gens stressés par le coronavirus qui stockent des pâtes et du PQ! Et qui les utilisent plus souvent que d’habitude.

Je les stocke toute l’année, moi.