Le coeur de l’Angleterre – Jonathan Coe

LC avec Edualc

Après Bienvenue au club (années 80) et Le cercle fermé (années 90), Jonathan Coe nous emmène dans l’Angleterre des années 2010.

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J’ai lu les deux précédents même si je ne me rappelais pas de détails cela ne gêne pas la compréhension de ce roman : J’aime beaucoup le ton de cet auteur qui réussit souvent à me faire sourire.

Ici les personnages sont nombreux, il y a Lois et son frère Benjamin, la cinquantaine, elle est bibliothécaire à Londres et lui écrivain (à la campagne). Leur ami Doug est journaliste politique (tendance travailliste). Il va s’intéresser de près aux années qui vont précéder le Brexit. Par ailleurs, le père de Benjamin et Lois incarne l’Angleterre laborieuse, il a 80 ans et a travaillé dans l’industrie automobile jusqu’à sa retraite. La jeune génération active est incarnée par Sophie, 25 ans au début du livre et Ian son futur mari, enfin les adolescents sont représentés par Connie 15 ans, la fille de Doug.

Quatre générations donc pour comprendre comment l’Angleterre, dans une crise identitaire, va basculer de l’Europe au Brexit…Alors Leave or Remain ?

Augmentation du chômage, désindustrialisation, montée du racisme, immigration, tout est bien rendu chronologiquement, en particulier le « dépassement » des « élites »  et leur incapacité à se faire comprendre de la « base ».

Au delà de l’analyse sociale, j’ai beaucoup aimé les personnages : je fais partie de la génération de Lois, Benjamin et Doug, mes enfants sont entre Connie et Sophie.

Le « coeur de l’Angleterre » sera symbolisé par la relation compliquée entre Sophie (Remain) et Ian (Leave) : je trouve la couverture éloquente à ce sujet , tiraillement et hésitation…jusqu’à ce que la corde lâche … Les jeunes générations arriveront elles à prendre un nouveau départ ?

Mon passage préféré :

Ils se retrouvaient comme à leur habitude dans le café proche du métro Temple. Quelques semaines plus tôt, David Cameron s’était rendu à Bruxelles pour négocier un nouvel accord avec l’Union européenne dans l’espoir d’obtenir des concessions qui donneraient à l’Angleterre un statut exceptionnel, c’est-à-dire plus exceptionnel encore que celui qui était déjà le sien – ce qui aurait l’avantage annexe de pacifier les hordes de plus en plus audibles des eurosceptiques. Aussitôt après, ils avaient annoncé la date du référendum promis, ce serait le 23 juin et donc – hasard du calendrier – le deuxième jour du festival de Glastonbury.
« Ça veut dire qu’il va y avoir quelques cent mille jeunes qui ne se dérangeront pas pour voter, non ? dit Doug.
– On pourra voter par correspondance, les jeunes comme les vieux. Dave a tout prévu.
– Y compris de perdre, et que nous devions quitter l’UE ?
– Je vous parle de toute éventualité plausible.
– Qu’est-ce qui se passe s’il perd ? Il démissionne ?
– Dave ? Jamais ! Il n’est pas du genre à jeter l’éponge.
– Et si les résultats sont trop serrés ?
– Pourquoi est-ce que les journalistes aiment tant les questions hypothétiques ? Et qu’est-ce qui se passe si vous perdez ? Et qu’est-ce qui se passe si on quitte l’UE ? Qu’est-ce qui se passe si Donald Trump est élu président ? Vous vivez dans un monde imaginaire, vous autres. Pourquoi ne pas me poser plutôt des questions pratiques, comme : « Quels seront les trois points forts de la stratégie de campagne de Dave ? »
– Soit. Quels seront les trois points forts de la stratégie de campagne de Dave ?
– Je ne suis pas libre de vous faire des révélations sur ce point. »
Frustré, Doug tenta un autre angle d’attaque.
« Maintenant, supposons que le peuple vote pour le Brexit et que nous…
– Excusez-moi, je vous interromps, supposons que le peuple vote pour quoi ?
– Le Brexit.. »
Nigel le regarda, ébahi. « Mais d’où sortez-vous ce mot ?
– Ce n’est pas ce que les gens disent ?
– Je croyais que ça s’appelait le Brixit.
– Quoi ? Le Brixit?
– C’est ce que nous disons.
– Qui, nous ?
Dave et toute l’équipe.
– Tout le monde à part vous dit Brexit. Où êtes-vous allé chercher Brixit ?
– Je ne sais pas. Je croyais que c’était le terme. Il griffonna de nouveau dans son calepin. Brexit, vous êtes sûr ?
– Absolument. C’est un mot valise. British exit
– British exit, mais dans ce cas là, ça donne Brixit.
– Les Grecs disent bien Grexit.
– Les Grecs ? Mais ils n’ont pas quitté l’Union.
– Non, mais ils l’ont envisagé.
– Quoi qu’il en soit, nous sommes pas grecs. Il nous faut un terme à nous.
– Nous l’avons, c’est Brexit.
– Et nous qui avons toujours dit Brixit… Nigel secouait la tête en prenant d’autres notes détaillées. « Ça va faire l’effet d’une bombe à la prochaine réunion du cabinet. J’espère qu’il ne me reviendra pas de l’annoncer.
– Bah, dans la mesure où vous êtes convaincu que ça n’arrivera pas, vous n’avez pas vraiment besoin d’un mot pour le dire…

Dona Flor et ses deux maris

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Le début de ce roman est enthousiasmant.
Vadinho est un fieffé coquin, joueur, menteur, souvent ivre et mari infidèle.
Il est marié à Dona Flor, une jeune femme courageuse, travailleuse et très amoureuse du dénommé Vadinho (qui au passage en plus de lui être infidèle lui vole son salaire et n’hésite pas à la battre si elle refuse)
Dès le premier chapitre Vadinho meurt (crise cardiaque en pleine danse de carnaval à Bahia). C’est l’occasion pour l’auteur de faire un retour en arrière d’environ 7 ans, au début de la rencontre entre Flor et Vadinho. La vie de ce petit quartier est passionnante : tout en couleurs, salsa et épices (Dona Flor donne de cours de cuisine). Le chagrin de Dona Flor est très bien analysé. Sa mère est un modèle de mère abusive.
La deuxième partie m’a moins convaincue, Dona Flor rencontre un pharmacien et se remarie : celui ci est l’exact opposé de Vandinho, il est sérieux (trop?), presque austère par rapport au fantasque Vandinho.
Mon avis est un peu mitigé et vient surtout du fait que la quatrième de couverture raconte TOUT. Je m’attendais donc à plus de « réalisme magique » qui n’arrive que dans le dernier quart du livre.

Un extrait

Les mercredis et samedis, invariablement à la même heure, dona Flor distinguait les mouvements discrets et répétés de son mari dans les profondeurs du lit. A demi dressé pour l’étreindre, le drap lui couvrant les bras ouverts et les épaules, le docteur lui semblait un parapluie blanc et immense défendant sa pudeur féminine, la protégeant même en ce suprême instant d’abandon. Un parapluie, vision sans drôlerie, image inhibitive, quel dommage !

Lu dans le cadre du mois latino chez Ingannmic et Goran 🙂

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Dis-moi ce que tu lis et je te dirai qui tu es…

Dis-moi ce que tu lis et je te dirai qui tu es…

Les réponses reposent sur les titres lus tout au long de l’année.* *
Décris toi : Dérangé que je suis
Comment te sens-tu ? Je n’ai pas peur 😰
Décris où tu vis actuellement : La maison des Hollandais
Si tu pouvais aller où tu veux où irais-tu ? Patagonie route 203
Ton moyen de transport préféré : Danse, danse, danse
Ton / ta meilleure amie est : Trudi la naine, Le prince des marées
Toi et tes amis vous êtes : Les pondeuses de l’Iowa
Comment est le temps ? Assez de bleu dans le ciel
Quel est ton moment préféré dans la journée ? Vingt-quatre heures de la vie d’une femme
Qu’est la vie pour toi ? La carte et le territoire
Ta peur ? Les services compétents
Quel est le conseil que tu as à donner ?  Il nous faut de nouveaux noms

La pensée du jour ? Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon
Comment aimerais-tu mourir ? La dame en blanc
Les conditions actuelles de ton âme Face au vent
Ton rêve : L’archipel d’une autre vie

Bonne journée à tous 🙂

Le pentateuque ou les cinq livres d’Isaac – Angel Wagenstein

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Il y a quelques années j’avais été enthousiasmée par la lecture d’Abraham le poivrot, roman bulgare sur l’enfance et les souvenirs.
J’ai été tentée de lire cette réédition d’un autre roman de l’auteur (paru initialement en 2001) :
Isaac est né au début du XXeme siècle en Autriche-Hongrie. Au mois de mai 1918, il est enrôlé dans l’armée. Heureusement, le temps de faire ses classes, la guerre est finie pour l’Autriche-Hongrie. Celle-ci, dans les camps des vaincus, voit son territoire éclaté en plusieurs pays. Le village d’Isaac se retrouve en Pologne. Vient alors pour Isaac une vingtaine d’années relativement « calmes » malgré l’anti-sémitisme croissant. Il se marie avec Sarah et ils ont trois enfants.

Ce roman est plein d’humour malgré le sujet grave traité : la tourmente de la Shoah emporte tout sur son passage.

L’auteur réussit à prendre tour à tour un ton léger (avec des blagues juives absurdes mais qui m’ont fait sourire) puis grave : dans 5 parties, Isaac nous raconte comment d’autrichien il deviendra Polonais, Soviétique, Allemand sans changer de village.
Ce livre est également féroce contre la bêtise humaine.
Stefan Zweig, cité à la fin du roman me paraît tout à fait une comparaison appropriée. Que faire quand tout s’effondre ? Et bien pas comme Stefan Zweig, continuer ….

Un roman très sensible, parfois loufoque à force de tant d’absurdités, et qui réussit malgré le sujet à faire rire…

un extrait

Il faut signaler que les talmudistes du sanhédrin de Babylone furent jadis sollicités afin d’élucider une certaine énigme : pourquoi Jéhovah attendit-Il le sixième jour pour créer l’homme et la femme ? La réponse des Sages fut on ne peut plus claire : Adam et Eve étaient juifs et fussent-ils apparus le premier jour qu’ils eussent rendu fou le Créateur à force d’avis et de recommandations.

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Challenge Bac chez Enna (catégorie Objet)

Les services compétents – Iegor Gran

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LC avec Edualc 😉

Iegor Gran a neuf mois quand le KGB arrête son père. Le crime de celui ci ? Avoir fait passer ses écrits à l’ouest.

Nous sommes en 1965. Le premier chapitre raconte la perquisition qui a lieu chez ses parents. Sa mère m’a paru très forte et pas du tout intimidée par les 6 policiers qui vont fouiller son appartement pendant des heures (sans rien trouver d’ailleurs, les preuves du crime sont bien cachées derrière la bibliothèque…)

Après ce premier chapitre prenant, l’auteur pratique un retour en arrière, 1959. Il suit pas à pas les enquêteurs : l’enquêteur principal Ivanov ne semble pas très intelligent mais il est persévérant et a beaucoup de moyens (ou de mouchards). Il s’agit là d’un récit où on sait déjà que Siniavski (ou Abram Tertz, le pseudo qu’il s’est choisi – nom d’un brigand populaire d’origine juive) va être arrêté… Tout l’intérêt réside dans l’observation des faits de l’époque : Staline est mort depuis 6 ans et il y a comme un léger (très léger) assouplissement de la répression des opposants au régime. Avec un ton parfois grave mais aussi parfois très moqueur (de nombreuses phrases avec les termes « les services compétents » m’ont fait sourire), ce roman est instructif sans être pesant. Le KGB est parfais tourné en ridicule mais il finira dans ce jeu du chat et de la souris par attraper l’écrivain. Je ne connaissais pas du tout celui-ci ( il viendra s’établir en France avec femme et enfant, l’auteur Iegor Gran, en France en 1971). En tout cas son fils m’a convaincu et donné envie de le relire.


Un extrait (P 154-155 )

On va lire un texte, c’est paru dans la revue Reporter, un texte qui nous vient d’URSS, dit la dame. Vous allez voir, c’est spécial.

Alors une voix d’homme, posée et distante, comme à la radio soviétique officielle, annonce :« Ici Moscou. Nous transmettons l’oukase du Comité central de l’Union des Républiques socialistes soviétiques. En raison de la croissance du niveau de vie, allant au-devant des demandes des travailleurs, il est décrété que le mercredi 10 août 1960 sera la journée des meurtres autorisés. »

Un bout de sultanka s’échappe de la bouche grande ouverte de Monocle. Ça par exemple! La journée des meurtres autorisés – Monocle en a déjà entendu parler, oh que oui ! La journée des meurtres autorisés, c’est son idée, à Monocle ! Il l’avait eue il y a quelques temps déjà… Il se rappelle : à une soirée, on faisait les cons et on jouait à inventer des journées commémoratives improbables. Dans le calendrier soviétique, il y avait bien une journée du garde-frontière (le 28 mai), une journée de l’inventeur et du rationalisateur (le dernier samedi de juin), et une flopée d’autres, plus ou moins incongrues. Alors Monocle a crié : « Et pourquoi pas la journée des meurtres autorisés ? »

« En cette journée, tous les citoyens de l’union soviétique âgés de 16 ans et plus obtiennent le droit de tuer n’importe quel autre citoyen, à l’exclusion des personnes mentionnées au point un des annexes au présent oukase »…«  Annexes. Point premier. Il est interdit de tuer : a) les enfants de moins de 16 ans, b ) les militaires en uniforme et les agents de la milice, c ) les travailleurs des transports dans le cadre de leurs fonctions. Point deux. Un meurtre commis avant ou après la plage temporelle indiquée, tout comme un meurtre commis dans le but de voler ou résultant d’un acte de violence contre une femme, sera considéré comme un crime pénal et sera poursuivi en fonction des lois existantes… »

La suite est à l’avenant. C’est loufoque, noir et profondément dérangeant, d’autant que la langue employée dérive du patois officiel, parsemé d’expressions figées.

La dame en blanc – Wilkie Collins

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Un roman volumineux (850 pages) qui traite d’une machination (comment donner envie de lire ce livre sans en dire trop ? )

L’action se passe au XIXeme siècle, en Angleterre. Laura, une jeune femme de bonne famille, s’est engagée à épouser Sir Glyde (elle a promis ceci à son père sur son lit de mort…)
L’auteur va alterner les différents points de vue, avec d’abord celui de Mr Hartwright, le professeur de dessin de Laura (secrètement amoureux de son élève), puis la soeur de Laura, prénommée Marian, l’avocat de la famille, la gouvernante de la maison ….
Le point de vue des « méchants » n’est évoquée que par les dires des « gentils » ou par des personnages qui ne sont pas au courant de la machination.
Les rebondissements sont nombreux : on tremble pour les personnages, on croit à leur mort (et puis rebondissements, contrepieds et surprises s’enchaînent)

Il ne fait pas bon d’être une femme (même riche) au XIXème : aucun choix possible en dehors du mariage et quand le marié s’avère n’être intéressé que par l’argent et l’héritage, la désillusion peut même s’avérer mortelle….il s’agira alors de se montrer plus retors que les escrocs qui peuvent à tout moment vous envoyer à l’asile pour « folie »

Un très bon moment de lecture

Un extrait

Pendant que ces idées me traversaient l’esprit, je vis la femme au manteau se rapprocher de la tombe et la contempler, debout, pendant quelque temps. Ensuite elle jeta un regard autour d’elle, et, tirant de dessous son manteau un linge blanc, serviette ou mouchoir, elle s’achemina obliquement vers le ruisseau. Il pénétrait dans le cimetière par une petite baie en arceaux, pratiquée au bas du mur, et en sortait après un cours sinueux de quelques douzaines de mètres, par une issue toute pareille. Elle trempa le linge dans l’eau, et revint du côté de la tombe. Je la vis baiser la croix blanche, puis s’agenouiller devant l’inscription et passer, à plusieurs remises, l’étoffe humide sur le marbre souillé.

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Challenge Bac chez Enna (catégorie Couleur)

La fabrique des salauds – Chris Kraus

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1er chapitre : Un homme, Koja, la soixante est dans un hôpital : il sait qu’il n’en ressortira pas : il a une balle dans la tête, inopérable et qui peut le tuer à tout moment.
Son voisin de chambre est également très malade, un hippie d’une trentaine d’années.
Le vieil homme commence à raconter sa vie depuis sa naissance en 1909 en Lettonie.
Il est d’origine allemande, sa mère est d’une famille noble, son père est peintre de renom. Il a un frère plus âgé que lui de 4 ans. Lorsqu’il a dix ans, ses parents adoptent une petite orpheline, Ev.
Dans ce pavé de 1100 pages, qui nous fait traverser le XXème siècle, je ne me suis pas ennuyée une seconde. Koja est passionnant dans le fait de raconter l’histoire de sa famille. Il se met en scène, lui, son frère et sa sœur adoptive (dont les deux frères sont totalement amoureux)
Lors de la montée du nazisme, les frères font des choix qui vont changer leur vie : Hubert l’aîné devient SS, suivi par Koja. Ev, elle devient médecin.
Ce livre, époustouflant et très documenté, nous raconte l’époque de 1910 à 1970.
Koja a une vie très remplie où il sera espion (agent double ? Triple ?).
Les personnages et faits réels sont nombreux : notamment la fuite , (ou l’enlèvement de Otto John, qui a fait partie du groupe qui a essayé de tuer Hitler), à l’est, est un épisode passionnant.

Un pavé impressionnant et que j’ai eu du mal à poser le soir d’autant que je suis allée fréquemment me documenter sur les différents faits relatés en particulier celui sur l’amnistie des criminels de guerre, en 1968)

Un extrait

Je sortis docilement mon carnet de croquis de la poche de mon uniforme, pris un crayon et commençai par les yeux. Il faut toujours commencer par là : beaucoup de gens qui ne savent pas dessiner croient à tort qu’on peut commencer par les traits du visage ou par le nez, alors que c’est le début de la fin. Je dessinai des yeux de hyène, car Himmler avait un rire de hyène, un rire perçant qui s’arrêtait net. Il avait de minuscules dents, mais ces dernières allaient devoir attendre. Sous les yeux, je plaçai un groin, un beau groin de cochon, et sous le groin, une moustache, et sous la moustache, une gueule ouverte et toute tordue, comme un museau de vache, dont je fis sortir un peu de foin. Pas de menton pour Himmler, car il n’en avait pas, les oreilles devinrent celles d’un ouistiti, et pour finir, au moment de choisir la silhouette, après avoir hésité entre la carpe et l’hippopotame, je me décidai pour le bon vieux porc domestique, avec ses grosses bajoues. 

Challenge les feuilles allemandes chez Eva et Patrice et chez Livr’escapade

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Chez Antigone

Trudi la naine – Ursula Hegi

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Le personnage principal, la Trudi du titre, est née en 1915 près de Dusseldorf. Son père revient boiteux de la grande guerre.
Sa mère, à sa naissance, comprend immédiatement que Trudi n’est pas un bébé comme les autres. La mère, déjà fragile psychologiquement, ne se remettra pas de la différence de sa fille et alternera pendant quatre ans séjour en hôpital psychiatrique et séjour chez elle. Puis un jour Trudi nous raconte l’enterrement de sa mère. Trudi a quatre ans.
J’ai eu un peu de mal avec le début de ce livre car les pensées de Trudi sont trop structurées pour une enfant de quatre ans. Par contre à partir du moment où elle devient adolescente (Trudi rencontre pour la première fois une autre naine à 13 ans), j’ai commencé à la trouver passionnante dans l’analyse de ses sentiments, de ceux des autres également.
En parallèle de cette enfance, à la fois privilégiée car Trudi est très soutenue par son père, et très malheureuse car les autres enfants lui font voir les pires traitements, Trudi jeune fille va nous raconter la montée du nazisme puis le début de la guerre. C’est une femme qui nous racontera la fin de celle-ci.
Après Seul dans Berlin c’est le deuxième livre que je lis sur la guerre vue par des populations civiles allemandes.
Effrayant ce qu’a pu donner l’indifférence face à l’ascension d’Hitler.
Au fur et à mesure du roman je me suis attachée à Trudi, qui est à la fois touchante et exaspérante ; mais il lui faut bien survivre : Trudi parfois sans compassion mais aussi prête à aider Eva, son amie juive, ainsi qu’à cacher des inconnus dans sa cave, Trudi amoureuse, Trudi malheureuse, un personnage marquant !

Un extrait

Il fallait bien du courage aux rares personnes soucieuses de préserver le tissu de la vérité pour empêcher ses fibres de moisir sous la chape du silence et de la complicité que les gens, souvent avec les meilleures intentions du monde, posaient pour se protéger les uns des autres.

Challenge les feuilles allemandes chez Eva et Patrice et chez Livr’escapade

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Challenge Bac chez Enna (catégorie Prénom)

Face au vent – Jim Lynch

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Jim Lynch dans ce roman laisse la parole à Joshua. Celui ci a une trentaine d’années, son métier est réparateur de bateau à voiles.
Je suis tentée de dire que les personnages principaux sont des bateaux tellement leur place est importante dans l’histoire. Ce livre a donné dans ma vie très calme un bon coup de vent et d’embruns.
Joshua nous raconte sa vie actuelle dans une marina à une centaine de kilomètres dé Seattle, il nous raconte aussi surtout la vie de sa famille sur les 15 dernières années, depuis son adolescence.
Voici une famille à la fois très unie (et dysfonctionnelle ? comme le dit la quatrième de couverture) : il y a le grand père (toujours en forme à 90 ans), le père (menteur et tyrannique), la mère (scientifique, les pieds sur terre) et surtout Bernard le frère ainé de Josh, aventurier et loup de mer, et la lumineuse Ruby ….
Un livre à la fois drôle et émouvant sur une famille pour qui la mer et la voile ont une place immense…
Apres une douzaine d’années de séparation, les membres de cette famille vont se retrouver pour une régate mémorable…

Un extrait

Nous regardâmes le duel entre deux pubs attaquant respectivement Dole et Clinton, tandis que Bernard en rajoutait en se moquant des deux. Quand je demandai quelle était la différence entre les républicains et les démocrates, Grumps se moucha une narine après l’autre, puis replia soigneusement son mouchoir comme si c’était un trésor.
– Les démocrates font de la voile, répondit-il. Les républicains font du bateau à moteur.
– Clinton fait de la voile ? demandai-je, dubitatif.
Grumps hésita, il s’en remit finalement à Père, qui se coupait maintenant les ongles de pied.
– Non, dit-il, mais il s’y mettrait bien plus vite que Dole.
Ça se tenait, même si Clinton ne donnait pas l’impression qu’il serait très utile sur un voilier.
– Les républicains boivent du matin au soir et ils se contentent de transporter leurs rafiots puants d’une marina à l’autre, développa Grumps. Les démocrates, eux, ont la décence d’attendre d’avoir baissé les voiles et jeté l’ancre avant de se soûler.

Il nous faut de nouveaux noms – Noviolet Bulawayo

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Roman en deux parties :

La première se passe au Zimbabwe. Chérie a dix ans et vit entourée de ses amis Batard, Chopo, Dieusait, Sbho et Stina. La vie à travers les yeux de cette petite fille de dix ans est à la fois drôle et terrifiante. Les enfants vivent dans un bidonville et pour tromper leur faim se déplacent dans des banlieues « riches » pour y voler les goyaves des jardins. Chérie raconte en vrac son enfance : elle n’a pas toujours été dans ce bidonville, avant elle habitait dans une petite maison d’un quartier tranquille avec son papa et sa maman. Puis ils ont été chassés par les bulldozers, conduits par des hommes noirs. Les parents n’en revenaient pas : ils avaient réussi à de débarrasser des colons blancs des années auparavant et des noirs les expulsaient de chez eux. Pour nourrir sa famille le père est obligé de partir travailler en Afrique du sud. Les ONG interviennent pour apporter un peu d’aide à une population qui n’a le choix qu’entre la misère ou l’exil vers les pays voisins.
Chérie arrive cependant à garder l’espoir (magie de l’enfance et aussi espoir de partir aux USA chez sa tante qui a émigré (illégalement)

La deuxième partie nous montre une Chérie qui a réussi à émigrer (illégalement elle aussi aux États unis) . Commence alors le récit de son exil entre déracinement et fascination à l’égard des USA.

Il s’agit là d’un roman fascinant, vue par une enfant puis une adolescente, sur le déclin d’un pays jadis prospère et mené à la ruine par un dictateur et ses sbires.

Une lecture coup de poing !

Un extrait :

Regardez-les partir par milliers, les enfants de cette terre, regardez-les qui partent par milliers. Ils n’ont rien, ils passent les frontières. Ils ont des forces, ils passent les frontières. Ils ont de l’ambition, ils passent les frontières. Ils ont de l’espoir, ils passent les frontières. Ils ont de la peine, ils passent les frontières. Tous ils s’en vont, ils courent, ils émigrent, ils délaissent, ils désertent, ils marchent, ils quittent, ils filent, ils fuient – aux quatre coins, vers des pays proches ou lointains, des pays dont ils n’ont jamais entendu parler, des pays dont ils ne savent pas prononcer le nom. Ils partent par milliers.

Quand tout s’effondre, les enfants de cette terre se sauvent et se dispersent comme les oiseaux s’échappent d’un ciel incendié. Ils fuient leur pauvre terre pour que dans des terres étrangères leur faim soit apaisée, dans des terres inconnues leurs larmes séchées, dans des terres éloignées les plaies de leur désespoir pansées, dans l’obscurité de terres curieuses leurs prières meurtries marmonnées.

Livre lu dans le cadre du mois africain organisé par Jostein

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