Il se reluqua dans le reflet avant d’entrer dans l’estanco. Impec : limace et lingue en accord, costard Cerrutti qui tombait comme un songe, le soufflant invisible, l’Eustache bien calé dans la fouille, un lardeuss en alpaga sur les endosses. Il poussa la porte.
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Au fond, un ragoût sifflotait en se faisant les rechampis, là-bas près de la cabine du biglo. Dédé torchonnait ses godets avec un chiffon qui avait dû connaître la Commune.
Aussi crade que sa bâche, doit dormir avec pensa t-il, savait même pas si il y avait des gluants en dessous. Au zinc, une gerce martyrisait un baveux, juste pour tuer le temps.
Et c’est là qu’il la vit. Assise sur son tabouret, elle balançait son valseur comme si elle réglait la cadence du monde. Un chaloupé naturel, un métronome de tentation, un truc qui te raconte une vie rien qu’en oscillant.
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Il s’approcha. Trop près. Bien trop près. Et, comme un con, il laissa glisser la pogne au panier. Pas un geste brusque : la caresse du type qui croit encore que la vie lui doit quelque chose.
Elle tourna la tête. Et dans ses chasses, il lut tout : le mépris, la lassitude, et cette lueur glacée des mômes qui ont trop roulé leur bosse pour encore s’émouvoir.
Il comprit instantanément Il venait de se foutre dans un pétrin qui sentait la poudre et la poisse.
Parce que cette môme‑là, ce n’était pas une passante. C’était une des gagneuses de l’arsouilleur, un sec comme un coup de trique, qui tenait le ruban comme un général tient sa ligne de front. Et il n’allait pas rigoler en voyant un mec essayer de mettre sa travailleuse au bœuf mironton plutôt qu’affurer des clilles.
Mais ça, ce serait pour plus tard. Pour l’instant, il restait planté là, la main encore tiède, le palpitant en vrac, et cette certitude qui lui tombait dessus comme une enclume : il allait devenir dingue de cette môme. Il allait morfler.
. et l’ennui menace de se confondre avec la monotonie. La matinée s’effiloche, jusqu’à ce que le repas vienne rompre, un instant, le fil ténu de la démotivation.
Langueur assourdissante des jours sans éclat, où le jardin, immobile et ruisselant, implore pardon de n’être plus flamboyant. Les stores demeurent clos. Mon inconscient refuse d’imposer à ma conscience le spectacle d’un ciel gris, glissant, pollué, qui s’effrite en gouttes hésitantes.
Silence sans faille, qu’aucun avion ne déchire. Alors mes gènes anciens, nés des cavernes, me soufflent de rester dans la pénombre et de retourner au sommeil.
Pourtant, là-bas, en ville, tout est prêt. Noël est annoncé depuis des semaines. Alors il faut se grimer : grimer son sourire, grimer son masque, interdiction d’abriter des pensées moroses.
Et pourtant, si l’on regarde un peu, on nous parle de guerre, d’épidémies, de livrets de survie… Pantomime ridicule. Rome est en flammes, Commode jubile, Néron pince les cordes de sa lyre.
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Alors gardons ce qu’il y a de meilleur en nous, comme ces soldats dans leurs tranchées qui surent, un instant, retrouver ce qui devrait vivre en chacun de nous.
Retrouvons la fraternité joyeuse. Retrouvons la chaleur simple.
Il y avait ce jour-là, dans le recoin sombre du placard de la cuisine, le vieux poste de radio. La voix de Pierre Bellemare s’en échappait, chaude, persuasive, comme une présence familière. Elle parlait d’enfants lointains, d’Asie, de ventres creux, de bols de riz qui manquaient. Cinq francs suffiraient, disait-il, pour que la solidarité traverse les océans.
Ma sœur et moi, nous avons écouté sans rien dire. Nos parents, eux, fronçaient les sourcils, méfiants, comme toujours. Mais nous, nous avions déjà serré dans nos poches les quelques pièces gagnées à force de « Bonne année mémère » et de « Bonne santé pépère », lancés à des grands-parents dont le cœur s’était fermé depuis longtemps, comme une porte dont on a jeté la clé.
Le soir, nous avons pris le chemin de la mairie. La rue était humide, les lampadaires jetaient des halos jaunes sur les pavés. Nous marchions comme deux petits soldats, fiers, convaincus que nos sous deviendraient des grains de riz blancs, fumants, qui apaiseraient la faim d’un enfant inconnu.
Quelques semaines plus tard, la nouvelle est tombée. Le riz était resté dans un cargo, à quai, jamais débarqué. Les sacs s’étaient gâtés, pourris dans l’attente. Nos pièces, nos élans, s’étaient dissous dans l’humidité d’un port lointain.
Alors, nous avons compris. La générosité ne suffit pas toujours à changer le monde. Et pourtant, ce geste, cette marche vers la mairie, reste en nous comme une trace obstinée : celle de l’innocence, de la foi naïve, et de la tendresse qui refuse de mourir.
Aujourd’hui encore, comme des gamins devant l’illusionniste, il nous plaît d’y croire. Mais si je regarde mieux… je n’y crois plus.
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Le monde s’est perdu, quelque part
entre les sacs de riz pourris et les illusions qui s’effritent.
Il y a eu de quoi faire mais le résultat en vaut la peine.
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La taille en nuages du juniperus prend du temps. Ils ont aussi taillé certains rosiers en plus des haies et divers arbustes, ainsi que les branches hautes d’un grand pommier (victime de la moniliose, malheureusement).
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Ils ont étalé le vieux compost au potager et transféré le nouveau à la place du vieux.
Ensuite, ils ont bêché tout le potager après y avoir mis de l’engrais.
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Ils ont planté les groseilliers et cassissiers que nous avions commandés dans une pépinières et intercalé des dalles en plastique « clipsables » pour faire des passages.
Ils avaient récupéré certains groseilliers à leur ancien emplacement qui était en plein cagnard cet été, les autres ayant crevé et n’étant plus viables.
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Ils ont porté en serre les gros pots.
Ils ont planté dans des grands pots des érables qui végétaient en pleine terre en espérant qu’ils redémarrent à grand renfort de terreau et d’un peu d’engrais.
Ils ont descendu les grandes plaques de polycarbonates destinées à couvrir le bassin lors de possibles fortes gelées.
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Je n’ai pas pris toutes les photos mais en plus ils ont:
déplacé des hortensias à un meilleur emplacement
planté un cerisier du Japon à le place d’un ancien que nous leur avons donné car ce dernier faisait les feuilles en même temps que les fleurs (mauvais achat) alors que nous en voulions un qui fleurisse sur le bois nu.
ratissé les feuilles mortes sur le toit de la serre et nettoyé les gouttières
et à la fin, nettoyé soigneusement les allées…
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Quand je pense qu’avant, on faisait tout ça tous les deux...
Que nous reste t-il à faire?
Nous trouverons bien...
Déjà, on attend une livraison du sable et des gravillons pour les allées,
Nous fûmes ce que vous êtes, vous serez ce que nous sommes.
Ainsi va la vie mais vous ne le savez pas encore.
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« Ok boomer « , dites-vous, avec ce petit sourire condescendant.
Mais savez-vous seulement ce que cela signifie ?
Vous nous accusez d’avoir été des nantis, comme si nous avions grandi dans l’abondance et la facilité. Quelle ironie ! Nous avons travaillé plus de quarante heures par semaine, parfois bien davantage, sans jamais compter nos heures. Nous avons connu des maisons sans salle de bain, sans toilettes à l’intérieur, sans télévision, sans internet, sans portable. Bref, nous avons grandi dans un monde où le confort moderne n’existait pas encore, et où l’on se contentait de peu.
Vous nous regardez aujourd’hui comme des privilégiés, mais nos privilèges, nous les avons gagnés à la sueur de notre front. Nous avons bâti pierre après pierre, payé chaque progrès par des sacrifices. Vous, qui êtes nés avec un écran dans la main, vous croyez que tout vous est dû. Vous vous moquez de nous, mais vous ignorez que vos vies connectées reposent sur nos efforts déconnectés.
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Alors riez, lancez vos OK boomer comme des flèches. Nous, nous savons que ces mots ne sont que l’écho de votre ignorance. Car un jour, vous découvrirez que la vraie richesse n’est pas d’avoir tout, mais d’avoir appris à vivre avec presque rien. Et ce jour-là, vous comprendrez que les soi-disant “nantis” étaient simplement des survivants.
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Avec une autre orthographe, mais c’est loin l’école :