Des émotions nature.

A maintes reprise, j’ai pu observer les émotions provoquées par certaines scènes de la nature. Qu’est-ce qui nous attire à ce point face à un phénomène tout à fait banal mais auquel nous n’assistons que par accident? Comment se peut-il que cela nous attire et nous émeuve à ce point?

Dernièrement, j’ai à nouveau vécu ce phénomène à deux reprises.

En octobre, lors d’une plongée et alors que nous n’étions pas sur un « spot » à dauphins, nous en avons croisé un. Qui se déplaçait lentement à nos côtés, comme pour nous jauger. Quelle émotion ! Nous étions tous enchantés en remontant sur le bateau et n’avons cessé d’en parler par la suite, comme d’un événement extraordinaire.

Alors que bon: un dauphin dans la mer, hein…

Les plongeurs sont toujours subjugués lorsqu’une bestiole semble s’intéresser à eux: nous avons soif d’interaction bienveillante, peut-être plus encore avec des êtres vivants différents de nous. C’est d’ailleurs ainsi que certains plongeurs, contre toute déontologie, se mettent à nourrir des bestioles, ce qui n’est pas sans poser problème.

En novembre, même chose avec -beaucoup plus classique- un petit oiseau.

Alors que nous bavardions, installés dehors par une journée très ensoleillée dans le jardin d’une maison de vacances restée fermée depuis septembre, nous avons ouï un petit sifflement. C’était un rouge-gorge qui s’annonçait et s’approchait de nous. Nous y sommes restés quatre jours, et il est venu à chaque fois que nous étions dehors: le plus souvent en s’annonçant au préalable. Il s’approchait, comme s’il avait quelque chose à nous dire. Et même, alors que je me douchais (douche extérieure), il est venu tout près de moi, sautillant sur le sol; je me suis accroupie pour lui parler -c’est dire comme on devient nunuche en pareille occasion !-, et je n’ai pas osé tendre la main de peur de l’effrayer, mais à cette distance, j’aurais pu le toucher.

Bien évidemment, cela nous a fait jaser: que voulait-il? Manger? Etait-ce la réincarnation d’un esprit défunt? L’un répondait par l’affirmative, sans certitude évidemment, s’abritant derrière notre besoin de poésie, l’autre n’a pas résisté à lui laisser des miettes ici ou là. Nous ne saurons jamais si c’était son principal intérêt. Comment se pouvait-il qu’il soit si peu farouche, et quel intérêt trouvait-il à nous retrouver plusieurs fois par jour? Miettes ou pas, il était là à chacune de nos apparitions, et restait plusieurs minutes en notre compagnie, comme s’il faisait partie du groupe.

Et puis je me suis dit qu’on regardait les choses à l’envers. De fait, nous étions les intrus installés chez lui, et, de bonne grâce, il avait pris le parti de nous accueillir avec bonne humeur, plutôt que nous toiser du haut d’un arbre. Mais quel oiseau fait ça…?

Quoi qu’il en soit, on sentait une sorte de fébrilité émotionnelle se dégager à chacune de ses approches. Comme c’eut été le cas avec n’importe quel animal sauvage, je crois.

Je reste sidérée non par l’existence, mais par la force et la (quasi?) universalité de ces émotions-nature…