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Sur la trace du retard que cultivent les carnets paresseux, il me semblait essentiel d’en déterminer l’origine. On va pas laisser les idées les plus saugrenues aller leur chemin sans au moins en débusquer le moindre indice circonspect, le plus probable galapiat au gouvernail de l’idée traversante, la moindre poussière d’influence ayant aggravé le phénomène.
Mais tout d’abord, raisonnons juste, synthétisons précis, et les espèces traversant le cerveau de son hébergeur vont peut-être pouvoir s’éclairer.
Primo, les vies s’en trouvent si bien impactées que le trésor de la collecte des participations croule sous le nombre.
120 annoncés le 8 décembre trônant dans la coquille du 31 décembre, le tout en défendant la cause de la procrastination. C’est un tour de force, que dis-je, un tour de farce à garnir le réveillon.
Ça réveille !
Les gourgandins du journal de vint heure sont encore paralysés d’époustoufflation à la lecture du fameux retard de création.
On va penser que le retard de conduction au neurone de l’écriture en est la cause, sinon les éditeurs vont dépenser, et là, avec une telle fuite d’idées, l’enquête risque de terminer en court-circuit.
Bah… Le renard a eu l’heur de plaire. C’est toud’même parien !
Double zut ! Le rien, c’est du passé nan ?
Bon, les zôt’ zhôtes de la nature naturelle se sentent un peu oubliés.
Ce n’est pas qu’ils en zozottent mais…
Qu’avons-nous fait du lynx, à l’œil aigu et effilé comme une dent de tigre ?
Et la poule, ses piou-pious, les œufs, les nœuds dans les idées de son chapeau, les zérissons tout piquants de révolte ?
Où sont les grandes pattes des zéchassiers bizarres avec leur regard globulé, signe d’attention.
Est-ce un début d’identification de la naissance du retard dont le sujet fait hautement débat depuis le début du mois ?
Il me semble entendre le claquement discret de leur bec à chaque changement de minutes. Ça en fait un sacré paquet depuis l’édition source.
Pensez, 24 heures que multiplient soixante minutes, on arrive à 1440 par jour !
Alors fois un nombre incalculable de jours, la calculette s’affole, elle chauffe.
Et bingo !
Voilà une résolution presque année 2026 avec une méthode de réchauffement local.
Les économies d’électricité, ma foi…
On n’a rien contre, même que si ça se trouve, on va passer en été à la calculette.
Euh, on va réfléchir d’abord, hein ?
Avec tout ça, je me demande si mon cerveau n’est pas monté d’un degré à la pensée de toutes les théories fumeuses qu’il développe.
Je l’enveloppe dans une poche de glace pour éteindre l’incendie de l’enquête.
J’avoue faire aveux de confidences à la révélation des méandres depuis l’origine.
Vous voyez bien, cela vient de provoquer un séisme, une avalanche de dévoilement au grand jour qui explique toute l’affaire.
Piuuuuuhhhh ! Je ne sais même plus si j’ai inséré la racine carrée de tous les mots à caser dans tout ça.
De toute façon, ça dépasse toujours alors…
Voilà, j’édite le 121ème texte de participation.
Et sans rien relire encore.
Ces histoires de retard m’ont mis le gazouilli des pains perdus à l’esprit.
Vous n’imaginez pas comme c’est bruyant, les pains perdus.
Et cui-cui, et cui-cui.

Relu et corrigé en l’an de grâce 2026, le premier jour !

L’univers contre attaque

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La bénédictine de l’ancienne abbaye de Fécamp tient sa recette sous scellés. La seule qui en connaisse à ce jour le secret de fabrication c’est moi, Bénédicte Bacardi. Initiales B.B.
Il est possible que la destinée, par mimétisme, m’ait conduite à cette place, exactement en adéquation avec l’entreprise familiale, où spiritueux et liqueurs font le bonheur de leurs consommateurs, où épices et vertus médicinales font la joie de leurs adeptes, où les fins palais claquent de la langue au plaisir de leurs dégustations.
Toujours est-il que, bien qu’en adéquation totale de nom avec ma fonction, personne ne me connaît vraiment.
Anonyme et pourtant réputée, discrète et pourtant recherchée, je détiens la formule de cet élixir et mes gardes du corps en témoignent, personne n’approche ma personne sans qu’il ne soit comme épinglé sur un carton, tel un insecte qu’enfant nous avons tous un peu collectionné en totale innocente cruauté.
On n’approche pas une gardienne de trésor aisément, j’en suis le témoignage vivant.
Tout ça pour dire que chaque destin va avec la charge qui lui incombe, et ce n’est pas le premier galapiat venu qui va dérégler sa puissante mécanique.
Enfin, peut-être…
C’était un jour d’hiver, le froid avait figé les eaux profondes de l’étang d’Aurige, situé à l’ouest du domaine.
J’allais d’un pas tranquille, emmitouflée dans une longue pelisse doublée chinchilla synthétique, traversant l’espace séparant le manoir où je loge du château ducal lorsque l’un de mes sixième sens m’alerta.
Un regard inhabituel scrutait le parc à ma recherche, son rayon dardait l’iris bleu acier de mes yeux cachés sous les verres solaires que je ne quitte jamais.
Le frémissement de ma pupille indiquait que quelque chose allait agir, mais sans précision.
Née d’une greffe de neurone hybride renard-faucon, ma pupille, dotée d’un champ magnétique hypersensible, recevait ainsi de nombreux messages anticipatoires et visionnaires, ce qui le plus souvent me permettait de déjouer les trop nombreuses tentatives d’effraction dans le fichier recette de mon encéphalopode, la partie de mon cerveau qui garde secrète la mémoire de la fameuse recette de la bénédictine.
C’est donc avertie d’un potentiel danger que, toute antenne déployée, je parcourus le paysage alentours d’un coup d’œil aiguisé.
La présence habituelle des gardes du corps était d’une discrétion toute invisible, aussi n’en vis-je aucun à proximité.
De toute façon, qu’auraient-ils pu faire ?
Le grondement qui s’éleva fit vibrer la terre et elle s’ouvrit. Une fracture étroite, longue de trois mètres, large de cinquante centimètres me barrait maintenant le chemin. De cette longue fissure émana une épaisse fumée blanchâtre qui m’enveloppa totalement et me décolla du sol comme une aile magique.
Que peuvent les humains contre ces phénomènes terrestres ?
Rien, me dis-je aussitôt.
Aussi, me laissais-je transporter par cet étrange véhicule.
Qui ne tarda pas à me déposer sur un piton rocheux.
Le paysage alentour était assez nébuleux, tout autant que clairement discernable. Une constellation de mes fichiers galactiques clignotait :
J’étais sur la falaise cosmique de la nébuleuse de la Carène.


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Bon, jusque là, tout va bien, me suis-je dit en mon intime conscience.
Cette histoire une fois de plus déborde de tous côtés, au point que, perchée sur un pic nébuleux, me voilà, tenue par la cohérence de mon propos, d’inventer une pirouette toute mignonne, afin de rejoindre le clan des agendistes de décembre, alors allons-y.

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Et là, j’ai compris qu’on m’avait pris pour Thomas Pesquet !!!

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Ce qui ne m’avançait pas beaucoup plus…
C’est là qu’est arrivé le renard :

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– Salut, je viens pour les cadeaux sous le sapin. Ousk’il est ?
Complètement ahurissante, cette situation.
Bah, il avait l’air plutôt sympa, et puis aussi l’air sûr de lui.
Je lui ai demandé s’il savait où nous étions.
Il me dit que non, qu’il n’avait jamais réfléchi à une telle question.
Puis il regarde autour de lui.
– Bin, ousk’on est alors ?
Je lui accorde que ma réponse va être nébuleuse, qu’on ne va pas s’affoler, mais que tout comme lui, je ne sais pas ce que je fais là.
Le temps s’est déréglé, lui est en avance, l’agenda est en retard, bref, comment avons nous fait pour nous rejoindre en ce lieu si éloigné ?
Il n’en sait fichtrement rien. Mais, loin de se démonter, il attrape la canne à sucre de Noël dans la hotte pour s’en servir comme d’un mégaphone micro-cosmique.
– Eho ? Eho ? Y’a quelqu’un ?

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Euh, pardon. C’est une erreur de casting nébula, le mégachaphone de la carène.
Je rectifie la coquille galactique.

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Voilà, c’est mieux.
– Bing bing bing bing ého bing kel bing quint…
Ça se répercutait dans tout l’espace, il y avait une caisse de résonance extraordinaire.
A un moment donné, on a entendu grésiller, des étincelles parcoururent le flanc de la falaise puis disparurent.
Le silence, à nouveau.
Le renard savait, moi pas, que viendrait une réponse, tôt ou tard.
– Tu sais, me dit-il avec un air recueilli, je croyais que ma rose viendrait des étoiles. Le petit Prince m’avait touché deux mots de la sienne, alors… Quand le serpent l’a piqué, qu’il est tombé, juste sous l’astéroïde B612, et qu’il a disparu, j’ai pensé qu’il trouverait la mienne.
– Visiblement, ce n’est pas le cas, lui répondis-je. Mais bien plutôt le contraire. C’est toi qui parcourt la galaxie.
Le renard sembla triste. Puis un sourire illumina son museau.
– Et si c’était toi, ma rose ?
Je n’ai pas pu m’empêcher d’éclater de rire à sa question. Il avait un air trop chou, tout mignon, mais quelle drôle d’idée. Un renard amoureux d’une Bénédicte.
Je lui explique d’où je viens, ce que je fais et ce faisant, je vois bien comment il devient triste.
– Bah, avec tes pupilles hybrides, j’ai pensé…
– Ah oui ? Mes pupilles renard-faucon, un cadeau de naissance ! Mes parents ne reculaient devant rien ! C’est un très beau cadeau.
– Vois-tu, renard, peut-être es-tu en avance sur ton temps. Carnets des paresseux nous demandait d’être en retard, tu n’as rien compris à la consigne.
– Alors ne joue pas les gourgandins avec moi, ok ?
Renard se mura dans un silence orange, et nous attendîmes qu’il se passe quelque chose.
Le grésillement céleste dû atteindre sa cible car notre véhicule de retour à la réalité arriva enfin.

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Lui non plus ne respectait aucune règle de consignes. Visiblement, il affichait un temps d’avance largement dépassé.
Vraiment, ces personnages n’en font qu’à leur tête !
Mais j’avoue n’avoir pas eu le cœur à lui en faire reproche.
Tintin nous ramena direct sur terre et lorsque je lui ai demandé comment il avait su que nous étions sur cette falaise, il me montra le trou de serrure.

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C’est le doigt de Dieu, Bénédicte. Il m’a désigné pour vous rapatrier.

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Le renard avait disparu, et j’ai repris mes activités en rejoignant le laboratoire Bacardi Bénédictine.
Personne ne sut ce qui m’était arrivé ce jour là.
La faille temporelle s’est refermée, ne laissant aucune trace de son existence.
Mais moi, je n’ai pas oublié.

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Les différents lieux sont référencés sur la page Wikipédia de la nébuleuse de la Carène.
https://fr.wikipedia.org/wiki/N%C3%A9buleuse_de_la_Car%C3%A8ne

Pour ceux qui voudraient en savoir plus :
Les falaises cosmiques
https://www.asc-csa.gc.ca/fra/multimedia/recherche/image/17280

Le trou de serrure
https://www.cidehom.com/apod.php?_date=160814

Avec le doigt de Dieu
https://www.flickr.com/photos/7208148@N02/48907385057

Participation écrite pour l’agenda de décembre.
Merci carnetsprocrastinateurs.
https://carnetsparesseux.wordpress.com/2025/12/07/en-retard-agenda-ironique-de-decembre-et-au-dela/


Mes collectors du jour

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Et pour finir, une photo du pic mystique de la nébuleuse de la Carène.

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Toute l’histoire


Ecrit et illustré pour l’agenda ironique qui se tient en retard tout décembre et même sûrement plus chez les carnets de la paresse suivez le lien :

Je m’appelle Hellot. Jean Hellot.
Chimiste de passion et de métier, je vous promets, je n’aborderai en aucun cas mes recherches sur le bleu de Prusse. Ni d’ailleurs sur le rouge de cochenille. Ce serait faire entorse à la bienséance, et cela m’exposerait à un affreux scandale de gazette. Les journalistes ne manqueraient pas de me traiter de galapiat.
Ce qui ne serait pas très agréable.
Non, vraiment !
Ni couleur, ni saveur, ni même odeur ne seront cités dans cette curieuse aventure vécue que je m’apprête à vous raconter.
Si je garde le rose Pompadour sous silence, je réserve la découverte à l’académie des sciences.
Mais en parlant de réserve, voici ce qui m’est arrivé.
Curieux de connaître les branches de mon arbre, je me suis, cette année là, piqué de généalogie.
A la bibliothèque de France, les anciens fonds regorgent de trésors, la piste Hallot m’ouvrait à leur découverte. Et voici qu’au détours de mes recherches, je trouve un curieux ouvrage manuscrit portant le titre suivant :
« Interruption du sommeil cabalisticque, ou le dévoilement des tableaus mysticques de l’antiquité : la chrysologie chymicque, où est manifesté ce qui a esté caché et voilé par l’antiquité du germe de l’or, de sa généalogie, ou régénération du fils du Soleil ».
Intrigué, j’ouvre l’ouvrage manuscrit et, à la page 56, la devise de Constantin retient mon attention : « In hoc signo vinces ».
Recherches faites, il s’agit d’une locution latine traduite du grec ancien « ἐν τούτῳ νίκα » et qui peut se traduire ainsi : « Par ce signe, tu vaincras ».
Je ne sais pas pourquoi mais une sorte d’antenne interne s’est allumée en moi en lisant ce truc. Vous savez, ce genre d’impression qui vous signale que quelque chose d’important est en train de se révéler à vous.
Très impressionné, je décide de mener l’enquête.
La bibliothécaire m’apprend que c’est un ouvrage offert par le Docteur Guillaume Dupuytren, chirurgien en chef de l’Hôtel-Dieu.
Ni une ni deux, je prends rendez-vous avec lui sous un prétexte fallacieux et me rend sur l’île de la cité pour le rencontrer.
Je n’aurais jamais imaginé tout ce qui va suivre.
Arrive l’heure de mon rendez-vous. Une secrétaire me guide dans les méandres du service et me montre une porte. Vous pouvez entrer, me dit-elle.
J’avance, et là, c’est le choc !
Un personnage est là, assis sur son fauteuil. Il regarde l’écran de son ordinateur, sans doute est-ce mon dossier médical.
Mais son aspect est effrayant.
Ne sachant pas trop avec quels mots vous le décrire, voici la photo que j’ai prise de lui avec mon téléphone portable.
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Vous imaginez le choc !
Il m’invite à entrer et me montre la chaise en face de lui.
D’une inclination de la tête, il me regarde.
Me toise, devrais-je plutôt dire.
Son regard me transperce.
Quelque chose comme une chaleur intense me traverse. Je me sens défaillir. D’une voix forte et autoritaire il me demande ce qui m’amène.
Je me souviens avoir bafouillé quelque chose du genre :
« Euh, le l’ouvrequin… Le majuscrive… Le docuvrage… »
Je vois, me dit-il ! Nous avons affaire à un cas rare de dystopie éclapsique.
Et là, il prend son téléphone et il appelle un assistant :
Venez avec les étudiants, nous avons affaire à un cas très singulier d’élocution jargotée, c’est très intéressant.
Et ils arrivent, les uns après les autres.
J’ai l’impression de flotter hors de moi-même tant la sidération est intense.
La première étudiante est accueillie avec un immense sourire de la part du Docteur Dupuytren. Je pense qu’elle lui plait beaucoup.
– Entrez Girafine, venez voir ce spécimen de plus près.
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Suivront encore Crapidon,
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Brocolion,
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Sangliffon, à qui il fait la remarque qu’il aurait pu mettre une blouse avant de rejoindre son bureau…
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Viennent encore Pinguilain,
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Renarsène,
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Bref, les voilà tous réunis autour du docteur qui visiblement prend beaucoup de plaisir à leur enseigner sa profonde compétence en matière de diagnostic.
– La dystopie éclapsique, reprend-il, est une maladie mythique documentée dans les archives du rayon mystérium jamaivium. J’en avais entendu parler lors d’un cours de biocabulaire dyslexikraft du professeur Sombrot, mais c’est bien la première fois que je suis devant un symptôme aussi prononcé.
– Allez-y mon bon, me demande-t-il. Exprimez-vous.
Evidemment, comme je commençais à reprendre mon sang froid, je réussis à articuler clairement la demande.
– Monsieur, vous êtes le généreux donateur de l’ouvrage sur lequel je travaille à reconstituer mon arbre généalogique. J’aimerais juste en savoir un peu plus.
En voyant le manuscrit, je l’ai vu blêmir.
Il s’est mis à bafouiller un truc qui ressemble à : “ Le cret, le cret, il s’afit d’un cret “.
Et, se tournant vers l’assistance, mit tout le monde dehors d’un geste autoritaire.
Puis il me saisit par le col en me secouant comme un prunier.
Vous êtes fou ou quoi ? Ce livre est un secret. Qui vous a dit qu’il venait de moi ?
Il sembla s’apaiser un peu et lâcha ma chemise, qui toute froissée, ressemblait à une jupe plissée. Son teint écarlate me fit oublier sa verdeur de l’entrée. Heureusement, il réussit à se calmer et nous pûmes reprendre notre conversation.
– Bon, qu’est-ce que vous voulez savoir ? Me demande-t-il alors.
– Mais avant toute chose, dites moi sous quelle forme vous me voyez.
Je lui ai décrit, vous avez une tête de crapaud avec des antennes bizarres. Une carotte verte, un y de la même couleur et une racine idem.
– Taisez-vous, ne citez aucune couleur. C’est interdit, ici ! gronda-t-il sourdement.
Mais je voyais bien qu’il commençait à s’amuser. Et drôlement bien, même.
– Ce bouquin était censé être interdit à l’emprunt.
– Il contient la formule, vous l’avez en tête ?
– Oui, que je réponds. Par ce soigne, tu vaincras.
– Enlevez le o ! Par ce signe, bougre d’imbé… Pardon, d’igno… Et puis respirez un peu, on dirait un… un… Vous ressemblez à ça, respirez, nom de dieu ! Je vais être obligé de vous réanimer sinon.
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Reprenant une profonde respiration, une sorte de fusée sortit de ma bouche sans que je puisse retenir ce qui venait :
“Mais vous ne finissez jamais vos phrases, monsieur !”
Il secoua les épaules et d’un ton moqueur souligna que j’avais eu de la chance de ne pas le voir sous sa forme la plus triste.
En gros c’est genre ça :
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Je précise que toutes les photos issues de mon appareil sont sous licence, nul n’est autorisé à vendre la mèche.
Je dis ça pour les lecteurs qui seraient tentés de raconter toute l’histoire argumentée des illustrations, non ! Cette histoire complètement dingue qui va peut-être rappeler à certains d’autres expériences similaires reste entre nous, bien sûr.
On va rester discret sur les membres de l’équipe du Dr Dupuytrun. Hein ?
Tout de même je me demandais quel véritable visage ce chirurgien pouvait bien avoir.
Aussi posai-je la question en chevrotant aussi abruptement que possible, de façon à masquer mon trouble. La situation m’avait tout de même fortement perturbé.
– Comment vêêêê-je pouvoir retrouver une vue disons, ordinaire, si ce n’est normâââââle ?
D’un ton rogue, il m’ordonna d’ouvrir le manuscrit à la page 383.
– Vous avez là une illustration :
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– C’est dans ce symbole, très cher, que vous trouverez la clé.
– Edgard Poe s’y est un peu mesuré et croyez-moi, la cryptologie lui a demandé plusieurs années de recherche.
– Vous avez de la chance, voici le conseil que je vous donne pour avoir suivi ce même chemin.
– Regardez-les traverser, ces quatre là !
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– Ils ont la ref.
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– Faites comme eux.
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Et là, il me pousse dehors.
Voilà toute l’histoire.
Alors, au cas où vous auriez des velléités de recherches généalogiques, suivez votre intuition lorsque vous découvrez un message signaléthique !
Bonnes recherches à tous les chercheurs.
En attendant, je constate que je suis en retard de quelques mots, le gourgandin de l’histoire arrive.
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Haut en couleur, il chante le réveil du poulailler song.
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L’Horoscope de décembre

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Bélier :
Arrêtez de vouloir défoncer toutes les issues.
La fenêtre du Louvre vous en sera reconnaissante.
Si vous n’étiez pas aussi fonceur, vous auriez depuis longtemps amassé de la jolie mousse verte sur votre pelage puissamment odoré.
Êtes-vous donc tant contre la mode qu’un manteau vert ne soit pas l’un de vos rêves les plus secrets ?
Que votre parfum ne soit pas aussi délicieux qu’un bouquet de printemps ?
Mais vous roulez, pirouettes et fantaisies, au gré de vos emportements.
Vous dévalez monts et merveilles, par delà collines et trésors du monde.
Et s’il n’existait un seul signe du zodiaque pour vous tenir par la barbichette, ce serait bien celui du taureau.
Parlons-en, de celui-ci.

Taureau :
Votre opiniâtreté à refuser de tenir le bélier en respect est légendaire. Soyez plus coopérant. Ce mois-ci, les astres vous commandent d’obéir davantage aux injonctions du pouvoir de faire taire vos inutiles meuglements. Vous vous établissez dans les mairies, aux côtés de l’âne, mais que diantre font les anges ? Ce tapage fait fuir jusqu’aux habitants de l’étable. La preuve, même l’enfant refuse d’y aller naître. Et les moutons d’aller y paître. Est-ce que ce ne serait pas le jumeau de l’histoire qui renâclerait autant à entrer dans l’institution ? Taureaux, ressaisissez-vous. Il n’a jamais été question de couper quoique ce soit dans la légende de la nativité.

Gémeaux :
Tiens voilà les jumeaux ! Doublement vif-argent, ces deux là ne tiennent pas en place. Peut-être que leurs bavardages font le buzz. Quoiqu’il en soit l’horoscope du mois va vous tenir sous silence. Toute vérité n’est pas toujours bonne à dire. Vénus dans sa tenue d’Eve tient beaucoup à ce que ce ne soit pas sa version basse cour qui détienne le succès. Oui, vous avez bien entendu. Les lumières de la fête ne devront pas aveugler l’actualité. Toute superficialité du discours devra en rendre compte devant le panier de pinces de crabe du réveillon.
Ces pauvres bêtes demandent grâce.
A eux la parole.

Cancer :
Ce n’est pas en rêvassant entre deux rochers que vous allez réaliser votre vous.
Signe doublement enroulé sur lui-même, cessez de vous prendre pour le yin-yang.
Vous sollicitez la lenteur alors que, repéré par le prédateur des fêtes de fin d’année, vous filez en un rien de seconde vous cacher sous la plus grosse pierre du rivage.
La célérité et la souplesse légendaires de votre carapace ne changeront rien aux influences du mois qui vous pousseront vers le destin funeste du banquet familial.
Faites appel à votre imagination.
Il se pourrait bien que se glisse là un élément fondateur de votre survie.
Peut-être une nouvelle forme d’autorité royale vous sera-t-elle salvatrice ?
Votre côté solaire ?
Allons interroger son représentant.

Lion :
Un coup de bar, lion, et ça répare.
Le loup n’a rien à vous envier. Vous êtes par nature le roi de la Nature.
Ça fait pas un peu répétition, là ?
Deux fois le même mot dans une seule phrase ?
Et alors ?
Votre grande générosité ne saurait se froisser pour si peu. Ce mois-ci, les astres vous illuminent de mille feux. Vous brûlez de rugir, vous lisez du braille en rouge, et la gazelle zodiacale vous donne des ailes. Ce n’est pas que la faim fasse rêver les grands loups moroses, c’est que la crinière de la jungle, secouée à la racine du désastre, va vous obliger à revoir votre copie.
Reprenez tout en braille mais couleur fauve, et n’allez pas croire que la gazelle va vous tomber toute cuite dans la gueule.
Avant, vous devrez parcourir tout l’avent.
Peut-être que la fenêtre du 25 décembre sera là pour vous aider à garder votre superbe braillement.
Il est à prévoir que c’est la constellation du chocolat qui aura le dernier mot.
Allons quand même voir celle de la vierge.

Vierge :
Vous allez rencontrer votre enfant intérieur.
Celui-ci aura beaucoup à vous apprendre.
Vous comprendrez vite combien vous aurez bénéfice à l’écouter. Espiègle, toujours là où vous ne l’attendez pas, il saura vous surprendre et vous faire voir la vie sous un jour joyeux, créatif, récréatif, plein de joie.
N’ayez pas peur d’entendre sa voix, de vous en inspirer.
C’est un petit être charmant que vous allez rencontrer là.
Soyez lui en reconnaissante.

Balance :
Vous oscillez ?
Plus d’hésitation !
L’épée tranchante de votre aiguille centrale va frapper, couper court à toute polémique du doute.
La clarté du chemin en perspective va vous apparaître d’une limpidité tellement simple que la veine du poids penchera vers la légèreté.
Un vrai soulagement pour votre entourage.
Les plateaux chargés de fruits de mer commençaient à se tordre sous la poussée d’Archimède.
La justice sera redressante, et pas que sous la nature du laiton.
Être à la masse de Gilles Roberval Personne ce que le fléau de la balance est à la force du bras, un prodige, que dis-je, une mise à l’index du prolongement du bras de loto en carton.
Faites vos jeux, rien ne va plus.

Scorpion :
Piquer, surpiquer à tout va, tout va bien.
Vous aurez un travail d’arrache-cœur à l’ouvrage grâce à la formule Hadésienne.
Pluton la naine œuvre dans les souterrains des âmes muantes, remuantes, aux entournures bien droites, aux passepoils à gratter, ça va tanner mon capitaine !
Grâce aux adeptes qui n’ont pas inventé le fil à coudre, les machines à piquer les mots iront bon train dans les manufactures des hautes terres du milieu littéraire.
L’influence catacombienne aura son demi-mot à dire.
Ne renâclez pas à l’effort. Dans les anfractuosités de la muraille du son, vous aurez les pinces des pantalons alors que les allemands n’ont jamais réussi à prendre l’Alsace ni la Lorraine.
Le ciel de décembre est avec vous, point de doute à ce sujet.
Entendez mots et catacombes comme vous voudrez.

Sagittaire :
Souffler de la flèche, ça, ça vous connaît !
Mais souffler du morse, ou encore, souffler votre première bougie, ça, c’est une autre affaire.
Donc, je résume.
Pas trop de vent, un peu de tension dans les cordes de l’arc, c’est l’arc-de-triomphe qui se moque de l’étoile.
La tour Eiffel s’en trouve pliée de rire.
Vous aurez l’air de la répartie, celle qui fuse, celle qui coche, qui ricoche, qui décoche, qui décroche, qui croche les crocs-enjambés.
Ça va bien rire chez les centaures.
Surtout ceux qui, façon dahuts, ont deux jambes plus courtes que les autres.
Finalement, on se demande si vous n’êtes pas un peu jaloux du scorpion.
Ça pique même quand ça brûle. En tant que signe de feu, vous allez devoir baisser un peu la flamme.
Jupiter au gouvernail, c’est un peu la théière céleste qui infuse son message de paix à travers l’art de la flèche que vous représentez si bien.
Vous êtes l’archer du mois.
Applaudissements chaleureux.
Verveine citron ou rhum ananas ?

Capricorne :
Vous commencez comme un caprice. Mais ne nous y trompons pas, la rigueur entre dans vos attributions et ce mois-ci vous allez en faire preuve.
Déterminé à grimper jusqu’au sommet, votre sabot montagnard martèlera les sentiers les plus élevés sans jamais atteindre le vertige. Votre sang froid de mi-poisson aura raison du tournis.
Aucun manège enchanté n’a jamais réussi à torticoler votre nuque. Quel animal !
Et vous pouvez vous en féliciter. Car c’est grâce à cette rare hauteur de vue que vous réussissez à parcourir la gamme de toutes les notes du piano philosophe.
Saturne sera au rendez-vous des plus grandes déductions de la pensée à cornes.
Oseriez-vous prétendre que ce sont des antennes ?
Mais à quelles ondes êtes-vous donc connecté ?
Il n’est pas impossible que vous en fassiez l’inventaire, vu votre capacité d’analyse.
On attend ça avec impatience sur le Mont Olympe.
Et ce n’est pas le signe suivant qui me contredira.

Verseau :
Il suit le capricorne, tout en versant les eaux nécessaires au signe qui suit.
Bref, vous l’aurez compris, verseau, c’est une suite de suite, une immédiateté du fluide qui verse vers le numéro douze.
Il suit en force et contre rien.
Prendre la forme de son contenant, voilà sa force.
Comment ne pas voir là un déversoir de flots, un jet de la jarre du langage, un trop plein qui se déverse sur la surface planétaire qui pourtant, sonoritairement, en dit long sur le silence de tant de phrases creuses remplies de son eau.
Bref, parler pour dire tout et son contraire, ce mois-ci, vous allez en faire le plein.
Girouette et vents tournants pourtant ne font pas bon ménage avec votre courant ascensionnel.
Vous avez cette direction naturelle et elle vous conduira directement à des visées devisantes.
L’art de communiquer, rien que ça.
Mais pour dire vrai, l’art de communiquer une chose et son contraire, histoire d’amorcer la réflexion et le débat.
La parole est au vers luisant suivant !

Poissons :
Des vers, des vers !
Ça suffit maintenant !
Luisants, encore passe. Mais vers !
Oui, l’eau est notre élément, soit.
Mais nous n’avons pas l’air des vers, taisez-vous corbeau !
Ce qui est intéressant, dans la position du dernier signe du zodiaque, c’est que le temps ne revient jamais en arrière. Alors c’est tout en poésie que nous allons boucler la boucle de l’année sidérale, tout en bouclant cette jarre verseuse, non mais.
Sidérant nous direz-vous ?
Sauf que nous, on n’a pas de camembert à lâcher du bec, et que du coup, le renard peut bien rôder sur les rives des flots de paroles que la poésie est capable de produire, il n’aura ni la cigogne alsacienne, ni la quiche lorraine.
C’est scorpionné de toutes pièces, cette répartie, mais on s’en fout.
Il ne viendra pas nous faire un alexandrin de travers, cet auguste piqueur de vers à piquer les biais cognitifs.
Aller, un petit haïku pour finir.
L’hameçon de l’astre,
N’attrape pas la dinde de Noël,
Elle court encore.
Total, 17 mores. C’est bon ?

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L’auteur souligne le fait que toute coïncidence de genre est fortuite et sans aucun lien avec quoique ce soit qui puisse paraître sous-entendu.
Les figures de style ne sont là que pour illustrer la création textuelle horoscopique.

J’aime bien l’hiver

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J’aime bien l’hiver

Les jours de pluie somnolent,
Les jours de vent s’envolent,
A quand la neige, à quand le gel ?
Sous le givre des mots sont tapis des bourgeons,
Les branches d’Alexandrins se tordent pour mieux les lire,
Mais le tapis de feuilles,
Mais le tapis d’aiguilles,
Veillent bien que marcottent plus loin ces curieuses mégères.
Les jours se plient un peu, rapetissent leur lumière,
Et les marmottes marmonnent qu’il faudrait dans la grotte,
Une entrée bien cachée, un lit d’épaisses brindilles,
Et tirer les rideaux, et laisser infuser,
La tisane des jours gais, la décoction des joies,
Juste le temps du froid, juste pour rejoindre tranquille,
Cette douceur du repos, cet éveil du retour,
Où les gouttes sont tièdes, où les pousses sont tendres,
Et où les vents charmés, sortiront du velours,
les petites têtes jaunes des fleurs de pissenlit.
Mais j’aime bien l’hiver, qui ralentit le temps,
Qui se perd en glacière, qui se fend la minute,
Dans un éclat de glace, dans un quatrain piqué.

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Posé comme modèle

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Toute théorie et toute pensée se posant comme référence d’une vérité n’engagent que ceux qui y accordent crédit.
L’homme moderne n’aurait jamais été aussi éclairé qu’aujourd’hui !
Mais n’est-il pas plus manipulable que jamais ?
C’est ce que tendent à démontrer la poésie et l’humour dans un dialogue de sourds.

La parole est à la poésie. (P)

P – Lorsque sourd de l’horizon un trait d’humour, je peux voir se lever l’aube d’un jour nouveau et cela m’est aussi doux que la cire d’abeille sur le meuble de la terre promise.

A laquelle répondra l’humour. (H)

H – Il s’agit sans doute d’amalgamer le ridicule à la violence, ne tardons plus à déglacer le gâteau de la génération punitive, il suinte de cette pâtissaderie un relent de décomposition musicale, un déssoufflé fripé comme un linge qui sort du séchoir langagier.

P – Comme l’art est difficile, Monsieur H de la Toque ! Je me demande souvent comment tous ces cerveaux avides de théories n’ont pas encore échoué sur la plage des mots confits.

H – Ou déconfits. L’Ombre n’est pas chaleureuse par nature, elle serait plutôt élevée à l’altitude de la raideur digne d’une cérémonie du quatorze juillet.

P – Toutes ces myriades d’étoiles en artifices éclatant dans la nuit de la révolution font des boucles blondes au peuple, mais que sont les ours devenus ?

H – Ils ne deviennent pas, ils sont, un point sur la banquise, un autre sur l’équateur, et la géométrie peut se faire droite. Cela donne un sens à la poésie qui aimerait trouver une définition aussi nette que mathématique.

P – L’angle droit de votre discours étonne les vers au point de leur donner un vertige de genre. Qui de la poésie ou de l’humour est le plus caustique ?

H – Le cirage !

P – Un vertige dans le cirage ?

H – C’est l’encaustique qui cache la forêt caustique, chère belle évaporée.

P – Mais cirer les ronds de jambe n’a jamais redressé aucun pied bot.

H – La claudication gauche pèse ses mots à la balance tarée, n’est-ce pas ?

P – De nous deux, qui est le plus drôle ?

H – C’est toi, la poésie, car dans la versification, il y a toute la naïveté de l’emportement sucré qui domine sur le piquant sulfure.

P – Le pis ment à Cayenne.

H – C’est fini, le modèle aime son maître.

P – La fidélité canine, une dentition parfaite.

H – Alors levons un verre à la couronne.

P – Comme ça c’est la monarchie qui va se moquer de la démocratie qu’il n’y a pas…

H – J’ai pas ri.

P – L’équarrissage du rire n’a rien d’obligatoire. Pendant que la rime sculpte le langage, l’humour crache le noyau de la caricature, et c’est très bien ainsi.

H – Quand bien même ce seraient des noyaux de cerise, ils seraient encore utiles à réchauffer mes vieux os.

P – Je me demande parfois ce qui fait notre différence, cher Cale Humet ?

H – L’intention, sans doute ! Chère Pipeau Lysianne.

Ainsi, de dialogue de sourds en sourdine en sourderies d’escarpins, jamais plus poésie et humour ne purent concilier entente et complicité.
C’était pourtant bien barré.



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Texte à la noix monté en neige au batteur à œufs.
Génération 3.0

Channel Ysée



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***
Ici le cœur se charge de douceur
dans la profondeur du silence.
***
Ici les mots entrent et sortent librement.
Ils ont retrouvé la grâce sauvage originelle,
acquis la délicatesse des anges.
***
Ici les yeux savent les merveilles de l’invisible.
Ils laissent aller, tranquilles,
les horizons pour le subtil.

***
Ils laissent le temps imprimer l’âme.

***

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La question du jour :
Poésie et humour sont-ils compatibles ?
***

La graine de Limoges

L’Hibernaticus Trolley de Limoges relie l’église Saint-Michel-Des-Lions à la chapelle Saint-Aurélien. Il emprunte la rue Darnet, laisse à droite la rue Monte-à-Regret pour suivre la Place d’Aine et rejoindre le Boulevard Gambetta où Auguste Renoir est né en l’an de Glâce 1841.
L’angle droit qui conduit à la Rue de la Huchette se négocie tout en douceur ; un poil plus loin, celui de la Rue Saint-Aurélien annonce l’arrivée.
C’est là que Yuja Wang descend.
Elle resserre le col de son manteau trapèze d’un geste sec. Ajuste sa capuche. Glisse ses longues mains souples dans des gants de peau.
Elle a rendez-vous.
Le froid glaciaire de l’hiver l’assaille violemment, l’hiver est sévère cette année, de longues chevelures de cristal descendent des arbres et des balcons. Cela faisait longtemps qu’un tel climat n’avait pas sévi.
L’herboristerie « L’Or des Simples » s’adosse au mur oriental de la chapelle. Heureusement le trajet pour la rejoindre est court.
C’est ce que Yuja se dit en parcourant les quelques mètres qui la séparent du lieu de rendez-vous.
La première chose qui la surprend, en entrant, c’est l’odeur puissante et indéfinissable qui assaille les récepteurs de son olfaction.
Un mélange étourdissant emporte tous les sens, les plongeant dans un état d’alerte tant la surprise est musclée et le mélange détonnant.
Là une effluve de pétales de roses, ici une fragrance de thé noir. Là un bouquet d’épices, ici une senteur de pois.
C’est fugace, incertain, inattrapable…
Et pourtant c’est bien là !
Yuja ferme les yeux. Elle vient chercher une graine, une seule, et la voilà, humant, devinant, respirant, se souvenant.
Il y avait de la neige ce jour là et pourtant, tous les lilas avaient fleuri. Leurs exhalaisons s’étaient comme fixées dans l’air, embaumant le jardin.
Ce jour là n’avait rien eu d’ordinaire.
Momo, le fils des voisins lui avait offert une rose. Puis il s’était enfui.
Yuja soupira.
Les princes de Serendip n’ont qu’à bien se tenir. Car la graine qu’elle venait chercher ici recelait bien plus que leur principe.
Une petite bonne femme qui l’observait du comptoir l’interpella :
– Quel bon melliflu vous amène, chère madame ?
– Je m’appelle Yuja, j’ai commandé une graine de nitescence.
– Oh, c’est vous ? Remarquez bien, reprit la petite bonne femme, ce n’est pas comme si je ne m’en doutais pas.
Et, sortant de derrière son comptoir, elle prit son élan et fit une roue digne des plus grands gymnastes artistiques.
– Et pan ! Reprit-elle. C’est avec une alacrité débordante que j’accueille les clients de votre espèce, c’est un honneur !
Yuja de s’extasier :
– Quelle belle roue rabelaisienne ! Elle gargantue que votre roulade se rapporte à votre coquille. Vous êtes l’escargot qui parcourt le Quart-Livre !
– C’est exactement cela, répondit joyeusement la petite bonne femme. Et croyez-moi si vous voulez mais je prends mon temps au pis de la lettre.
Clap clap clap clap !
L’homme qui venait d’entrer applaudissait.
– D’où tenez-vous votre étable ? Demanda l’homme, hilare. C’est une infusion rare que celle d’une traite satirique qui part au calembour de tour. Continua l’homme.
– Vous avez vu son tour de roue ? Demanda Yuja.
– Non madame, s’inclina bien bas l’homme, tout en mimant balayer le sol avec un chapeau mousquetaire. J’ai seulement été témoin d’une traite de roman.
– Tout doux, mon bon ! Reprit alors la petite bonne femme. Je suis CONTRE l’esclavage des livres, CONTRE les violences faites aux éditions fleuve, CONTRE les déformations de sapience castique, mais POUR que la traite des lettres se fasse avec caractère !
Le bonhomme, décontenancé, ne savait plus quoi dire.
Yuja rompit le silence.
– Parfois il vaut mieux sourire et se taire.
L’homme esquissa un sourire.
– Voilà qui est mieux, ajouta alors la petite bonne femme. Voyons maintenant ce qui vous amène, chère madame. La voici.
Et elle tendit à Yuja une boite cartonnée dans laquelle se trouvait un pois.
– C’est une graine de charisme, découverte par l’anachorète Siméon le Stylite.
Yuja écarquilla grand les yeux.
– Quoi ? J’avais commandé une graine de vent des globes oculaires, s’opposa Yuja.
– C’est vrai ! Rétorqua la petite bonne femme. Mais vous devez gravir les rayons dans l’ordre.
– La colonne des navigateurs à vue a été vendue, n’est-ce pas ?
La petite bonne femme rosit de gène. Elle tourna un regard presque suppliant vers l’homme. Puis, voyant qu’il ne manifestait aucune réaction, elle continua par un bredouillement :
– Euh… Je ne sais pas quoi vous dire.
L’homme souriait, silencieux…
Il tourna les talons et se dirigea vers la sortie puis, semblant se raviser, fit volte-face et déclara doctement : Mesdames, « Un escargot pressé perd sa maison. »
Et il sortit.
Yuja était furieuse. Elle envoya valser la graine de charisme à travers le comptoir.
– Eh bien ! La sérendipité a encore frappé ! Vous n’aurez qu’à donner cette graine à qui vous voudrez, moi, je n’en veux pas !
Et elle sortit, des larmes plein les yeux.
Elle ne vit pas Momo s’approcher d’elle.
Il lui tendit un mouchoir Lotux et mouche bousue.
Le reconnaissant alors, elle se jeta dans ses bras en sanglotant de plus belle.
Après quelques minutes et un petit réconfortant chaleureux au café du coin, Momo, mesurant l’étendue du désespoir de Yuja décida de l’emmener voir le dernier Dauzon « Le prince Escargot » au cinéma.
C’est l’histoire d’une famille d’escargots qui vit dans une muraille.
Un jour, un bourguignon ose s’aventurer jusque là.
Bien sûr, l’escargot de Bourgogne, prince de nature, tombe discrètement amoureux de l’aînée des murailles mais les parents s’opposent à l’union.
Le scénario est surfait, parfaitement ennuyeux. L’action consistant à les voir se déplacer d’une feuille à l’autre.
C’est décousu de fil blanc, bourré de mélo sucré, melliflu de chez gelée royale.
Bref ! En sortant, Yuja trouva que la vie reprenait des couleurs, redevenait joyeuse.
Momo sut qu’il avait réussi son pari.
Rendre Yuja heureuse.

Moralité : Quand vous avez une peine, un chagrin, allez voir un film nul, ça vous fera voir la vie du bon côté.

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Toujours pour l’Aglagla de Novembre :
https://polesiaque.wordpress.com/2025/11/03/aglagla-dit-la-i-de-novembre-par-duff-john/

Liber Nation

Attention !!!
Je vais secouer le prunier de Liber Nation !

L.I.B.E.R. : Loufoqueries d’Intelligence Bouffonne, Extravagantes et Refondues

Les zébreux et les unis verts étaient les deux peuples de la Liber Nation.
C’était une nation 3S, Sobre, Sage, Silencieuse, dont les exploits dépassèrent l’entendement à ce point qu’un jour le président de la Terre eut vent de son existence.
Les zébreux pratiquaient l’écriture automatique. C’était leur sport national.
A chaque fin de saison, ils se réunissaient et rassemblaient les feuillets les plus originaux pour en faire une compilation à lire au septantième degré.
Les unis verts préféraient, et de loin, la déclamation spontanée.
Un peu comme la génération de Pasteur.
Passée de mode, délavée, l’écriture automatique passée au crible de leur cohérence était considérée comme désuète, dépourvue de tout intérêt, et surtout, pas scientifique pour un écu.
Lorsque le président Dandin de Luxtrange annonça sa visite, les zébreux et les unis verts préparèrent les agapes. Ils invitèrent l’inégalable Yuja Wang, pianiste de renom, pour que rien ne manque à la fête. Elle donnerait un concert de digestion entre chaque divertissement. Un peu d’alternance entre les plats écrits et les plats déclamés ne fera de mal à personne, c’est dans cette optique que deux mille convives suggérèrent le déroulement de la fête.
Les unis verts s’opposèrent au mélange du genre écrit et du genre déclamé.
La méthode feuilletée est dépassée, nous arrivons à l’ère de la déclamation artificielle, il faut moderniser la nation.
Les zébreux ne mouftaient pas. Ils avaient, eux, le sachoir de la véritude.
Pour autant, il fallut faire un vote pour départager les zuns et les zautres.

Les zuns, bien nommés les zébreux, arrivés premiers, prétendairent que le feuillet automatique avait de bien meilleurs pneumatiques.
Les zautres qui, soit dit en passant, étaient les unis verts arrivés seconds, défendairent mollement mordicus une théorie du gaz pas chaud à annoter, ou ânonner.
Leur élocution n’est pas toujours bonne.
Finalement, il fallut trancher.
Les écrits zébreux furent déclamés et les zoraux d’unis verts scribés.
N’allez pas croire que cela se fit sans négociations.
Nan-nan.
Les zébreux prétendant détenir le secret de la sérendipité, usant et abusant du phénomène, ouvrirent un paquet de feuillets au hasard et découvrirent un passage fumeux de la création.
« La nitescence lunaire serait due à un feu sans fumée qu’il n’y a pas sur l’étoile la plus proche du système national ».
Ce qui donna lieu à un long et fastidieux travail de recherche scientifique de la part des unis verts.
Et devint une condition ciné quoi Braun Picvert d’affirmation de soi.
– J’entends mal, pardon mais vous pouvez répéter la question ?
– Bin non, on peut pas !
L’alacrité débordante des unis verts fit le reste du chemin pour rejoindre l’accord du jour J.
C’est l’anachorète du Mont Melliflu en arrivant avec ses pots de miel qui mit tout le monde d’accord.
La fête aurait lieu et la science du langage serait bien gardée.
Pour autant, il restait un grand nombre de pans de la science des mots et des choses à éclairer.

Tout à la joie d’avoir réussi ce pari fou, les zébreux écrivirent un discours d’accueil au président Dandin de Luxtrange.

Monsieur le président,

Vous qui présidez les nations de tous les continents du monde, êtes vous en relation avec les présidents des autres planètes et des autres systèmes stellaires ? Car si tel est le cas, comment pouvons-nous entrer en relations avec eux ? Pensez-vous que notre langage se rapporte à leurs jargonnaderies ?
Ou bien devons-nous faire l’impasse sur la possibilité de faire des ponts entre nos différences ?

Monsieur le président de nous, voici notre témoignage de gratitude à votre égard.
Bienvenue dans notre fête catégorie « penser au pis de la lettre » et bon éclat au pied-de-nez-du-rire.
Que le spectacle commence.

L’assemblée applaudit et une note s’éleva.
Elle se tenait droite, en équilibre.
La lecture brève n’était pas contée, mais décomptée.
Rebours et manigances font plus que chahut et cancans ?
Pas sûr. On nan sait rien…
Le président honora les déclameurs de tous acabits en les décorant de la « lésion de majesté ».
Pas de vénération ni de gloire futile en ces lieux de joutes.
Rien ne sert de courir après la tortue de la fable.
Un escargot pressé perd sa maison ! Ajouta-t-il.
Par toutidéfix, voici sa conclusion :
Si tu veux manier les mots, va faire un stage chez Liber Nation, ils sont rois en cette demeure.
Et pour terminer le concert, voici une citation extraite de l’ouvrage de Michel Foucault, « les mots et les choses » :
« La seule chose qu’affirme le verbe c’est la coexistence de deux représentations ».
https://www.babelio.com/livres/Foucault-Les-Mots-et-les-choses/1517

Les mots nomment les choses censées exister.
Les mots sont les représentations des choses.
Les choses sont représentées par les formes, ou bien sont-ce les formes qui représentent les choses.
Les formes sont perçues par nos sens.
Les choses, concepts inclus, sont définies par leur sens.
Bref, vous l’aurez compris, c’est labyrinthique.
Le langage est aussi mystérieux que la nature humaine.
Indéfinissable.

Ecrit pour l’agenda ironique de novembre 2025 proposé par John Duff et hébergé chez Tiniak ici même :

https://polesiaque.wordpress.com/2025/11/03/aglagla-dit-la-i-de-novembre-par-duff-john/

Toutes les propositions de l’agenda ironique 2025 sont ici :

https://jobougon.wordpress.com/2025/02/02/agenda-ironique-2025/




Le panier de prunes de Liber Nation vous remercie de votre attention.

La fabrique à consigne

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Pour écrire, il ne suffit pas de savoir manier le langage.
Le grincement que produit la pensée à la lecture de certains mots nous indique que quelque chose n’est pas à sa juste place.
Par exemple, certaines expressions désuètes évocatrices nous en apprennent long sur le contenu inconscient de ceux qui les utilisent.
Raison pour laquelle certains genres sont répulsifs, pendant que d’autres, plus attractifs, nous enseignent leur humanité.
L’amour, c’est l’attraction, le rassemblement, la réunion, l’accord, le partage.
Une vision, une direction, la confiance, la vue de l’âme.
Le reste n’est que secondaire.
Les pressions, sollicitations insistantes, injonctions, soyez, faites, essayez, la vérité c’est nous, croyez, nous vous aimons, nous cernent de toute part…
Là est la prison.
Dans quel état errent nos consciences pour faire tant de battage à vouloir convaincre ?
C’est moi qui ai raison !
Non c’est moi…
C’est moi le meilleur !
Je ne suis pas le pire…
Bref, ayez peur, vous êtes mon otage.
Le réveil va sonner, et bientôt, le jour viendra éclairer toutes ces étrangetés de la folie ambiante.
Quand il se dit que nous sommes dans le brouillard, la confusion, y discerner les réalités, c’est encore y voir clair.
Chaque particule d’eau est une indication.
La fabrique à consigne collecte les angles morts d’une société aveuglée par on ne sait quel vent fou.
L’ensemble des voix qui s’élèvent objective le malheur.
Quand donc en aurons-nous fait le tour ?
Il est grand temps de réinventer le bonheur.


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