La magie a encore opéré.

C’était une soirée comme je ne pourrai jamais en faire : la famille et les amis réunis, les gens heureux d’être ensemble. Une soirée simple, jolie et émouvante. Un peu comme un mariage.

J’ai commencé par être rassurée au sujet de mon apparence, je n’ai senti aucun regard condescendant. Les tenues étaient un mélange de simplicité et de sophistication, c’était selon : malgré quelques talons aiguilles venant ponctuer de très jolies tenues, j’étais loin d’être la seule à avoir opté pour les baskets en toile. Ouf. Même l’héroïne du jour était en robe ample, avec des tongs tout à fait banales. Pour ma part, j’ai finalement trouvé un jean pas trop éculé dont j’avais presque oublié l’existence en raison des kilos pris ces derniers temps : j’ai pris le parti de me sentir à l’étroit pendant toute la soirée. J’ai également osé mettre la seule tunique caniculaire restante de mon stock : j’en avais trois, mais leur tissu est tellement fin que j’en ai déchiré deux à force de les porter. Restait celle-là, pas déchirée, mais avec une tache ; je me suis dit tant pis. Et bien sûr, j’ai choisi des boucles d’oreille plutôt neutres mais qui se voient bien quand même (j’en ai deux paires du genre), histoire d’habiller un peu le reste.

La décoration était champêtre et rafraîchissante, le repas très bon, mais il y en avait beaucoup trop! Et des bonbons… Seule la musique ne m’a pas donné envie de danser, alors que j’étais assez en forme pour y parvenir…

Malgré un début timide, mais facile grâce à Jules, j’ai été hilare pendant tout le repas. J’étais à la table de deux des cousins de l’hôte, dont l’un était accompagné de son épouse. Comme il arrive parfois que ma langue ne reste pas dans la poche (mais à vrai dire, je ne fais pas exprès, ça sort tout seul), j’ai rapidement donné le ton qui fut immédiatement emboîté par mon voisin de droite, bien plus prolifique que moi : il m’a fait rire toute la soirée et inversement apparemment. Il m’a clairement dit dès nos premiers échanges qu’il était ravi de trouver quelqu’un à la mesure de ses galéjades. Jules était à ma gauche, et le bruit ambiant ne lui permettait malheureusement pas de tout entendre ; mais il semble qu’il ne se soit pas ennuyé pour autant.

Je crois que nous sommes la table qui a eu le plus de fous rires, j’ai même vu des téléphones portables pointer dans notre direction, entre deux crises de larmes.

Cela ne nous a pas empêchés par moments d’aborder des sujets plus graves, et j’ai pu apprendre que cette famille avait son lot de deuils, notamment de deux enfants, ce qui est particulièrement lourd. Je n’ai pas posé trop de questions malgré les dizaines qui se présentaient à mon esprit, et me suis contentée d’écouter ce qui m’était dit avec intérêt. J’ai beaucoup apprécié que l’humour se mêle aux confidences même si j’ai su mesurer le mien lorsque c’était nécessaire : car je suis capable d’aller très loin dans l’humour noir, et j’ai appris à quel point ce pouvait être difficile à recevoir, même avec un esprit très souple comme c’était manifestement le cas.

Après avoir bien mangé, à la fin du repas, nous nous sommes retrouvés dehors avec d’autres cousins encore, qui nous ont raconté leurs autres retrouvailles. Très drôles aussi. Ils étaient vraiment chouettes, et j’ai senti qu’ils nous avaient bien appréciés aussi, ce qui est toujours très agréable.

Nous avons peu vu l’hôte, comme toujours dans ce type de contexte : on ne peut pas être disponible pour tout le monde. Elle a fait un discours ponctué de larmes pour remercier toutes les personnes présentes. Ça m’a mise un peu mal à l’aise car ne la connaissant pas, j’étais la seule à n’être jamais concernée par sa reconnaissance, et c’est pourtant le seul moment où je me suis trouvée debout pendant que les autres étaient pour la plupart assis (c’était soit ça, soit je chopais un torticolis, soit je tournais le dos à la locutrice).

Pour finir, comme je ne bois pas, il a fallu que je conduise une voiture ultra moderne que je ne maîtrisais pas du tout : ma voiture, à l’image de mes fringues, est complètement éculée ! Pas de clef, des boutons à actionner mais lesquels ? Après un début très compliqué, nous sommes arrivés à bon port et ne nous sommes pas faits prier pour nous endormir.

Une bien belle soirée, et Jules qui ne s’en est encore pas remis : il dort toujours, là.