Curieusement cette idée de lecture m’a été soufflée dans un podcast dont le sujet principal n’est pas la lecture : c’est Génération Do It Yourself, animé par Mathieu Stefani, qui parle d’entrepreneuriat, de start-up et plus généralement de ce qu’on nomme le business. Bref Jean Giono dans un podcast business, c’est pas courant. Car je connaissais Jean Giono via des lectures faites au lycée et c’est pour moi avant tout un auteur de la Provence. De quoi exciter ma curiosité donc !
Ce livre est très court, c’est une nouvelle. Et c’est original, cette nouvelle a été d’abord publiée en anglais avant d’être traduite en français et par la suite dans de nombreuses langues, tant le sujet en est universel.
De quoi ça parle ?
Au début du XXe siècle, un narrateur fait la rencontre au hasard d’un périple en Haute-Provence (une randonnée dirait-on aujourd’hui) d’un berger taciturne nommé Elzéard Bouffier qui vit loin de tout avec son troupeau sur des hauteurs sèches et désertiques. Le narrateur qui manque d’eau est heureux de trouver cet homme qui lui propose de rester un peu avec lui. Le narrateur découvre qu’Elzéard plante des arbres au gré de ses déambulations avec son troupeau. Chaque jour, il plante des dizaines de glands et il prend soin des jeunes pousses quand elles ont la chance de se développer. Le narrateur repasse quelques années plus tard pour découvrir que les efforts d’Elzéard ont porté leurs fruits puisque les montagnes jadis désertiques sont maintenant couvertes de forêts et que l’eau auparavant rare a désormais resurgi. Le narrateur rend visite au berger à plusieurs reprises à quelques années d’intervalle et constate qu’Elzéard a poursuivi son œuvre de plantation et que ses actions, minimes au quotidien, ont provoqué des décennies plus tard des changements importants dans le paysage et la dynamique de la nature.
Que retenir de cette lecture de L’homme qui plantait des arbres de Jean Giono ? Il y a plusieurs messages dans cette nouvelle. Le premier que je retiens est un plaidoyer pour la capacité individuelle à apporter des changements, pour peu qu’on soit opiniâtre. Certains diront motivé ou discipliné, voire obsédé. Quoiqu’il en soit, le cumul des petites habitudes quotidiennes provoque des résultats impressionnants. Le second message est le formidable message environnemental. C’est du développement durable avant que le terme lui-même n’existe, car la nouvelle a été publiée pour la première fois en 1953. A travers l’homme qui plantait des arbres, Jean Giono veut faire passer le message que l’Homme peut agir pour préserver, et même développer, la nature autour de lui. Par ses actions, Elzéard Bouffier déclenche un cercle vertueux, les glands qu’il plante se transforment en arbres, les graines se propagent, la flore se développe, de même que la faune. Les sources autrefois taries réapparaissent. Le paysage est modifié de manière durable et positive.
Alors oui, on peut trouver ce message simpliste, pas réaliste (encore que c’est selon Jean Giono inspiré d’une véritable rencontre qu’il a faite). Mais il faudrait être sacrément blasé pour être si difficile. J’ai pris beaucoup de plaisir à cette lecture brève et je l’ai terminée avec plus d’énergie que je n’en avais avant de commencer à la lire.
Et pour boucler la boucle avec le business dont je parlais au début de ce texte, je fais le lien entre les actions du berger de Jean Giono avec un livre de développement personnel intitulé Atomic habits de James Clear (Un rien peut tout changer en français). La thèse développée par James Clear : les petits actions du quotidien se cumulent pour donner de grands effets. En résumé : micro actions, méga impact ! Voilà la modernité du propos de Jean Giono. Être constant chaque jour apporte de grands résultats.

