Le voile fait à nouveau son apparition dans le débat public. Encore que je ne sais pas si on peut appeler ça un débat.
Ma nouvelle quasi belle-soeur, que je n’ai pas encore rencontrée, souhaite déménager car il y a trop de « voilées » dans sa ville, d’après ce que m’en dit Jules. A la limite, même si ça me heurte a priori, je peux l’entendre. Un tel sentiment de « submersion » peut provenir d’un déséquilibre dans la répartition des populations car les chiffres, eux, sont sans appel: je ne les ai plus en tête, mais pour avoir beaucoup lu sur le sujet, nous sommes très loin d’un « grand remplacement » qui ne remplace que nos fantasmes, et donc nos débats stériles, et donc nos hystéries; a fortiori lorsqu’on sait que les médias se trouvent entre les mains des plus riches et des plus catholiques (au sujet desquels, d’ailleurs, je viens tout juste de commencer -sans avoir terminé les deux précédents- un bouquin).
Quand j’entends qu’il y a trop de femmes voilées en France, et que l’on va voter pour l’extrême droite pour cette raison, j’ai envie de hurler. Outre que les chiffres montrent qu’il s’agit d’une proportion minime de la population féminine, cela ne peut que provoquer des esprits rebelles; contre-productif.
Mais il ne faut pas croire: la féministe radicale que je suis, a des frissons dans le dos quand elle voit une femme en burqa (ou niqab ou burkini ou que sais-je), et n’aime pas voir une femme voilée. Parce que le voile est, à mes yeux, un des plus forts symboles de l’inégalité entre les sexes.
Au même titre que les talons aiguilles, et autres artifices délétères typiquement féminins.
Pour moi, ce sont les deux faces d’une même pièce… et ce n’est pas une médaille.
La plupart des femmes voilées avec qui j’ai eu l’occasion d’échanger, ou dont j’ai écouté les propos lors de reportages, confient qu’elles ont choisi de porter le voile. Pas toutes, certes, certaines le font sous la pression de leur entourage, mais sans que ça leur pose un réel problème: pour elles, c’est relativement naturel. En tout cas, pour la très grande majorité de celles qui vivent en France. Elles vous diront donc qu’elles ne sont pas sous domination masculine, puisque le voile, c’est leur choix.
Exactement de la même façon que lorsque vous interrogez une femme coquette. Elle porte des talons, se pèle parce qu’elle tient à porter une jolie tenue, dépense des fortunes et malmène son corps avec de la chirurgie esthétique, sans parler du temps passé à se maquiller -inclus dans une routine quotidienne bien rôdée. Elle soigne son apparence à presque n’importe quel prix (certaines vous diront même que ça ne leur coûte rien ou presque), et vous répondra que « ça lui plaît », que c’est son choix. Si vous lui demandez si c’est important pour elle de plaire aux hommes, elle vous répondra que c’est d’abord pour se plaire à elle.
Moi, je me désole qu’elle ne soit pas en mesure de se plaire sans tous ces artifices, et je ne peux m’empêcher de m’interroger sur le pourquoi d’un tel constat. Mes copines qu’il m’arrive de voir sans maquillage, vont parfois jusqu’à s’en excuser ! Alors que je les trouve bien plus jolies au naturel.
Je considère (peut-être à tort?) que tout cela n’est que le résultat de l’intériorisation de siècles d’un fonctionnement très déséquilibré entre les hommes et les femmes. Etre coquette, pourquoi pas? C’est le prix que les femmes paient pour y parvenir qui m’a toujours choquée et me choque de plus en plus… malgré, soi-disant, une plus grande égalité entre les hommes et les femmes de nos jours.
J’ai parfois l’impression qu’on assiste au contraire à une régression, mais il est possible que ce soit simplement une vue inquiète de mon esprit.
Et je ne parle pas de sexe… Je préfère renvoyer ce chapitre à l’excellente Ovidie, qui parle très bien de ce sujet, même si je trouve qu’elle ne va pas encore assez loin dans ses raisonnements.
Féministe radicale, vous disais-je.