Le poète et blogueur Frédéric Perrot vient de publier il y a quelques semaines ce recueil poétique « Dans les marges du temps« .
Je vous invite à découvrir son excellent blog littéraire Le Bel de Mai en cliquant ici.
Vous pouvez également consulter ici même la chronique que j’avais écrite sur le précédent recueil de Frédéric Perrot, « Les Fontaines jaillissantes« .
Recueil à la tonalité souvent très engagée, fustigeant les réactionnaires de tous poils et résolument tourné vers les préoccupations actuelles, nos soucis d’époque : poème sur les Gilets Jaunes, sur les attentats, sur la Crise Covid, etc. Un livre qui choisit donc de s’adresser à un certain public (ceux du même bord) et qui l’assume. Une grande clarté de style est revendiquée par le poète, sous l’égide de Primo Levi, dont une citation est placée en exergue du texte « L’exigence de clarté« , qui donnera sans doute du grain à moudre à ceux auxquels le poète reproche « le brouillard des consciences » ou le désir d’incommunicabilité.
Ce recueil exprime à plusieurs reprises la lassitude, la fatigue. Ainsi, dans le poème « Las de cette poésie » (d’instituteurs/sévères si sévères). Ou, plus loin, dans « La prière délabrée » l’anaphore « Nous sommes fatigués » revient trois fois (des rhétoriques guerrières, du racisme ordinaire, des discours d’exclusion, etc.). Ou, encore, dans le poème « La sagesse des bien-pensants« , ces bien-pensants proclament : « Nous sommes las de l’orgueil des artistes », « Nous sommes las de la bêtise des artistes »… Au moins autant que cette lassitude et cette fatigue avouées, nous percevons l’exaspération et l’indignation de l’auteur, voire sa colère et sa déception.
Parmi ces textes, après hésitations, j’en ai finalement choisi deux qui ne sont pas politiques, parmi ceux qui m’ont émue, deux poèmes qui s’adressent davantage au cœur qu’à l’intellect, sans doute ! Et qui ne prêtent pas trop à polémique.
Note pratique sur le livre
Genre : Poésie
Editeur : Le Bel de mai (auto-édition)
Date de publication : automne 2025
Nombre de pages : 51
Extrait de la préface, rédigée par l’auteur
Pas de discours ! Pas de discours ! Pas de discours !
Aucun problème, ça m’arrange, je n’avais rien préparé.
Venons-en aux faits : les poèmes ici rassemblés ont été écrits entre 2016 et 2023, même si le dernier déborde sur 2024, année comme on le sait de tous les miracles. Ils sont organisés en deux parties : Confession d’un mécontent et Jours de colère.
L’ordre chronologique n’est pas respecté, même si certains poèmes de la seconde partie se trouvent plus en prise avec les événements : la répression féroce du mouvement des Gilets Jaunes, le confinement, l’assassinat de Samuel Paty (…)
Frédéric Perrot
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Choix de poèmes
(Page 50)
Descends de ton tréteau, mauvais acteur
Descends de ton tréteau, mauvais acteur :
Le sérieux est un masque funéraire
Qui ne convient guère à ton caractère.
Nous sommes las des vains cris de la colère,
Épargne-nous de grâce tes postillons,
Abandonne ce masque d’imposteur.
Cesse d’être grimacier et retrouve
Ta vraie voix, un ton juste, ton silence,
Ton secret, qui n’a rien de douloureux :
Rester confidentiel n’est pas honteux,
Et ce n’est que dans les marges du temps,
Quand nous sommes sans public, isolés,
Que nous pouvons espérer prononcer
Un premier mot qui ne serait pas faux.
N’aie pas peur, soit confiant, éveillé :
Ta vraie voix, tes couleurs, ta musique…
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(Page 25)
Nocturne
Ne crois pas
Que tu sois cause encore
Du sourire discret de l’endormie :
Elle repose avec son secret…
Comme le voyageur des contes,
Tu pourrais des deux poings
Cogner aux portes de ses rêves,
Qu’elle ne l’entendrait pas
Tant de mondes vous séparent…
Retourne à ton silence,
Dans la chambre de l’enfant
Qui aux premières heures de l’aube,
Viendra t’étourdir de son babillage
Et de sa joie
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