On peut rire de tout.
Et notamment de Twitter, le réseau social incontournable. Musk, son président depuis peu, avait vertement critiqué la suppression du compte de Trump. Au nom de la liberté d’expression.
Aujourd’hui, ce fervent défenseur de la liberté d’expression, aura « suspendu définitivement » le compte d’une présidente de parti politique internationale. Joli, non?
On peut y voir l’éternel gouffre entre l’opposant et le gouvernant. Ou y voir twitter qui part en vrille ? Je ne le crois pas, mais ça mérite de s’y pencher, et d’être amendé, le problème n’est pas nouveau, mais il reste grave. Bien évidemment, on est loin de l’importance d’un Trump; mais ça vaut son pesant de cacahuètes (avec toute ma compassion pour la victime de cette mésaventure).
Les faits.
Après s’être un peu lâchée certes, dans un long fil relatant son expérience au sein de son travail (qui mériterait aussi un développement), Florie Marie, présidente du parti pirate, a retrouvé son compte « suspendu de manière définitive« .
Cette suspension est très probablement due à des signalements répétés des personnes visées par ce long fil qui se sont données le mot (car elles sont nombreuses!), couplés à un algorithme probabiliste qui conclut, d’après le nombre de signalements, à une infraction méritant la censure. Je n’y connais pas grand chose, mais c’est ce qu’on peut raisonnablement supposer.
Non seulement ce problème de censure décidée par une entité privée ET automatique sans recours efficace possible (temps, énergie, argent) reste très problématique (et difficile à résoudre), mais encore, cela aurait été décidé, selon twitter, « après un examen minutieux« .
C’te blague.
Car sans aucun scrupule de la part de ses concepteurs, l’algorithme recrache des formules automatiques qui font perdre leurs sens aux mots et aux intentions. Un peu comme la banque qui vous a appliqué des frais de façon manifestement erronée, et qui, dans sa grande mansuétude, par un « geste commercial » vous en accorde le remboursement.
A force de lire ce genre de choses parfaitement déconnectées de la réalité, la conscience a beau nous dire que c’est une formule utilisée de façon automatique donc indistincte et qu’elle ne correspond pas à la situation, une impression reste. Et à force de répétition, cela conduit à déstructurer le langage, et la confiance spontanée.
Un « examen minutieux », en l’espèce, aurait inéluctablement conduit à conclure qu’aucune loi n’avait été enfreinte, ou, dans le pire des cas, que cela ne pouvait être déterminé de façon certaine lors d’une simple lecture, et que cela ne méritait manifestement pas une « suspension définitive » (bel oxymore). Il est manifeste que le compte a été suspendu avant d’avoir été simplement lu, ne serait-ce que rapidement.
Même pas lu → « examen minutieux ».
Et que penser du mot « définitivement »? Car heureusement, le compte « suspendu définitivement » a finalement été rétabli quelques jours plus tard, à force de demandes répétées quotidiennement de la part de sa malheureuse détentrice, mais probablement également parce qu’elle est présidente d’un parti politique à l’international.
Twitter, fidèle à la volonté de son célèbre président, a finalement examiné minutieusement que censurer une présidente de parti politique de façon définitive, ça la foutait carrément mal.
Ouf.