Des petites radineries.

Parfois, je suis rassurée d’en trouver chez les autres. Cet hiver, une amie me disait qu’elle ne mettait pas le chauffage au motif qu’elle ne voulait pas donner d’argent à ces escrocs de fournisseurs de gaz. Pourtant, elle est souvent en télétravail ! Certes elle est au deuxième étage d’un immeuble qui en compte trois, plein sud. Elle se couvre, porte des mitaines, et se glisse sous sa couette dès qu’elle le peut. De toute façon, me dit-elle, elle ne fait rien d’autre que bosser et dormir, puisqu’elle doit bosser jusqu’à 67 ans depuis la réforme. La dernière fois qu’elle m’a invitée à dîner, je me suis pelée, alors qu’elle avait mis le chauffage pour moi; je n’ai rien dit. De même, elle refuse tout programme -même intéressant- produit par canal + depuis que Vincent Bolloré l’a repris. Sur ce dernier point, je lui donne raison, mais j’avoue être beaucoup plus faible.

Il y a trois jours, j’étais invitée à dîner chez un ami de Jules. Lui, c’est l’électricité. Il réduit du mieux qu’il peut sa consommation, notamment en éclairant le moins possible parce qu’il « ne veut pas filer un centime à ces cons ! ». En hiver, lorsqu’il fait assez froid, il coupe son frigo pour mettre ses victuailles dehors. Ces dernières années ça n’a pas dû arriver souvent ! Il éclaire le moins possible et ses amis se sont fichus de lui lorsque le soleil s’est couché, nous laissant dans la pénombre. Il a capitulé et finalement allumé la lumière. Je l’ai quand même taquiné en lui faisant remarquer que sa télévision était toujours allumée pendant les match -même quand il ne les regarde pas- et qu’il avait des plaques à induction. Je n’ai pas voulu en rajouter car il cuisine vraiment très bien…!

Moi aussi j’ai plein de radineries de ce genre: je refuse de changer de voiture tant qu’elle fonctionne encore, alors qu’elle tombe en ruine, je ne veux plus acheter de « smartphone » neuf ou à plus de 70 euros, parce que l’idée de l’obsolescence m’agace (avant de casser le mien, il n’était déjà plus compatible avec les rares applications que j’utilise habituellement), mon ordinateur fixe a dix ans, et j’ai toujours le même, je mets presque tout au compost, et je répare tout ce que je peux car je refuse de jeter ce qui peut fonctionner encore. Je ne cesse de me dire que ce sont des objets que je ne pourrais pas fabriquer moi-même, qu’ils ont demandé beaucoup de réflexion, de dextérité, et d’attention, quand bien même seraient-ils essentiellement fabriqués par des machines, et qu’à ce titre, ils ne devraient jamais être mis au rebut. J’ai le même raisonnement pour les vêtements.

ça ne m’empêche pas d’aller m’approvisionner chez Action ou d’avoir commandé quelques fringues sur Shein!

Contradictions, vous dis-je…

Quelque part dans la campagne occitane…

Depuis jeudi, je suis dans un gîte perdu dans une campagne occitane, avec des amis. Ou plus exactement, avec des amis d’amis. Et je suis aussi épuisée que complexée. Je dors à peu près bien, mais je suis fatiguée, et incapable de dormir davantage. Je m’entends bien avec tout le monde, mais je me retire dès que je peux pour des moments de solitude: beaucoup plus souvent et longtemps que les autres, et je les laisse tout faire. Alors je me dis que je ne suis pas à ma place, que je suis un parasite, etc.

Presque tout le monde a apporté quelque chose: un dessert, un plat, du vin… moi, rien.

Même des courses, j’en suis incapable: je ne vais pas savoir quoi acheter, ni dans quelles quantités. Il faut dire que mon amie organisatrice est arrivée avec des quantités astronomiques de bouffe, et nous avait prévenus qu’elle avait tout prévu. Mais à l’évoquer ici, il reste bien quelques idées simples, même si elles sont maigrichonnes au regard de nos repas pantagruéliques: de quoi grignoter à l’apéro ou du café, c’est à la portée de tous, même de moi. Il faudra que j’y pense.

A vrai dire, je ne m’étais pas trop creusé la cervelle car outre qu’elle avait tout prévu -ce qui n’a pas empêché les autres d’apporter des tas de trucs-, elle avait évoqué une participation financière. Ce n’est pas du tout dans ses habitudes, et d’ailleurs, rien n’a été mis en place. Je sais qu’elle n’aime pas parler de ces choses là et je la comprends. Parce que nous sommes nombreux (entre dix et quinze selon les moments), j’ai malgré tout tenté, en vain, de remettre le sujet sur le tapis lorsque nous étions seules, mais face à ses « je sais pas » ou « on verra plus tard », je lui ai laissé une enveloppe dans le sac, dont je n’aurai sans doute aucun retour. A la fois peu dans l’absolu, et beaucoup pour moi.

 Seul Jules parvient à me rasséréner avec ses régulières petites marques d’attention.

Je ne sais pas quoi raconter, alors dès que je suis en tête-à-tête, je fais ce que je fais de mieux: je m’intéresse aux autres, j’écoute ce qu’ils me disent, et je leur pose des questions parce que j’ai toujours envie d’en savoir davantage.

Je plaisante aussi quand j’arrive à me réveiller un peu plus, et parviens parfois à faire rire tout le monde. Je me vexe de petits détails qui devraient me laisser indifférente. Par exemple, je lui ai apporté une jolie laisse, très pratique pour son chien (je connais ses habitudes), mais elle continue d’utiliser la vieille. C’est bête, mais ça me contrarie alors que… qu’est-ce que ça peut bien me faire?

Ce qui me contrarie le plus, c’est cette envie que j’ai d’être avec les autres, couplée à cette espèce de neurasthénie plus forte, sans que je parvienne à y échapper…

Ah si peut-être: en allant me baigner dans l’eau verte et froide de la piscine encore bâchée ? Autant dire que je n’y arriverai jamais !

Regarder les films par la fin.

Il m’arrive assez souvent de regarder un film ou une série en regardant la fin très peu de temps avant de l’avoir commencé. Même chose pour les livres. Il arrive même, parfois, que je lise ou regarde directement la fin, histoire de me faire une idée.

(j’ai l’impression de radoter, j’ai pas déjà dit ça?)

Pour trois raisons, selon les cas.

L’aquoibonisme d’abord: le titre m’a interpellée, ou bien j’ai entendu ou lu à son sujet, mais sans être certaine d’avoir réellement envie de m’y investir. Alors si le début me plaît à moitié ou si je ne suis pas bien sûre, je vais regarder/lire quelques extraits au milieu, puis la fin, pour me faire une idée plus précise. La réponse généralement vient assez vite: oui ça vaut la peine d’y passer du temps, ou non, next.

La curiosité moribonde, ensuite. J’ai été attirée je ne sais comment: souvent par une critique dithyrambique, parfois par un titre putaclic, ou encore par un succès populaire mais dont je sens que ça va pas le faire. Et en fait, dès le début, ça m’emmerde, et, malgré mon côté obsessionnel ma persévérance légendaire, je finis par aller directement à la fin pour le pire, en passant par quelques extraits pour le moins pire. Lorsqu’il s’agit d’un film, je vais parfois jusqu’à le regarder de dix minutes en dix minutes, mais en arrière. J’ai l’impression de m’être cultivée à peu de frais, c’est formidable: je pourrai faire la maline au prochain repas entre amis.

A l’inverse, il peut y avoir une forme de stress. L’histoire me plaît, j’aime la façon dont c’est raconté, mais il y a du suspense. Deux choses se cumulent alors: d’un côté, le stress, de l’autre, la curiosité. Je suis trop investie pour supporter l’incertitude, et la curiosité devient très forte. Le coeur serré, un peu comme une angoisse, devenue intolérante à la frustration, un peu comme un enfant incapable de résister aux bonbons qui se trouvent sous son nez, j’ai besoin de savoir comment ça se termine ! Selon les cas je lis / regarde la toute fin, ou bien un peu avant la fin. Et ça va tellement mieux que je peux reprendre le fil de la narration!

En général, on me demande comment je fais pour rester intéressée alors que je sais comment ça se termine. Aussi étonnant cela paraisse, je ne sais quoi répondre car je ne comprends même pas la question… Pour moi, un livre / film / série est intéressant ou ne l’est pas…

Casse-têl.

Depuis 1999 que j’en possède, je ne crois pas avoir jamais cassé aucun de mes téléphones. A une exception près, et encore: mon chien s’était acharné sur l’un d’entre eux, à l’époque où il venait juste d’emménager à la maison, et alors que j’ignorais à quel point un chien peut stresser en l’absence de son maître. J’ai très vite trouvé un moyen de le calmer ! C’était en 2008, et depuis, plus de problème de casse.

J’étais assez surprise de voir souvent chez d’autres, un écran fissuré, cela ne m’était jamais arrivé. Jusqu’à il y a un peu moins d’un an, où je l’ai fait tomber sur du carrelage. Réparé avec du scotch, que, depuis, je renouvelle régulièrement, il a bien tenu… jusqu’à il y a environ trois semaines, où je l’ai fait retomber, ce qui l’a achevé. Quoique. L’écran ne fonctionne plus du tout, mais le reste, si, je peux encore le brancher sur un ordinateur. Je l’aurais bien fait réparer, mais six ans, pour un smartphone, c’est très vieux…

Le système étant toujours fonctionnel, j’ai pu récupérer mes photos. Mais pas mes sms, ni mes contacts qui n’étaient pas enregistrés sur la carte Sim!  Ni dans google puisque je m’ingénie à ne pas m’y connecter.

Et c’est pas simple à gérer! On demande le numéro des uns et des autres aux uns et aux autres quand on les croise. On est bien obligé de répondre à tous les numéros, y compris donc ceux dont on ignore la provenance – ce que je ne faisais jamais avant. On ne sait pas qui nous a envoyé un texto, alors on cherche en fonction des indices trouvés dans le texte, court par hypothèse. Parfois c’est très facile: « on fait un jam à tel endroit vendredi soir, tu viens? ». Il n’y en a qu’une pour me proposer un truc pareil. Autre possibilité, on laisse un mot dans une boîte aux lettres pour dire qu’on voudrait bien appeler, mais qu’on ne peut pas. C’est là qu’on réalise à quel point on a compartimenté sa vie, et à quel point, depuis qu’on a un jules, elle est moins étanche…

Obligé de se passer de certaines applications qui refusent de tourner sur un vieux système d’exploitation, celui-ci étant malgré tout toujours très vif lorsqu’il s’agit de scroller. C’est déjà pas si mal.

Pour pouvoir être jointe par les numéros que je n’avais plus, j’avais donc retrouvé un vieux smartphone fonctionnel, à ce point que je me suis demandé pourquoi je l’avais laissé tomber – au sens figuré celui-là.

Pas pour longtemps! Il m’a échappé des mains tout à l’heure, sur du goudron: l’écran n’a pas aimé. Rebelote. Pour le moment, il fonctionne encore, mais vu qu’il semble que j’ai contracté la poliomyélite, ça risque de ne pas durer longtemps.

J’en avais bien commandé un autre il y a trois semaines pour ne pas rester dans la panade; sauf que voilà, j’attends sa livraison depuis le 18 avril. Certes la saison est émaillée de jours fériés, mais malgré tout, je vous en conjure, ne faites jamais appel à UPS! C’est la deuxième fois que je suis confrontée à eux, et soit ils sont systématiquement de mauvaise foi, soit ils sont systématiquement incompétents.

Ou l’un et l’autre alternativement…?