Faire des trucs moches (2/2).

Heureusement, malgré son déni, elle est en thérapie (pour d’autres raisons dit-elle), c’est déjà énorme car ce n’était pas gagné au vu de son état d’esprit rigide. Une amie m’a fait remarquer de façon très opportune que c’était normal d’avoir un passage négatif lors des premières années d’une thérapie lorsqu’un mal est ancré depuis longtemps. Elle est suivie, c’est le plus important.

Depuis quelques temps donc, j’ai jeté l’éponge et ne tente plus rien. Je m’oblige seulement à lui téléphoner lorsque j’y pense à un moment où elle est susceptible de répondre, soit environ tous les 15 jours, parfois moins. Elle m’appelle aussi régulièrement.

Ce soir, je savais qu’elle était potentiellement disponible, et comme toujours depuis plusieurs mois, je n’avais aucune envie de l’appeler, et je supposais qu’elle était au courant pour son amie, sans en être certaine. Je me suis obligée à le faire, pas très fraîche. Soulagée qu’elle ne réponde pas, j’ai laissé un message vocal, précisant que je serais absente tout le week-end et proposant qu’on se rappelle la semaine prochaine. Elle m’a répondu par texto qu’elle se trouvait chez son amie, sans préciser qu’elle avait perdu sa mère il y a quelques jours.

L’autre truc moche que je fais donc, c’est de lui répondre un truc gentil mais banal, comme si je n’étais pas au courant. Je suppose qu’elles m’en tiendraient rigueur si elles savaient que je savais, c’est quand même une sorte de mesquinerie sur un sujet grave, et je ne suis pas fière de moi.

Mais je ne le regrette pas pour plusieurs raisons.

Je suis fatiguée, j’ai mes propres émotions à gérer: on a beau me répéter (moi compris) que j’ai beaucoup de chance d’avoir rencontré Jules, la vie de couple pour moi, c’est vraiment compliqué, même quand tout va très bien entre nous. L’Autre, c’est compliqué pour moi, ça l’a toujours été, ça le sera toujours, quel que soit notre degré relationnel.

Je ne guérirai jamais de ce qui me pourrit la vie: je ne peux qu’en diminuer l’intensité, et c’est ce que je m’efforce de faire au quotidien. Ce quotidien, malgré toutes les choses magnifiques qui m’arrivent, reste plutôt une souffrance. Et plus j’ai objectivement de la chance, moins je peux m’épancher. J’ai donc toujours un besoin impératif de me protéger.

Je les connais également assez pour savoir qu’elles en feraient probablement autant à ma place. Combien de fois les ai-je entendu faire de « petits mensonges » pour s’épargner ? Je ne doute pas une seconde qu’elles en ont fait à mon égard à l’occasion (mais apparemment, c’est considéré comme normal).

Et puis ayant moi-même perdu mon père, il me semble que ce sont les personnes vraiment proches qui sont (très) bienvenues dans ces moments là, pas le second ou troisième cercle, ou alors un peu plus tard.

De toute façon, je ne manquerai pas d’envoyer un mot lorsque j’en trouverai l’énergie.

D’ici là, je me sens soulagée. Car je pars en week-end, et ça me stresse beaucoup, comme toujours, malgré les perspectives « positives » …

 

Faire des trucs moches (1/2).

Ces derniers temps, j’ai fait deux trucs moches (qui vont ensemble).

Il y a quelques jours, j’ai vu sur face de bouc qu’une amie d’amie avait perdu sa mère. Elle a laissé quelques mots disant que sa mère lui manquait terriblement. Je me suis rappelé à quel point les rapports familiaux sont compliqués puisqu’elle ne m’avait jamais dit autre chose que du mal d’elle, et je pensais qu’elle serait plutôt soulagée le jour où ça arriverait, malgré une souffrance quasi inévitable. Jamais je n’aurais imaginé qu’elle lui manquerait à ce point.

J’ai son numéro de téléphone mais je n’avais aucune envie de l’appeler, j’ai l’esprit trop embrouillé ces temps-ci. Je me suis dit que je ne la connaissais pas tant que ça même si je l’aime beaucoup et même si, en temps normal, j’aurais probablement fait l’effort d’appeler. Là, je n’avais vraiment pas de courage, ce qui ne me ressemble pas: en général, j’en trouve pour des moments comme ça car je suis assez communicante pour les moments difficiles. J’ai fait comme si de rien n’était puisque bien que nous ayons un très bon contact, d’une part on ne se voit ou s’appelle généralement qu’en présence d’au moins une de nos deux amies communes, et d’autre part je ne vais jamais sur face de bouc, c’était tout à fait exceptionnel et pour une raison bien précise: je ne suis donc pas censée savoir.

Bref, j’ai fait comme si de rien n’était, c’est un peu moche.

Par ailleurs, depuis quelques années, j’ai de plus en plus de mal à communiquer et me sentir bien avec une des deux amies que nous avons en commun (la plus proche). Elle est en « dépression active », complètement dans le déni de cette dépression, et je ne sais absolument pas gérer ça. J’ai essayé plein de trucs, tout tombe à l’eau, et je m’égratigne souvent au passage, y compris quand je me contente de l’appeler pour prendre des nouvelles. Pour elle, tout va toujours très bien, et quand ça ne va pas, c’est un mauvais moment à passer, ça va aller, et d’ailleurs ça va être super parce que tel jour elle a prévu blabla. Elle est complètement bloquée de partout, devenue très intolérante et bien plus rigide qu’avant; rien n’est jamais plus possible hormis faire exactement comme elle, et faire exactement ce qu’elle ferait pour les autres (ce qui n’est déjà pas si mal, certains dépressifs n’ont même pas cette notion de réciprocité).

Nous sommes tellement différentes l’une de l’autre que cela m’est totalement inaccessible, d’autant que nos emplois du temps sont quasi inversés: elle est généralement disponible quand je ne le suis pas, et inversement…

Petite crise de nerfs.

L’autre jour, alors que je participais à un atelier d’écriture dont le thème était quelques oeuvres de Banksy, je me suis retrouvée bloquée, à ne pas pouvoir lire ce que j’avais écrit. Les larmes me sont montées, je tremblais, l’émotion était forte.

Pour les curieux, il s’agissait de « Rude snowman » et « Border farce ». J’ai tout simplement écrit ce que j’en pensais sur un plan politique. Au sens noble du terme, s’il existe encore, c’est-à-dire en m’efforçant d’émettre des hypothèses sur ce que l’artiste avait peut-être voulu faire passer comme message, au regard de ce qui a cours dans nos sociétés.

Le simple fait d’avoir choisi ces oeuvres et d’évoquer ces hypothèses laissaient très certainement transparaître mes propres idées politiques, que j’étais terrorisée à l’idée de partager avec d’autres. Comme si j’étais coupable d’être ce que je suis, de penser comme je pense, de ressentir ce que je ressens. J’ai peur de ce que je suis car j’ai peur de ce que les autres peuvent en faire, s’ils s’en aperçoivent. Le clivage actuel du monde me terrifie.

Nous étions en cercle restreint et bienveillant, alors après que les autres eurent lu leurs textes respectifs, je suis parvenue à prendre sur moi, et lire le mien. De fait, les sujets choisis par les autres, et ce qu’ils en disaient était plus consensuel.

Je n’aurais peut-être pas dû regarder tant de documentaires sur ce qui transforme un être ordinaire en monstre… parfois si peu, en fait.

Mais bon sang, quel stress…

 

NB. petit clin d’oeil de la vie: j’écris ces lignes alors que mon téléviseur est allumé en fond. Il se trouve qu’il est en train de diffuser « L’odyssée du Hidenburg » qui a lieu pendant la deuxième guerre mondiale, et, à l’heure précise où je terminais ces lignes, un concert humoristique était donné, se moquant d’hitler et des nazis, concert interrompu au motif que cet humour n’est pas partagé par tous…

De la vie (tumultueuse) de couple.

Depuis quelques temps, je n’arrête pas de me fâcher avec Jules. Ou peut-être devrais-je dire, après Jules. Comme dit une de ses copines, on ne se fâche pas parce que ça nous fait plaisir, ni non plus comme on l’entend souvent parce qu’on est chiantes ou exigeantes; on se fâche parce que le B.A.BA de la vie quotidienne n’est pas respecté et c’est franchement pénible à vivre.

Quand je le vois sortir de l’évier un sachet d’huîtres qui coule pour le poser ailleurs, je me dis qu’on n’est pas fichus pareil, qu’il n’a pas ce type d’automatisme, qu’il n’a pas ou peu appris, que ce n’est pas très grave: je ne fais pas si souvent le ménage chez moi faute de courage, et j’ai appris à supporter l’imperfection, même si ça ne me plaît pas. Alors je lui en parle tranquillement, quand l’occasion se présente. Et je ne peux pas nier qu’il fait des efforts, et que les choses changent peu à peu. C’est très long, mais ça fait du bien.

En revanche, quand ça se déroule dans la maison de vacances familiales que la culpabilité me pousse à rendre absolument impeccable, là, je lui demande de faire autrement, ou lui fais des remarques. Et s’il n’en tient pas compte au bout de deux ou trois fois, je pète un fusible.

Si on en reparle après, il me répond qu’il aurait nettoyé. Et je suis bien persuadée qu’il est sincère en disant ça; sauf que comme beaucoup d’hommes, il a de la m… dans les yeux: combien de fois l’ai-je observé ne pas se rendre compte qu’il avait laissé l’éponge sale sur l’égouttoir à vaisselle ou bien du dentifrice collé au lavabo ? (ce qui reste un mystère pour moi: comment parvient-il à un résultat pareil ?? C’est une autre question)

Et je sais de quoi je parle: il m’arrive assez régulièrement de ne rien voir… ! Un des nombreux indices qui me laissent penser que je ne suis pas tout à fait femme. Cet aveuglement reste provisoire, je suis quand même plutôt féminine, ne m’en déplaise.

Or ces derniers temps, vu la météo, on a passé pas mal de temps dans la maison familiale. Comme je dis toujours quand j’analyse la situation a posteriori, au fond, Jules n’a quasiment qu’un seul défaut: c’est un homme!

Mais j’ai du mal à le supporter.

 

 

(et bien évidemment, j’en veux à la société toute entière d’avoir stéréotypé et moulé les genres, ou bien à dieu la nature de m’avoir faite femme; ça dépend de l’humeur du moment).

Des cycles.

La vie semble parfois être faite de cycles. La lune, le soleil (de notre point de vue), certains disent même les vagues de l’océan, mais pas seulement.

Ce peut être aussi rencontrer, à trois jours d’écart et dans des lieux complètement différents, deux personnes qu’on n’avait pas vues depuis plus de 20 ans, qui ne se connaissent pas entre elles, membres d’une même sorte de secte (dont je ne fus pas) et dont je m’étais éloignée à peu près pour les mêmes raisons, à peu près à la même époque.

ça me sidère, une telle coïncidence. Je n’oublie jamais qu’on ne retient que les coïncidences pour leur faire dire des choses qui laissent rêveurs, tout en oubliant les autres situations tout à fait « normales ».

Mais même en sachant ça, je ne peux m’empêcher d’avoir l’impression d’un je ne sais quoi à l’oeuvre. Je ne les ai pas encore revus autour d’un verre, ni l’un ni l’autre, mais ça ne saurait tarder. J’ai très envie de revoir l’une, l’autre me fait plutôt un peu peur, malgré la tendresse que j’ai pu avoir par le passé.

Dans les deux cas, il faudra bien que je reconnaisse n’avoir rien fait de ma vie, et ça, c’est toujours une épreuve…

 

Uprising, une série à voir

Il ne s’agit pas ici du titre de Muse, mais d’une série australienne que j’ai vue il y a quelques jours sur arte.tv. J’ai particulièrement apprécié le contenu de la lettre du dernier épisode de la saison deux.

On trouve parfois des choses intelligentes dans les films ou les séries. Certains diront sensibles ou émouvantes pour celle-là, je lui préfère son intelligence et sa subtilité, malgré un scénario a priori extravagant.

Je ne sais pas si c’est parce que c’est réellement le cas ou seulement parce que c’est récent (comme une sorte de « c’est le dernier qui a parlé qui a raison » inconscient), mais je trouve qu’elle l’est tout particulièrement concernant les évolutions émotionnelles humaines. Et pas seulement. L’ensemble aussi, que je ne saurais analyser plus avant.

Souvent loufoque, parfois tire-larme, c’est une espèce de road-trip aux apparences un peu barrées, mais emmenée au final avec beaucoup de cohérence -et avec brio- par Tim Minchin (un type aux multiples talents, j’ignorais qu’il fut aussi comédien) et Amelia Alcock (que je ne connaissais pas).

Je recommande vivement.