Des états mixtes.

J’ignore la définition exacte de ce qu’on appelle les « états mixtes » en psychiatrie. En revanche, j’en ai une idée assez précise au regard de ce que je peux parfois éprouver.

Sur un plan psychique, je l’ai éprouvé fin décembre. J’étais physiquement et moralement épuisée; triste et à la limite du désespoir; loin de chez moi et j’avais froid. Et en même temps, enchantée par ce que j’étais en train de vivre: je me trouvais à la cité de l’espace, cela faisait des années que j’avais envie de m’y rendre, si possible un jour où il n’y avait presque personne; c’était le cas: aucune file d’attente nulle part, ravie de ce que je découvrais, de ce que je voyais, et de ce que je comprenais. La fatigue a fini par l’emporter: je ne pouvais plus me concentrer, mais je parvenais encore à me laisser porter par les activités « passives ». Autrement dit, je pleurais de fatigue et de désespoir en même temps que j’étais enchantée de ce que je vivais… C’est étrange.

Sur un plan physique, c’était ce soir. Après avoir nagé pendant un peu plus d’une demi-heure (donc sans m’épuiser), je suis allée me promener dans les bois. J’avais très envie de marcher vite, presque de courir, de faire encore une activité physique fatigante, comme si cette demi-heure de nage avait été insuffisante. Mais outre le fait que le contexte s’y prêtait mal, je n’en avais manifestement pas le courage. Mes membres me disaient qu’ils étaient fatigués, mon corps me soufflait qu’il valait mieux me ménager, et me faisait sentir qu’il ne me suivrait pas si j’insistais. J’ai beau me dire que c’est l’esprit qui le déduit de ma situation physique actuelle (anémie), j’ai eu la nette sensation que c’était mon corps lui-même qui me le soufflait. Par exemple, alors que mes bras ne travaillaient pas ou si peu (je marchais tranquillement), lorsque je les imaginais en train de travailler, je sentais une faiblesse s’installer. Là encore, j’ai trouvé ça étrange.

Alors quoi; serais-je bipolaire psychiquement ET physiquement…?

De la colère sourde (2/2).

Je la compare parfois aux mouvements de magma et à la tectonique des plaques. Elle peut jaillir ou décrocher à tout moment et faire de lourds dégâts à travers un volcan ou un séisme, engendrant destructions, blessures et morts; ou bien rester tranquille pendant de longues périodes.

Il y a ceux qui ignorent qu’ils ont une épée de Damoclès sur la tête -ou qui n’en ont pas?-, d’autres non, pour l’avoir déjà subi. Il faut alors tout mettre en oeuvre, soit pour repérer ou éviter le jaillissement ou le décrochage des failles, soit pour s’organiser afin de reconstruire et soigner ce qui peut l’être. Activité chronophage, qui prend une énergie vitale et matérielle phénoménale.

Toute une vie, dans mon cas.

Aujourd’hui, j’ai l’espoir que cette colère reste sourde, pour avoir observé, analysé et compris les mécanismes qui étaient à l’oeuvre, avoir appris à les éviter à travers un équilibre qui reste fragile. Je conserve néanmoins à l’esprit que la marge de manoeuvre reste limitée, et que je ne décide pas de tout…

En revanche, je ne saurai jamais pourquoi cette colère. Je l’attribue certes au fait qu’on me parle essentiellement de façon négative dans ma famille, qu’on m’y a toujours fait des tas de reproches, et ce, malgré l’amour qu’on me porte – que je perçois à travers le fait d’être souvent sollicitée et toujours accueillie positivement dans un premier temps.

Cette façon désobligeante de s’adresser à moi, ces reproches et trop fortes attentes récurrents me paraissent néanmoins insuffisants à justifier tant d’affreux cauchemars, et une colère si persistante chaque fois que j’y suis confrontée…

 

De la colère sourde (1/2).

Elle ne m’a pas quittée depuis le repas familial d’il y a quinze jours. Je la sens, sous-jacente. Des images moches viennent me titiller parfois, sous forme de flash.

L’atelier thérapeutique est a priori l’endroit idéal pour les extérioriser. Au prochain atelier, je pourrais découper des images horribles dans les magazines (il y en a plein: il suffit d’ouvrir un magazine des beaux-arts ou de la nature), les coller sous forme de patchwork, puis les dissimuler à l’aide d’un voile puisque c’est ce que les gens qui souffrent font tout le temps, pour épargner ceux qui ne souffrent pas. Ou peut-être par honte aussi, allez savoir.

Mais même en atelier thérapeutique, j’hésite. Les personnes qui le partagent avec moi sont fragiles aussi, elles n’ont peut-être pas les mêmes fragilités que moi, or le voile a vocation à être soulevé…

L’avantage d’avoir ces images horribles souvent présentes à l’esprit et depuis longtemps, c’est qu’elles nous laissent presque indifférent quand on en voit sous forme d’image ou de vidéo.

Dans le réel, c’est autre chose.

 

La famille, génératrice de cauchemars, toujours…

J’ai cru avoir habilement échappé aux réunions familiales pendant Noël, me saisissant du fait qu’ils se réunissaient à la capitale puisque mes deux frères y vivent. J’en ai profité pour (essayer de) me faire plaisir à ma façon maiiiis voilà: la famille m’a rattrapée.

Nous avions un problème technique à régler, mes frères étaient tous deux présents dans la région pour une semaine, et, prudente, je n’ai donné que deux moments précis où j’étais disponible pour une réunion. La première étant la bonne, ma mère s’est saisie de la seconde pour organiser un repas de famille. Nous n’étions plus quatre -la famille restreinte-, mais neuf.

Grosse angoisse. L’impression du fait accompli, et de l’absence de choix. J’avais déjà dit que j’étais disponible, je ne sais pas mentir pour me dérober. Alors je me suis dit que c’était l’occasion de faire d’une pierre plusieurs coups, qu’après tout, ils sont t oujours contents de me voir, et que c’était important de conserver un lien positif, fut-il rare et ténu. Malgré l’angoisse donc, j’ai décidé d’y aller.

Il faudrait gérer ma relation avec ma mère, la relation tendue entre mes frères, la relation tendue entre ma mère et sa soeur, la relation tendue entre ma tante et moi, supporter mon frère aîné, ainsi que ravaler mes complexes de non vie et d’absence de légitimité face à mon cousin, sa compagne et ses enfants, la famille parfaite, et certes fort sympathique, mais qui n’entend pas grand chose à la dépression et ses conséquences délétères. Et avec cette tendance sociétale et humaine au prompt jugement.

OU ALORS, il faudrait faire comme si de rien était, et tout mettre sous le tapis. Je préfère encore cette deuxième solution, même si elle est écoeurante. C’est ce que nous avons fait. J’ai joué mon rôle désormais habituel de regoupilleuse de grenades (avant, c’était l’inverse), été chercher du pain ou de l’eau dès qu’un ton devenait désagréable à mon égard, envoyé des textos pour m’occuper l’esprit dès qu’on me coupait la parole sans s’enquérir de ce que j’avais à dire, après m’avoir pourtant posé une question précise semblant s’intéresser à moi.

Tout s’est très bien passé. Personne n’a quitté la table en faisant la gueule, il n’y a pas eu de réelles tensions; mon ange gardien (mon frère cadet) a gentiment veillé sur moi, et j’ai ravalé ma salive quand il a fallu.

D’habitude, j’ai des cauchemars et un épisode dépressif qui suivent les regroupements familiaux, quels qu’il soient. Le repas a eu lieu vendredi soir, il a fallu attendre dimanche soir pour que je me sente envahie. Je me suis alors sentie tendue, à m’agacer pour rien.

Puis dans la nuit, j’ai rêvé que j’entrais dans un immense hangar dans lequel des centaines de personnes étaient mortes, pendues par les pieds. C’était à mon tour. J’allais être accrochée à l’envers, jusqu’à ce que mort s’ensuive. J’essayais de ne pas penser aux autres, je me disais qu’ils étaient déjà morts. Je me disais que j’allais beaucoup souffrir avant de mourir, et que c’était ignoble, de mourir comme ça… j’étais terrifiée.

Qui faisait ça, pourquoi, je n’en avais aucune idée; je savais seulement que je ne pouvais pas y échapper, et que ce serait atroce…

Du partage des expériences.

Il y a quelques jours, je suis tombée sur la première partie d’une émission de france culture traitant de la « folie ordinaire ».

Je n’ai pas eu le loisir d’écouter la suite pour le moment, mais j’ai revisité à cette occasion le plaisir et le soulagement du partage des expériences. Ce que l’on éprouve, la façon dont on vit sa différence, les stratégies mises en place pour supporter la vie et même, peut-être, l’accepter.

Je me suis rappelé comment, il y a plus de 25 ans, à force de regarder des documentaires, je me suis retrouvée dans certains maux psychiques; comment je suis parvenue, grâce à cela, à identifier des mécanismes internes ou externes, et comment j’ai appris à m’en protéger pour éviter une trop grande souffrance, à défaut de pouvoir en guérir.

Et puis je me suis rappelé de certains commentaires que j’avais reçus, aux débuts de ce blog, me disant combien il était précieux de se retrouver dans un écrit.

Alors, j’ai repris le clavier, j’espère pour de bon, cette fois…

Des réticences à l’écriture.

j’aime ce blog malgré ses multiples imperfections, et bien qu’il ait été déserté depuis longtemps. Je ne comprends pas mes réticences à le remplir.

Depuis septembre 2022, je participe à un atelier d’écriture hebdomadaire, dans le cadre d’une thérapie. ça aurait dû me booster, mais non. L’idée était de me donner envie de faire des choses et me faire reprendre confiance en moi. Comme je suis parvenue à m’y tenir toute l’année, je me suis enhardie et j’ai rejoint un autre atelier en septembre 2023, d’art thérapie cette fois – le mot « art » étant usurpé, bien sûr, du moins pour ce qui me concerne.

C’était sans compter tout le reste. Tout d’abord, j’avais oublié que j’allais reprendre la natation à cette même période: deux rendez-vous supplémentaires par semaine. Et puis j’ai rencontré quelqu’un au mois d’août, les choses s’étant concrétisées en septembre: cela prend beaucoup de temps et d’énergie, quand bien même est-elle positive. Enfin, j’ai des problèmes de santé qui m’affaiblissent beaucoup, malgré l’intervention chirurgicale de février dernier. Comme le résume très bien le site de la caisse primaire d’assurance maladie « Actuellement, aucun traitement médical ne fait disparaître définitivement [le problème]. Toutefois, certains médicaments peuvent réduire les symptômes ».

Voilà qui me rappelle mes problèmes psychiques: d’une certaine façon, mon corps et mon esprit sont en harmonie ! Pénibles, fatigants, incurables, mais pas mortels (car pour ceux qui n’ont pas suivi: je ne suis plus suicidaire depuis quelques années).

Déjà avant Noël, j’avais annulé quelques ateliers et n’avait presque pas fait de natation. Tous ces rendez-vous fixes d’un coup (sans compter les rendez-vous médicaux), c’était trop. Par ailleurs, je voyais mon ami très souvent, mais jamais longtemps car il travaille beaucoup, lui.

Depuis les réunions familiales inhérentes à la période de Noël, j’annule absolument tout et je commence à me disputer avec mon ami.

Le début de la fin?