Le présent ouvrage s’appuie sur des sources anglophones jusqu’ici peu connues en Allemagne et en France pour présenter la diversité et le caractère radical de la contestation. En outre, des articles tirés des tout premiers numéros de la revue Graswurzelrevolution datant de 1972 y sont à nouveau accessibles.
Les conflits militaires au Vietnam ont commencé comme une lutte contre la puissance coloniale française répressive. Plus tard, sous le régime autoritaire de Thieu au Sud-Vietnam, environ 200 000 personnes ont été emprisonnées. Les moines bouddhistes ont été particulièrement touchés. En 1974, Graswurzelrevolution a rendu compte de la solidarité dont ils ont fait l’objet en RFA et aux États-Unis.
Le mouvement de masse de la société civile contre la guerre était si largement ancré aux États-Unis que 16 millions de conscrits se sont soustraits à leur recrutement. Beaucoup ont disparu « discrètement » à l’étranger, par exemple au Canada. D’autres ont renvoyé leur avis de conscription ou brûlé leur livret militaire, ce qui leur a valu des poursuites judiciaires. Dans l’action des prêtres catholiques Philip et Daniel Berrigan, qui se sont présentés devant un bureau de conscription et de recrutement, plusieurs centaines de dossiers ont été brûlé au napalm fabriqué artisanalement. Dans certaines villes, les bureaux de recrutement et les dossiers correspondants ont été endommagés. Fin 1972, le mouvement a remporté un succès partiel avec l’abolition du service militaire obligatoire.
Le livre rend également compte de nombreux cas de refus d’obéissance et d’actes de sabotage au sein de l’armée. Il existait plus de 300 journaux clandestins. À proximité des bases militaires aux États-Unis, ainsi qu’à Berlin et Francfort, des civils ont fondé des « GI-coffee-houses », où l’on pouvait discuter avec les soldats loin du commerce et où la dissidence était encouragée. Un article du numéro 0 de Graswurzelrevolution, qui traitait des pirates de la paix, est également intéressant. En 1972, dans le port de Philadelphie, des canoës, des bateaux à moteur et même des marins ont empêché un navire de munitions de prendre la mer vers le Vietnam. Il est également question de « barrages populaires » sur les trains, les transports militaires routières et les accès aux bases aériennes.
Un chapitre entier est consacré aux effets dévastateurs des différentes armes, bombes, projectiles et mines au Vietnam.
L’éditeur Lou Marin souligne que le mouvement féministe a joué un rôle important dans le mouvement anti-guerre et « s’est opposé à la romantisation des actions violentes tant pendant la guerre qu’au sein du mouvement anti-guerre, comme c’était souvent le cas chez les manifestants masculins ». Il cite de nombreuses sources qui rapportent les critiques des mères noires et des communautés noires concernant le coût immense de la guerre et l’appauvrissement simultané et l’exploitation dans le pays. En effet, une grande partie des GI étaient afro-américains. Parmi ceux qui se sont mobilisés contre la guerre, on trouve le militant non-violent pour les droits civiques Martin Luther King, l’anarchiste Noam Chomsky et les grands syndicats américains, tandis que des magazines de presse tels que « Time » et « Life » ne publiaient jusqu’en octobre 1967 que des articles non critiques en faveur de la guerre. Un chapitre est consacré aux nombreux musiciens célèbres et à leur protestation. « Au total, plus de 5 000 chansons liées à la guerre ont été publiées, les plus connus venant de Bob Dylan et Joan Baez ; certaines véhiculant également un message patriotique, loyal envers le gouvernement ou soutenant les soldats », écrit Lou Marin. Ces diverses activités s’inscrivaient dans le cadre de nombreuses manifestations de masse rassemblant plusieurs centaines de milliers de personnes.
Le livre mentionne également un fait controversé, qui a engendré un climat d’hostilité, régnant au sein des troupes américaines, ce qui conduisait des fois des simples poilus au meurtres de supérieurs hiérarchiques. Ainsi, quelques antimilitaristes aux États-Unis envisageaient également de recourir à la violence, mais cela restait une petite minorité. Le gouvernement américain était sur le point de perdre le contrôle de ses troupes démoralisées.
Et les objecteurs de conscience et les soldats du bâtiment de la RDA ont pris position contre la guerre dans deux lettres datées de 1967 et 1969.
En annexe du livre se trouve une chronologie des événements sur sept pages. 50 ans après la fin de la guerre du Vietnam, ce livre met en lumière la résistance non violente contre la guerre aux États-Unis, souvent ignorée. Il peut donner de nouvelles impulsions pour aujourd’hui.
Horst Blume pour le no. d’octobre 2025 de Graswurzelrevolution