Du réveillon de fin d’année.

Pour le 31 au soir, je n’avais envie de rien et je ne voulais pas sortir pour éviter l’agitation des heureux et des alcoolisés de ce monde. J’avais donc décidé de passer la soirée au coin du feu à bouquiner.

Et puis une copine, que je connais depuis peu et qui hésitait, est finalement venue me rejoindre. On a papoté jusqu’à 1h du matin, alors qu’on se connaît assez peu, au final. Je lui avais fait un petit cadeau car elle avait voulu fêter son anniversaire peu avant les vacances, puis y avait renoncé car dans une passe un peu difficile. J’ai pu le lui offrir ce soir là.

Je crois que, par la suite, je l’ai perturbée avec certains propos au téléphone. Il se trouve que je ne vis visiblement pas dans le même monde qu’elle malgré les atomes crochus que nous nous sommes trouvés le soir du réveillon: j’ai trop les pieds sur terre, malgré mon appétence pour les idéaux bouddhiques, et j’ai peur de l’avoir un peu blessée avec ma façon parfois sarcastique de plaisanter. C’est une autre histoire, qui a eu lieu le 3 janvier.

Après son départ, j’ai papoté avec mon frère par ordinateur interposé jusqu’à un peu plus de 3h environ. Un de mes sujets favoris, je crois: l’opposition, qui me rend triste, entre la science et la croyance: j’aimerais tant que les adeptes de l’une respectent mieux les adeptes de l’autre et inversement.

Je me suis endormie entre 4 et 5h.

(écrit le 8 janvier)

Du jour de Noël.

Le jour de Noël, j’ai condescendu à aller prendre un café avec la famille, après le repas, donc. J’y vais toujours à reculons; rien n’a changé depuis les débuts de ce blog en 2004.

De fait, lorsque je suis arrivée vers 15h30, ma mère s’était déjà fâchée avec tout le monde, et était repartie en colère. J’y ai échappé. Ouf.

Quelle ne fut pas ma surprise lorsqu’ils m’ont dit qu’ils « savaient » que j’allais venir et m’avaient gentiment préparé des cadeaux: d’une part cela fait plusieurs années que je ne viens plus aux repas de noël, et d’autre part, je ne me suis réellement décidée que le matin même, moment où je leur ai envoyé un mot. Eux-mêmes ne m’ont appelée que la veille au soir, aux alentours de 21h pour me faire part de ce qu’ils se réunissaient chez ma tante, ce qui est déjà bien gentil vu que je ne viens pour ainsi dire jamais.

C’est ce que je leur ai fait remarquer, leur exposant mon étonnement. Ils sont restés dubitatifs, et il a fallu que je le leur démontre : la seule fois où j’ai vu la fille de mon cousin, âgée de 4 ans, c’est quand elle était bébé, et ce n’était pas à l’occasion d’une fête de noël. Ils ont bien été obligés d’acquiescer.

Alors je m’interroge: comment une telle confusion est-elle possible? Soit je suis une sorte de fantôme qui rôde malgré mon absence, soit je suis tellement transparente que ma présence leur est à peu près indifférente. Ou alors, ils sont tellement égocentrés qu’ils ne voient pas grand chose d’autre qu’eux-mêmes?

Quoiqu’il en soit, pendant que ma mère se fâchait avec les autres, aux alentours de 14h, j’étais en promenade en forêt, pour me détendre. J’ai eu du mal car les chasseurs étaient très actifs, et j’ai fini par avoir très peur lorsque j’ai vu un faisan s’envoler à vingt mètres de moi. Je n’ai pas osé crier en leur faisant croire que j’étais touchée et blessée, mais cette perspective m’a bien fait rire; je m’en suis voulu de ne pas me sentir assez libre pour ce genre de plaisanterie qui aurait peut-être contribué, qui sait, à leur mettre quelques milligrammes de plomb dans la tête.

Quand même, j’ai eu plus ou moins peur pendant les trois quarts de la promenade qui a duré environ une heure. Non pas de mourir, mais d’être blessée. Je ne me suis donc pas détendue comme je l’aurais souhaité.

Pourtant, même sur le moment, il m’est apparu que ce n’était pas pire qu’un repas en famille.

(écrit le 8 janvier)

Du réveillon de Noël.

Pour noël cette année, j’ai réveillonné avec deux copines jusqu’à trois heures du matin. Aussi bavardes les unes que les autres, on n’a eu aucun mal à passer un moment convivial.

Je m’étais même fendue de ressortir le sapin pour l’occasion, car j’ai eu le sentiment d’un petit air de fête qui m’a fait plaisir. Je ne sais pas si on oublie un jour les premiers plaisirs éprouvés lors des matins de noël, lorsqu’on a eu la chance de les vivre…? J’ai l’impression que non, si je me fie aux différents témoignages que je recueille autour de moi… Je serais curieuse de lire une étude sérieuse sur le sujet.

De même, j’avais fait un feu de cheminée pour le plaisir de la chaleur et la lumière du feu, alors qu’il faisait si peu froid ce soir-là que le chauffage était à peine indispensable.

Ce fut un réveillon façon auberge espagnole puisque je n’ai jamais eu ni l’envie ni la capacité de cuisiner. Clairement en tout cas, j’ai prévu beaucoup trop: il est resté plus de la moitié des victuailles et personne n’a touché à l’énorme plateau de bons fromages que j’avais choisis avec soin, et joliment disposés dans un très grand plat.

Je m’en suis voulu d’être à ce point à côté de la plaque concernant les proportions. J’avais l’impression d’avoir exigé de mes convives un excès de préparations, alors qu’au final, c’est moi qui avait acheté beaucoup trop. Mais j’arrive à me pardonner désormais, quand je commets des erreurs, même si ça me demande encore un bel effort.

Le matin même, j’avais fait un malaise vagal, dû à mon état de santé actuel. Rien de grave, mais épuisant. J’ai bien senti la bascule entre le 23 et le 24, cette fatigue très forte qui m’a assaillie dès le matin, malgré ma volonté d’avoir un semblant de joie de Noël (comme chaque année, d’ailleurs). C’est peut-être ce qui a expliqué mon manque d’appétit?

Malgré une forte diminution de mon énergie, et même si cela ne remplacera jamais la réjouissance d’une famille dans laquelle on se sent bien et qu’on a envie de retrouver, je n’ai pas été empêchée d’être un peu présente à mes amies, et de passer un moment agréable.

Merci à elles.

(écrit le 8 janvier)

La lumière électrique

Il avait tout pour être heureux. Un travail passionnant: ingénieur des eaux et forêts. Une femme jolie, intelligente, hyperactive et optimiste. Quatre beaux enfants. Un grand appartement agréable avec terrasse, un grand jardin en contrebas et même… une boulangerie juste en face!

Nous étions en 1955, et il se sentait triste. Indéfectiblement. Il a commencé à passer ses fins de semaines à ne pas bouger. Sa morale rigide lui interdisait de se plaindre et l’exhortait à s’occuper de sa petite famille. Ce qu’il a fait des années durant. Puis il en est devenu incapable, comme si la vie l’avait quitté tout à fait. Comme s’il était désincarné, comme s’il n’était plus là. L’avait-il déjà été d’ailleurs? Seul le travail, le devoir, la responsabilité le maintenaient debout.

Il avait bien fait quatre enfants, pourtant. La dernière, d’ailleurs, le sollicitait beaucoup et n’a jamais tari d’éloges à son sujet: il avait bien dû être vivant à un moment de sa vie…?

Au bout de quelques temps d’efforts épuisants, il ne parvenait même plus à se rendre à son travail. Son entourage était démuni. Ils s’étaient d’abord un peu mis en colère, lui rappelant ses responsabilités, puis avaient bien tenté de lui faire peur: que pouvaient-ils, sans lui? Ils l’aimaient et avaient envie qu’il soit là.

Rien à faire, il était éteint, tout l’amour qu’il avait n’y pouvait rien. Il bougeait à peine, mangeait à peine.

Il fallait voir un médecin, puis un autre, puis un « spécialiste » qui recommanda ce qui se faisait de mieux à l’époque: l’électroconvulsivothérapie. Un espoir de guérison… temporaire. Et réitéré chaque fois que de besoin.

Depuis que je sais tout ça, je me pose la question: s’il avait pu disposer d’un convecteur temporel, de 2,21 gigawatts, et d’une DeLorean, aurait-il aimé ce qu’il aurait vu, 30, 40, et 50 ans plus tard?

 

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Ce billet est issu d’un atelier d’écriture. Il a été saisi et très légèrement amendé en octobre 2024.

Le thème était: la lumière électrique. La consigne: on peut élargir le thème, ou pas.