Il m’est déjà arrivé de diffuser ici des textes du poète et blogueur Frédéric Perrot, auteur du recueil « Lesfontaines jaillissantes« . Voici le lien vers son blog Le Bel de mai. Deux de ses poèmes ont récemment été mis en musique et en vidéo par Nicolas Schiochet :
Et le deuxième poème : « Toutes les planètes que nous abordons sont mortes » – un titre inspiré par une chanson du groupe Gorillaz intitulée « Every planet we reach is dead », d’après ce que m’a confié l’auteur.
Les Œuvres complètes du grand poète lyrique québécois Emile Nelligan est un livre que je possède depuis de longues années et j’apprécie de le feuilleter et de le consulter assez régulièrement. C’est précisément à une de ces occasions, où je piochais au hasard des poèmes dans ce recueil, que je suis tombée sur un ensemble de textes sur des thèmes musicaux (piano, violon, mazurkas, interprètes et compositeurs).
Je vous propose la lecture de deux de ces sonnets dans le cadre du Printemps des artistes.
Note pratique sur le livre
Editeur : Bibliothèque Québécoise Année de publication : 1992 Langue française. Nombre de pages : 262
Note biobibliographique sur le poète
Né en décembre 1879 à Montréal et mort en novembre 1941 dans cette même ville, Emile Nelligan est un poète québécois influencé par le mouvement Symboliste et par les grands romantiques. Souffrant de schizophrénie, le poète est placé en asile psychiatrique peu avant l’âge de 20 ans et il y restera interné jusqu’à sa mort, à l’âge de 61 ans. Son œuvre poétique est donc une œuvre de jeunesse. Génie précoce, il est généralement vu comme le point de départ de la poésie québécoise moderne. Nombre de critiques, d’écrivains et de cinéastes ont exalté son génie, sa folie ou son martyre. (Source : Wikipédia)
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Plein de la voix mêlée autrefois à la sienne, Et triste, un clavecin d’ébène que domine Une coupe où se meurt, tendre, une balsamine, Pleure les doigts défunts de la musicienne.
Catulle Mendès
Vieux piano
L’âme ne frémit plus chez ce vieil instrument ; Son couvercle baissé lui donne un aspect sombre ; Relégué du salon, il sommeille dans l’ombre, Ce misanthrope aigri de son isolement.
Je me souviens encor des nocturnes sans nombre Que me jouait ma mère, et je songe, en pleurant, À ces soirs d’autrefois, passés dans la pénombre, Quand Liszt se disait triste et Beethoven mourant.
Ô vieux piano d’ébène, image de ma vie, Comme toi du bonheur ma pauvre âme est ravie, Il te manque une artiste, il me faut l’Idéal ;
Et pourtant là tu dors, ma seule joie au monde, Qui donc fera renaître, ô détresse profonde, De ton clavier funèbre un concert triomphal ?
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Page 104
Le Salon
La poussière s’étend sur tout le mobilier, Les miroirs de Venise ont défleuri leur charme ; Il y rôde comme un très vieux parfum de Parme, La funèbre douceur d’un sachet familier.
Plus jamais ne résonne à travers le silence Le chant du piano dans des rythmes berceurs, Mendelssohn et Mozart, mariant leurs douceurs, Ne s’entendent qu’en rêve aux soirs de somnolence.
Mais le poète, errant sous son massif ennui, Ouvrant chaque fenêtre aux clartés de la nuit, Et se crispant les mains, hagard et solitaire,
Imagine soudain, hanté par des remords, Un grand bal solennel tournant dans le mystère, Où ses yeux ont cru voir danser les parents morts.
Connaissant l’œuvre romanesque de Gaëlle Josse depuis une dizaine d’années, ma curiosité vis-à-vis de sa poésie était grande. J’étais donc heureuse de découvrir au catalogue des éditions Encres Vives, dans la collection Lieu (n°208), ce recueil de 2009, consacré à l’Espagne « Castillanes/.doc« , inspiré par un séjour de l’écrivaine à Madrid et en Castille. Pour le Printemps des artistes, j’ai retenu quelques textes où il est question de célèbres peintures et musiques espagnoles, parmi les plus emblématiques : Le « Tres de mayo » (1814) de Goya (1746-1828), Les Ménines (1656) de Vélasquez (1599-1660), Guernica (1937) de Picasso (1881-1973), le concerto d’Aranjuez (1939) de Joaquin Rodrigo (1901-1999)
Note biographique sur la poète
Gaëlle Josse est née en 1960. Après des études de droit, de journalisme et de psychologie et quelques années passées en Nouvelle-Calédonie, elle travaille à Paris comme rédactrice dans un magazine et vit en région parisienne. Diverses publications en revues et en recueils. (Source : quatrième de couverture du recueil, en 2009)
** Extraits (Page 3)
antiques nouvelles du monde et météo à la télévision de l’hôtel ici aussi il faut du beau du pas mouillé du pas trop chaud du temps de saison et des normales saisonnières les Ménines m’attendent enfin c’est moi qui ai rendez-vous elles ne le savent pas je n’ai pas prévenu je les ai trouvées fort jolies quoique prognathes un peu quand même dans leurs empesés jupons nain bouffon à leurs pieds mais grand mystère ce tableau il faut dire
dos et tres de mayo en chemise blanche attendre la balle bras levés ça pourrait s’appeler aussi nuit dans les jardins d’Espagne en moins romantique forcément
« Les Ménines » de VélasquezLe « Tres de mayo » de Goya
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pas de poème sur Guernica c’est vous qui avez fait ça ? a demandé l’officier allemand au peintre non c’est vous a-t-il répondu
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(page 10)
perdu en ses jardins Aranjuez orangers étincelants bassins s’y noient les notes d’un putain de concerto-joli très joli- mais sucré bien trop fandangos et séguedilles ô ma charmante si volantée épaule à cru sousle polyester et du rouge à lèvres abondamment
Pour le Printemps des Artistes, j’ai cherché un livre de Yôko Ogawa où il serait question de création artistique et j’ai découvert l’existence de celui-ci, que je ne connaissais pas, et qui ne me semble pas être parmi ses titres les plus connus, quoi qu’il m’ait paru extrêmement joli. « Les Tendres Plaintes » est un morceau pour clavecin de Jean-Philippe Rameau, datant de 1724, et qui s’avère être un motif central de ce roman, puisque les deux personnages de musiciens/artisans d’art le jouent à plusieurs reprises.
Note pratique sur le livre
Éditeur : Actes Sud (Babel) Année de publication initiale : (au Japon) 1996 ; (en France) 2010. Traduction du japonais par Rose-Marie Makino-Fayolle et Yukari Kometani Nombre de pages : 241
Notule biographique sur l’écrivaine
Née en 1962, Yôko Ogawa vit au Japon. Elle est incontestablement l’un des plus grands écrivains de sa génération. Ses livres, traduits dans le monde entier, ont fait l’objet de plusieurs adaptations cinématographiques et théâtrales. L’œuvre de Yôko Ogawa est publiée en France par Actes Sud. (Source : éditeur)
Quatrième de couverture
Blessée par l’infidélité de son mari, Ruriko décide de disparaître. Elle quitte Tokyo et, dans un chalet en forêt, tente de retrouver sa sérénité. Ruriko est calligraphe. Au-delà des arbres, un peu plus haut dans la colline, elle rencontre un étrange équipage : Nitta, ancien pianiste devenu facteur de clavecins, sa jeune apprentie prénommée Kaoru et un chien aveugle et sourd. Invitée en ces lieux, la calligraphe les observe et apprend que Nitta, jadis concertiste de renom, ne peut plus jouer en présence d’autrui, que seules persistent en lui des partitions devenues muettes. Pourtant, un matin, Ruriko les surprend : habité d’un calme dense, presque palpable, Nitta est installé au clavecin. Pour Kaoru, il joue « Les Tendres Plaintes« . (…)
Résumé du début de l’histoire
Ruriko est une jeune femme calligraphe. Mais son mari ophtalmologue la frappe et la trompe avec une autre femme. Ruriko décide un beau jour de quitter l’appartement conjugal et de s’installer dans un chalet en forêt, propriété de sa famille où elle passait des vacances lorsqu’elle était enfant. Elle y vit seule mais elle fait bientôt la connaissance de ses plus proches voisins : Nitta, un facteur de clavecins, et Kaoru sa jeune apprentie qui est aussi pianiste et claveciniste. Tous les deux vivent dans une grande proximité et complicité, par le partage de la musique et par celui de leur passé douloureux, qu’il s’agisse de drames ou de renoncements. Ruriko sympathise beaucoup avec eux et, bientôt, elle noue une relation amoureuse avec Nitta. Les saisons passent, Ruriko continue son travail de calligraphe dans le chalet, elle n’envisage plus de retourner vivre avec son mari. Mais elle souffre de devoir partager Nitta avec Kaoru. Un climat de tension règne autour de ce trio amoureux et amical. (…)
Mon Avis
J’apprécie Yôko Ogawa pour la finesse, la délicatesse et la minutie dans l’expression des sentiments et j’ai retrouvé ces qualités également dans ce livre. Bien que, pour l’essentiel, il s’agisse ici d’un roman d’amour et d’une histoire de jalousie, les situations ne sont pas du tout convenues ou déjà vues, l’écrivaine a su renouveler ces thèmes très classiques et les observer avec un regard neuf, une lucidité sans dureté. Le fait que ces thèmes amoureux soient imbriqués avec des thèmes artistiques – fabrication d’instruments de musique, pratique musicale, calligraphie – rend cette romance très originale et attrayante. Ainsi, ce livre met en relation différentes sensations les unes avec les autres : l’ouïe, la vue, le goût (importance de la nourriture et de la cuisine), la perception du toucher. Le mari de Ruriko est ophtalmo et elle a fait sa connaissance à cause d’un halo qu’elle avait dans l’œil et qui guérira mystérieusement ; le chien de Nitta et Kaoru est à la fois aveugle et sourd ; dans son travail de calligraphe Ruriko est amenée à copier l’autobiographie d’une dame qui perd la vue et qui la retrouve, par des coups du sort improbables et bizarres. Il y a comme cela tout un jeu autour de l’idée d’aveuglement et/ou de clairvoyance, qui correspond bien à ce trio de personnages, à leur refus de comprendre certaines choses, à leur vision sans doute inexacte ou incertaine de la situation. Nitta et Kaoru sont liés l’un à l’autre essentiellement par la musique. Le fait que Nitta ne soit plus capable de jouer du piano ou du clavecin devant aucun public sauf pour Kaoru, traduit en actes manifestes l’importance exceptionnelle de cette jeune femme pour lui. Ruriko est sans doute davantage jalouse de cette relation basée sur la musique, dont elle est exclue, que d’une éventuelle liaison charnelle entre Nitta et Kaoru. Elle sent que la connivence artistique crée un lien extrêmement fort et elle cherche à s’insérer dans ce domaine musical, en y associant ses talents de calligraphe. Dans beaucoup de livres de Yoko Ogawa il y a des aspects fantastiques ou, tout du moins, un sentiment d’étrangeté mais, ici, c’est différent : elle nous propose un monde assez réaliste. Les événements sont vraisemblables, l’histoire paraît se dérouler dans le Japon des années 1990. Cet aspect réaliste m’a plu, comme une facette peu connue de cette écrivaine. Un très joli roman, plein de subtilité et de grâce. Une construction qui m’a paru très savante. Une écriture douce et raffinée, que cette traduction a su nous transmettre.
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Un extrait page 108
Le clavecin avait été jeté dans la cour. Abandonné sans ménagement face au banc de pierre où nous avions fait le barbecue, près d’une légère butte envahie d’herbes folles. Le couvercle était fermé, son piètement noir en déséquilibre penchait. Posé dans un endroit qui ne lui convenait pas, l’instrument paraissait fragile et pitoyable. Ils étaient tous les deux là qui le surplombaient. Nitta les bras croisés avait le regard fixe, et Kaoru à ses côtés baissait la tête. Dona, assis à l’entrée de la maison préfabriquée, immobile au milieu des copeaux, regardait vaguement en l’air. Ils s’étaient aperçus de ma présence, mais ils n’eurent aucune réaction. Leur sourire aimable toujours accueillant avait disparu. Tous les trois, comme aspirés par le clavecin noir qui penchait dangereusement, paraissaient incapables de bouger. Appuyée au mélèze qui se dressait au bout du chemin, j’ai posé mon panier du petit déjeuner au pied de l’arbre. Je ne pouvais pas m’approcher plus. Nitta, visant le clavecin, lui a donné un coup de hache. Cela se passa en un instant mais comme s’il y avait eu une torsion de temps l’image s’est gravée d’une manière indélébile sur ma rétine. La vivace impression que j’avais ressentie en entrant la première fois dans le living débordant d’instruments de musique ; « Les Tendres Plaintes » jouées par Kaoru ; le clavecin muet qui nous avait observés attentivement Nitta et moi cette fameuse nuit ; tous ces souvenirs et la scène que j’avais devant les yeux n’arrivaient pas à se relier, et cela me déroutait.
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Vidéo des « Tendres Plaintes » de Rameau, sur Youtube :
Pour commencer le « Printemps des artistes » en beauté, je vous propose un petit tour du côté de la Nouvelle Vague, avec ce célèbre film d’Agnès Varda (1928-2019), sorti en salles en avril 1962. Ce film prend place dans le défi en question car l’héroïne, Cléo, est une jeune et belle chanteuse et nous entendons plusieurs de ses chansons au cours de cette heure et demie. De plus, lors d’une séquence mémorable, Cléo reçoit chez elle son compositeur (Michel Legrand) et son parolier « plumitif » (Serge Korber) qui lui proposent de nouveaux morceaux.
Note pratique sur le film
Nationalité : française Année de sortie en salles : avril 1962 Acteurs : Corinne Marchand (Cléo), Antoine Bourseiller (Antoine), Michel Legrand (Bob). Durée : 1h30
Résumé du début de l’histoire
La première scène du film se déroule chez une cartomancienne, Madame Irma. Nous voyons à l’écran le tirage de tarots fait par une jeune femme, Cléo, et l’interprétation donnée par la magicienne. Nous apprenons ainsi, dès les toutes premières minutes, que cette jeune femme travaille dans la musique, qu’une dame veuve est dans son entourage proche, qu’elle vit avec un homme fortuné et qu’elle va bientôt rencontrer un homme amusant qui va la distraire. Mais, sur la fin de la prédiction, les choses deviennent beaucoup plus inquiétantes : Cléo est malade. Elle attend le résultat d’un examen médical, un dépistage de cancer, qu’elle doit aller chercher à l’hôpital de la Salpêtrière deux heures plus tard, c’est-à-dire à la dernière minute du film. La cartomancienne tire le tarot qui représente la mort et elle brouille les cartes sans vouloir aller plus loin. Cléo pleure puis elle redescend de chez cette tireuse de cartes. Dans l’escalier, elle se sourit à elle-même en se disant qu’elle est belle et vivante. Elle va rejoindre dans un café son amie Angèle (la veuve citée plus haut) qui est en fait sa gouvernante et qui ne prend pas du tout au sérieux ces craintes de la maladie et de la mort. Elle la prend seulement pour une enfant capricieuse. (…)
Mon Avis
Grâce à la scène initiale chez la cartomancienne, nous avons l’image de la mort qui plane au-dessus de l’héroïne pendant toute la durée du film. Cette durée est celle de l’attente de Cléo et, en même temps, la nôtre en tant que spectateurs. Comme elle, nous attendons son diagnostic, qui représentera pour nous la fin de l’histoire et pour elle la fin de son incertitude. Ces deux heures d’attente, de 5 à 7, seront l’occasion pour Cléo de voir successivement (et souvent en tête à tête) les personnes les plus importantes de sa vie : sa gouvernante qui ne la prend pas au sérieux, son compositeur et son parolier qui tournent tout à la plaisanterie, son amoureux qui est trop occupé pour lui consacrer du temps, sa meilleure amie avec qui elle fait une balade en voiture dans Paris puis avec qui elle va regarder un petit court-métrage muet et en noir et blanc, à la fois macabre et rigolo, etc. Cléo aimerait trouver quelqu’un à qui confier ses angoisses mais les personnes de son entourage n’ont visiblement pas la tête à ça : ils ne l’écoutent pas ou prennent les choses à la légère. C’est seulement vers la fin du film, avec le personnage d’Antoine, rencontré au Parc Montsouris, que Cléo trouve quelqu’un qui la comprend. En effet, Antoine est un soldat en permission, engagé dans la guerre d’Algérie. Il doit repartir à la guerre le soir même et on peut supposer que lui aussi a peur de la mort. On suppose aussi que c’est lui l’homme amusant dont la cartomancienne parlait au début. La juxtaposition de l’humour, de la légèreté, des thèmes macabres et des signes de mauvais augure m’a paru très caractéristique de ce film, qui a vraiment cette double humeur simultanée, une humeur paradoxale. La musique de Michel Legrand, elle aussi, fait alterner le sourire et les larmes. Un film dont chaque détail mériterait certainement une longue analyse, car on sent que tous les dialogues, sous leurs airs frivoles et décousus, sont très minutieusement pesés. Une œuvre complexe à voir, à revoir et à décrypter en détail.
Bonjour ! Voici un petit bilan pour le Printemps des Artistes ! Merci aux participants et participantes qui nous ont offert de superbes chroniques et plein d’idées de lecture, de visionnages ou de visites d’expos ! Un merci tout particulier à Miriam qui a concocté pas moins de dix articles pour ce défi ! J’étais très contente de pouvoir l’organiser une nouvelle fois et vous donne rendez-vous l’année prochaine pour une autre édition.
N’hésitez pas à me contacter si j’ai oublié un de vos articles dans ce bilan.
Articles de Prince Ecran Noir sur son blog « Le Tour d’Ecran »
Boléro d’Anne Fontaine, chronique du film (français, de 2024) sur la vie et la musique de Maurice Ravel.
« Maestro » , chronique du film de Bradley Cooper (Netflix, 2024) sur la vie et la musique de Léonard Bernstein, compositeur américain du 20e siècle.
« Ennemis intimes » de Werner Herzog – Film documentaire de 1999 sur les liens particuliers entre deux « monstres sacrés » de l’histoire du cinéma : le réalisateur Werner Herzog et son acteur fétiche Klaus Kinski.
« Paterson » de Jim Jarmusch – Film américain de 2016 où il est question de poésie, dans la ville de Paterson qui fut célébrée par William Carlos Williams.
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Articles de Nathalie sur son blog « Madame lit »
« Cours vers le danger » de Sarah Polley Livre autobiographique retraçant les souvenirs de l’actrice, réalisatrice, scénariste et productrice de cinéma canadienne Sarah Polley.
« La Montagne secrète » de Gabrielle Roy : Roman de la grande écrivaine québécoise (1909-1983) où il est question du peintre René Richard (1895-1982) et de la nature canadienne.
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Articles de Fabienne sur son blog « Livr’Escapade »
« Léonie B. » de Sébastien Spitzer : roman inspiré de la vie de Léonie D’Aunet, première femme ayant participé à une expédition dans l’Arctique et ayant vécu durant plusieurs années une liaison avec Victor Hugo.
A la ligne de Joseph Ponthus : autobiographie d’un écrivain ayant travaillé à la chaîne en usine. Livre qui parle davantage du monde du travail agroalimentaire que de l’art.
Les Oracles de Margaret Kennedy : Roman anglais de 1955 qui se déroule dans le milieu de l’art contemporain et qui en propose une satire grinçante et réjouissante.
« Manifesto » de Léonor de Récondo : Roman français contemporain (2019) où l’écrivaine évoque son père, le peintre et sculpteur Félix de Récondo (1932-2015) et sa rencontre dans les années 50 avec Ernest Hemingway.
« La Fileuse de verre » de Tracy Chevalier : Roman historique ayant pour cadre la ville de Venise et s’intéressant particulièrement aux maîtres verriers de Murano, avec une héroïne qui cherche à s’émanciper.
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Articles de Sacha sur son blog « Des romans mais pas seulement »
Le Théâtre des Merveilles de Lluis Llach – Roman espagnol (catalan) sur un jeune baryton, appelé à connaître un grand succès. Dans le contexte de la dictature franquiste.
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Articles de Patrice et Eva sur leur blog « Et si on bouquinait »
E.W. Heine : Qui a assassiné Mozart ? Et autres énigmes musicales. Sous forme d’enquêtes romanesques et distrayantes, les biographies de cinq grands musiciens : Mozart, Haydn, Paganini, Berlioz et Tchaïkovski.
Être ici est une splendeur de Marie Darrieussecq : Chronique d’Eva sur la biographie de la femme peintre allemande Paula Modersohn-Becker (1876-1907) qui fut une artiste expressionniste, une amie de Rainer Maria Rilke et une novatrice dans le domaine du nu féminin.
« Une Femme à contre-jour » de Gaëlle Josse. Livre de littérature retraçant la vie et la personnalité énigmatique de la photographe américaine d’origine française Vivian Meier (1926-2009).
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Articles de Miriam sur son blog « Carnets de voyage et notes de lecture »
L’Exposition Jean Hélion au Musée d’Art Moderne de Paris – Rétrospective de ce peintre du 20è siècle, abstrait, cubiste puis figuratif
L’Exposition Chana Orloff au Musée Zadkine à Paris – Rétrospective de la sculptrice (1888-1968) française d’origine ukrainienne.
Un Poème d’Ernest Pépin sur Cesària Evora – Hommage poétique à la fameuse chanteuse du Cap-Vert
Le Paradis est une lecture continue : Essai littéraire de Virginia Woolf, réflexions sur quatre écrivains américains : Thoreau, Whitman, Poe et Melville.
Des Poèmes de Philippe Soupault sur des peintres et des écrivains de son temps : les « épitaphes » (1919) de Marie Laurencin, de Francis Picabia et de Tristan Tzara.
« De nos jours » Film coréen de 2023 de Hong Sang-Soo – où il est question de poésie et d’art dramatique (parmi les personnages : une actrice et un vieux poète).
« Âme brisée » d’Akira Mizubayashi : Roman français contemporain qui parle de musique et de lutherie, dans un cadre historique dramatique.
Lettres à son frère Théo de Vincent Van Gogh (1853-1890) – Correspondance de Van Gogh, de l’âge de 19 ans à sa mort.
« Le Portrait » de Nicolas Gogol, nouvelle de l’écrivain romantique russe où il est question d’un tableau maléfique passant aux mains de plusieurs peintres. Réflexion sur l’art et sur la création.
J’avais acheté ce roman peu après sa parution en 2019, intéressée par son contexte musical et le fait qu’il évoque la vie d’un luthier. Par ailleurs, je n’en avais entendu que de bonnes critiques et j’ai toujours un a priori positif concernant les écrivains d’origine japonaise… C’est finalement pour le Printemps des artistes de cette année que je l’ai lu – après cinq ans de réflexion.
Le mot « âme » du titre évoque à la fois l’âme humaine mais il désigne aussi une partie interne dans la caisse de résonnance d’un violon.
Note Pratique sur le livre
Éditeur : Folio (initialement : Gallimard) Date de publication : 2019 Genre : roman Nombre de pages : 259
Quatrième de Couverture
Tokyo, 1938. En pleine guerre entre le Japon et la Chine, quatre violonistes amateurs se réunissent régulièrement pour répéter. Un jour, ils sont interrompus par des soldats, soupçonnés de comploter contre le pays. Caché dans une armoire, Rei assiste à l’arrestation de son père. Cet événement constitue pour lui la blessure première qui déterminera son destin… Mais le passé peut-il être réparé ?
« Rei éprouva comme une brûlure d’estomac, une chaleur acide, à la fois intense et diffuse, qui vous monte à la gorge. Un énorme bloc d’émotions glacées se mettait à fondre peu à peu sous l’effet de cette chaleur intérieure dormante. Le temps se défossilisait, recommençait à trembler.»
Mon Avis
Je ne suis pas contente d’avoir lu ce bouquin parce que c’est stupidement mauvais – j’ai eu l’impression de perdre mon temps et je n’aime vraiment pas ça ! Ça réussit à cumuler tout ce qui est le plus détestable dans le domaine littéraire : gnangnan, plan plan, superficiel, cucul, dégoulinant de bons sentiments, simpliste, convenu, cousu de fil blanc, sans aucun sens de la psychologie, sans aucune analyse un peu consistante de quoi que ce soit ! Si vous saviez comme je me suis barbée à lire ça ! En plus je suppose que l’auteur prend son lecteur pour un abruti gâteux parce que dans les derniers chapitres il se met à répéter tout le temps la même chose : il nous fait un petit résumé de tous les chapitres depuis le début du roman et il nous récapitule tout ça je ne sais pas combien de fois ! Mais ça va, je ne suis pas amnésique ! Il doit s’imaginer que plus il rabâche sa petite histoire plus le lecteur va se rendre compte à quel point elle est émouvante – mais non ! Pas du tout ! Au contraire, c’est chiant ! Pour couronner le tout l’écriture à proprement parler est absolument indigeste et pénible ! Il y a des phrases totalement inimaginables – comme je n’en avais encore jamais vu de toute ma vie ! – d’une pédanterie ignoble, d’une boursouflure grotesque, d’un lyrisme ampoulé ! D’ailleurs je vais vous en recopier une tout de suite (et pas la pire !) : Mon âme, si j’ose parler ainsi, serait éternellement restée clouée sur une paroi rugueuse de l’ici-bas comme un cerf-volant prisonnier de l’épais feuillage d’un arbre. (page 250) Ou encore : Il posa son regard sur le violon mutilé. Il s’accroupit. Il le prit délicatement dans ses mains, ce corps souffrant avec les quatre cordes distendues dessinant des courbes tourmentées comme celles des tuyaux et des fils de raccordement électrique couvrant le visage d’un accidenté grave ou d’une victime d’un bombardement aveugle. (page 71) Ça révèle un sens de la comparaison littéraire vraiment particulier et d’un goût douteux ! Totalement absurde ! A la limite du comique ! Vous l’aurez compris : je déconseille ce roman sans la moindre hésitation ! Et j’avoue être étonnée et chiffonnée qu’un tel livre soit publié par le très prestigieux Gallimard…
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Un Extrait page 39
– Yanfen-san, vous jouez aussi du piano ? demanda Yu. – Oui, j’en faisais régulièrement en Chine. Mais plus maintenant. Je n’ai pas de piano à Tokyo. – La mélancolie est un mode de résistance, déclara Yu. Comment rester lucide dans un monde où l’on a perdu la raison et qui se laisse entraîner par le démon de la dépossession individuelle ? Schubert est avec nous, ici et maintenant. Il est notre contemporain. C’est ce que je ressens profondément. Rei était déjà retourné sur son banc après avoir mangé deux ou trois sablés qu’il avait trempés dans son thé. Il était de nouveau dans son livre qu’il avait manifestement fini de lire ; il revenait sur certains passages et les relisait avec une attention redoublée. Mais il relevait la tête chaque fois que son père prenait la parole, pour prêter une attention croissante à ce qu’il avançait sans pour autant pouvoir saisir suffisamment la signification de ces mots d’adulte. – En tout cas, continua Yu avec conviction, je crois que ça a du sens… qu’aujourd’hui, en 1938, dans un coin de Tokyo, un quatuor sino-japonais joue Rosamunde de Schubert…, alors que le pays entier tombé dans ses obsessions bellicistes semble être dévoré par le cancer nationaliste divisant les individus entre un nous et un eux…
C’est dans le livre d’Ernest Pépin, Au berceau des lendemains, publié chez Atlantiques déchaînés en 2023, que j’ai découvert ce poème. J’inscris cet article dans le cadre du « Printemps des artistes » d’avril-mai 2024.
Biographie du Poète
Ernest Pépin, né en 1950 à Lamentin, en Guadeloupe, est un poète et romancier dont l’œuvre a été couronnée de nombreuses distinctions dont, à deux reprises, le prix Casa de las Américas.
Courte note sur Cesària Évora
Cesária Évora, née le 27 août 1941 à Mindelo au Cap-Vert et morte le 17 décembre 2011 à São Vicente, est une chanteuse de morna coladeira cap-verdienne. Surnommée la « Diva aux pieds nus », elle le doit à son habitude à se produire pieds nus sur scène. (Source : Wikipédia)
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(Page 19)
Cesària Évora
Ta voix aux pieds nus
Est une île qui tangue
Un bar où viennent boire les dieux des pauvres
Une rocaille qui invite les oiseaux
Ô Cesària
La mer est saoule de tristesse
Mais la mer danse ta voix
Et il nous vient ce chant à l’odeur de blues
Cette balade aux pieds nus
Sur un visage brûlé d’amour
Vagues ensoleillées d’alcool
Il nous vient ce chant de lune enceinte
Et qui nous prend aux tripes
Ô Cesària
Princesse aux pieds nus
Chanteuse des carrefours
J’entends ta peine
Je recueille l’eau de ta joie
J’entends le souffle du petit monde
Et je vois l’éclosion d’un visage meurtri
Je bois ta voix
Je bois la sève de ta voix
Chante plus haut afin que les étoiles entendent
Chante plus doux
Renverse la mélancolie
Tu es toutes les îles aux pieds nus
L’oiseau marin qui lâche prise dans la détresse du vent
La pensée du dedans
Le sel universel des pensées que l’on chante
La voix qui prête serment au haut des barricades
Ô Cesària
Tu lances des étoiles en guise de monnaie
Tu lances ta chanson comme l’orage qui pleure
Une marée tard venue
Dans un monde aux pieds nus
Faugas – Lamentin
17 juillet 2011
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Voici Sodade, la chanson la plus célèbre de Cesària Evora
Les critiques ayant été quasiment unanimes à saluer les grandes qualités de « Tar », je suis allée le voir avec confiance, persuadée d’assister à un spectacle intéressant et de bonne tenue. Je n’avais encore jamais vu de film de ce réalisateur, dont le nom ne m’évoquait pas grand-chose, mais j’ai toujours apprécié le jeu de Cate Blanchett et sa seule présence dans le casting était pour moi un gage de qualité, a priori.
J’ai vu « Tar » dans le cadre de mon Mois sur l’Amérique, qui se termine aujourd’hui, mais il aurait pu figurer aussi bien dans le « Printemps des Artistes »…
Note Pratique sur le Film
Genre : Drame psychologique Nationalité : Américain Date de sortie en salles : 2022 aux Etats-Unis – février 2023 en France Actrices : Cate Blanchett (Linda Tar), Noémie Merlant (Francesca Lentini, l’assistante de Tar), Nina Hoss (Sharon Goodnow, l’épouse de Tar), Sophie Kauer (Olga Melkina, la violoncelliste russe) Durée : 2h37
Résumé du début de l’histoire
L’histoire se déroule dans le milieu de la musique classique. Lydia Tar est une des plus brillantes cheffes d’orchestre de sa génération. Elle dirige le très prestigieux Philharmonique de Berlin avec fermeté et autorité. Elle donne des cours de musique à des étudiants. Bien sûr, elle accorde des interviews aux médias les plus en vue et de plus grande qualité. Elle va bientôt sortir un livre autobiographique pour montrer l’exemplarité de sa réussite auprès d’un vaste public. Elle forme un couple solide et heureux avec son épouse violoniste et toutes les deux élèvent leur petite fille. Mais ce parcours trop parfait ne va pas tarder à se fissurer et les failles vont devenir de plus en plus apparentes. Peu à peu, tout se dégrade et se délite dans sa vie.
Mon Avis
La première partie du film est principalement occupée par des conversations au sujet de la musique et des éléments biographiques de grands musiciens célèbres des 19è et 20è siècles. Nous avons d’abord une longue interview de Lydia Tar par un journaliste. Puis, de nouveau, une très longue discussion en face-à-face, au restaurant, avec l’un de ses collègues musiciens, toujours sur des thèmes musicaux. Cette mise en place des premiers éléments de l’intrigue m’a paru poussive, laborieuse et très statique. Beaucoup de ces paroles ne rajoutent rien à l’histoire et ne nous éclairent pas tellement sur les personnages. Par contre, ce qu’on comprend assez vite et qui est bien souligné plusieurs fois, c’est que Lydia Tar n’est pas une partisane de la cancel culture, que le féminisme n’est pas son cheval de bataille favori. Elle aime les compositeurs masculins des époques classique, baroque et romantique, et elle continue à les jouer même s’ils ont eu des comportements sexistes. Ensuite, nous commençons à comprendre que Lydia Tar est une cheffe ultra-autoritaire, que ses méthodes de sélection de ses musiciennes se basent essentiellement sur la séduction et la beauté physique de la personne, qu’elle pratique sans cesse l’abus de pouvoir et la manipulation de ses collègues. Parallèlement à ce système peu reluisant, des phénomènes étranges, inexplicables et angoissants commencent à se produire autour de l’héroïne, et nous semblons nous orienter, au travers de plusieurs scènes sporadiques, vers des moments d’effroi, comme si nous allions basculer peu à peu vers un thriller ou un film d’épouvante. Heureusement, on évite cet écueil – de justesse. J’ai trouvé que nous étions souvent dans une atmosphère de cauchemar, assez glauque, déplaisante, avec des images laides, une lumière terne, mate, qui oscille entre le grisâtre et le verdâtre. La seule scène romantique un peu touchante entre les deux femmes est abondamment arrosée d’une horrible lumière, d’un rose criard, qui fait mal aux yeux. Je ne suis pas certaine d’avoir vraiment compris ce que le réalisateur souhaitait prouver ou dénoncer avec cette histoire. Peut-être qu’il cherche à démontrer que le milieu de la musique classique est sans foi ni loi, complètement pourri, et que « les hommes blancs cisgenres » ne sont pas les seuls à être très méchants puisque les femmes homosexuelles ne valent pas mieux qu’eux ? Chacun fera ses propres hypothèses. L’aspect très remarquable de ce film c’est le jeu des actrices, elles sont vraiment époustouflantes de justesse et de naturel. On a même l’impression par moments que le scenario a été entièrement conçu pour donner à Cate Blanchett l’occasion d’exposer toute la gamme de ses talents et de ses états émotionnels, de la douceur à la violence, de la frayeur au dégoût et de la joie au désespoir. Ce n’est donc pas, selon moi, un film réussi ou plaisant à regarder. Je n’ai pas tellement apprécié la musique, qui est jouée avec brutalité et sans nuances – D’ailleurs Cate Blanchett a des attitudes de boxeuse quand elle dirige son orchestre. A voir à la rigueur pour les performances d’actrices mais sinon ce n’est pas terrible.
Nous sommes arrivés à la fin du Printemps des Artistes, édition de 2023, et je remercie beaucoup les participants et participantes pour leurs chroniques nombreuses, riches et variées, abordant de multiples thèmes et des époques diverses ! Cette année, le défi rassemble une soixantaine de chroniques. Un remerciement particulier à Miriam et à la Barmaid aux lettres, pour leurs dizaines de contributions ! Si j’ai oublié l’une de vos chroniques dans ma liste, n’hésitez pas à me le signaler, je corrigerai dès que possible !
Voici donc cette liste de chroniques publiées pour le défi :
Un nommé Schulz d’Ugo Riccarelli – Un roman biographique à propos de l’écrivain polonais Bruno Schulz La Nuit de l’oracle de Paul Auster – roman autour de quatre personnages, tous écrivains Dans le scriptorium de Paul Auster – roman dont le personnage principal est écrivain et qui parle d’écriture
Le Livre de mon Père d’Urs Widmer – Biographie romancée d’un écrivain allemand, Karl Walter Widmer, livre où il est aussi question de peintres, poètes, sculpteurs,…
L’effroi de François Garde : Roman dont le héros est musicien d’orchestre (altiste), thèmes politiques et médiatiques. Les Architectes de Stefan Heym : Roman dont un des thèmes est l’architecture, mais qui touche aussi à l’histoire et à la politique.