dimanche 4 janvier 2026

Ces ogres qui nous gouvernent – Chronique du 5 janvier

Bonjour-bonjour

 

Rappelez-vous : au début de l’invasion de l’Ukraine par Vladimir Poutine, on avait dit « Attention ! Quand il en aura fini avec les ukrainiens alors ce sera le tour des pays Baltes – et puis de la Transnistrie ; quant aux polonais, ils ont intérêt à bien garder leur frontière. »

 

Oui – on avait dit ça, et puis aujourd’hui on se contenterait d’une paix avec annexion du Donbass, sous réserve d’une force de sécurité à la frontière…

Voui-voui… Mais écoutez un peu Donald Trump qui aujourd’hui s’enorgueilli d’avoir pris le contrôle du Venezuela. Il clame que le régime de Cuba n’a que trop duré ; et puis que décidemment le Groenland doit être rattaché à l’Amérique : c’est une question de sécurité nationale.

Ce parallèle entre la Russie de Poutine et l’Amérique de Trump doit nous éclairer : nous sommes gouvernés par des ogres qui, une fois qu’ils ont gouté du sang ne peuvent plus s'arrêter.

 

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L’Ogre du petit Poucet

 

Déjà Montesquieu le relevait : « C’est une expérience éternelle que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser. » : pourquoi s’en étonner ? Ce qui devrait nous surprendre c’est bien qu’on oublie une telle chose.

Toutefois, le droit international et les conventions qui en ont découlé depuis 1945 ont entretenu l’illusion qu’il était possible de s’en remettre à l’autorité de l’ONU, qui, sans violence et avec la seule autorité que lui confèrent les nations regroupées sous sa charte, pouvait obtenir le règlement pacifique des différends entre les pays.

 

- C’est que, dans le même temps on oublié la sentence de Hobbes : « Pactes sans sabres, ne sont que palabres » (Léviathan, II, XVII)

samedi 3 janvier 2026

Après la doctrine Monroe, voici la doctrine « Donroe » - Chronique du 4 janvier

Bonjour-bonjour

 

On s’était demandé à quoi pouvaient servir les forces navales formidables concentrées par les Etats-Unis au large du Venezuela :

 

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Hier, l’attaque sur Caracas a répondu à cette question. Mais nous avons en outre eu un complément d’information : la prise de contrôle de ce pays par les Etats-Unis devait être mise en perspective avec la doctrine Monroe (du nom du 5ème Président des Etats-Unis) qui, rejetant l’ingérence des nations lointaines, affirmait le leadership des États-Unis sur l’hémisphère occidental. 

Le Président Trump a souligné son intention d’actualiser cette doctrine en la complétant par le « corollaire Trump ». Il s’agit de la « doctrine Donroe » du nom de l’actuel Président : « C’est le peuple américain et non les nations étrangères ou les institutions mondialistes, qui contrôlera toujours son propre destin dans notre hémisphère. ». On devine que pour en arriver là, les américains devront dominer également le monde.

Nous voici rassurés : depuis la fin de la guerre froide, l’histoire mondiale avait perdu son axe. Certes la Chine est venue nous dire que le monde allait passer sous sa domination, mais on manquait alors d’un second pôle pour donner à l’Historie sa véritable signification. C’est désormais chose faite : l’Histoire du siècle à venir sera celle de la lutte des Etats-Unis d’Amérique contre l’Empire chinois pour asservir et exploiter le monde.

On peut alors insérer cette prévision dans la continuité du passé : l’histoire de l’humanité est et restera celle de « l’exploitation de l’homme par l’homme ».

Vous, je ne sais pas, mais moi, ça me rappelle quelque chose…

vendredi 2 janvier 2026

À Crans -Montana on s’est souhaité la bonne année 1h30 avant de périr dans l’incendie – Chronique du 3 janvier

Bonjour-bonjour

 

Je viens de réaliser quelque chose de glaçant : les victimes de l’incendie du bar de Crans-Montana sont mortes à 1h30 du matin – soit justement 1h30 après s’être souhaité la bonne année.


Autant dire que l’inutilité de ces vœux est tragiquement manifeste – et pourtant cela n’empêchera pas cet usage de persister.

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On dira que, justement, ce n’est qu’un usage, que personne ne pense vraiment que ces souhaits vont se réaliser simplement parce qu’on les a prononcés : les vœux renvoient à une forme de politesse sans autre conséquence que de montrer qu’on se plie à la bienséance.

Certes, mais quand même : il doit bien exister une catégorie de vœux sincères par les quels on mobilise toutes ses forces. Et il y a sans doute des gens qui sont morts à Crans-Montana alors qu’ils venaient de recevoir de tels souhaits. Cela suffira-t-il pour qu’on renonce à manifester son désir de voir réalisés de tels objectifs ? Sûrement pas : on aura vite oublié l’inanité des vœux de bonne année, quand bien même ils auraient été comme ici démentis par une catastrophe soudaine juste après avoir été énoncés. 

C’est que les vœux, tout comme les prières relèvent d’une catégorie mentale très spéciale : le désir. C’est Kant qui attire notre attention là-dessus : le désir, dit-il est le « pouvoir d'être par ses représentations cause de la réalité des objets de ces représentations /…/, parce qu’avec le désir « il existe un rapport causal des représentations à leurs objets » (Critique de la faculté de juger, Introduction III). 

--> Autrement dit lorsque nous désirons (et on peut croire que des vœux sincères sont la manifestation d’un désir véritable) nous sommes persuadés que notre désir va s’accomplir simplement parce que nous désirons très fort.

--> Simultanément, l’échec du désir n’entraine nullement la prise de conscience de son inanité. Bien sûr une telle déception peut abattre notre foi en sa réalisation. Mais qu’un désir nouveau renaisse, et voilà la machine à illusion qui redémarre.

Mais, comme le fait observer Kant, une telle illusion est bénéfique pour l’homme : sans elle nous ne réaliserions rien sans la certitude de réussir – autant dire jamais.

jeudi 1 janvier 2026

Enfin, une bonne nouvelle ! – Chronique du 2 janvier

Bonjour-bonjour

 

Ce matin à peine réveillé, je tombe sur cette info : « Après deux années marquées par la crainte d’un déficit électrique, notamment en hiver, le Bilan prévisionnel 2025 présenté par le gestionnaire du réseau RTE montre un net renversement de situation. La France entre dans une phase de surcapacité de production qui pourrait se prolonger jusqu’en 2028. »

- Pour l'article cité il ne faut pas dire qu'on produit trop d'électricité, mais qu'on n'en consomme pas assez - et même que "c'est un gros problème."

Ces rabat-joie m'exaspèrent. Car voilà un cas de surabondance qui me rappelle les années bénies des 30 Glorieuses, quand on pouvait oublier d’éteindre en sortant de la salle de bain, après s’être lavé les dents sans fermer le robinet !

 

- OK, Boomer : la ramène par trop avec tes radotages de vieux soixante-huitard…

- Bon, ça va – Mais quand même : c’est l’occasion de le rappeler : on est riche quand il nous reste un peu d’argent au fond de la poche après avoir fait nos courses. Mieux même : quand on fait ses achats sans avoir besoin de regarder les prix, c’est qu’on est dans l’abondance.

 

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Depuis une lointaine antiquité, la sagesse s’est définie comme une maitrise des désirs. Descartes considérait encore cette faculté comme une maxime de sa morale provisionnelle : « Ma troisième maxime était de tâcher toujours plutôt à me vaincre que la fortune et à changer mes désirs que l’ordre du monde » (Discours de la méthode - 3ème partie)

- Réciproquement, quand « l’ordre du monde » ne m’interpelle pas, pourquoi se priver ?


mardi 30 décembre 2025

31 décembre : l’heure des bilans – Chronique du 31 décembre

Bonjour-bonjour

 

Un marronnier (1) incontournable : les bilans de fin d’année.

Occasion de s’interroger sur cette notion de bilan : sont-ils pertinents ? Comment les faire ? Et puis quand faut-il en faire ?

- Le bilan est défini comme l’inventaire de la situation financière, établi à un moment donné et dressant un état de l'actif et du passif – (CNRTL

On considère que la durée d’un an est juste adaptée à la possibilité de faire un inventaire.

Il n’est pas pour autant toujours pertinent d’en faire que ce soit fin décembre ou ailleurs.

- Pour qu’un bilan soit pertinent, il faut qu’il prenne en considération une réalisation entière, avec un début et une fin. Pas sûr que l’année écoulée soit la bonne période et la bonne durée pour cela. Non seulement il faut que cette réalisation soit calée entre le 1er janvier et le 31 décembre ; mais il faut aussi que ce « quelque chose » y figure en entier avec son début et sa fin. Sinon on introduit une interprétation illusoire, comme de croire qu’une réalisation soit achevée justement parce qu'on arrive au 31 décembre.

- Enfin – et surtout – faut-il faire des bilans ? Faire un bilan, cela consiste à dire : « Ma vie, c’est comme un collier de perles. Chaque année une perle de plus : le bilan consiste à savoir si elle est grosse ou petite ; si sa brillance est remarquable ou non. »

Est-ce vrai ? Mes actions sont-elles porteuses d’une réalité qui va s’inscrire dans le grand livre du passé ? Ne sont-elles pas plutôt de la poussière qui se disperse à peine expulsée ? Et puis, à supposer que cela existe, est-ce important de s’y intéresser ? 

Par exemple, ces textes que je livre au Net chaque jour : est-ce intéressant de les évaluer ? Ne faut-il pas plutôt se tourner vers ceux qui n’existent pas encore et qui frappent à la porte qui ouvre sur le futur ?

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(1) "Marronnier" – En journalisme, un marronnier est un court article qui évoque un sujet qui revient chaque année, ou presque : la rentrée scolaire, les courses de rentrée, Paris bloqué par la neige...Henriette Walter explique : "La légende raconte que c'était un arbre qui était planté dans les Tuileries, et qui, tous les ans, fleurissait exactement au premier jour du printemps. Et chaque année on en parlait. Et c'est devenu le marronnier : un sujet léger dont on reparle chaque année... (Lu ici)

lundi 29 décembre 2025

L’amour en pièce – Chronique du 30 décembre

Bonjour-bonjour

 

Le décès de Brigitte Bardot a été l’occasion d’extraire de sa filmographie cette séquence devenue « culte » (avec jeu de mot) du dialogue Bardot-Piccoli qui ouvre le film Le mépris de Jean-Luc Godard.

 

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On y voit l’actrice entièrement nue dialoguer avec son amant :

« - Tu vois mes pieds dans la glace ? .....Oui

- Tu les trouves jolis ? - Oui, très !

- Et mes chevilles, tu les aimes ? - Oui .....

- Tu les aimes mes genoux aussi ?

- Oui, j’aime beaucoup tes genoux

- Et mes cuisses ? - Aussi !

- Tu vois mon derrière dans la glace ? - Oui

- Tu les trouves jolies mes fesses ? - Oui, très ! -

- Je me mets à genoux ? - Non, ça va ..

- Et mes seins tu les aimes ? - Oui, énormément !

- Doucement, pas si fort ! - Pardon ! -

- Qu’est-ce que tu préfères mes seins ou la pointe de mes seins - Je sais pas ; c’est pareil

- Et mes épaules tu les aimes ? - Oui - Je trouve qu’elles sont pas assez rondes - Et mes bras ? Et mon visage ? - Aussi ! 

- Tout ? Ma bouche, mes yeux, mon nez, mes oreilles ? - Oui, tout !

- Donc tu m’aimes totalement

- Oui, je t’aime totalement, tendrement, tragiquement

- Moi aussi Paul ! »

 

- Lors de la sortie du film cette séquence nous intéressait beaucoup. Non seulement par l’ironie de Godard qui, contraint par le producteur de tourner une séquence où Bardot serait dénudée, a fait « ça » (du genre : « Vous la voulez à poil ? Eh bien vous aurez ça : dém**dez-vous pour interpréter ! »). Mais aussi parce qu’à l’époque nous étions férus de psychanalyse lacanienne qui développait la théorie du corps morcelé. 

Selon cette théorie, « le corps est comparable à un « amas de pièces détachées – le phallus en étant l’exemple le plus éminent : derrière le corps objectivé, existe originellement le corps subjectivé, dont le morcellement par la jouissance est pour chacun toujours singulier. » (Lire ici)

Ainsi le corps dans son entièreté est second par rapport au corps érotisé fait de fragments réunis par le désir. Bardot a raison de chercher le détail du désir de son amant, car ce qu’elle est n’est que la somme de ces jouissances espérées.

Rappelons-nous cette délicieuse répartie de Chloé dans l’écume des jours de Boris Vian : « Je t’ai déjà dit que je t’aimais bien, en gros et en détail. – Alors, détaille, murmura Chloé, en se laissant aller dans les bras de Colin, câline comme couleuvre. »