Débarquer…

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Après le ferry aux odeurs de rouille et de peinture après la descente dans le petit matin éblouissant après la traversée du village encore engourdi me voilà dans la campagne brune et moutonneuse poussant la bagnole dans le silence bleu fenêtres grandes ouvertes aux insectes perdus avec la crainte enfantine de voir un oiseau pénétrer dans l’habitacle et fouetter le plafond de ses ailes  
Le moteur frémit la route est déserte abandonnée aux parfums des herbes sauvages  
Des chênes-lièges écorchés semblent se lever dans la lumière j’ai à peine le temps de les voir qu’ils ont disparu et ce sont des rochers rouges et ce sont des terres cramées jusqu’à l’os et ce sont des brebis immaculées qui me regardent passer  
Je rejoins l’origine du monde je roule vers le chaos tranquille et apaisé je fonce vers le désordre du paysage et l’ordre de l’esprit et tandis que je me gave de phraséologie survient une théorie de maisons colorées sur la crête d’une colline si haute qu’elle ressemble à une montagne  
Si je le pouvais je roulerais en aveugle  sans plus penser à quoi que ce soit bercé par le ronron du moteur et cette sorte de sommeil qui s’empare de nous dès qu’on ferme les paupières.

3 commentaires

  1. Du Pittau des origines….du moins telle que j'ai découvert sa poésie! Le retour au pays se fait dans une confusion de sensations qui emportent le voyageur dans un torrent d'émotions et de pensées. Il ne cherche pas à en démêler l’entrelacs, simplement à goûter l'instant. Il aimerait rouler à l'aveugle pour mieux se laisser absorber le paysage, s'y fondre. Les sonorités sont fortes avec des R qui roulent. Elles sont comme de grands coups de pinceaux qui submergent les mots et font voir l’âcreté du paysage ….Merci, Maître Pittau,j'ai pris plaisir à voir par les yeux de vos constructions poétiques, jetées sur le web…. Cézanne, Van Gogh auraient été de vos amis

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