Je ne sais plus comment dire à quel point j’ai de la chance.
L’avant-veille de mon départ en voyage, et alors que j’étais déjà ultra stressée et loin d’être prête évidemment, j’ai reçu un message d’un numéro inconnu.
C’était un vieil ami, perdu de vue il y a une quinzaine d’années, qui me faisait savoir qu’il était en déplacement non loin de chez moi pour aller voir « Dire straits experience », que l’un de ses amis avait dû renoncer à venir, et qu’il avait pensé à moi pour cette place qui m’était corrélativement gracieusement offerte si je le souhaitais.
à 17h30 pour 20h.
Je ne vais jamais en concert. Trop de monde, trop de bruit, trop cher, trop de stress pour s’y rendre. Même à 20 ans j’en ai vu très peu. Mais là, comment pouvais-je dire non? ça me tombe tout cuit dans le bec, j’ai juste à prendre deux bus. Et puis surtout, retrouver Philippe ! Qui n’a rien perdu de sa spontanéité et son côté surprenant (j’en aurais, des choses à raconter à ce sujet… !). Il est vrai que c’était un peu notre mode de fonctionnement. C’est lui, qui me disait toujours qu’il fallait prendre chaque événement de la vie comme un jeu, que c’était le meilleur moyen de ne pas s’ennuyer.
J’appelle vite fait Jules pour lui annoncer la nouvelle. « Je suis jaloux », m’a-t-il dit, suivi d’un silence approbateur. Approbateur ou pas, je me suis préparée au pas de course et suis partie. Carré d’or siouplé.
Je n’étais au courant de rien, et j’avoue avoir été un peu déçue de me rendre compte que ce n’étaient pas les frères Knopfler, mais tellement heureuse de retrouver Philippe et de retrouver cette musique. J’avais entendu parler de « tribute » mais j’ignorais à quel point c’était répandu. « Tribute » c’est vraiment pour se la péter: hommage serait infiniment plus explicite, mais c’est mon côté vieille conne france qui parle. Philippe, toujours passionné de musique, m’a raconté l’histoire de cet hommage en quelques mots, et même si les grincheux diraient que c’est juste une façon de se faire du fric sur le dos de la nostalgie, ce fut un réel plaisir et une sacrée surprise d’entendre à nouveau ces notes que je n’écoutais plus hors exception.
Après que tout le monde s’est levé pour rejoindre la scène lors du dernier morceau, je me suis surprise à sauter et danser, et tant que j’y étais, tenter d’attirer l’attention du saxophoniste/clarinettiste/flûtiste comme le ferait une groupie (j’adore la clarinette), avec une volonté appuyée de le remercier de sa prestation mais également, il ne le savait pas, de son énergie à faire revivre cette musique, puisque c’est sous son impulsion que tout cela a existé. Et comme à une groupie, Chris White m’a fait un signe marqué de la tête, regard appuyé, pour me remercier de cette reconnaissance. Je me suis (re)découvert ce côté profondément mièvre et naïf de s’imaginer qu’il est possible, par un simple regard, d’être touchée par la grâce d’un talent que je n’aurai jamais.
Les musiciens étaient visiblement heureux du plaisir qu’ils venaient de nous procurer, tout sourires, et rien pour ça, c’était chouette.
Depuis, j’ai ressorti le tout premier CD que j’ai eu en ma possession lorsque j’avais 14 ans. Love over gold.
Offert par feue mon amie Marie. Trente ans plus tard, elle est toujours là. Mon tout premier « compact disc », alors que je n’avais pas encore de platine pour l’écouter !
Vous pensez bien qu’avec un titre pareil, et une magie pareille, je me suis fendue d’un joli long texto à Jules.
Toute une chaîne de poésies, cette soirée. J’ai de la chance.
