Promenade thérapeutique dérogatoire contrôlée (3/4).

Dès que la voiture s’est trouvée hors de ma vue, je me suis mise à pleurer.

Je ne comprendrai jamais cette disproportion majeure entre les situations et mes émotions, et je n’ai toujours pas réglé cette problématique: je ne peux que m’en accommoder.

Je me suis mise à pleurer donc, et à chaque fois que je croyais que ça se calmait, ça repartait de plus belle. J’ai fini par me laisser aller, grimacer, hoqueter, après tout, il n’y avait personne pour me voir. Ça duré jusqu’à ce que j’arrive au sable, pas toujours avec la même intensité.

J’ai alors découvert que je n’étais certainement pas la seule à être venue dans les parages dans la journée. Outre les traces de pas sur la dune qui menait au front de mer, on trouvait de multiples traces de pneus (motos, vélos, et même un véhicule à 4 roues), ainsi que de nombreuses traces de pas sur la grève cette fois, dont certaines avait été effacées par les vagues, après que la marée eut monté, puis commencé à se retirer. Elles avaient donc à peine quelques heures, probablement la fin de matinée, ou entre midi et deux.

Certaines étaient pieds nus, d’autres étaient des traces de semelles. Je n’avais pas l’énergie pour essayer d’imaginer le profil et l’état d’esprit de leurs propriétaires, à leur taille, leur parcours et leurs espacements. En tout cas, je n’ai relevé les traces que d’un seul chien.

Je me suis dit qu’on était complètement transparents, ici, et qu’on ne pouvait se cacher nulle part de toute façon.

Je me suis demandé comment ils auraient justifié leur présence s’ils avaient été contrôlés, et j’ai repensé à une médecin, que je lis parfois sur un forum, qui se disait soulagée d’être en arrêt-maladie pour ne pas avoir à remplir tout un tas d’attestations comme celle dont j’étais possesseure.

Je me suis dit que ce serait de plus en plus difficile d’être en paix sur ce littoral que j’aime tant, du fait qu’il existe désormais tout un tas de véhicules motorisés -et donc bruyants- compatibles avec le sable.

Je me suis dit que, décidément, je trouvais la vie de plus en plus compliquée, et de moins en moins porteuse de choses agréables.