A nouveau de la science-fiction après Silo et toujours dans la verticalité.
Dans Silo, nous suivions une humanité post apocalyptique qui vit dans des silos enterrés. Dans les monades urbaines, Adam Silverberg propose une version toute aussi verticale de l’habitat futuriste mais hors sol : les êtres humains vivent dans des tours, des gratte-ciels dont ils ne sortent quasiment jamais.
Nous sommes en 2381 et la Terre compte 75 milliards d’habitants (à l’heure d’écrire ces lignes fin 2025, nous serions 8,2 milliards). La surpopulation n’est plus un sujet car les humains vivent dans des tours, des “monades”, de 3000 mètres de haut. La concentration de la population dans ces habitats permet de libérer la majeure partie du sol pour l’agriculture. Une minorité d’humains travaillent dans les champs pour nourrir le reste de l’humanité.
Les monades urbaines comptent 7 nouvelles distinctes, elles ont été écrites au départ pour une publication sous forme de feuilleton. On retrouve à plusieurs reprises des personnages d’une nouvelle à l’autre, parfois comme personnage principal, parfois comme personnage secondaire ou simplement figurant. Bien que distinctes et se suffisant à elles-mêmes, ces « épisodes » constituent un tout qui permet de comprendre le fonctionnement de cette société futuriste si particulière.
Tout d’abord, la hiérarchie très forte de la société se traduit dans l’occupation des monades : les classes dirigeants vivent dans les étages supérieurs quand les classes laborieuses occupent les étages inférieurs. Chacune des tours compte 1000 étages répartis en différentes cités de plusieurs étages, chacune ayant le nom d’une grande ville de l’ancien monde. Les ambitieux luttent pour monter l’échelle sociale. Mais toute la question est de savoir si atteindre les classes supérieures procure véritablement un sentiment d’accomplissement, voire le bonheur ?
Une des particularités de la société futuriste décrite par Robert Silverberg est la grande liberté sexuelle qui y règne. Les hommes ont pour coutume de quitter leur domicile la nuit pour des promenades sexuelles dans les appartements voisins, voire dans les étages supérieurs ou inférieurs pour ceux qui ont envie de vivre une expérience avec des femmes d’un autre milieu social. Cela donne l’impression d’une société libérale et ouverte. Mais ce n’est pas si simple. Pour les femmes, impossible de refuser une relation sexuelle, quel que soit le partenaire. C’est même considéré comme un honneur d’être « visité ». De même, un homme qui resterait monogame est vu d’un oeil suspect. Loin d’être purement récréative, à la manière d’un échangisme socialement encouragé, la sexualité dans les monades urbaines a pour fin la reproduction. Les familles nombreuses sont encouragées, et ce dès que les habitants sont en âge de se reproduire. Il est donc courant qu’un couple dans la jeune vingtaine ait déjà plusieurs enfants. Etre un couple infertile dans ce contexte pose des problèmes collectifs et individuels. Par exemple, si vous n’avez pas d’enfants, vous devez laisser votre logement à une famille qui compte des enfants.
Outre une sexualité libre en apparence, la société imaginée par Robert Silverberg possède d’autres aspects allant vers une liberté apparente. Ainsi, les drogues sont accessibles facilement et leur usage est toléré. La musique psychédélique est grandiose et multi-sensations. On sent l’influence de l’époque à laquelle Robert Silverberg a écrit ces récits : 1971, une époque où la révolution sexuelle et les drogues se sont davantages généralisées dans la société américaine (et occidentale). Mais tout n’est pas si rose car même si les normes changent, le contrôle social dans les monades est très fort. Et malheur aux individus qui ne sont pas adaptés. Ils sont décrits comme étant des anomos, des déviants, dont le comportement différent est jugé individualiste et asocial. Leur punition ? Etre précipité dans une chute qui les conduit dans la chaudière de la monade. C’est ainsi qu’on se débarrasse de ceux qui ne sont pas adaptés. Ni procès, ni clémence, une dénonciation suffit pour être puni. Par exemple, il suffit de vouloir explorer les terres à l’extérieur de la monade pour être considéré comme déviant. En effet, qui voudrait quitter une société aussi formidable ?
Vous l’aurez compris, j’ai beaucoup aimé découvrir l’univers des monades urbaines et la critique de la société qu’elle propose à travers ses différents récits.
