Des ambiances masculino-viriles de bureau.

Il se trouve que Jules, en ce moment, découvre la série Mad Men (que pour ma part j’ai vue lors de sa sortie), et je m’apprêtais à en écrire une ou deux lignes. Voilà qu’avant de m’exécuter, je tombe sur ce billet très intéressant de Matoo, augmenté de commentaires non moins intéressants , qui semblent montrer que les choses évoluent finalement très peu, et auxquels je ne résiste pas à apporter mon propre témoignage.

Lors de mes rares apparitions en public, et particulièrement dans les milieux « masculino-virilo-mâle », je ne peux m’empêcher d’ironiser les blagues douteuses, et j’ai droit, en retour (comme au lycée!) à des taquineries pas toujours fines, mais désormais plutôt bienveillantes, et dont je me défends assez bien; ça finit souvent par des rires et des termes affectueux. Il faut croire que j’ai fini par apprendre à quel moment et dans quelle ambiance je pouvais me permettre ou non, et jusqu’où je pouvais aller. Pas toujours facile quand on est habité d’une colère endémique!

Je ne manque jamais non plus de faire remarquer, toujours avec un peu d’humour ou au moins un sourire, des comportements sexistes qui laisse dans certains cas ces messieurs dans une certaine incompréhension, et je me fends parfois d’un argument supplémentaire face à leur air dubitatif. Evidemment, je passe pour la chieuse de service et l’on me qualifie régulièrement « d’attachiante ». Terme que je conteste également bien sûr mais je préfère ça que me taire face à ce qui m’agace, voire me révolte.

La graine est semée, elle germera ou non.

J’ai parfaitement conscience que je ne peux le faire que parce que, précisément, mes apparitions sont rares. Sans ça, c’est burn out ou mise au ban assuré ! Je l’ai vécu presque à chaque fois que je me suis jetée dans le monde du travail traditionnel…

Quant à Mad Men, je pique parfois quelques colères irrépressibles lorsque, vaquant par ailleurs à mes occupations, je retombe sur certains extraits mettant en scène le héros. Parce que bien entendu, les autres personnages sont tellement caricaturaux dans la misogynie qu’ils ne méritent plus mon attention.

Je me permets de les laisser sortir face à un Jules blasé mais souriant, qui me regarde avec les yeux pleins d’amour. Le fourbe.

Par ailleurs, je me rappelle avoir pensé (et peut-être écrit ici même?) que Mad Men était sorti à un moment où une petite musique de fond commençait à se jouer: ne plus fumer, ne plus boire, éviter les comportements sexistes. De mémoire, #metoo n’était pas encore sorti mais était en gestation ou pas encore très répandu. Et je m’étais dit que les scénaristes avaient eu l’idée géniale de cette série pour se permettre absolument tout. Comme pour pousser à la consommation ! Et à la goujaterie. La publicité dans les années 50/60: quel meilleur milieu à décrire pour tout s’autoriser?

Cela me paraissait révélateur d’un phénomène, mais pour autant, jamais je n’aurais imaginé que ça irait jusqu’à créer le mouvement des masculinistes, mais c’est une autre question (y compris de vocabulaire, d’ailleurs).

Je me rappelle avoir eu une sensation de boulimie de la part des scénaristes, à placer des blagues sexistes pour placer des blagues sexistes; de fait, inutiles à servir le propos. De l’excès dans l’excès, un véritable défouloir. J’ai même presque eu l’impression d’étouffer parfois, à les voir fumer cigarette sur cigarette. Et je me suis demandé comment ils restaient sobres avec tous les verres qu’ils buvaient tout au long de la journée.

Mais comme ce fut fait avec beaucoup de talent et des dialogues malgré tout remarquables, je me suis, comme beaucoup, prêtée au jeu.

Et malgré les colères qu’il me fait piquer, je dois bien admettre que Don Draper, au vu de ses collègues et du contexte qui est le sien, reste un moindre mâle.