Le stress organisationnel.

Chaque mois, j’organise une rencontre dans un café, histoire de se retrouver, bavarder, clore le mois, la semaine et passer aux suivants.

Pour cette fois, il y aura beaucoup plus de monde qu’à l’accoutumée: l’effet du printemps, sans doute. D’habitude, je suis déjà très stressée par la perspective d’être à l’origine de la rencontre: je m’en sens responsable. Mais ça va encore.

Pour cette fois, depuis ce matin, je suis incapable de m’atteler à la moindre tâche.

Du vocabulaire politique actuel.

Suite à la décision du Conseil Constitutionnel vers la mi avril, j’ai l’impression que le vocabulaire utilisé par nos dirigeants a un peu changé: les propos sont moins outranciers.

Le conflit entre la Ligue des droits de l’homme et le ministre de l’intérieur puis la première ministre en a probablement choqué plus d’un, et les aura ramenés à un peu plus de discrétion.

Ce revirement est presque regrettable: la politique de fond reste la même, pendant que les indécis et les affairés se rendorment bien gentiment…

 

 

Déçue par Frédéric Taddéï.

Malgré les rumeurs qui pouvaient courir sur lui, et le fait qu’il était parti sur Russia Today, j’espérais encore qu’il s’agissait d’incompréhension, et que son seul tort était de ne pas épouser servilement les discours ambiants, d’interroger les différents points de vue et conserver coûte que coûte une liberté absolue de parole. Je n’avais pas l’impression qu’il était radical, ou de parti pris, seulement qu’il interrogeait tout, et adoptait un regard le plus neutre possible, qui pouvait être parfois dérangeant.

Aussi étais-je ravie de le voir débarquer sur CNews, bien que le discours ambiant sur cette chaîne me fasse parfois froid dans le dos.

Je n’ai pas vu toutes ses émissions, mais au début, j’ai été surprise de ne pas y voir de débats. Il s’agissait plutôt d’un point de vue d’une personne sur un sujet d’actualité. Soit. Sur une autre émission, plusieurs avis différents s’affrontaient, mais je connaissais mal le sujet et ne pouvait donc avoir une opinion solide sur la qualité du débat.

C’est sur la décision du Conseil Constitutionnel concernant la réforme des retraites que j’ai été extrêmement déçue. Alors qu’il y avait de quoi débattre sur la pertinence de cette décision, en particulier concernant la procédure, étaient invités sur le plateau, deux spécialistes du même avis, là où, sur d’autres chaînes, on trouvait des spécialistes de renom d’avis différents.

Je vais encore essayer de regarder, peut-être est-ce une erreur isolée? Je n’y crois plus beaucoup.

Quelle déception !

 

Des acouphènes.

Les médecins s’accordent à peu près à dire qu’il n’y a rien d’autre à faire que les supporter ou les oublier. Un oto-rhino-laryngologiste m’a même expliqué qu’ils n’existaient pas dès lors qu’on décidait qu’ils n’existent pas. Bien sûr.

Je me suis donc attelée à lire sur le sujet, à la recherche de petits trucs auxquels je n’aurais pas pensé et qui seraient à ma portée. Après avoir entendu ce qui me paraît être une ânerie de la part d’un professionnel, voilà que j’ai l’impression d’en lire une. Je cite: « Le caractère gênant (…) de l’acouphène provient de la façon dont le signal est traité par le cerveau (…). Ce n’est pas tant le son lui-même qui rend l’acouphène difficile à supporter, mais ce que le cerveau en fait. »

« Ce ne sont pas tant les coups que vous prenez sur la tête eux-mêmes qui les rendent difficiles à supporter, mais ce que le cerveau en fait. »

Ou bien: « Ce n’est pas tant la balle que vous avez reçue dans le ventre elle-même qui la rend difficile à supporter, mais ce que le corps en fait ».

La bonne blague.

Alors on est bien d’accord, le cerveau peut peut-être s’arranger pour ne plus le produire, ou ne plus l’entendre, ou faire passer d’autres choses agréables par-dessus, et la solution, s’il en est, réside probablement en cela.

Mais le son en lui-même est par nature pénible et difficile à supporter… Non?

 

Poutine, trrrès grrrand dirrrigeant.

Les rares fois où il ne me glace pas les sangs, Poutine me fait marrer.

Songez-donc. Il attaque l’Ukraine au motif qu’elle s’européanise – euh que dis-je -, qu’elle se nazifie. Et qu’il est essentiel que l’OTAN ne se rapproche pas trop des frontières de la Russie.

En conséquence, voyant que la Russie n’a aucun complexe à étendre son territoire au mépris total des frontières établies (et reconnues par la Russie elle-même), la Finlande prend peur et demande son adhésion à l’OTAN. Qu’elle a obtenu aujourd’hui.

Résultat? La Russie se retrouve avec 1300 km supplémentaire de frontière directe avec l’OTAN.

Tant de génie politique, il frôle mon admiration.

 

Cauchemar vivant.

Cette nuit, mon cauchemar m’a surprise: contrairement à d’habitude, il ne contenait aucun cadavre, et pas de sang. Que des êtres vivants. Enfin, quelques cadavres, mais je ne les voyais pas, je savais seulement qu’ils existaient.

En revanche, il était particulièrement violent. Je m’entends encore en train de hurler à m’en briser les cordes vocales. J’ai eu l’impression que cela durait très longtemps. Plusieurs minutes, peut-être une heure, mis bout-à-bout.

Face à un homme grand, fort et très bien proportionné, chauve, qui voulait me torturer pendant des heures avant de m’achever. Il n’était pas question de viol, seulement de tortures et de méchanceté. Comme il l’avait fait pour d’autres: je n’avais aucun doute sur ses intentions, et sur ses possibles: c’était atroce. Et je m’efforçais de lui échapper, mais il était beaucoup plus fort que moi, et il ne cessait de me rattraper chaque fois que je parvenais à lui échapper.

Je ne vois pas du tout à qui ou quoi ça pourrait correspondre dans ma vie. Il portait un pantalon clair, d’une autre époque, probablement le XIXè siècle. Cela correspond (à environ un siècle près !) à une série que j’ai vue dans la journée, mais seulement pour ce qui concerne l’époque. Pour le reste, je ne vois aucun lien.

Je me rappelle un moment être à deux doigts de lui échapper vraiment, peut-être parce qu’il s’est momentanément calmé, peut-être parce que je suis parvenue à me cacher. J’ai peu de souvenirs. Mais je me rappelle très bien avoir eu la faiblesse de penser qu’il allait ou que ça allait s’arrêter, et, sans cette faiblesse, j’aurais pu lui échapper pour de bon.

Ce sont mes propres cris qui m’ont réveillée. Je n’en pouvais plus de crier et d’avoir peur.

A mon réveil, je me suis maudite d’avoir pu lui faire confiance ne serait-ce qu’une demi-seconde, ou faire confiance à mon destin, je ne sais plus. Je me suis dit qu’il ne fallait pas faire confiance si facilement, et qu’il fallait d’abord et avant tout sauver sa peau. J’ai mis du temps à me remettre. Je crois que cette situation ne voulait pas me lâcher et même douze heures plus tard, elle m’anime encore négativement.

D’ailleurs, lorsque j’ai commencé à me rendormir, j’ai senti que le même rêve recommençait et m’emmenait sournoisement vers le même genre de perspectives. Heureusement j’étais alors encore suffisamment lucide pour m’obliger à me réveiller, et m’enjoindre de diriger mon esprit dans une autre direction.

Je ne me rappelle pas à quoi d’autre j’ai pensé: seulement que j’ai dû le faire à plusieurs reprises avant de sombrer, enfin, dans une nuit moins agitée.

Du piratage de la liberté (par des algorithmes).

On peut rire de tout.

Et notamment de Twitter, le réseau social incontournable. Musk, son président depuis peu, avait vertement critiqué la suppression du compte de Trump. Au nom de la liberté d’expression.

Aujourd’hui, ce fervent défenseur de la liberté d’expression, aura « suspendu définitivement » le compte d’une présidente de parti politique internationale. Joli, non?

On peut y voir l’éternel gouffre entre l’opposant et le gouvernant. Ou y voir twitter qui part en vrille ? Je ne le crois pas, mais ça mérite de s’y pencher, et d’être amendé, le problème n’est pas nouveau, mais il reste grave. Bien évidemment, on est loin de l’importance d’un Trump; mais ça vaut son pesant de cacahuètes (avec toute ma compassion pour la victime de cette mésaventure).

Les faits.

Après s’être un peu lâchée certes, dans un long fil relatant son expérience au sein de son travail (qui mériterait aussi un développement), Florie Marie, présidente du parti pirate, a retrouvé son compte « suspendu de manière définitive« .

Cette suspension est très probablement due à des signalements répétés des personnes visées par ce long fil qui se sont données le mot (car elles sont nombreuses!), couplés à un algorithme probabiliste qui conclut, d’après le nombre de signalements, à une infraction méritant la censure. Je n’y connais pas grand chose, mais c’est ce qu’on peut raisonnablement supposer.

Non seulement ce problème de censure décidée par une entité privée ET automatique sans recours efficace possible (temps, énergie, argent) reste très problématique (et difficile à résoudre), mais encore, cela aurait été décidé, selon twitter, « après un examen minutieux« .

C’te blague.

Car sans aucun scrupule de la part de ses concepteurs, l’algorithme recrache des formules automatiques qui font perdre leurs sens aux mots et aux intentions. Un peu comme la banque qui vous a appliqué des frais de façon manifestement erronée, et qui, dans sa grande mansuétude, par un « geste commercial » vous en accorde le remboursement.

A force de lire ce genre de choses parfaitement déconnectées de la réalité, la conscience a beau nous dire que c’est une formule utilisée de façon automatique donc indistincte et qu’elle ne correspond pas à la situation, une impression reste. Et à force de répétition, cela conduit à déstructurer le langage, et la confiance spontanée.

Un « examen minutieux », en l’espèce, aurait inéluctablement conduit à conclure qu’aucune loi n’avait été enfreinte, ou, dans le pire des cas, que cela ne pouvait être déterminé de façon certaine lors d’une simple lecture, et que cela ne méritait manifestement pas une « suspension définitive » (bel oxymore). Il est manifeste que le compte a été suspendu avant d’avoir été simplement lu, ne serait-ce que rapidement.

Même pas lu → « examen minutieux ».

Et que penser du mot « définitivement »? Car heureusement, le compte « suspendu définitivement » a finalement été rétabli quelques jours plus tard, à force de demandes répétées quotidiennement de la part de sa malheureuse détentrice, mais probablement également parce qu’elle est présidente d’un parti politique à l’international.

Twitter, fidèle à la volonté de son célèbre président, a finalement examiné minutieusement que censurer une présidente de parti politique de façon définitive, ça la foutait carrément mal.

Ouf.

Satyre ou satire?

On a été gâtés ces derniers temps.

Macron dans Pif, Schiappa dans Playboy, Dussopt dans Têtu.

Personnellement, ça ne me pose pas de problème particulier, ni concernant le moment, ni concernant le choix des journaux. C’est certes une belle diversion au regard des problèmes rencontrés dans la société, mais pourquoi pas; c’est de bonne guerre.

Contrairement à la politique de maintien de l’ordre public qui elle, à mes yeux, est de très mauvaise guerre, du genre à aboutir à une vraie, internationale, pour cause d’extrêmes qui arrivent au pouvoir.

D’ailleurs, il me semble avoir entendu dans plusieurs reportages que la politique de maintien de l’ordre était largement décriée, notamment par de nombreux autres pays démocratiques (je n’ai plus les sources, mais je l’ai vu à plusieurs reprises).

Ce qui renvoie à cette représentation de Macron en Hitler et toute la polémique que cela a pu susciter. Cette caricature m’a mise un peu mal à l’aise, mais à part le renvoyer sur les bancs de l’école pour son orthographe calamiteuse (satyrique vs satirique), je ne vois pas exactement quoi reprocher à cet artiste.

Si on ne peut évidemment pas comparer les décisions politiques de Macron à celles d’Hitler, on ne peut pas non plus se contenter de dire que Macron a été élu démocratiquement « alors qu’Hitler était un dictateur« . C’est oublier un peu vite qu’Hitler a été élu démocratiquement aussi, et que tout ce qu’il a mis en place peu à peu était légal au sens juridique du terme, et légitimé par la majorité qui y trouvait toujours une bonne raison, servie sur un plateau et entretenue par les dirigeants, qui conservaient quand même secret tout ce qui pouvait choquer la population.

Ainsi, les Allemands sont passés par le recul progressif (mais légal) des libertés individuelles, par l’utilisation toujours plus légitimée de la force publique, puis par la mise à exécution d’un programme innommable qui n’était pas totalement dévoilé.

Macron est très loin de ce dernier point, dieu merci.

Il reste que ça a commencé de la même façon: recul progressif et légitimé des libertés individuelles, utilisation plus importante et légitimée de la force publique (« regardez, on peut pas faire autrement puisque les manifestants sont méchants »), le tout dans un contexte d’appauvrissement de la majorité de la population, d’augmentation des inégalités, et d’inquiétudes géopolitiques.

Tout cela ne devrait jamais être oublié.