Toute théorie et toute pensée se posant comme référence d’une vérité n’engagent que ceux qui y accordent crédit. L’homme moderne n’aurait jamais été aussi éclairé qu’aujourd’hui ! Mais n’est-il pas plus manipulable que jamais ? C’est ce que tendent à démontrer la poésie et l’humour dans un dialogue de sourds.
La parole est à la poésie. (P)
P – Lorsque sourd de l’horizon un trait d’humour, je peux voir se lever l’aube d’un jour nouveau et cela m’est aussi doux que la cire d’abeille sur le meuble de la terre promise.
A laquelle répondra l’humour. (H)
H – Il s’agit sans doute d’amalgamer le ridicule à la violence, ne tardons plus à déglacer le gâteau de la génération punitive, il suinte de cette pâtissaderie un relent de décomposition musicale, un déssoufflé fripé comme un linge qui sort du séchoir langagier.
P – Comme l’art est difficile, Monsieur H de la Toque ! Je me demande souvent comment tous ces cerveaux avides de théories n’ont pas encore échoué sur la plage des mots confits.
H – Ou déconfits. L’Ombre n’est pas chaleureuse par nature, elle serait plutôt élevée à l’altitude de la raideur digne d’une cérémonie du quatorze juillet.
P – Toutes ces myriades d’étoiles en artifices éclatant dans la nuit de la révolution font des boucles blondes au peuple, mais que sont les ours devenus ?
H – Ils ne deviennent pas, ils sont, un point sur la banquise, un autre sur l’équateur, et la géométrie peut se faire droite. Cela donne un sens à la poésie qui aimerait trouver une définition aussi nette que mathématique.
P – L’angle droit de votre discours étonne les vers au point de leur donner un vertige de genre. Qui de la poésie ou de l’humour est le plus caustique ?
H – Le cirage !
P – Un vertige dans le cirage ?
H – C’est l’encaustique qui cache la forêt caustique, chère belle évaporée.
P – Mais cirer les ronds de jambe n’a jamais redressé aucun pied bot.
H – La claudication gauche pèse ses mots à la balance tarée, n’est-ce pas ?
P – De nous deux, qui est le plus drôle ?
H – C’est toi, la poésie, car dans la versification, il y a toute la naïveté de l’emportement sucré qui domine sur le piquant sulfure.
P – Le pis ment à Cayenne.
H – C’est fini, le modèle aime son maître.
P – La fidélité canine, une dentition parfaite.
H – Alors levons un verre à la couronne.
P – Comme ça c’est la monarchie qui va se moquer de la démocratie qu’il n’y a pas…
H – J’ai pas ri.
P – L’équarrissage du rire n’a rien d’obligatoire. Pendant que la rime sculpte le langage, l’humour crache le noyau de la caricature, et c’est très bien ainsi.
H – Quand bien même ce seraient des noyaux de cerise, ils seraient encore utiles à réchauffer mes vieux os.
P – Je me demande parfois ce qui fait notre différence, cher Cale Humet ?
H – L’intention, sans doute ! Chère Pipeau Lysianne.
Ainsi, de dialogue de sourds en sourdine en sourderies d’escarpins, jamais plus poésie et humour ne purent concilier entente et complicité. C’était pourtant bien barré.
Texte à la noix monté en neige au batteur à œufs. Génération 3.0
*** Ici le cœur se charge de douceur dans la profondeur du silence. *** Ici les mots entrent et sortent librement. Ils ont retrouvé la grâce sauvage originelle, acquis la délicatesse des anges. *** Ici les yeux savent les merveilles de l’invisible. Ils laissent aller, tranquilles, les horizons pour le subtil.
*** Ils laissent le temps imprimer l’âme.
***
*** La question du jour : Poésie et humour sont-ils compatibles ? ***
C’est en allant visiter l’usine de caramels en barres de Marcq-en-Barœul que je suis entrée dans la petite boutique associée au bâtiment principal par une enjambée pontière d’architecture gothique. J’en restai pontoise tant la beauté du site me subjugua. Les ronds de jambes de l’arche dessinaient des volutes aux reflets irisés et, bordant le passage, une rambarde en laiton sur ton forgé représentait des rosaces, des abeilles, des tulipes et autres objets, balances, lanternes, lyres ou bassinoires. L’instant est digne d’une sortie temporelle. Ce que je n’allai pas tarder à mettre en mouvement. En ouvrant la porte de la boutique, la première chose qui happe, c’est le parfum envoûtant du caramel chaud et doré, fraîchement cuit, et refroidi avec le plus grand soin. Une senteur douce et savoureuse, emportant toute forme de réalité sur son passage. C’était un processus d’envoûtement presque papillaire tant l’intensité des sens emportait toute notion de quoique ce soit d’autre. C’est donc enveloppée de ce nuage odorant que je m’envolai littéralement à dix centimètres au dessus du sol et que suspendue au fil de rien qui promenait son cheveux d’ange au plafond, je parcourus des yeux les rayons les plus incroyables qui soient. Un cohorte de gnomes ne tarda pas à me rejoindre en riant de ma posture tout en me bousculant qui d’un dos, qui d’un bras, afin de me faire penduler dans les airs. Un peu sonnée dans un premier temps je l’avoue, je repris quelques esprits une fois un peu plus avancée dans les profondeurs de la boutique, puis les ai interpellés. – Diantre, quels feux follets vous piquent, que vous me baladiez ainsi, accrochée à des manettes invisibles à mes yeux d’humaine ? Ils se sont mis à rire et moqueurs, m’envoyèrent d’une pichenette un peu plus haut vers la charpente. – Mais lâchez-moi donc, bande de chenapans ! J’eus beau protester, tempêter, rager, rien n’y fit. Ils semblaient s’amuser de plus belle. C’est alors que les lumières s’éteignirent, l’horloge époumona maugréantement qu’il était l’heure de fermer boutique, les gnomes s’enfuirent de tous côtés. Je restai seule et suspendue, constatant que les portes s’étaient toutes refermées sur la nuit épaisse, et dans l’incapacité de me mouvoir autrement qu’un battant de cloche, mais sans la cloche. Bigre, j’allais devoir faire preuve de créativité pour me sortir de cette mauvaise farce. Cherchant à trouver la corde qui me liait, j’ai tâtonné vers le haut sans résultat. Puis j’ai crié : – Y’a degain ? Bon, après, j’ai pensé que je m’y prenais à l’envers alors j’ai crié : – Y’a quelqu’un ? Mais comme personne ne répondait, j’ai pensé que j’allais vivre mes derniers instants. Imaginez-vous suspendu, invisible visiblement, les portes s’étant fermées sans que quiconque ne remarque votre présence ondulante. Imaginez-vous dans la situation d’impuissance la plus improbable qui soit, n’ayant même pas idée de ce qui vous lie. Que se passe-t-il alors dans le cerveau le plus je ne sais pas quoi dire tellement, mais j’imagine bien que tout comme je le fis, vous penseriez votre dernière heure arrivée. Alors, pour la rendre la plus joyeuse possible, je muguetai, auto-dérision de circonstance, tout ce que je pouvais voir autour de moi. – Eh toi, le carembar au poivre de Cayenne sauvage, est-ce que tu trouves la vie piquante ? – Et toi, le mou à la fraise, comment tu la ramènes des fois ? – Si le cas rembarre, c’est à cause de ses blagues potaches ? C’est là qu’une petite voix m’a répondu. – Eh, toi, tu joues au lampadaire ou quoi ? – Ah, enfin, âme qui vive ! Me suis-je exclamée soulagée. Puis continuant : Je ne peux pas te voir, mais je t’entends très bien, qui tu es ? – Moi, je suis le lutin babillard. Dans l’usine Carembar, c’est moi qui trouve les blagues, alors si tu ne veux pas que je t’éclaire aux quatre volts de ta suspension, tu as intérêt à bien te tenir. – Sauf que moi, le lutin, je ne me tiens à rien du tout. Et rien ne me tient. En tout cas, rien que je ne puisse voir. – Pfff ! Vous z’êtes pas futés, vous les drôles de bestioles à quatre guibolles. Il vous manque les ailes pour vous déplacer. C’est pour cela que tu ne peux pas bouger, la zigue. Quel est ton nom ? – Je m’appelle Tagada, et toi ? – Tête de buffle, c’est un bonbon, Tagada ! Moi c’est Rambar. – Mouais ! C’est la sérendipité qui se moque de la sapience cette histoire, ou j’en perds mon hébreu ? – J’aime bien ta blague, elle va aller dans la collection. Et je t’en offre une autre, pas piquée des moustiques, tiens. Qui a dit : La gourmandise est un vilain défaut ? – C’est pas les pruneaux ! – Nan ! – Hector malot Dents ? – Nan ! – Pantagruel ? – Nan ! – Je donne ma langue au pancréas, Rambar ! – Taratata, Tagada, tu vas pas t’en tirer comme ça ! – C’est les zanzimes gloutons ? – Nan-nan ! – Bon, alors je joue mon joker, c’est kikadiça Rambar ? – ça pourrait faire un joli prénom, Kikadiça ! Ben c’est l’Oulipothalamus, Noisette ! – Noisette, Noisette, est-ce que j’ai une tête d’écureuil, pardine ? Quel drôle d’abrégé ! – Je suis abrégé de blagues potaches, alors hein ! – T’en as une autre, qu’on rigole encore un peu. Vu que je vais confire au bout de ma suspension encore longtemps, autant en faire matière à potacher de la blague à deux sous de jugeote. – Bon, bon ! Comment on reconnais une Tagada confite ? – A sa déconfiture ? – Elle a la même année que le nez de sa fraise ! – Quelle est la différence entre un potage et une soupe ? – Le potage est âgé et la soupe est passée ? – Et la moulinette à café… – Quand je pense que j’ai des crêpes à faire cuire à la maison, soufflai-je bruyamment d’un air consterné. – Des crêpes, Tagada ? Mais tu pouvais pas me l’dire plus tôt, grande suspendue du bocal ? Je te délivre illico si tu me promets de m’emmener avec toi manger des crêpes, c’est mon péché bouffons, je n’y résiste pas ! – Tout ce que tu veux, lutin Rambar. Et c’est comme ça que bras dessus, sur mon bras, lutin et moi sommes sortis de la boutique en chantant à tue-têtes. – Les péchés, c’est comme les bouffons, plus ça devient drôle, plus ça devient piiiitreuh. Les mignons, c’est comme les péchés, plus ça devient crêpes, plus ça devient boooooon. – L’opéra-boufftifaille, à côté, c’est de la gnognottine de chèvre, tu crois pas ? Et tous les deux de rire comme des bossuets de notre brâme de Pâris.
Et vu que c’était plein automne, je n’ai pas appuyé sur le champignon car les feuilles mortes se ramassent en fin de saison, rendant les routes glissantes tant qu’on n’est pas en fin de saison. – Ça fait pas un peu répétition, fin de saison ? – Mouais ! Vu que les soldes sont pas finies, on va dire que ça va passer. – Les sooooldes d’automne se ramassent à la pèèèèèlllle… – Arrêêêête, y va neiger ! – Aller, Tagada, une petite dernière pour la route ! Qui a mangé la cerise sur la crêpe ? – Chou crème Rambar, je suis déconfite, je donne la langue de Suzette au grand Marnier. – Si ça se trouve, la réponse est aussi Offenbacchus que les bouffes-parisiens, nan ? Et de se plier encore plus le bide à se tartempionner les latrines tellement. Ils en pleurent encore.
– Bon, la recette des crêpes, tu mets un bon bol de farine de bonne humeur, une tasse d’anti-panique sucrée à la cane, un bon saladier de Jean qui rit au lait, une larme de Jean qui pleure vanillée, une pincette à ne pas saler dehors. Tu touilles bien, tu grumelles pas trop en touillant, et tu laisses reposer ta gourmandise un peu, histoire que le tout soit bien savouré quand le moment de les faire cuire annonce le temps de leur dégustation. Arrose de c’que tu aimes et enfourne-toi tout ça dans l’cornet. On n’est pas bien, là, maintenant que ma dernière heure est passée ? De toutes les manières, c’est la crêpe qu’elle préfère !
Ecrit pour l’agenda ironique de Fée Vrillée. Sur une proposition d’écriture de Cap’taine Fée Isabellemariedangele. Kadi que plus zon est de fous, etc, etc, Hébé ! Je ne raterai donc l’aventure pour rien au monde !
J’en suis reconnaissante car je sais maintenant où regarder pour répondre à l’inévitable question, qui êtes vous Liberté ? Que croyez-vous prouver de votre existence en ne portant de vous-même que le nom ? Qu’attendez-vous pour réaliser cette évidence légitime et concrète qui n’étale le plus aujourd’hui que sa matérialisation du côté agité sur tous les écrans de l’actualité ? Ça va durer encore longtemps ? Car oui, chère possibilité, de quoi êtes-vous donc faite que dès que l’on croit vous saisir, vous nous filez entre les doigts dès que la première occasion se présente ? Vous prétendez être du côté des révolutions lors que vous êtes déjà du côté des conservateurs ! Pendant que notre gouvernement sirote avec délectation le whisky de votre célébration, vous jouez des coudes pour lui échapper en grande pompe, témoin de la discorde générale. Vous n’en ratez décidément pas une, mais deux ! Deux bonnes raisons valent mieux que le toupet sur le crâne de la démocratie ! Vous haranguez la foule par la porte-fenêtre de vos attributions, avec un perce-neige à la boutonnière et un paradoxe en drapeau. Et vous osez me demander qui je suis ? Vous osez me demander ça, à MOI ? J’étais Dictature, trop polie pour être exempte de contrainte, à trop passer l’éponge sur la langue dans votre poche nul n’est tyran en votre demeure. Inutile de vouloir prétendre le contraire, les bouilleurs de cru mettent toujours les cordonniers dans le même panier. Vous allez bientôt être faite comme une colombe, ma p’tite loutre.
Hors concours pour l’agenda de novembre . Ce mois-ci, c’est carnetsparesseux qui héberge l’agenda ironique. Il nous invite à écrire un horoscope, à prédire l’avenir, en interprétant ce qu’on veut comme on veut à la condition qu’il devra contenir les mots cheval, parapluie, souquenille, pingouin, tubéreuse et Vierzon. . La tête dans la constellation . . Le 25 mars 1921 naissait, sous le signe du bélier, une étoile du cinéma français. Simone Signoret. C’est presque le joli mai, mais presque seulement. Si faire l’horoscope des vivants est une chose. Qui pense à faire celui des morts ? Il est apparu évident à Dame Cyclopédie de remédier à cette lacune en allant lire l’avenir dans la filmographie de l’étoile. . Simone Signoret sous le signe du bélier . Vous allez bientôt recevoir le casque d’or du mont Olympe sur la tête ! N’ayez crainte, chère Simone, car la vie est devant vous. Vous auriez préféré la vie devant soi ? Bon, bein, d’accord pour cette formulation, mais à la condition d’y ajouter Béatrice devant le désir. Ça vous va ? Vous ne dites rien ? Vous vous en fichez ? Pffff, mon horoscope est foutu, alors ? Non ? Bon, puisque vous insistez, je continue, alors ? Je continue ! Vous pourrez bientôt aller regardez dans la boîte aux rêves, le mort ne reçoit plus. Sous le parapluie de Fantômas, vous irez déguster vos dragées au poivre tranquillement, les visiteurs du soir iront remettre l’étoile du Nord à sa place, soit dans le pôle céleste de l’ombre et lumière, dans la constellation de votre animal de compagnie, le chat. Le prince charmant sur son cheval Boléro arrive par les chemins de la haute ville afin que vous puissiez fonder ensemble le couple idéal. Le voyageur de la Toussaint est parti sans laisser d’adresse, les mauvais coups dans la ferme de la veuve Couderc ne vous atteindront plus. L’Ange de la nuit, revêtu de sa souquenille ténébreuse, conduira la nef des fous vers le jour et l’heure de la mouette. Vous allez retrouver enfin l’adolescente, cette chère inconnue que vous n’avez pas eu le temps de découvrir, perdue dans l’impasse des deux-anges où vous étiez. Le compte à rebours vous réserve la ronde éternelle des manèges enchantés de l’amour. La mort en ce jardin, sous l’aveu de Thérèse Raquin, vient d’être mise en lumière par notre cher Mister Freedom, M15 demande protection, le diable à trois ira se faire cuire les démons de l’aube sous le jour le plus court. Paris brûle-t-il ? Me demandez vous ? Non, vous répondrai-je, mais bientôt, vous comprendrez que les granges brûlées de la capitale ne sont qu’un reflet de la chair de l’orchidée où le traqué ne cessait de vouloir vous faire croire que le fond de l’air est rouge, alors que l’armée des ombres rétablira sans tarder la vérité, à savoir que cet épisode ne sera qu’une rude journée pour la reine que vous êtes. Ah, j’allais oublier, Suzanne et son marin de mari vous passent le bonjour. Bien, je vais devoir vous laisser car Guy de Maupassant m’appelle sous le signe du lion. Vous pouvez à tout moment contacter les services de police Python 357 pour de plus amples détails. Dame Cyclopédie et son œil de lynx chiromancien y tient salon tous les mercredis du mois. Elle reçoit sur inscription dans les tablettes d’époque séleucide, soit à partir de la fin du IVe siècle. Les amours célèbres viendraient du premier signe du zodiaque. Une histoire de bélier volant à la toison d’or, paraîtrait-il. Dans son journal, « le pingouin mésopotamien » de novembre a édité un article sur le sujet. Voir la rubrique nécrologique, juste après le dossier sur la tubéreuse de Vierzon. . .
Le grand détective Herlocus Scholmster confortablement installé dans son fauteuil faisait les cent pas dans son bol de céréales lorsque les trois coups de carillon frappèrent à sa porte. Il entreprit de sortir un pied de nez d’avoine de son bol de gruau pour aller ouvrir la porte du visiteur d’à côté. Ce qu’il ne savait pas encore c’est que le visiteur d’à côté pensait sonner à la porte d’à côté. Mais je ne voudrais pas spolier l’histoire de l’enquête. L’autre pied toujours en train d’arpenter les céréales refusait d’en sortir. Il était là, dans ce grand écart, laissé pour comble de la profession, lorsqu’une idée fugace s’empara de sa grande logique déductrice.
– Je ne peux pas vous ouvrir mais je peux enquêter à travers la porte, quel est l’énigme qui vous amène à sonner à ma porte, brave homme ?
C’est là que le polar se corse car le visiteur, époustouflé de la prescience de cet individu qu’il ne venait pas voir, se demanda s’il ne pouvait avoir l’explication de la disparition de ses idées farfelues.
– Je cherche où sont passées mes idées farfelues.
Herlocus interloqué ne réussit d’abord qu’a bafouiller un incongru juron tellement avalé de travers qu’il le rendit inaudible à son interlocuteur.
Puis une inspiration bien ample le fit revenir à lui, ce qu’il n’avait jamais cessé d’être.
– Si vous disposez d’un vêtement porté par vos idées, je peux peut-être faire quelque chose. Nous avons un fin limier qui pourrait pister leurs tracés.
– Je ne suis pas sûr de bien comprendre, mais soit. J’ai là un voile de superfétatoire, ça pourrait faire l’affaire ?
– Très bien. Levez-le !
– Voilà !
– Je ne sens rien.
– C’est un voile de superfétatoire inutile, mais merci quand même.
– Attendez ! Je les vois. Vous êtes venu par hasard pour rencontrer mon voisin le grand marabout, bout de ficelle, sel de marais, marais au milieu, lieux des sept bottes, bottes de foin, foin et rhume associés, les voilà.
– Restez assis dans votre fauteuil Herlocus, cette bonne nouvelle ne restera pas idées mortes. Je vais de ce pas de héron, héron, petit patachon, le publier dans mon journal d’hier en gros titre. « Le grand détective Herlocus scholmster a retrouvé les idées farfelues perdues sous le voile du superfétatoire ». Veuillez recevoir, monsieur Scholmster, tout mon incongrualisme le plus extravagant possible. Pour faire-valoir ce que de droit de rire et de farfeluchonner nous soit un dû.
– Et les cols Mao ?
– Je me soupçonne de me les avoir dérobés à moi-même.
– Vos idées ont un parfum de farce au buffle, elles sont légèrement rosses. Quel est votre nom ?
– Mon nom est Fédor Osos, et l’un des deux os est super…
J’avais décidé d’écrire ce matin, sans rien pour me guider, sans grandes convictions, comme ça. J’avais parcouru une multiplicité de fils colorés, dévidé la bobine de la contemplation, emmêlé les pelotes dans la main de l’idée, jusqu’à en perdre l’essentiel dans la vapeur argentée de l’indivisible.
C’est en prenant le vent de face que j’ai compris de quoi il s’agissait. Nous avions un engagement, celui de réfléchir. Alors, sommes toutes, puisque le théorème de la surface réfléchissante était au carré de la complaisance, il suffisait pour en faire usage de ne pas trop en faire usage.
Dit comme ça, la réflexion me paraissait contradictoire, et pourtant, elle ne l’était en rien.
Il suffisait de laisser advenir.
Ainsi, en sortant sillonner la plaine de la destinée, le troupeau de lignes manu-portées s’est éclairé comme un lampadaire. Tilt ! Entends donc les cliquetis que font les crans de la roue de l’horloge. Le berger les tenait tous dans le creux de son âme, et j’essayais de dénouer ses différentes couleurs pour en ordonner les entrelacs.
S’étaient entassés, inaudibles mélanges, de graves graphes aux yeux soulignés d’éoliennes, de sages beugles empanachés de mèches sévères, de curieux épicentres de la pensée Baruchéenne.
La première sorte consistait à trier, étriller.
Dépistez les sentes, me soufflait Favonius, et ne vous laissez pas décourager par la multitude. Elle n’est là qu’en spectatrice aveuglée d’ores et déjalasses.
N’empêche que ça tournait tellement en rond que ça en devenait impitoyable.
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Dans le rond, il y a :
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Des baleines mitoyennes
Des doyennes ballottantes
Des ballots chevrotants
Des chèvres de printemps
Des brindilles de poésie
Des poètes têtes en l’air
Des airs de rien
Des riens du tout
Des touts et des babillages
Des âges avancés
Des reculs angulaires
Des Capulets.
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Autour du rond il y a :
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Des vers solidaires
Des marquis de la tronche en biais
Des bipèdes à l’allure d’oiseaux
Des flammes d’en faire
Des faire-part de communion
L’invariable longévité de l’être
L’actualité des commodes
La commodité des lieux communs
L’arc de l’idée
La flèche de la précision
Le centre de l’alentour
Le rayon gamma
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Avec ça, l’égalité du doux Thé n’était plus à démontrer.
J’avais bien fait de me décider à écrire, ce matin.
Après tout, pourquoi ne serions nous pas de temps en temps en droit de ne rien avoir à dire ?
Puisque c’est le mors aux dents et la fleur au fusil que l’étrier de la comète se révèle à lui-même.
Je vais tenter de résumer brièvement (à ma façon) ce que Martine ce mois-ci nous propose de turbuler :
« La péripétie d’une extravagante jumeleine de janvier inspira à ce point (.) les moutons qu’ils se prirent à rêver d’un rêve alors qu’ils se faisaient compter par des somnambules. Ce dernier (le rêve du rêve) était absolu, rêvé par un loup en butte avec la réalité*(1), et qui rêvait la réelle réalité de plus en plus intensément ».
J’ai cru comprendre que l’agenda de février consistait, (il me semble), à écrire un rêve absolu avec pour consigne de terminer le rêve par cette citation de Groucho Marx, comédien américain faisant partie des Marx Brothers, et qui dit ceci : « Le meilleur moyen d’éviter la chute des cheveux, c’est de faire un pas de côté. »
Rien ne disait par quelle phrase le rêve devait commencer, alors j’ai appelé la jumeleine qui a appelé Marx Groucho qui a appelé son éditeur qu’avait lu tous ses ouvrages et qui a ressorti une citation de Groucho en personne, qu’il lui a refilée, le Groucho l’a fait passer à la jumeleine, et je l’ai retrouvée sur mon bureau ce matin en me levant.
Mon rêve absolu va commencer comme ça.
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Le meilleur moyen de s’endormir est de s’imaginer qu’il est l’heure de se lever.
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Comment savoir lorsqu’un rêve rencontre le point de jonction de sa réalisation ?
Lorsque le rêve est absolu !
Autant de rêves que d’êtres vivants sur Terre me dit une petite voix au centre de mon âme.
Et s’il appartenait à chacun de le réaliser ? Et si le destin était l’outil de l’univers pour faire vivre ce rêve ?
Et si l’ensemble des rêves réalisés construisaient la réalisation d’un monde nouveau ?
Voilà bien le challenge, celui de reconnaître l’arcane du rêve absolu et de s’y atteler lorsqu’il se présente.
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C’est ce qu’ont fait Georges et Catherine.
Voyez plutôt.
Georges est entrepreneur architecte. Catherine est oiseleuse, elle élève des geais pour en faire des geais d’eau et repeupler la capitale des mots cœur complètement désertée par les eaux.
Georges envisage de construire une grotte naturelle au bord de la « Semeuse », la rivière asséchée qui traverse la capitale.
Il vient donc ce jour là repérer les tracés, les dimensions de son ouvrage, et remarque que le château qui surplombe le pont suinte.
Alors il se dit quoi, le Georges ? Il se dit, l’eau est là.
Et c’est là qu’elle arrive, la Catherine.
Elle porte un béret basque et une capuche assortie. Elle marche au milieu du cours asséché, et elle observe les traces pour en faire un récit. Elle tient une cage à la main droite, et elle écoute le bruit que fait le geai qui geint sans gélatine et sans jasmin, mais lorsque l’eau est là.
Le geai geint.
Catherine sait que l’eau est là.
Elle lève la tête.
Et tombe nez à nez sur le Georges.
Qui de surprise et ne sachant quoi dire bafouille.
G – Bonjour, vous cherchez un rêve ?
C – Comment vous savez ça vous ?
G – Parce-que vous êtes dans la même histoire que moi.
C – Ah ! Oui ! C’est vrai !
G – Vous savez comment vous y prendre ?.
C – Je ne suis pas sûre de le savoir mais j’essaie.
G – C’est déjà ça, c’est déjà ça !
C – Et vous, c’est par carnetsparesseux que vous en êtes arrivé là ?
G – Non, carnetsparesseux, c’était le mois dernier.
C – Ah ! C’est qui alors ce mois-ci ?
G – Vous n’êtes pas au courant ?
C – Non, pas encore.
G – Mais qu’est-ce que vous f..tez ici alors !
C – J’ai croisé un loup qui rêvait, il m’a demandé d’aller voir si le rêve était plus absolu ici que dans le rêve des moutons, je suis venue voir…
G – Et vous cherchez quoi ?
C – De l’eau !
G – Dans le rêve ?
C – Pas dans l’eau, le cours est à sec.
G – Avec le geai ?
C – C’est un fait !
G – Non, c’est un geai !
C – Je n’ai jamais dit le contraire.
G – Vous venez de dire que c’est un fait.
C – N’en parlons plus.
G – Vous ne trouvez pas que l’intensité est plus intense ici ?
C – Si.
G – Vous pensez que si le geai geint l’eau est là ?
C – Oui.
G – Vous avez quoi comme argument pour défendre cette théorie ?
C – C’est un geai d’eau.
G – C’est un fait !
C – C’est un fait d’eau vous voulez-dire ?
G – Je n’ai jamais dit une chose pareille.
C – Non, c’est moi qui vient de le dire.
G – Ah bon !
C – Sinon dans la vie vous faites quoi ?
G – Je suis entrepreneur architecte.
C – Vous allez construire ?
G – Une grotte naturelle, c’est un rêve.
C – Est-ce qu’il y aura de l’eau dedans ?
G – Je ne sais pas, elle n’est pas encore construite.
C – Comment vous allez choisir l’endroit ?
G – Je ne sais pas.
C – Il paraît que le rêve se renifle à mille lieues.
G – Je ne suis pas à mille lieues.
C – Non, nous sommes à la capitale des mots cœur.
G – Vous vous moquez, là.
C – Non !
G – J’ai entendu le geai geindre.
C – C’est un geai mot cœur.
G – Un geai d’eau qui se moque, les bras m’en tombent !
C – Le meilleur moyen d’éviter que les bras vous en tombent, c’est de faire un pas de côté !
G – Ah non ! Ça c’est du Groucho !
C – Amélioré.
G – Vous êtes fan ?
C – Et pas qu’un peu !
G – Alors vous savez !
C – Oui, je sais.
G – Vous avez exactement la bonne formule !
C – ‘Xactement !
G et C en chœur – Le meilleur moyen d’éviter la chute des cheveux, c’est de faire un pas de côté !
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Piou-piou
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*(1) La réalité, ce sont les moutons qui comptent les somnambules.
Les plumes d’Asphodèle pérégrinent du côté despetitscahiersdemilie, et le premier texte à construire avant vendredi 18 janvier 2019 décline une liste de treize mots à utiliser qui sont :
Oui, vendredi 18 janvier 2019 c’était hier, mais qu’importe, puisque l’agenda ironique de janvier chez carnetsparesseux ne se clôture que le 24 janvier, alors autant faire de deux ricochets un hors-délai qui fait passer l’information et un dans-l’jeu qui fait passer la transformation.
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En vous souhaitant bonne lecture à tous.
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L’épaisseur d’un mystère se mesure à la jumeleine
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La science n’aura jamais fini de surprendre les chercheurs. Ces derniers temps, l’association du cercle des hypothèses farfelues (l’ACHF) fondait tous ses espoirs sur les récentes découvertes concernant les trous noirs. Tous les yeux des adhérents étaient tournés vers les immenses espaces de notre galaxie au centre de laquelle un trou noir de taille intermédiaire sensiblement semblait évoluer.
La spectrométrie signait la présence d’une portion de ciel trouble et la longue vue du maître de confrérie du cercle laissait apparaître une légère oscillation à proximité de la géante rouge fumeuse la plus proche.
Une spectroscopie illuminale fut donc demandée aux services de la transition spaciotemporelle de l’état du Minnesota spécialisés dans le domaine.
Le rapport établi en ces termes nous semble aussi surprenant qu’un désert qui enjamberait une passerellerue du traversin vertical et dont le passage à l’horizon serait visible à la voilure vacante d’un océan en voyage initiatique chez les Gaulois.
Autant dire que pas un chat n’y retrouve ses petits.
Il ressort de l’étude luminale que le mode impératif de l’évolution de l’épaisseur d’un mystère nécessite la fabrication d’une longue vue spéciale dont la portée retrouvera les petits chats de la galaxie, permettant ainsi de franchir l’espace du vieillir sans se presser, comme un citron mis au green.
Les techniciens de la lunette sont soi donc sur le projet de fabrication d’un nouvel appareil à retrouver les chats de hasard perdus dans le voile de la brume de fumée (CHPVBF). Cet appareil portera le nom de jumeleine, car il sera binoculaire, couplant deux longues vues, et associé à un projet de longue haleine.
Il s’agit de mesurer le mystère de leur disparition (Les CHPVBF).
Le dernier article du nouvel observateur fait état d’un état de neuf illustre qui passerait par le conduit de l’obscurantisme, le traverserait en suivant la règle de trois, et ressortirait de l’autre côté du trou noir en ayant identifié son fonctionnement et déjoué ses chausse-trapes.
En attendant, l’oscillation augure de la présence du filament qui éclairera l’ampoule de demain. Et si aujourd’hui la géante rouge est fumeuse, elle récupérera toute la clarté du jour très bientôt en dissipant le mystère aussi sûrement qu’un coup de Zéphyr.
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Robin Dax
Envoyé spécial inter-galactique
De la planète Vitriol
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L’A.I. voyage de blog en blog et ce, depuis trois ans.
Souhaitons lui un très bon anniversaire.
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Issu d’une idée impromptue chez différence propre, il ne faillit pas.
Il vient de passer février chez Max-Louis, que je salue au passage, et les votants ont décidé de me passer le relais, merci de ne pas vous lasser de mes bougonneries.
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Et puis trois ans, c’est jeune !
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Pourtant, il paraît qu’il y a un fer à repasser le temps qui déplie des bouts de temps cachés dans le tissu froissé. Qui déploie devrais-je dire, car il s’est passé quelque chose au repassage.
Mais quoi ?
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Vous allez nous en dire un peu plus, puisque vous allez rentrer en maison de retraite.
Vous auriez préféré un autre âge ?
Il faudra repasser alors !
Ben c’est trop c.. !
Car c’est bien un temps de maison de retraite qui s’est déplié et qui demande à se déployer.
En entrant dans cette maison de retraite, alors que tout semblait normal vu de l’extérieur, vous allez découvrir que rien n’est comme vous l’auriez supposé. Les pensionnaires, les locaux, le personnel soignant…
Tout est devenu étrange, surréaliste et décalé depuis que vous vivez à l’intérieur.
Et vous allez vivre des situations complètement « d’un autre monde ».
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L’agenda ironique de mars 2018 est heureux de vous laisser la parole.
A vous de jouer.
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