Je lui ai présenté un ensemble de trois papiers : l’attestation dûment remplie, la prescription médicale, et la notification de mon statut d’adulte handicapé. Il s’est saisi d’abord de l’attestation sur laquelle j’avais coché « soins ne pouvant être assurés à distance ». Il s’est moqué en disant que : « déjà, ça peut pas être ça ». Pourtant, si j’étais là, c’est parce que j’allais mal, et c’était un moyen thérapeutique non contaminant pour éviter que la situation n’empire franchement ; il m’a donc semblé avoir coché la bonne case malgré le caractère singulier de la situation.
Puis il a regardé les points que j’avais placés devant les deux autres cases qui me semblaient pouvoir être cochées le cas échéant : « déplacement des personnes en situation de handicap » (mais ce n’était pas un déplacement à proprement parler, et mon handicap n’est pas moteur) ou « déplacement lié à la promenade dans la limite d’un kilomètre » (mais c’était à plus d’un kilomètre, et c’était davantage qu’une simple promenade à mes yeux).
« ça non plus… ça non plus. » a-t-il ajouté. Je n’ai pas protesté. Puis il a lu la prescription médicale (qui est assez longue) ; j’ai précisé que j’avais le statut d’adulte handicapé en lui montrant la notification du doigt ; il a à peine jeté un oeil dessus, la prescription semblait lui suffire.
« Ah ben si c’est le médecin qui le dit alors, que voulez-vous que je vous dise… ? bon. », a-t-il décrété non sans me sonder du regard. Je n’étais pas encore au bord des larmes, mais j’avais probablement l’air crispé et inquiet, et commençais à peine à être légèrement soulagée: il a dû y trouver une lueur d’espoir au milieu de plein de choses assez sombres.
Pendant qu’il lisait la prescription, j’ai pu croiser le regard de sa collègue qui ne présentait pas un air réprobateur, ni ne semblait trouver la situation si étrange: comme si elle considérait qu’on m’avait importunée inutilement.
Ils sont repartis doucement, après que je les aies poliment remerciés (de ne pas m’avoir verbalisée) ; il a ajouté : « mais faites attention quand même hein, vous êtes vraiment toute seule ici ». Je n’ai pu m’empêcher de répondre : « précisément, c’est ce qui me fait du bien ».
Mais je n’ai pas réussi à sourire.