Des Extraits de « L’espérance oubliée » de Jacques Ellul

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Couverture chez La Table Ronde

Vous aurez peut-être remarqué que j’apprécie de terminer l’année avec quelques textes de réflexion, philosophie, spiritualité, aphorismes, sagesse, et autres.
En cette période entre Noël et le premier de l’an, propice aux bilans et aux projets de bonnes résolutions, je vous propose la lecture de quelques textes de Jacques Ellul, extraits de « L’Espérance oubliée« . Cet essai date de 1972 mais il reste complètement actuel, dans ses questionnements, ses analyses et ses constats. Ce sont sans doute des extraits un peu longs mais vraiment profitables à capter et à méditer ! La plupart d’entre eux peuvent intéresser aussi bien des croyants que des non-croyants, je pense.

Extrait de la Quatrième de Couverture

L’effondrement des utopies et des totalitarismes, le bilan terrifiant des messianismes terrestres, le règne inhumain de la technique et du marché marquent-ils la fin de toute espérance ? Non, répond Jacques Ellul dans ce livre prophétique qu’il considérait comme le plus crucial de ses écrits. (…)

Note biographique sur l’auteur

Jacques Ellul, né le 6 janvier 1912 à Bordeaux et mort le 19 mai 1994 à Pessac, est un historien du droit, sociologue et théologien protestant libertaire français.
Professeur d’histoire du droit, surtout connu comme penseur de la technique et de l’aliénation au XXe siècle, il est l’auteur d’une soixantaine de livres (la plupart traduits à l’étranger, notamment aux États-Unis et en Corée du Sud) ainsi que de plusieurs centaines d’articles.
Auteur profondément original, atypique et inclassable, il a été qualifié d’« anarchiste chrétien » et se disait lui-même « très proche d’une des formes de l’anarchisme » ; il rejette tout recours à la violence.
(Source : Wikipédia)

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Un extrait page 86

L’Imposture

Or, ce qui spécifie bien cette situation, c’est justement le refus par l’homme moderne d’une réelle ouverture. L’homme de notre temps refuse d’être consolé en vérité. Il se jette à corps perdu dans les paradis artificiels, la drogue, les idéologies, les passions et les engagements, mais il refuse la prise de conscience effective, préférant des prises de conscience fictives. Et nous avons ici une double impulsion de « l’être moderne », corollaire. Une face de cet « être moderne », une impulsion du « couple de forces », c’est la passion pour l’explication fausse et l’adoption rapide, immédiate, de la prise de conscience fictive. L’homme moderne est fier de sa lucidité, il sait qu’il appartient à l’univers de l’élucidation. Mais, en même temps, il ne peut tolérer la vue de sa condition effective. Il accepte dès lors les schémas qui semblent donner une clef sans le faire. Il adhère à un existentialisme diffus mais récuse l’existentiel, il admet d’évidence un matérialisme simpliste, la lutte des classes, les conflits de rapports de production, il bat sa coulpe devant le colonialisme, l’impérialisme, le racisme, la faim du monde, le sous-développement, mais précisément parce que tout cela ne l’engage en rien, que ce sont des fictions explicatives, et que rien de son univers effectif n’est engagé. Il accepte toutes les accusations, à condition qu’elles passent à côté de ce dont il est réellement coupable. Il veut bien appartenir à l’universalité du « nous sommes tous des assassins » mais non à la logique du système technicien. Pour éviter ce qui le mettrait en question réellement, il adopte justement l’explication qui le met en question fictivement : il est alors quitte, il a la mauvaise conscience qui prouve qu’il n’appartient pas au monde affreux du bourgeois, il accepte l’accusation portée réciproquement par tous les membres du même groupe, il se reconnaît coupable… en continuant à dissimuler soigneusement sa responsabilité effective, et en acquérant ainsi à bon marché la bonne conscience d’avoir mauvaise conscience (fictive).

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Un extrait page 102


L’homme moderne est imperméable à l’annonce de l’Évangile. Cela tient à bien des causes sociologiques, je ne les reprendrai pas ici. Je soulignerai seulement un facteur : on dit que cet homme a acquis un esprit critique, et de ce fait ne peut plus accepter le simpliste message biblique, tel qu’il était proclamé, il y a deux mille, ou cent ans. Et voici bien un aspect de l’erreur de diagnostic car nous n’avons en rien progressé dans l’esprit critique, l’homme occidental est toujours aussi naïf, aussi jobard, aussi prêt à croire tous les contes. Jamais l’homme n’a autant marché dans toutes les propagandes. Jamais il n’a aussi peu critiqué rationnellement ce qui lui est fourni par les mass media… Mais s’il n’a aucune espèce d’esprit critique, il est par contre, nous l’avons rappelé plus haut, habité par le soupçon. D’un côté, il s’embarque dans tous les bateaux de la politique et de la modernité, de l’autre il soupçonne que tout est mensonge, tout est tromperie. Il se repaît des erreurs collectives et soupçonne en permanence la parole de celui qui s’adresse à lui individuellement. Il se trompe sur le point où doit porter le soupçon. (…)

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Un extrait page 243
(sur l’opposition espoir/espérance)

L’espoir est la malédiction de l’homme. Car l’homme ne fait rien tant qu’il croit qu’il peut y avoir une issue qui lui sera donnée. Tant que, dans une situation terrible, il s’imagine qu’il y a une porte de sortie, il ne fait rien pour changer la situation. C’est pourquoi, depuis tant d’années, j’essaye de fermer les fausses issues du faux espoir de l’homme. Ce que l’on prend pour du pessimisme. Vivre avec cet espoir, c’est laisser les situations empirer jusqu’à ce qu’elles deviennent effectivement sans issues. L’espoir effroyable distillé par le marxisme que l’histoire a un cours qui débouche nécessairement sur la société socialiste (ou communiste).(…)
L’espérance au contraire n’a de lien, de sens, de raison que lorsque le pire est tenu pour certain.(…)

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Un extrait page 303

(…) En face de cela, nous voyons l’impossibilité radicale de l’homme de vivre sérieusement le relatif. Il ne connaît que deux issues ; la ligne de crête de Camus est intenable. D’un côté, l’homme récuse tout, plonge dans le scepticisme radical, n’attache aucune valeur à rien, tantôt renonce à quoi que ce soit, tantôt fait n’importe quoi, tout étant équivalent et également dépourvu de sens. D’un autre côté, il porte un des aspects du relativisme à l’absolu. L’homme qui se passionne pour ce qu’il fait, qui veut y trouver sens et valeur, qui se lance dans l’action, ne peut pas éviter de porter cela à l’absolu. Il croit absolument. On ne peut pas croire relativement. C’est la cause, qui devient mesure de tout, et il vaut alors la peine d’y sacrifier toute chose comme l’on s’y voue soi-même. Et quelle que soit la grandeur que l’on absolutise, la paix, l’amour, la liberté, la justice, le résultat final est le même que lorsqu’il s’agit de l’État ou de la Révolution, de quelque but politique que ce soit : c’est un totalitarisme qui est à la clef. C’est un jugement dernier que l’on prononce sur l’autre qui n’est pas d’accord avec vous et représente alors le mal absolu. Il n’y a aucune échappatoire : l’homme ne peut durer dans cette attitude d’agir avec ferveur sans croire à l’absolu de ce qu’il fait, sans prétendre avoir radicalement raison, sans excommunier les autres. (…)

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Un extrait page 362


Or, nous chrétiens et Églises sommes actuellement dans une situation très voisine de celle d’Israël dans les premiers siècles de l’Empire romain. On dit parfois que maintenant c’est la fin de l’ère constantinienne, et que l’on se retrouve au point du IIe siècle après J.-C. : exact quant à la rupture des liens entre Église et État, quant à la relation entre christianisme et société non chrétienne, mais par ailleurs inexact, car il y a la différence entre un mouvement jeune et plein d’avenir et une organisation vieille et pleine de passé. Au contraire, le rapprochement doit être fait avec Israël ; ancienne religion, acceptée parmi les autres, objet de tous les malentendus, connue en apparence sans l’être, suspecte pour des motifs politiques, étrange et comportant des rites et des symboles que l’on ne comprend plus, cherchant à faire des prosélytes sans y parvenir, dotée d’une forte organisation, se heurtant à une explosion de nouvelles croyances et religions. Et bientôt frappée d’une condamnation sociopolitique alors qu’elle est une puissance. Voilà vraiment où nous, Église, nous en sommes, comme Israël aux Ie et IIe siècles. Israël a exactement trouvé la parade à cette situation, qui lui a permis de traverser deux mille ans de persécutions. C’est l’incognito et la fermeté, dans l’espérance. Nous ne pouvons pas aujourd’hui espérer trouver une réponse meilleure. (…)

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« L’éveil des flocons » – Un de mes poèmes

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Un très joyeux Noël à tous ! Que cette période vous soit douce !

Pour l’occasion, je vous offre l’un de mes poèmes inédits, écrit le 21 novembre dernier, lors du premier épisode neigeux de l’année. Je vous propose à la fois la version écrite, noir sur blanc et deux versions audio, l’une enregistrée par mon ami Denis Hamel – merci à lui pour ce joli cadeau ! -, l’autre par moi.

Merci de votre lecture ! Joyeux réveillon !

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L’Eveil des flocons

On attend la neige
on redoute ses pièges

Les rêves de cette nuit
quoiqu’envolés – me sont
vraiment arrivés

L’hiver joue à cache-cache
avec les arbres, les branches sont
les bronchioles des nuages

La réalité semble si fugace !
mais il parait que
la neige va tenir

On glisse d’un rêve
dans un autre ; le cerveau
change de décor ; la neige
tire le rideau.

Je suis là, j’attends.
Une partie de moi
va tomber aussi
avec cette attente.
Un morceau du temps
va blanchir doucement
et m’alléger.

M-A B.
(21 nov. 2024)

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Version audio de l' »éveil des flocons » par Denis Hamel :

Voir sur Vocaroo >>

Autre version audio de « L’éveil des flocons » (mon enregistrement)

Voir sur Vocaroo >>

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Joyeux Noel 2024

« La Légende de Gösta Berling » de Selma Lagerlöf

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J’avais un peu entendu parler de l’écrivaine suédoise Selma Lagerlöf, et de son plus célèbre roman « Le merveilleux voyage de Nils Holgersson à travers la Suède » (1906), figurant jadis parmi les grands classiques de la littérature jeunesse et dont on avait même tiré des dessins animés, dans les années 80, si je ne m’abuse…
Écrivaine très reconnue et respectée à son époque, elle est la première femme à avoir reçu le Prix Nobel de littérature, en 1909.
Lorsque notre cercle de lecture a choisi « La légende de Gösta Berling » – premier livre de cette écrivaine – j’étais contente à l’idée de la découvrir.

Note Pratique sur le livre 

Éditeur : Stock (La Cosmopolite) 
Date de publication initiale : 1891 
Traduit du suédois par André Bellesort
Nombre de pages : 371

Petite note biographique sur l’écrivaine 

Selma Lagerlöf est née en 1858 à Mörbacka, dans le Värmland. Son œuvre littéraire a été couronnée par le Prix Nobel de littérature en 1909. Elle est morte en 1940.
(Source : Editeur)

Présentation du livre par l’éditeur

En 1891, parut pour les fêtes de Noël, à Stockholm,  La légende de Gosta Berling, le roman d’une inconnue de trente-trois ans, qui deviendra quelques années plus tard la première femme à recevoir le prix Nobel de littérature.
Selma Lagerlöf nous y raconte la vie étrange, brutale et quelque peu fantastique d’une petite commune du Vermland, province natale de l’autrice, dans la première moitié du XIXe  siècle. Ses héros sont des paysans, des officiers retraités, des bohèmes, des maîtres forgerons et surtout Gösta Berling, le pasteur défroqué, buveur, joueur, débauché, qui répand autour de lui la joie et la folie de vivre.
À la manière d’un conte de Noël, le roman de Selma Lagerlöf ressemble à une longue veillée où des personnages bourrus, impulsifs, fantasques, viennent chacun raconter leur histoire. Certaines sont hautes en couleur, d’autres plus poétiques et plus douces.
(Source : Site de l’éditeur)

Mon Avis

Ce livre m’a semblé très représentatif du 19è siècle : une écriture lyrique, romantique, des descriptions ciselées, des personnages exaltés, impulsifs, hauts en couleur, portés par de grands sentiments, beaucoup d’aventures, de rebondissements à répétition, des effets de surprise fréquents, un rythme soutenu, vif, qui nous tient en haleine.
Il s’agit d’une légende, d’un conte, où l’imagination débridée de Selma Lagerlöf se déploie dans toutes les directions. On peut penser qu’elle s’est inspirée des contes et légendes suédois – qu’elle a sûrement pu écouter dans sa jeunesse, dans sa région natale, le Värmland. Elle évoque plusieurs fois, dans « La légende de Gösta Berling », les veillées d’hiver (et notamment de Noël) où les petits enfants s’émerveillent à l’écoute de belles histoires.
La présence démoniaque d’un des personnages, nommé Sintram, et l’idée de pactes ou de paris avec le Diable, m’ont également paru très typiques du 19è siècle. J’ai pensé par exemple à certaines diableries des Soirées du Hameau de Nicolas Gogol, un recueil de contes également (mais russes et non pas scandinaves…), sans parler de Faust
C’est assurément un très beau livre, un chef d’œuvre dans son genre, mais j’ai eu du mal à maintenir mon intérêt au-delà des deux cents pages. Peut-être parce que j’aime habituellement les livres assez courts, concentrés sur l’essentiel… Ou peut-être parce que les contes, légendes et autres romans d’aventures ne sont pas mes genres de prédilection et qu’ils finissent par me fatiguer à trop haute dose… Ou peut-être parce que cet univers légendaire, ces héros truculents, ces vengeances, ces malédictions, tout ce folklore scandinave pittoresque étaient trop éloignés de mes préoccupations et de notre monde contemporain…
Enfin, j’ai lu avec plaisir les deux cents premières pages mais j’ai calé. Ce fut plaisant, distrayant, sans temps mort… mais, justement, un peu trop étourdissant à mon goût. Ensuite, mon attention a été attirée vers d’autres lectures qui me faisaient plus envie…
Je conseillerais donc ce livre à des grands amateurs du genre (littératures de l’imaginaire, contes, aventures pour la jeunesse, etc.) ou à des lecteurs très fanatiques de culture scandinave ou des Lettres du 19è siècle…

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Un Extrait Page 156

Il avait saisi la tête de la jeune fille entre ses deux mains et la baisa. Puis les mots expirèrent dans sa gorge, et son cœur battit à rompre. Hélas ! la petite vérole avait passé sur ce beau visage ! La peau était couverte de cicatrices. Jamais plus le sang rose ne transparaîtrait sous le velouté des joues. Jamais plus les veines bleues ne se dessineraient sur les tempes. Les yeux ternis disparaissaient sous de lourdes paupières enflées. Les sourcils étaient tombés et le blanc de l’œil avait jauni. Toute cette beauté, que devait pleurer le gai peuple du Värmland, avait été ravagée.
Un indicible sentiment d’amour envahit l’âme de Gösta Berling. La tendresse jaillissait en lui comme les ruisseaux du printemps. La passion se condensait en larmes dans ses yeux, soupirait sur ses lèvres, tremblait dans ses mains, vibrait dans tout son corps. Oh l’aimer, la défendre, la dédommager ! Mais comment lui parler maintenant de séparation et de sacrifice ? Il ne pouvait plus la quitter ; il lui devait sa vie entière. Il pleurait, l’embrassait et pleurait encore et n’arrivait pas à prononcer un mot.
La vieille garde-malade fut obligée de l’arracher à ces effusions.
Quand il se fut éloigné, Marianne resta longtemps songeuse. « Qu’il est bon d’être aimée ainsi ! » murmura-t-elle. Oui, c’était bon, mais elle, Marianne, que sentait-elle ? Rien, moins que rien. 

Deux Poèmes de Chantal Godé-Victor

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Le recueil « Et je marche » de Chantal Godé-Victor est paru aux éditions Donner à Voir en été 2024, dans la collection Tango, avec des dessins de l’autrice.
Livre court, de onze pages, au format accordéon, il rassemble onze poèmes et presque autant de dessins.

Quatrième de Couverture

Regards croisés, entrelacs, lueurs et reflets… la poète Chantal Godé-Victor nous invite à une traversée du temps et des saisons à travers ses poèmes et ses dessins, long chemin de vie au fil déroulé parmi les pierres, les bois, les sentiers, le « frémissement de l’eau ».
(Marilyse Leroux)

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Voici deux de ces poèmes

Septième page

Le chemin s’entortille
autour de ma pensée
qui va de l’horizon
à ma porte d’entrée
et m’empêche de voir
la lampe que tu tiens là
près de moi.

*

Dernière page

Au milieu du silence soudain
le vent
les feuilles du grand arbre
et le frémissement de l’eau
qui parle à mon âme.

Alors je m’enhardis
je souffle sur mes mains

Et je marche.

Une chronique de Valérie Canat de Chizy sur mes « Haïkus de la Belle saison »

La poète et critique Valérie Canat de Chizy a fait paraître ces jours derniers une belle chronique sur mes « Haïkus de la Belle saison » (2024, Editions Encres vives) dans sa rubrique « Lus et approuvés » du site de poésie contemporaine Terre à Ciel, fondé par Cécile Guivarch.
Je tiens à l’en remercier très vivement ! Cela fait chaud au cœur.

Voici le lien :

https://www.terreaciel.net/Lus-et-approuves-decembre-2024-par-Valerie-Canat-de-Chizy

La Couverture du recueil :

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Commandes chez Encres Vives

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En attendant Bojangles d’Olivier Bourdeaut

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Ce roman ayant eu un gros succès public à sa sortie, je me demandais un peu ce qu’il pouvait valoir, sans a priori particulier. C’est finalement grâce à mon cercle de lecture que ma curiosité a été exaucée et, après coup, je me dis que ce n’était pas indispensable. Mais bon ! Au moins, maintenant, je vois de quoi il s’agit. 

Note Pratique sur le livre

Éditeur : Finitude
Année de publication : 2015
Nombre de pages : 159

Quatrième de Couverture

Sous le regard émerveillé de leur fils, ils dansent sur « Mr. Bojangles » de Nina Simone. Leur amour est magique, vertigineux, une fête perpétuelle. Chez eux, il n’y a de place que pour le plaisir, la fantaisie et les amis.
Celle qui donne le ton, qui mène le bal, c’est la mère, feu follet imprévisible et extravagant. C’est elle qui a adopté le quatrième membre de la famille, Mlle Superfétatoire, un grand oiseau exotique qui déambule dans l’appartement. C’est elle qui n’a de cesse de les entraîner dans un tourbillon de poésie et de chimères.
Un jour, pourtant, elle va trop loin. Et père et fils feront tout pour éviter l’inéluctable, pour que la fête continue, coûte que coûte.
L’amour fou n’a jamais si bien porté son nom.

Note biographique sur l’auteur

Olivier Bourdeaut est né en 1980 à Nantes. Il a longtemps hésité avant de se mettre à écrire, se sentant tout petit devant sa bibliothèque. En attendant Bojangles est son premier roman, publié à l’âge de 35 ans.
(Source : éditeur en 2015)

Mon Avis

J’ai failli abandonner cette lecture autour de la centième page parce que ça me paraissait vraiment exécrable. Et puis j’ai quand même eu raison de continuer car la fin est pas mal, même si on s’y attendait, mais c’est assez bien raconté et il y a de l’émotion. Je pense que l’auteur se tire beaucoup mieux des passages tristes que des épisodes prétendument joyeux, festifs ou humoristiques, qui sont tous aussi ratés et affligeants les uns que les autres.
C’est un roman qui est censé parler de la folie mais, visiblement, l’auteur ne sait rien sur ce sujet. D’ailleurs, lorsqu’il fait intervenir des psychiatres pour poser un diagnostic sur la mère c’est à la fois « hystérie, bipolaire et schizophrénie », ce qui tend à prouver que l’auteur se fout de la vraisemblance et de la réalité de la maladie psychique, pour nous infliger ses chimères fantaisistes. Quand il nous décrit un hôpital psychiatrique c’est du pur n’importe quoi, même pas un délire inspiré d’une situation plausible mais, vraiment, le grand n’importe quoi. C’est peut-être moi qui reste excessivement attachée à la réalité et au réalisme en littérature – et qui ne suis pas ouverte à la fantaisie et aux jeux de l’imagination – mais, en tout cas, ici, ça n’a pas du tout fonctionné pour moi. L’humour est tombé à plat à chaque fois.
J’ai trouvé par contre que l’écriture était parfois intéressante, surtout dans les trente ou quarante dernières pages, avec des recherches sur les sonorités et des effets de rimes à l’intérieur des phrases ou se répondant d’une phrase à la suivante. Évidemment, le procédé est un peu lassant au bout d’un moment, mais ça a tout de même un certain charme.
J’ai lu « En attendant Bojangles » juste après « Les Déraisons » d’Odile d’Oultremont (chroniqué vers la fin du mois dernier) et la ressemblance entre les deux m’a frappée. On voit bien que le livre de Bourdeaut a suscité toute une postérité, entraînant des tas de gens à surfer sur cette vague fantaisiste et irréaliste, d’un goût assez douteux ! Enfin, je ne conseille aucun de ces deux romans !

Un Extrait page 119

J’entendais bien le désarroi dans sa voix, je savais bien que pour une fois sa plaidoirie ne recelait aucune fantaisie, elle était malheureusement sérieuse, ses yeux s’étaient voilés afin d’observer intérieurement son monde en train de s’écrouler, et moi c’est sous mes pieds que je sentais le parquet se dérober. Alors que notre fils riait aux éclats en commençant à gribouiller sur du papier un arbre généalogique sans aucune logique, Colette me regardait comme on regarde un inconnu dans la rue, un inconnu que l’on croit avoir déjà vu. Le doigt tendu vers moi, la bouche ouverte et les sourcils froncés, prête à m’interpeller, elle était perdue. Colette dodelinait de la tête, en marmonnant des formules secrètes, et donnait l’impression de la secouer doucement pour remettre tout en place et retrouver la raison.
– Il faut que j’aille m’allonger un peu, je suis complètement au bout de la roulette, vous m’emberlificotez avec toutes vos sornettes ! avait-elle soufflé cependant qu’elle se dirigeait vers la chambre, la tête penchée pour observer sa main gauche triturer du pouce les lignes de sa main droite.
– Alors c’est qui Maman en fait ? C’est ma grand-mère ? Et Joséphine Baker c’est mon arrière-grand-mère ? Il va falloir m’expliquer pour mon croquis, parce que c’est un drôle d’arbre généalogique avec peu de branches et plusieurs têtes ! avait lancé notre garçon un crayon mâchonné entre ses dents.
– Tu sais, fiston, Suzon a beaucoup d’imagination, elle joue avec tout, même avec sa filiation, mais dans l’arbre, ta Maman, ce sont les racines, les feuilles, les branches et la tête en même temps, et nous, nous sommes les jardiniers, nous allons faire en sorte que l’arbre tienne debout et qu’il ne finisse pas déraciné, lui avais-je répondu par une métaphore confuse enroulée dans un enthousiasme forcé, tandis qu’il acceptait dubitativement sa mission sans la comprendre vraiment.

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Un Extrait page 139

Après le feu d’artifice, une grande et belle dame habillée de rouge et de noir était montée sur le perron de l’église pour chanter des chansons d’amour au cœur de son orchestre. Pour chanter plus fort, elle accompagnait ses paroles dans l’air en tendant les bras vers le ciel, ses chansons étaient tellement belles qu’on se demandait si elle n’allait pas se mettre à pleurer pour mieux les interpréter. Puis elle se mit à chanter des chansons joyeuses que tout le monde applaudissait en rythme en dansant, l’ambiance était électriquement magique. Comme des marionnettes, les silhouettes virevoltaient à en perdre la tête ; comme des toupies, les robes tournoyaient dans un brouillard de couleurs mêlées ; comme des figurines, les danseurs bougeaient en sautillant sur leurs ballerines. Avec leur costume de lumière en dentelle, leur teint mat et leurs grands yeux noirs, les petites filles ressemblaient à des poupées de musée, elles étaient terriblement belles, surtout l’une d’entre elles. (…)

Deux Poèmes de Maria Galina

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Ces deux poèmes sont extraits du recueil « L’Invisible est lumineux« , paru chez Agullo Editions en 2023.
C’est son superbe titre qui m’a donné envie de l’acheter, en plus de sa couverture m’évoquant a priori l’espace et les constellations mais qui s’est avéré, après vérification, être une illustration d’un ouvrage de 1660 représentant une carte de l’Ukraine.
La traduction du russe au français est de Denitza Bantcheva.

Mon Avis très bref

J’ai trouvé ce recueil intéressant, avec un ton original, des atmosphères insolites et diversifiées. Certains poèmes étaient un peu trop déroutants, de bout en bout, pour que des images me viennent. D’autres étaient déroutants seulement au départ et je rentrais petit à petit dans un monde qui finissait par me dire quelque chose (impression très agréable). Ceci dit, le mélange de fantastique avec des phénomènes réels donne des résultats piquants et pas communs, créant des décalages, des flottements. J’ai aussi beaucoup aimé sa petite suite de poèmes sur certaines grandes villes d’Europe et j’en reparlerai dans un futur article.
Comme choix de poèmes à partager ici, j’ai opté pour la plus grande clarté possible.

Note biographique sur la poète

Maria Galina est née en 1958 à Kalinine, Russie. Diplômée de la faculté de Biologie de l’Université d’Odessa, elle vit à Moscou à partir de 1987. Autrice d’une dizaine de romans. Elle officie également en tant que traducteur littéraire et a notamment traduit en russe Stephen King, Jack Vance ou Clive Barker. Son roman L’Organisation a été lauréat des prix Marble Faun, Portal et Silver Caduceus. Son œuvre est traduite en anglais, italien et polonais. Elle est également poète et critique littéraire. Elle décide de vivre à Odessa, en Ukraine, dès 2021, où elle consacre l’essentiel de son temps à tisser des filets de camouflage pour l’armée ukrainienne.
(Source : Editeur)

Quatrième de Couverture

Ce recueil de poèmes, le septième de Maria Galina a été écrit peu de temps avant la guerre en Ukraine, et achevé à la veille du conflit. Il contient une trentaine de poèmes plus ou moins longs, dont huit s’inspirent de la Description d’Ukranie [sic] qui sont plusieurs provinces du royaume de Pologne (1650) de l’ingénieur et cartographe Guillaume Levasseur de Beauplan. Les textes basés sur la Description alternent avec des poèmes qui évoquent un monde plus proche du contemporain, ou des univers assimilables au domaine fantastique. L’ensemble du recueil est parcouru par des thèmes communs : la beauté étrange de l’Ukraine ; la menace ou les séquelles de la guerre ; la difficulté d’y voir clair dans ce qui se passe ; le choix entre fuir et rester ; les liens entre la vie et la mort. Beaucoup de textes laissent reconnaître, pour le lecteur familier des romans de Galina, son art d’entrelacer le fantastique avec un réalisme empreint d’angoisse.

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CHOIX DE DEUX POEMES

Page 19

Il n’y a pas de gare ici, dit le vieillard.
Mais moi, je me souviens qu’il y en avait une. Je me rappelle la place qui la jouxtait… les marchandes de graines de tournesol. Et de pommes. Des seaux entiers de pommes à vendre. Des pommes jaunes aux joues tavelées. Sans doute ramassées au pied des arbres.
Personne n’en achetait, mais les marchandes n’en restaient pas moins là.
Peut-être, dit le vieillard, est-ce un faux souvenir.
La mémoire doit vous jouer des tours.
Comment, les pommes, je les aurais rêvées ?
Les gens commencent toujours par inventer des pommes.
Mais quand même, objecta-t-elle, j’ai dû prendre un train pour venir ici.
Je ne serais pas surpris si vous aviez toujours vécu ici, répondit le vieillard.
En tout cas, il doit bien y avoir une gare. Dans chaque ville, il doit y avoir un endroit d’où l’on peut partir. Partir à jamais. Sinon, ce n’est pas une ville, c’est n’importe quoi.
Il n’y a pas de gare ici. Peut-être que jadis, il y en avait une. Il y a très longtemps. Et même un aéroport.
Alors, demanda-t-elle, c’est impossible de s’en aller d’ici ?
Si vous voulez, je peux vous emmener en barque, proposa le vieillard.
Non, merci, fit-elle, merci beaucoup. Ce n’est pas la peine.
Alors éloignez-vous, dit le vieillard, sur cet endroit, on peut tirer de partout.

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Page 26

Nous avons offert nos voix
A l’homme fort
Au leader charismatique
Au manager efficace
Maintenant nous marchons
En parlant avec les mains
C’est tout ce qui nous reste

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Il pleut bergère de Georges Simenon

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Couverture chez Folio Policier

L’écrivain, poète, éditeur et blogueur Etienne Ruhaud a créé le défi de lecture « Un classique par mois« , et j’essaye tant bien que mal de m’y tenir. Il s’agit de découvrir chaque mois un écrivain classique que l’on n’a encore jamais lu. Voici le lien vers son blog Page Paysage.
Comme Ana-Cristina m’avait conseillé Simenon, j’ai pensé qu’il entrerait parfaitement dans ce challenge littéraire.
Ayant longtemps associé cet écrivain aux enquêtes de Maigret, et n’étant pas tellement attirée par cette figure trop bien connue, j’ai choisi d’entrer dans son univers par le biais d’un roman qui n’est pas tout à fait policier bien qu’il y ait tout de même une forme d’enquête et du mystère.

Note Pratique sur le livre

Editeur : Folio
Genre : Roman policier
Date de parution initiale : 1941
Nombre de Pages : 215

Note biographique rapide sur l’auteur

Georges Simenon, né en 1903 à Liège et mort en 1989 à Lausanne, est un écrivain belge francophone. L’abondance et le succès de ses romans policiers — dont les Maigret — éclipsent en partie le reste de son œuvre très riche : 193 romans, 158 nouvelles, plusieurs œuvres autobiographiques et de nombreux articles et reportages publiés sous son propre nom, ainsi que 176 romans, des dizaines de nouvelles, contes galants et articles parus sous 27 pseudonymes. Il est l’auteur belge le plus lu dans le monde.
(Source : Wikipédia)

Extrait de la Quatrième de Couverture

Quand il avait sept ans, Jérôme passait toutes ses journées à la fenêtre, regardant le spectacle de la rue. Dans la maison en face de la sienne, il y avait un petit garçon, Albert, qui, lui aussi, était toujours à sa fenêtre. Une grande sympathie naquit entre les deux enfants et Jérôme peu à peu découvrit le secret de son petit voisin : le père d’Albert était un assassin recherché par la police et dont la tête était mise à prix. 

Mon Avis

Ce livre fait partie des romans de Simenon et non pas de la série des Maigret. Malgré tout, il plane une atmosphère de mystère tout au long de cette histoire et on peut dire que le petit garçon – Jérôme, le héros du livre – est une sorte d’enquêteur, avec sa façon bien à lui de s’interroger, de faire des hypothèses et des déductions, mais aussi de protéger ses informations. Ce qui est intéressant ici c’est la présence néfaste et redoutable de la tante Valérie, qui se comporte comme une ennemie du petit garçon et qui cherche à empiéter sur son enquête et à découvrir les résultats de ses investigations. Non seulement cela rajoute du piment à l’intrigue mais cela nous donne une image de l’enfance qui me paraît juste : soucieuse de garder ses petits secrets et de ne pas dévoiler ses trouvailles aux yeux des adultes. Parallèlement, une chose intéressante c’est que les adultes autour de cet enfant lui cachent également des tas d’événements et de réalités. Il semble vivre entouré de non-dits, ce qui l’oblige à faire des suppositions et lui donne un temps de retard probable par rapport à son entourage familial. Et pourtant, son ingéniosité et son obstination vont lui permettre d’aboutir à la vérité avant tout le monde.
J’ai particulièrement apprécié la manière dont Simenon restitue les sentiments, l’état d’esprit, les révoltes et les doutes de l’enfance. J’ai aussi aimé les descriptions de la pluie et du climat sombre et humide de cet appartement, de ce quartier et de cette ville. La façon elliptique de dessiner les caractères des personnages, à partir de phrases tronquées ou laissées en suspens, m’a plu également. Les dialogues sont souvent laconiques mais ils nous renseignent tout de même beaucoup sur ce qui reste caché ou sous-entendu.
La reconstitution d’une époque – le début du 20è siècle – avec son climat social agité, ses luttes entre policiers et grévistes, de même que ses nombreux attentats anarchistes, m’a également intéressée. 
Une lecture qui restera pour moi un souvenir agréable, avec une écriture subtile et assez épurée, une ambiance qui a énormément de charme. 

Un Extrait page 73

J’ai collé mon visage à la vitre. Un mouvement venait de se produire au marché. Un colleur d’affiches s’était arrêté près de la grande entrée et avait appliqué une feuille blanche sur le mur de pierre. De loin, je pouvais lire, en gros caractères très noirs, un chiffre : 20 000. Et j’étais presque sûr que le mot qui suivait était francs.
Tante Valérie n’avait rien vu. Les mains croisées sur le ventre, elle reprenait haleine, sans toutefois laisser à M. Livet le temps de parler. D’un signe, en effet, elle lui indiquait qu’elle allait continuer.
Je ne sais pas pourquoi je me suis levé et ai quitté la pièce sans bruit. Il y faisait tiède et gris. Il y sentait le tissu, comme tous les vendredis. En bas, je trouvai ma mère sur le seuil en conversation avec une cliente et toutes deux regardaient de loin le groupe qui s’était formé devant l’affiche.
– Tu vas prendre froid, Jérôme… Mets ton paletot…
Je me faufilais déjà entre les bancs du marché tandis que la pluie me rafraîchissait la tête. Je me retournai machinalement. Je vis la jupe de ma tante, ses pieds toujours enveloppés comme des pansements. C’étaient des pantoufles de feutre dont elle était obligée de fendre le dessus, car elle avait les chevilles enflées. Près d’elle, avec sa figure de Chinoise, mademoiselle Pholien me suivait des yeux.
« Une récompense de 20 000 francs est offerte par le gouvernement à toute personne dont les indications permettront de découvrir l’auteur de l’attentat de l’Etoile… »

Deux Poèmes de Kathleen Jamie

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Ces deux poèmes sont extraits du recueil « La révision« . Je ne connaissais absolument rien à la poésie écossaise avant de découvrir ce livre, par hasard, chez Gibert. Ce recueil est composé de trente-six poèmes, trente-trois en anglais et trois en langue écossaise.
La présence de la nature, d’une quête de sens, d’images révélatrices de significations plus profondes (cf. le poème « Ombre et faucon » ci-dessous), savent toucher le lecteur.
Le poème sur les roses m’a énormément plu – non seulement pour sa beauté mais parce qu’il renouvelle avec talent un très vieux thème poétique (qui fait penser à Ronsard ou même à l’Antiquité grecque) et, aussi, parce qu’il propose des citations de Rosa Luxembourg (phrases en italiques) qui donnent beaucoup de saveur et de piquant à ces roses !

Note pratique sur le livre

Éditeur : La Baconnière (suisse)
Date de publication : 2024 pour cette édition francophone, 2012 pour la version originale
Édition bilingue 
Traduit de l’anglais et de l’écossais par Christian Garcin
Nombre de pages : 95

Présentation de l’éditeur

À la question comment vivre, Kathleen Jamie répond par l’observation du visible et de l’invisible. Son recueil témoigne de l’intensité des souvenirs et des présences à ses côtés, que ce soit lors de la perte d’un être aimé ou de l’apparition soudaine d’une harde de cerfs… Elle s’adresse aux oiseaux et aux vents dans une langue claire et sensible.
(Source : Quatrième de Couverture)

Notule biobibliographique sur la poète

Poétesse et essayiste écossaise, Kathleen Jamie (née en 1962) a publié une dizaine de recueils de poèmes et gagné plus d’une quinzaine de prix, dont le prestigieux prix anglais, The Forward Book of Poetry. Deux de ses essais ont paru aux Éditions La Baconnière Tour d’horizon et Strates. Élue Makar en 2021, elle est l’actuelle ambassadrice de la poésie écossaise.
(Source : Editeur)

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(Page 31)
Ombre et faucon

Je regardais un faucon
planer au ras de la colline,
sa propre ombre noire
dans ses serres, comme une proie.

Il inclina ses ailes,
bascula dans l’air —
et l’ombre poursuivit sa course
sans lui, comme un lièvre.

Peu en harmonie avec
ma soi-disant âme,
en partie faucon détaché,
en partie ombre en liberté surveillée,

j’ai agi avec désinvolture,
gardant l’un en vue
et abandonnant l’autre.
Le faucon prit de la hauteur :

sa compagne au sol
commença à s’estomper,
jusqu’à ce que ciel et colline soient vides,
et que j’aie peur.

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(Page 53)
Roses

pour M D

C’est le moment où les roses
tombent en cascade sur les murs des ruelles,
envahissent les jardins publics —
leurs couleurs crème ou rose froissé

se déployant désormais pour révéler
une pensée inavouée.
Ce monde est aussi à nous ! osent-elles affirmer,
sans souci du lendemain

et totalement privées de leadership
car qui monterait sur une estrade
pour défendre la cause des roses ?

«Je marchande ma petite
part de bonheur
»,
dit chaque fleur, égale aux autres, dans la masse parfumée.

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L’Exposition Gustave Caillebotte au musée d’Orsay

L’exposition Gustave Caillebotte se tient actuellement au musée d’Orsay, depuis le 8 octobre 2024 jusqu’au 19 janvier 2025.
Gustave Caillebotte (1848-1894) était un peintre impressionniste. Plus fortuné que la plupart de ses amis artistes, car il était issu d’une famille riche, il a beaucoup collectionné leurs œuvres pour leur permettre de survivre.

Mon avis très bref

J’ai aimé ces tableaux qui témoignent de la modernité de l’époque : la ville de Paris transformée par Haussmann (grands boulevards, immeubles), les nouvelles architectures de fer (préfigurant la Tour Eiffel, avec quelques décennies d’avance), la mode récente des compétitions sportives et de l’exercice physique, l’intérêt porté aux différences sociales, avec souvent des tableaux qui rapprochent les bourgeois et les ouvriers. Du point de vue formel, l’influence de la photographie semble assez claire, de par les cadrages audacieux, les compositions inhabituelles, la netteté des figures. De même, les influences de certains autres peintres impressionnistes, surtout Degas, mais aussi Monet, voire Pissarro pour les paysages des années 1890, peuvent se remarquer.
La plupart des panneaux explicatifs tirent l’interprétation des œuvres dans le sens d’une remise en cause de la virilité, d’une interrogation sur le genre masculin, puisque Caillebotte a peint surtout des hommes. J’ignore si le peintre du 19e siècle avait vraiment ces préoccupations (qui paraissent très actuelles) mais, après tout, cette grille de lecture n’est pas sans intérêt.
Une superbe et mémorable expo !

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Le Pont de l’Europe, 1877

Cartel de « Le Pont de l’Europe » ci-dessus :

Dans ce tableau énigmatique, le pont de l’Europe devient une sorte de balcon sur les voies ferrées de la gare Saint-Lazare. Contrairement à l’homme qui se dirige vers la gauche, d’un pas décidé, un bourgeois en haut de forme et un ouvrier en chapeau melon se sont arrêtés pour observer ce spectacle, comme l’artiste pour fixer cette image. Tout dans ce tableau contrevient aux conventions de la peinture de l’époque : le centre de la composition est bouché, les effets de perspective conventionnels sont remplacés par une juxtaposition brutale entre le proche et le lointain, les protagonistes sont des anonymes dont le visage n’est pas visible, et le tableau ne raconte rien. Pour Caillebotte, la peinture est un fragment d’une réalité qui se poursuit au-delà du cadre.
(Source : Musée d’Orsay)

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Rue de Paris, temps de pluie – 1877
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Jeune homme à sa fenêtre, 1876

Cartel du « Jeune homme à sa fenêtre »

Caillebotte représente, à la fenêtre de l’hôtel familial rue de Miromesnil, son frère René regardant vers le boulevard Malesherbes. Le jeune homme semble venir de se lever du fauteuil placé face à « sa » fenêtre, pour observer de plus près le spectacle de la rue, peut-être une passante. De sa silhouette émane le sentiment d’assurance d’un jeune et riche « rentier » – Caillebotte et ses frères ont hérité de plusieurs immeubles – mais teinté d’ennui et d’une énergie mal canalisée entre les murs de la demeure bourgeoise. De dos, la figure s’offre comme un alter ego du peintre et un sujet d’identification pour tous les regardeurs. René décède quelques mois après la réalisation de cette toile, à l’âge de vingt-cinq ans. Ses dettes de jeu, de tailleur, de fournisseurs et son implication dans un duel alimenteront les spéculations sur un suicide.
(Source : Musée)

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Périssoires, 1877, Pastel

Cartel des « Périssoires » ci-dessus

Caillebotte préfère les embarcations individuelles (skiffs, périssoires) aux avirons à plusieurs places, un motif pourtant très populaire dans l’imagerie du sport à l’époque. L’artiste ne représente pas des rameurs en compétition sur la Seine ou la Marne mais sans doute des proches en promenade sur l’Yerres, rivière qui coule le long de la maison de campagne familiale. La végétation dense et enveloppante, la ligne d’horizon haute qui rejette le ciel hors du tableau et donne une très grande place à l’eau, renforcent ce sentiment d’intimité et d’immersion dans la nature.
(Source : Musée d’Orsay)

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Chemin montant, 1881

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Les Roses, jardin du petit Gennevilliers, vers 1886