J’ai cru avoir habilement échappé aux réunions familiales pendant Noël, me saisissant du fait qu’ils se réunissaient à la capitale puisque mes deux frères y vivent. J’en ai profité pour (essayer de) me faire plaisir à ma façon maiiiis voilà: la famille m’a rattrapée.
Nous avions un problème technique à régler, mes frères étaient tous deux présents dans la région pour une semaine, et, prudente, je n’ai donné que deux moments précis où j’étais disponible pour une réunion. La première étant la bonne, ma mère s’est saisie de la seconde pour organiser un repas de famille. Nous n’étions plus quatre -la famille restreinte-, mais neuf.
Grosse angoisse. L’impression du fait accompli, et de l’absence de choix. J’avais déjà dit que j’étais disponible, je ne sais pas mentir pour me dérober. Alors je me suis dit que c’était l’occasion de faire d’une pierre plusieurs coups, qu’après tout, ils sont t oujours contents de me voir, et que c’était important de conserver un lien positif, fut-il rare et ténu. Malgré l’angoisse donc, j’ai décidé d’y aller.
Il faudrait gérer ma relation avec ma mère, la relation tendue entre mes frères, la relation tendue entre ma mère et sa soeur, la relation tendue entre ma tante et moi, supporter mon frère aîné, ainsi que ravaler mes complexes de non vie et d’absence de légitimité face à mon cousin, sa compagne et ses enfants, la famille parfaite, et certes fort sympathique, mais qui n’entend pas grand chose à la dépression et ses conséquences délétères. Et avec cette tendance sociétale et humaine au prompt jugement.
OU ALORS, il faudrait faire comme si de rien était, et tout mettre sous le tapis. Je préfère encore cette deuxième solution, même si elle est écoeurante. C’est ce que nous avons fait. J’ai joué mon rôle désormais habituel de regoupilleuse de grenades (avant, c’était l’inverse), été chercher du pain ou de l’eau dès qu’un ton devenait désagréable à mon égard, envoyé des textos pour m’occuper l’esprit dès qu’on me coupait la parole sans s’enquérir de ce que j’avais à dire, après m’avoir pourtant posé une question précise semblant s’intéresser à moi.
Tout s’est très bien passé. Personne n’a quitté la table en faisant la gueule, il n’y a pas eu de réelles tensions; mon ange gardien (mon frère cadet) a gentiment veillé sur moi, et j’ai ravalé ma salive quand il a fallu.
D’habitude, j’ai des cauchemars et un épisode dépressif qui suivent les regroupements familiaux, quels qu’il soient. Le repas a eu lieu vendredi soir, il a fallu attendre dimanche soir pour que je me sente envahie. Je me suis alors sentie tendue, à m’agacer pour rien.
Puis dans la nuit, j’ai rêvé que j’entrais dans un immense hangar dans lequel des centaines de personnes étaient mortes, pendues par les pieds. C’était à mon tour. J’allais être accrochée à l’envers, jusqu’à ce que mort s’ensuive. J’essayais de ne pas penser aux autres, je me disais qu’ils étaient déjà morts. Je me disais que j’allais beaucoup souffrir avant de mourir, et que c’était ignoble, de mourir comme ça… j’étais terrifiée.
Qui faisait ça, pourquoi, je n’en avais aucune idée; je savais seulement que je ne pouvais pas y échapper, et que ce serait atroce…