Les évaporés, Thomas B. Reverdy

Ce roman de Thomas B. Reverdy a remporté le prix Joseph Kessel en 2014. Ce prix littéraire récompense une œuvre littéraire dans l’esprit du célèbre romancier, journaliste et aventurier. Il peut s’agir d’un récit de voyage, une biographie ou un récit documentaire. Pas facile de classer les évaporés dans une catégorie précise car ce roman mêle enquête, documentation et récit d’un voyage au Japon.

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Yukiko est une jeune femme japonaise qui vit en Californie depuis une quinzaine d’année. Elle apprend que son père a subitement disparu et rentre précipitamment au Japon pour essayer de le retrouver. Elle embarque avec elle son ancien amant, toujours amoureux d’elle, un détective privé un peu raté nommé Richard B. Ce Richard B. est largement inspiré de l’auteur américain Richard Brautigan. On apprend dès le début du roman que le père de Yukiko, qui s’appelle Kaze, a choisi de disparaître pour protéger sa famille. On croisera aussi dans les évaporés un autre genre de disparu en la personne d’Akainu, un adolescent de 14 ans qui a perdu sa famille lors du tsunami dévastateur du 11 mars 2011.

Chaque chapitre des évaporés relate des moments vécus par chacun de ses personnages. L’organisation de sa propre disparition par Kaze et la manière dont il essaie de survivre, l’enquête de Richard B. et son mal-être amoureux alors qu’il est très proche de Yukiko, le point de vue de l’orphelin Akainu et le regard de Yukiko qui retrouve un Japon quitté quelques années plus tôt.

Pourquoi lire les évaporés ? Deux raisons principales. La première est la plongée dans le Japon et sa culture si particulière bien évidemment vue par un narrateur américain mais aussi et surtout dans le Japon post-tsunami et post-Fukushima. Thomas B. Reverdy m’a rappelé ce triste moment de crise pour la société japonaise et le traumatisme qu’il a représenté pour de nombreuses personnes. Il distille habilement une critique de la politique japonaise et laisse entrevoir une influence du crime organisé, les yakuzas. La deuxième raison pour laquelle je vous invite à lire les évaporés est ce clin d’œil appuyé à l’auteur américain Richard Brautigan. J’ai déjà eu l’occasion d’évoquer ce romancier et poète à l’occasion de la lecture de ses livres Tokyo-Montana Express et Retombées de sombrero mais aussi quand j’ai relaté ma lecture du très bon Mayonnaise de l’auteur québécois Eric Plamondon qui a lui aussi été inspiré par Brautigan. J’ai retrouvé avec plaisir le côté mélancolique, anecdotique et profond de Brautigan sous la plume de Thomas B. Reverdy. Un bel hommage émaillé de quelques citations qui trouvent naturellement leur place dans le récit de ce beau voyage au Japon.