Depuis jeudi, je suis dans un gîte perdu dans une campagne occitane, avec des amis. Ou plus exactement, avec des amis d’amis. Et je suis aussi épuisée que complexée. Je dors à peu près bien, mais je suis fatiguée, et incapable de dormir davantage. Je m’entends bien avec tout le monde, mais je me retire dès que je peux pour des moments de solitude: beaucoup plus souvent et longtemps que les autres, et je les laisse tout faire. Alors je me dis que je ne suis pas à ma place, que je suis un parasite, etc.
Presque tout le monde a apporté quelque chose: un dessert, un plat, du vin… moi, rien.
Même des courses, j’en suis incapable: je ne vais pas savoir quoi acheter, ni dans quelles quantités. Il faut dire que mon amie organisatrice est arrivée avec des quantités astronomiques de bouffe, et nous avait prévenus qu’elle avait tout prévu. Mais à l’évoquer ici, il reste bien quelques idées simples, même si elles sont maigrichonnes au regard de nos repas pantagruéliques: de quoi grignoter à l’apéro ou du café, c’est à la portée de tous, même de moi. Il faudra que j’y pense.
A vrai dire, je ne m’étais pas trop creusé la cervelle car outre qu’elle avait tout prévu -ce qui n’a pas empêché les autres d’apporter des tas de trucs-, elle avait évoqué une participation financière. Ce n’est pas du tout dans ses habitudes, et d’ailleurs, rien n’a été mis en place. Je sais qu’elle n’aime pas parler de ces choses là et je la comprends. Parce que nous sommes nombreux (entre dix et quinze selon les moments), j’ai malgré tout tenté, en vain, de remettre le sujet sur le tapis lorsque nous étions seules, mais face à ses « je sais pas » ou « on verra plus tard », je lui ai laissé une enveloppe dans le sac, dont je n’aurai sans doute aucun retour. A la fois peu dans l’absolu, et beaucoup pour moi.
Seul Jules parvient à me rasséréner avec ses régulières petites marques d’attention.
Je ne sais pas quoi raconter, alors dès que je suis en tête-à-tête, je fais ce que je fais de mieux: je m’intéresse aux autres, j’écoute ce qu’ils me disent, et je leur pose des questions parce que j’ai toujours envie d’en savoir davantage.
Je plaisante aussi quand j’arrive à me réveiller un peu plus, et parviens parfois à faire rire tout le monde. Je me vexe de petits détails qui devraient me laisser indifférente. Par exemple, je lui ai apporté une jolie laisse, très pratique pour son chien (je connais ses habitudes), mais elle continue d’utiliser la vieille. C’est bête, mais ça me contrarie alors que… qu’est-ce que ça peut bien me faire?
Ce qui me contrarie le plus, c’est cette envie que j’ai d’être avec les autres, couplée à cette espèce de neurasthénie plus forte, sans que je parvienne à y échapper…
Ah si peut-être: en allant me baigner dans l’eau verte et froide de la piscine encore bâchée ? Autant dire que je n’y arriverai jamais !