Cocon.

Pour le réveillon 2025, j’ai décidé, comme tous les ans, de rester dans mon cocon.

Sauf que comme chaque année, au dernier moment, y a truc ou bidule qui est tout seul lui aussi, alors pourquoi pas se retrouver ensemble? Et c’est le stress. On va manger quoi? On le fait chez qui finalement? Qui s’occupe de quoi? etc.

Le cocon est ouvert, le froid rentre, j’ai peur : de froisser untel, d’être froissée par untel, d’être obligée de faire ceci ou cela que je n’ai AUCUNE envie de faire, etc.

Corrélativement, la chaleur et l’affection aussi, entrent: les amis, c’est chouette.

Surtout que depuis une dizaine (?) d’années maintenant: j’ai compris que je comptais pour eux, et pas pour du beurre.

 

(Ce billet est écrit dans le cadre d’un jeu d’écriture proposé par Blogallet)

 

Nuit.

Il y a une trentaine d’année, on s’amusait avec une copine à faire des « tests psychologiques » (de comptoir évidemment), mais j’aimais beaucoup accueillir ce que cela pouvait dire de ceux qui y consentaient.

L’un d’eux consistait à demander quel type de voie / chemin / route venait à l’esprit lorsqu’on envisageait de se rendre quelque part.

Mon père -qui n’était pas du genre à se prêter à ce genre de choses- avait fini par accepter, pour faire plaisir à sa chère fille. Il m’avait répondu, sans réfléchir: « une autoroute, bien droite, bien éclairée », en mimant des lampadaires de chaque côté avec ses bras. ça m’avait fait rire sur le moment, mais j’avais réalisé que s’il imaginait des lampadaires, c’est qu’il se vivait dans la nuit.

Ce premier point était censé symboliser notre vie.

Ensuite, on devait imaginer apparaître un ours, et le but du jeu était de le décrire. Réaction de mon père: « un ours? sur une autoroute? tu plaisantes ! ». J’ai un peu insisté. « Eh bien j’appelle la police ou les pompiers pour qu’ils le dégagent: il n’a rien à faire ici ».

L’ours était censé symboliser un obstacle ou un ennemi.

Il fallait ensuite imaginer une sorte de vase, et déterminer ce qu’on en faisait. Réponse de mon père: « une grosse potiche bien solide, je l’emporte avec moi, sous le bras ». Elément qui représentait la famille. (à noter que, à titre personnel, je trouvais un vieux vase sombre, moche, très ébréché et fendu, et je l’emportais au cas où j’en aurais besoin, un jour, pour transporter quelque chose; autant vous dire que lorsqu’on m’a révélé sa symbolique dans le test, j’ai beaucoup ri, et plutôt jaune !).

Il y avait bien d’autres points (mais ce serait interminable), et toutes les réponses m’ont semblé familières avec l’image que je me faisais de mon père: même la nuit était logique et n’aurait pas dû me surprendre. Mon père avait un fond dépressif assez marqué, malgré sa solide volonté qui lui a permis d’assumer, tant bien que mal, l’ensemble de ses obligations.

Je me rappelle que ces questionnaires (ou dessins parfois, car ça se déclinait de bien des façons) m’avaient beaucoup amusée, et m’amuseraient certainement encore si nous n’en étions pas blasés.

(Ce billet est écrit dans le cadre d’un jeu d’écriture proposé par Blogallet, et trouvé chez l’inénarrable Matoo !)

Des vivants-morts (2/2).

Il y a quelques semaines également, peu avant le décès de mon très cher voisin, j’ai eu l’occasion de me retrouver seule, pendant une heure environ, avec la tante et marraine de Jules. Depuis plusieurs mois, son époux était gravement malade, et en soins palliatifs depuis peu. L’hôpital l’avait renvoyé chez lui, infirmières et aide-soignantes venaient prodiguer soins et toilette car il était constamment alité et se nourrissait de moins en moins.

Je connaissais la situation pour l’avoir entendue des cousins de Jules, et me suis donc permise d’échanger sur ce sujet avec elle.

Elle m’a raconté la vie qu’ils avaient eue, faite de voyages -en Scandinavie notamment-, comment ils avaient eu cinq enfants dont deux très tardivement, les raisons de leur déménagement il y a quelques années, à l’occasion de sa retraite. J’ai presque tout oublié car je ne retiens pas ce qu’on me dit, juste qu’elle avait semblé très heureuse avec lui. Un visage enthousiaste à l’évocation de ces souvenirs. J’ai eu l’impression qu’elle parlait d’un autre homme que celui évoqué par ses trois aînés, lorsque, à différentes occasions, j’avais dîné avec eux. Avant qu’il soit en soins palliatifs, ils avaient des mots durs à son sujet, et ça n’a pas changé jusqu’à son décès.

Ils parlaient de mépris quasi permanent, d’absence de considération, de sévérité excessive, de propos désobligeants et il est manifeste que ces trois là au moins sont en souffrance, à lutter contre addictions ou dépression, solidaires les uns des autres. Le petit dernier au contraire, semble aller très bien, et je n’ai pas encore eu l’occasion de rencontrer l’avant-dernière.

Outre le fait que j’ai eu l’impression d’entendre parler d’une autre personne par leur mère, ce qui m’a frappée, ce sont ses mots lorsqu’elle m’a avoué que pour elle, il n’était plus là. Ce n’était plus le même homme, ce n’était plus lui; lui, il était déjà mort. C’était un autre, qui se trouvait là dans cette chambre, et elle attendait qu’il meure avec une certaine impatience car elle n’avait plus rien en commun avec lui. Elle vivait manifestement très mal ce retour à la maison. Je l’ai vue éviter la chambre, tout particulièrement lorsque les soignantes sont venues, et elle ne m’a pas caché son quasi dégoût de la situation. Il est décédé quelques jours plus tard, et ce fut un soulagement pour tous.

Ainsi, encore vivant, on peut être mort pour les autres, tout comme le fut mon voisin pour moi. J’éprouve, dans ce constat, quelque chose d’aussi inacceptable qu’inévitable.

Comme la mort, en fait.

Des vivants-morts (1/2).

Mon voisin est mort il y a quelques semaines. 95 ans. Professeur de clarinette, il était brillant. Nous avions des conversations passionnantes lorsque nous nous croisions et que nous avions le temps. Il avait tendance à bouffer du curé, ce qui n’était pas pour me déplaire, et portait un regard sur notre monde, sur son prochain, qui correspondait au mien. Des jugements indulgents sans être laxistes. De la rigueur et de la bienveillance à la fois.

Pendant l’épidémie de covid, nous n’étions plus d’accord: il m’avait reproché de n’être pas vaccinée, et cela m’avait beaucoup affectée venant de lui. C’est à ce moment que j’ai compris que nous ne pourrions plus échanger: il devenait sourd. Il n’entendait factuellement pas ce que je lui disais, et me demandait sans cesse de répéter. Je ne pouvais pas hausser à ce point le ton dans la rue, pour évoquer un sujet aussi sensible que celui-là. Je ne suis donc pas parvenue à avoir une conversation normale avec lui, et j’ai dû repartir avec son regard chargé de reproches sans pouvoir faire valoir mes arguments, qui n’avaient pourtant rien à voir avec les thèses complotistes.

Depuis, je l’ai vu décliner. Il s’est beaucoup occupé de son épouse qui a eu de nombreux problèmes de santé; sa fille me tenait au courant, ces dernières années furent difficiles. Il était lui-même malade -cancer- et n’en disait rien. Bien évidemment, nous nous sommes reparlé, généralement lorsqu’une aide-soignante l’accompagnait pour marcher autour du quartier, mais cela n’avait plus rien à voir avec nos échanges d’antan. Parfois je m’arrêtais, et il me racontait un souvenir commun sur nos chiens respectifs, en boucle, et je me disais que je l’avais déjà perdu, qu’il était déjà mort… Le plus souvent, lorsqu’il était concentré sur sa marche, je n’essayais pas de communiquer, je filais, comme s’il n’était pas là.

C’est affreux, je trouve. Et pourtant, c’est sans doute ce qui nous permet d’accepter la situation. Que ressentent les vivants-morts dans ces cas là? Réalisent-ils qu’on s’éloigne d’eux, qu’on les voit à peine? Nous voient-ils, eux? En souffrent-ils? C’est tellement étrange, ce besoin de protection égoïste. Devais-je m’imposer à lui à l’occasion? Hausser le ton pour qu’il m’entende au mépris de ce qui me paraît acceptable? Passer du temps et de l’énergie à essayer de communiquer avec lui? La seule chose que je parvenais à faire, c’est l’embrasser d’un signe de la main lorsque nous nous croisions, et qu’il me voyait. Il me répondait d’un même geste.

Le quartier n’est plus le même, sans lui.

Poésies en série.

Je ne sais plus comment dire à quel point j’ai de la chance.

L’avant-veille de mon départ en voyage, et alors que j’étais déjà ultra stressée et loin d’être prête évidemment, j’ai reçu un message d’un numéro inconnu.

C’était un vieil ami, perdu de vue il y a une quinzaine d’années, qui me faisait savoir qu’il était en déplacement non loin de chez moi pour aller voir « Dire straits experience », que l’un de ses amis avait dû renoncer à venir, et qu’il avait pensé à moi pour cette place qui m’était corrélativement gracieusement offerte si je le souhaitais.

à 17h30 pour 20h.

Je ne vais jamais en concert. Trop de monde, trop de bruit, trop cher, trop de stress pour s’y rendre. Même à 20 ans j’en ai vu très peu. Mais là, comment pouvais-je dire non? ça me tombe tout cuit dans le bec, j’ai juste à prendre deux bus. Et puis surtout, retrouver Philippe ! Qui n’a rien perdu de sa spontanéité et son côté surprenant (j’en aurais, des choses à raconter à ce sujet… !). Il est vrai que c’était un peu notre mode de fonctionnement. C’est lui, qui me disait toujours qu’il fallait prendre chaque événement de la vie comme un jeu, que c’était le meilleur moyen de ne pas s’ennuyer.

J’appelle vite fait Jules pour lui annoncer la nouvelle. « Je suis jaloux », m’a-t-il dit, suivi d’un silence approbateur. Approbateur ou pas, je me suis préparée au pas de course et suis partie. Carré d’or siouplé.

Je n’étais au courant de rien, et j’avoue avoir été un peu déçue de me rendre compte que ce n’étaient pas les frères Knopfler, mais tellement heureuse de retrouver Philippe et de retrouver cette musique. J’avais entendu parler de « tribute » mais j’ignorais à quel point c’était répandu. « Tribute » c’est vraiment pour se la péter: hommage serait infiniment plus explicite, mais c’est mon côté vieille conne france qui parle. Philippe, toujours passionné de musique, m’a raconté l’histoire de cet hommage en quelques mots, et même si les grincheux diraient que c’est juste une façon de se faire du fric sur le dos de la nostalgie, ce fut un réel plaisir et une sacrée surprise d’entendre à nouveau ces notes que je n’écoutais plus hors exception.

Après que tout le monde s’est levé pour rejoindre la scène lors du dernier morceau, je me suis surprise à sauter et danser, et tant que j’y étais, tenter d’attirer l’attention du saxophoniste/clarinettiste/flûtiste comme le ferait une groupie (j’adore la clarinette), avec une volonté appuyée de le remercier de sa prestation mais également, il ne le savait pas, de son énergie à faire revivre cette musique, puisque c’est sous son impulsion que tout cela a existé. Et comme à une groupie, Chris White m’a fait un signe marqué de la tête, regard appuyé, pour me remercier de cette reconnaissance. Je me suis (re)découvert ce côté profondément mièvre et naïf de s’imaginer qu’il est possible, par un simple regard, d’être touchée par la grâce d’un talent que je n’aurai jamais.

Les musiciens étaient visiblement heureux du plaisir qu’ils venaient de nous procurer, tout sourires, et rien pour ça, c’était chouette.

Depuis, j’ai ressorti le tout premier CD que j’ai eu en ma possession lorsque j’avais 14 ans. Love over gold.

Offert par feue mon amie Marie. Trente ans plus tard, elle est toujours là. Mon tout premier « compact disc », alors que je n’avais pas encore de platine pour l’écouter !

Vous pensez bien qu’avec un titre pareil, et une magie pareille, je me suis fendue d’un joli long texto à Jules.

Toute une chaîne de poésies, cette soirée. J’ai de la chance.

 

Des ambiances masculino-viriles de bureau.

Il se trouve que Jules, en ce moment, découvre la série Mad Men (que pour ma part j’ai vue lors de sa sortie), et je m’apprêtais à en écrire une ou deux lignes. Voilà qu’avant de m’exécuter, je tombe sur ce billet très intéressant de Matoo, augmenté de commentaires non moins intéressants , qui semblent montrer que les choses évoluent finalement très peu, et auxquels je ne résiste pas à apporter mon propre témoignage.

Lors de mes rares apparitions en public, et particulièrement dans les milieux « masculino-virilo-mâle », je ne peux m’empêcher d’ironiser les blagues douteuses, et j’ai droit, en retour (comme au lycée!) à des taquineries pas toujours fines, mais désormais plutôt bienveillantes, et dont je me défends assez bien; ça finit souvent par des rires et des termes affectueux. Il faut croire que j’ai fini par apprendre à quel moment et dans quelle ambiance je pouvais me permettre ou non, et jusqu’où je pouvais aller. Pas toujours facile quand on est habité d’une colère endémique!

Je ne manque jamais non plus de faire remarquer, toujours avec un peu d’humour ou au moins un sourire, des comportements sexistes qui laisse dans certains cas ces messieurs dans une certaine incompréhension, et je me fends parfois d’un argument supplémentaire face à leur air dubitatif. Evidemment, je passe pour la chieuse de service et l’on me qualifie régulièrement « d’attachiante ». Terme que je conteste également bien sûr mais je préfère ça que me taire face à ce qui m’agace, voire me révolte.

La graine est semée, elle germera ou non.

J’ai parfaitement conscience que je ne peux le faire que parce que, précisément, mes apparitions sont rares. Sans ça, c’est burn out ou mise au ban assuré ! Je l’ai vécu presque à chaque fois que je me suis jetée dans le monde du travail traditionnel…

Quant à Mad Men, je pique parfois quelques colères irrépressibles lorsque, vaquant par ailleurs à mes occupations, je retombe sur certains extraits mettant en scène le héros. Parce que bien entendu, les autres personnages sont tellement caricaturaux dans la misogynie qu’ils ne méritent plus mon attention.

Je me permets de les laisser sortir face à un Jules blasé mais souriant, qui me regarde avec les yeux pleins d’amour. Le fourbe.

Par ailleurs, je me rappelle avoir pensé (et peut-être écrit ici même?) que Mad Men était sorti à un moment où une petite musique de fond commençait à se jouer: ne plus fumer, ne plus boire, éviter les comportements sexistes. De mémoire, #metoo n’était pas encore sorti mais était en gestation ou pas encore très répandu. Et je m’étais dit que les scénaristes avaient eu l’idée géniale de cette série pour se permettre absolument tout. Comme pour pousser à la consommation ! Et à la goujaterie. La publicité dans les années 50/60: quel meilleur milieu à décrire pour tout s’autoriser?

Cela me paraissait révélateur d’un phénomène, mais pour autant, jamais je n’aurais imaginé que ça irait jusqu’à créer le mouvement des masculinistes, mais c’est une autre question (y compris de vocabulaire, d’ailleurs).

Je me rappelle avoir eu une sensation de boulimie de la part des scénaristes, à placer des blagues sexistes pour placer des blagues sexistes; de fait, inutiles à servir le propos. De l’excès dans l’excès, un véritable défouloir. J’ai même presque eu l’impression d’étouffer parfois, à les voir fumer cigarette sur cigarette. Et je me suis demandé comment ils restaient sobres avec tous les verres qu’ils buvaient tout au long de la journée.

Mais comme ce fut fait avec beaucoup de talent et des dialogues malgré tout remarquables, je me suis, comme beaucoup, prêtée au jeu.

Et malgré les colères qu’il me fait piquer, je dois bien admettre que Don Draper, au vu de ses collègues et du contexte qui est le sien, reste un moindre mâle.

 

Des émotions nature.

A maintes reprise, j’ai pu observer les émotions provoquées par certaines scènes de la nature. Qu’est-ce qui nous attire à ce point face à un phénomène tout à fait banal mais auquel nous n’assistons que par accident? Comment se peut-il que cela nous attire et nous émeuve à ce point?

Dernièrement, j’ai à nouveau vécu ce phénomène à deux reprises.

En octobre, lors d’une plongée et alors que nous n’étions pas sur un « spot » à dauphins, nous en avons croisé un. Qui se déplaçait lentement à nos côtés, comme pour nous jauger. Quelle émotion ! Nous étions tous enchantés en remontant sur le bateau et n’avons cessé d’en parler par la suite, comme d’un événement extraordinaire.

Alors que bon: un dauphin dans la mer, hein…

Les plongeurs sont toujours subjugués lorsqu’une bestiole semble s’intéresser à eux: nous avons soif d’interaction bienveillante, peut-être plus encore avec des êtres vivants différents de nous. C’est d’ailleurs ainsi que certains plongeurs, contre toute déontologie, se mettent à nourrir des bestioles, ce qui n’est pas sans poser problème.

En novembre, même chose avec -beaucoup plus classique- un petit oiseau.

Alors que nous bavardions, installés dehors par une journée très ensoleillée dans le jardin d’une maison de vacances restée fermée depuis septembre, nous avons ouï un petit sifflement. C’était un rouge-gorge qui s’annonçait et s’approchait de nous. Nous y sommes restés quatre jours, et il est venu à chaque fois que nous étions dehors: le plus souvent en s’annonçant au préalable. Il s’approchait, comme s’il avait quelque chose à nous dire. Et même, alors que je me douchais (douche extérieure), il est venu tout près de moi, sautillant sur le sol; je me suis accroupie pour lui parler -c’est dire comme on devient nunuche en pareille occasion !-, et je n’ai pas osé tendre la main de peur de l’effrayer, mais à cette distance, j’aurais pu le toucher.

Bien évidemment, cela nous a fait jaser: que voulait-il? Manger? Etait-ce la réincarnation d’un esprit défunt? L’un répondait par l’affirmative, sans certitude évidemment, s’abritant derrière notre besoin de poésie, l’autre n’a pas résisté à lui laisser des miettes ici ou là. Nous ne saurons jamais si c’était son principal intérêt. Comment se pouvait-il qu’il soit si peu farouche, et quel intérêt trouvait-il à nous retrouver plusieurs fois par jour? Miettes ou pas, il était là à chacune de nos apparitions, et restait plusieurs minutes en notre compagnie, comme s’il faisait partie du groupe.

Et puis je me suis dit qu’on regardait les choses à l’envers. De fait, nous étions les intrus installés chez lui, et, de bonne grâce, il avait pris le parti de nous accueillir avec bonne humeur, plutôt que nous toiser du haut d’un arbre. Mais quel oiseau fait ça…?

Quoi qu’il en soit, on sentait une sorte de fébrilité émotionnelle se dégager à chacune de ses approches. Comme c’eut été le cas avec n’importe quel animal sauvage, je crois.

Je reste sidérée non par l’existence, mais par la force et la (quasi?) universalité de ces émotions-nature…

Du stress post traumatique.

L’occasion d’entendre des témoignages de stress post traumatique se présente de plus en plus de façon générale puisque la parole se libère, et plus encore en ce funeste mois de novembre, 10 ans après la vague d’attentats subie par la France.

Plus j’entends ce type de témoignage ou assiste aux dégâts provoqués par divers traumatismes, plus je constate que, sans en avoir connu aucun à titre personnel, je me reconnais en eux.

C’est d’ailleurs suite à un reportage sur les conséquences du viol il y a très longtemps (reportage exceptionnel et novateur pour l’époque) que j’ai commencé à prendre conscience que mon état n’était pas normal. A ceci près que, je le répète, je n’ai rien subi d’outrageant dans ma vie. Je ne me sens pas concernée lorsqu’on parle de viol ou d’inceste (sur le plan sexuel, ça ne me « parle » pas), mais je me reconnais plus généralement dans l’abus, ou l’atteinte à l’intégrité physique ou psychique, et peut-être notablement dans l’humiliation.

Je reconnais l’hypervigilance qui s’impose à chaque sortie malgré soi (l’absence de sérénité possible), le fait de continuer à vivre avec cette immense part de soi détruite, les flash de scènes d’horreur qui s’invitent à leur guise, les cauchemars et insomnies, le repli inévitable sur soi et la peur de l’Autre. J’en oublie certainement, maintenant que je vais mieux, mais je les reconnais chaque fois que je les vois.

Cela me fait penser que, peut-être, ceux qui parlent de réincarnation, ne sont pas si fous : hormis dans une vie antérieure, je ne vois pas bien comment je pourrais être à ce point sensible et comment j’aurais pu développer tant de points communs avec les vrais traumatisés. Les psy parlent de microtraumatismes répétés, ou peut-être d’avoir vu des films violents trop jeune. ça me paraît léger pour expliquer que tant de haines aient pu m’habiter adolescente, mais plus encore, la subsistance de ces problématiques, même si elles se font plus discrètes aujourd’hui.

Il se trouve également que je viens de voir la nouvelle série proposée par Arte avec Benedict Cumberbatch (à ne pas placer entre toutes les mains).

J’ai été sidérée (et heureuse, en fait) des similitudes rencontrées dans l’évocation de la mort et du suicide. De même que, de façon générale, tous ceux qui parlent de leurs pensées sinistres lorsqu’ils les ont éprouvées. Cela n’est pas nouveau pour moi mais c’est toujours, en quelques sortes, rassurant. Je mesure au passage, encore une fois, la chance que j’ai de très mal supporter les substances psychotropes -qu’elles soient légales ou non-, seule raison pour laquelle, me semble-t-il, je ne suis jamais devenue droguée, alcoolique ou accro aux médicaments.

[Attention spoiler] Tout particulièrement, j’ai aimé le passage où il se reproche son perpétuel ton sarcastique ou ironique, constatant qu’il ne sait pas comment s’exprimer autrement que par ce biais. Ce n’est pas vrai de tous les traumatismes subis, mais c’est un élément possible, assez rarement souligné dans ce type de scénario pour que ça m’apparaisse comme une originalité intéressante. On a tous bien conscience qu’il y a un rapport entre les deux, mais j’ai vraiment apprécié que ce soit si clairement exposé.

C’est que je suis trop souvent sarcastique, notamment avec Jules, et je me déteste quand je ne peux réprimer cette façon d’être, car il est presqu’ exactement le contraire de ça, et même s’il mérite parfois qu’on s’agace, il ne mérite certainement pas que ce soit de cette façon.

Voilà de nombreuses années maintenant que je m’efforce de m’exprimer autrement de façon générale. J’y parviens souvent, mais chassez le naturel…

Des talons à peine voilés.

Le voile fait à nouveau son apparition dans le débat public. Encore que je ne sais pas si on peut appeler ça un débat.

Ma nouvelle quasi belle-soeur, que je n’ai pas encore rencontrée, souhaite déménager car il y a trop de « voilées » dans sa ville, d’après ce que m’en dit Jules. A la limite, même si ça me heurte a priori, je peux l’entendre. Un tel sentiment de « submersion » peut provenir d’un déséquilibre dans la répartition des populations car les chiffres, eux, sont sans appel: je ne les ai plus en tête, mais pour avoir beaucoup lu sur le sujet, nous sommes très loin d’un « grand remplacement » qui ne remplace que nos fantasmes, et donc nos débats stériles, et donc nos hystéries; a fortiori lorsqu’on sait que les médias se trouvent entre les mains des plus riches et des plus catholiques (au sujet desquels, d’ailleurs, je viens tout juste de commencer -sans avoir terminé les deux précédents- un bouquin).

Quand j’entends qu’il y a trop de femmes voilées en France, et que l’on va voter pour l’extrême droite pour cette raison, j’ai envie de hurler. Outre que les chiffres montrent qu’il s’agit d’une proportion minime de la population féminine, cela ne peut que provoquer des esprits rebelles; contre-productif.

Mais il ne faut pas croire: la féministe radicale que je suis, a des frissons dans le dos quand elle voit une femme en burqa (ou niqab ou burkini ou que sais-je), et n’aime pas voir une femme voilée. Parce que le voile est, à mes yeux, un des plus forts symboles de l’inégalité entre les sexes.

Au même titre que les talons aiguilles, et autres artifices délétères typiquement féminins.

Pour moi, ce sont les deux faces d’une même pièce… et ce n’est pas une médaille.

La plupart des femmes voilées avec qui j’ai eu l’occasion d’échanger, ou dont j’ai écouté les propos lors de reportages, confient qu’elles ont choisi de porter le voile. Pas toutes, certes, certaines le font sous la pression de leur entourage, mais sans que ça leur pose un réel problème: pour elles, c’est relativement naturel. En tout cas, pour la très grande majorité de celles qui vivent en France. Elles vous diront donc qu’elles ne sont pas sous domination masculine, puisque le voile, c’est leur choix.

Exactement de la même façon que lorsque vous interrogez une femme coquette. Elle porte des talons, se pèle parce qu’elle tient à porter une jolie tenue, dépense des fortunes et malmène son corps avec de la chirurgie esthétique, sans parler du temps passé à se maquiller -inclus dans une routine quotidienne bien rôdée. Elle soigne son apparence à presque n’importe quel prix (certaines vous diront même que ça ne leur coûte rien ou presque), et vous répondra que « ça lui plaît », que c’est son choix. Si vous lui demandez si c’est important pour elle de plaire aux hommes, elle vous répondra que c’est d’abord pour se plaire à elle.

Moi, je me désole qu’elle ne soit pas en mesure de se plaire sans tous ces artifices, et je ne peux m’empêcher de m’interroger sur le pourquoi d’un tel constat. Mes copines qu’il m’arrive de voir sans maquillage, vont parfois jusqu’à s’en excuser ! Alors que je les trouve bien plus jolies au naturel.

Je considère (peut-être à tort?) que tout cela n’est que le résultat de l’intériorisation de siècles d’un fonctionnement très déséquilibré entre les hommes et les femmes. Etre coquette, pourquoi pas? C’est le prix que les femmes paient pour y parvenir qui m’a toujours choquée et me choque de plus en plus… malgré, soi-disant, une plus grande égalité entre les hommes et les femmes de nos jours.

J’ai parfois l’impression qu’on assiste au contraire à une régression, mais il est possible que ce soit simplement une vue inquiète de mon esprit.

Et je ne parle pas de sexe… Je préfère renvoyer ce chapitre à l’excellente Ovidie, qui parle très bien de ce sujet, même si je trouve qu’elle ne va pas encore assez loin dans ses raisonnements.

Féministe radicale, vous disais-je.

Des litières pour chat.

Depuis belle lurette, j’utilise des granulés de bois en guise de litière. Pas celle qui est vendue au rayon dédiés aux animaux, mais plutôt les gros sacs, infiniment moins chers, vendus au rayon chauffage. En général, j’y ajoute en petite quantité des copeaux de litière pour lapin.

Un inconvénient certes: la litière souillée n’est pas aussi bien délimitée qu’avec la litière agglomérante, et donc, à moins de vouloir ratisser large, c’est toujours de l’à peu près.

Mais tant d’avantages. C’est tellement efficace que je n’ai pas besoin de m’en occuper trop souvent. Quelques pelletées par ci par là, et un remplacement complet de temps à autres. En moyenne, j’ai besoin d’environ un sac de 15 kg par an, soit environ un seul achat et 5 euros pour l’année. Le sac de copeaux de litière de lapin me dure plusieurs années puisque j’en mets peu.

Qui plus est, ça se composte.

En septembre, j’ai eu à m’occuper du chat d’une copine, qui utilise de la litière agglomérante. Je passais voir son chat tous les deux jours, et sur le moment, j’ai eu l’impression que c’était super: facile d’entretien, pas grand chose à faire, de sorte que lorsque je suis moi-même partie en voyage, j’ai décidé de mettre de la litière agglomérante, afin que la copine ne soit pas dépaysée.

Très mauvaise idée.

1. Sur une semaine, un paquet entier n’a pas suffi.

2. Je n’ai jamais eu une poubelle aussi lourde !

3. Elle colle aux parois de la caisse et c’est difficile à enlever ET à nettoyer. Car mon chat, contrairement au sien, urine très près de la paroi.

4. Il faut s’en occuper au minimum une fois par jour. Y compris lorsque mon chat va faire la moitié de ses besoins dehors, car il boit beaucoup et conséquemment urine beaucoup la nuit.

5. Il faut donc en racheter sans cesse ! Et c’est lourd à porter.

6. Et je ne parle pas de ce qu’il faut nettoyer autour de la caisse: il y en a toujours davantage qu’avec l’autre litière, et elle est plus difficile à balayer et ramasser pour cause de particules plus petites.

J’ai vite abandonné tout ça et retrouvé la litière habituelle qui, en plus de tout le reste, a le mérite de sentir bon le bois…!