De l’arnaque aux sentiments.

Ce billet de blog – lu ce matin – et Keren Ann – vue à l’instant en interview –  m’invitent indubitablement à y repenser.

Il me semblait avoir déjà raconté une grande part de cette (longue) histoire ici même, mais je ne suis pas parvenue à remettre la main sur le billet en question. Je vais tenter une version abrégée pour cette fois.

Ainsi donc, visiblement, l’arnaque aux sentiments revient à la mode via les réseaux sociaux. Après les lettres de Jérusalem du siècle dernier (ou de celui d’avant? je ne sais plus… quoi? celui d’encore avant? non vraiment, vivre à cheval sur deux siècles m’embrouille l’esprit)… Après les lettres de Jérusalem, donc, une fois le numérique installé dans nos vies, cette pratique est revenue en force. Et j’en fus probablement une des premières victimes. Parce que j’ai vécu ça en 2002.

Du moins, je crois que c’était en 2002. Mon père était déjà mort, et je vivais, à ce moment là, dans un T2 avec une immense baie vitrée, plein sud.

Ni Brad Pitt, ni célébrité, juste un bon gars, grand et simple dans sa présentation, je dois encore avoir une photo quelque part. Nous avons échangé sur des sujets passionnants pendant des mois via messagerie instantanée (à l’époque, il s’agissait d’Internet Relay Chat). C’était bien un être humain puisque les robots conversationnels étaient alors à des années-lumières de ce qu’ils sont aujourd’hui. L’écriture était parfaite, fluide, spontanée, intéressante. L’individu, manifestement cultivé.

On ne m’a pas soutiré d’argent. Ou plus exactement, j’en ai prêté, mais on me l’a rendu. Ce n’était pas le même esprit ni le même but que ceux qu’on appelle aujourd’hui les « brouteurs ».

C’était une arnaque 100% aux sentiments: on me les a extorqués, eux, et fait apparaître tout ce qui les accompagne. Comme pour les victimes de brouteurs, j’ai eu terriblement honte, et je me suis sentie profondément humiliée. J’ai (encore) voulu mourir, tellement c’était violent. Le côté matériellement démunie en moins (et ce n’est pas rien).

Le rapport avec le blog de Virginie?

L’arnaqueur.se vivait prétendument à TromsØ. Iel savait que j’aimais beaucoup  la Scandinavie et s’en est évidemment saisi. Pourquoi iel? Parce que, pour plusieurs raisons, je suis quasi certaine que c’était une femme, qui s’est probablement entourée d’une ou deux copines pour se jouer de mes sentiments, mais ce serait vraiment trop long à exposer.

Lorsque j’ai annoncé que j’allais prendre un billet d’avion, iel a subitement disparu. Je me dis qu’iel aurait pu me faire boire le calice jusqu’à la lie, et d’ailleurs, une petite part de moi n’était peut-être pas dupe, puisque j’avais envisagé un plan B. Partagée entre l’envie d’y croire et le trop beau pour être vrai.

Le rapport avec Keren Ann?

C’est ellui qui m’a fait découvrir cette discrète et talentueuse artiste. Iel m’a envoyé, par voie postale, une longue lettre délirante – au sens clinique du terme -, qui tranche singulièrement avec les échanges que nous avions. Cette lettre était accompagnée d’un album de Keren Ann, opportunément intitulé « La disparition ».

Je l’ai toujours.