J’avais ce titre de Comac McCarthy dans ma ligne de mire depuis plus de 15 ans. Je me souviens du retentissement que La route avait eu à sa sortie, il avait en particulier remporté le prestigieux prix Pulitzer. Le prix Pulitzer est surtout connu pour être un prix qui récompense les journalistes mais il compte aussi une catégorie dédiée à la fiction. C’est dans ce cadre qu’il a été attribué en 2007 à Cormac McCarthy pour La route. Si vous voulez vous repasser la liste des lauréats du prix Pulitzer catégorie fiction, vous la retrouverez sur Wikipedia. A noter que parmi les récipiendaires, j’ai déjà lu, aimé et chroniqué ici le Chardonneret de Donna Tartt, récompensé en 2014.
Retour à la route de Cormac McCarthy. Ce roman américain comporte deux personnages principaux : un père et son fils. Ni l’un ni l’autre n’ont de noms. Le père est souvent désigné sous le terme de l’Homme et son fils, le petit. Le duo suit une route dans un monde post-apocalyptique. Un cataclysme semble avoir eu lieu plusieurs mois ou plusieurs années auparavant. On ne connaît pas la nature de cette catastrophe mais la vie a été beaucoup détruite. Les villages sur la route sont à l’abandon, il n’y a plus d’agriculture et la faune a pour ainsi dire disparu. La terre est recouverte de cendres et le soleil est masqué. Comment ce père et son fils se sont-ils retrouvés sur la route ? On n’en connaîtra pas la raison. On apprend tout juste que la mère n’est plus avec eux. On comprend qu’elle a fait un autre choix.
La route est un roman sur la survie. Poussant leur caddie qui contient l’essentiel pour vivre (couvertures, eau, nourriture prise dans les habitations vides…), le père et son fils essaient d’atteindre le littoral. Leur objectif est de rejoindre la côte et son climat apparemment plus doux. Leur horizon n’est que de quelques jours, voire de quelques heures quand leurs réserves s’amenuisent dangereusement ou que leurs chaussures ne protègent plus leurs pieds de l’humidité, de la chaleur ou de la neige. Leur enjeu est de trouver de la nourriture tout en avançant à travers les éléments. Et danger supplémentaire, d’autres personnes errent sur les routes et n’hésitent pas à détrousser et tuer les individus qu’ils rencontrent. Le père et le fils sont parfois mieux lotis que les personnes qu’ils rencontrent. Dans ce cas, doivent-ils les éviter pour se protéger ou faire preuve d’humanité en les aidant et en partageant leurs maigres ressources, quitte à risquer le guet-apens ?
Tout cela donne une ambiance oppressante au roman. Je me suis retrouvé dans une lecture qui ne m’a pas laissé indifférent. J’ai suivi le duo père fils à chaque étape de leur périple, et je pense que c’est l’écriture de Cormac McCarthy, mais j’étais avec eux, ressentant leur peur et la palette des émotions qu’ils vivent. La route est un récit angoissant, le danger pouvant apparaître à chaque virage ou dans chaque maison abandonnée qu’ils se risquent à explorer. La peur est toujours là. Mais la route, c’est aussi l’histoire d’une relation père-fils, même des relations père-fils en général. Face aux dangers, la figure paternelle oscille entre d’un côté rassurer et préserver son enfant, et d’un autre côté le préparer aux difficultés de la vie. Quel exemple le père veut-il laisser à son fils ? Quel héritage sera le sien ? Et forcément, accompagner son enfant, l’éduquer, c’est aussi se préparer à sa propre finitude et préparer son enfant à celle-ci. Certains passages sont à ce titre très émouvants.

