Mercredi 31 décembre

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En ce dernier jour de l’année, je choisis de conclure en prenant des forces. Je pars à un endroit qui n’a jamais fait que m’en donner, infiniement.

À énormément d’égards, 2025 a été une année de transformations profondes, immenses mais discrètes.

Alors je prends une profonde inspiration, avec ces nouveaux poumons.

Mardi 30 décembre

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Discussion aujourd’hui autour d’un café. J’évoque les années où, avec Monsieur Vivi, nous écrivions des comédies musicales originales pour les élèves de CHAM. Aujourd’hui, il n’en reste plus que quelques enregistrements et des partitions.

C’est peut-être ce qui me manque, désormais que je suis un prof aux semelles de vent. Le fait de pouvoir créer, vraiment, de grands projets un peu fous. À moins que ce ne soit qu’une excuse, que quelque chose se soit un peu épuisé, pour que je ne parvienne pas à remobiliser cette étincelle. Et puis, tout simplement, ça ne se fait pas tout seul. Faut tout un tas de miracles.

Mais pendant que je trace ces mots dans l’air de la pièce occupée par les clients, il n’y a pas l’ombre d’un regret. Juste une envie. Une envie que ça recommence.

Lundi 29 décembre

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En train de regarder des extraits de la série Mercredi, hyper populaire chez beaucoup de mes élèves, et que, en tant que gamins des années 90, bercé par les deux films, j’ai eu envie d’aimer.

Je n’y arrive pas.

Je crois que ce qui me gène dans cette série, est qu’elle ne gratte pas. Qu’elle ne gratte pas comme les deux films grattaient. Cette famille de marginaux – terme que la série ne cesse de brandir comme un totem – dérangeait le monde dans lequel elle vivait, et ne s’en excusait jamais. Au contraire, c’était le monde extérieur qui était vu comme insuffisant, pour les dingueries de Mercredi et Pugsley, ou l’amour totalement baroque de Morticia et Gomez. Dans la série, les marginaux en question évoluent dans un monde qui a été fait pour eux, dont ils ne sortent jamais. Et dans lequel se rejoue le théâtre d’une méritocratie où ce sont celles et ceux qui ont les pouvoirs les plus puissants qui gagnent.

C’est sans doute que je suis adulte désormais, mais ces valeurs me gênent. J’aimerais montrer à mes élèves qu’ils peuvent être des Addams des 90’s. Exister sans jamais avoir à s’excuser, exister, sûr et heureux de ses valeurs, face à une réalité qui sera toujours trop petite, trop décevante. J’aimerais tant montrer que, tout simplement, comme l’affirme Morticia, « nous sommes les Addams ».

Samedi 27 décembre

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Soirée jeu de rôles avec des amis : on passe un excellent moment, ça faisait longtemps que l’univers que nous nous racontons n’avait pas eu tant de corps, que chacun n’avait pas apporté autant à la fresque que nous composons ensemble. Et dans les paroles qui font surgir guivres et tarasques, je réentends l’écho du prof que je suis.

Je ne cesserai jamais de rattacher mon travail à cette activité de maître de jeu : déployer tout ce que je peux de préparation, de création, d’ingéniosité pour que, à travers ce que je leur raconte, élèves comme joueurs fasse le leur cette réalité que je leur projette. Qu’ils accèdent à leur autonomie. Une autonomie pleine de trous, dans laquelle ils se prennent encore parfois les pieds. Mais que même ces erreurs, que ce soit se planter encore une fois sur les terminaisons du passé simple ou trébucher sur une trappe secrète, les fasse rire.

Vendredi 26 décembre

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Retour à la maison après les fêtes. Subtilement, et après presque un mois hors du boulot, quelque chose s’est remis en marche. Ce que j’appelle fréquemment « tâche de fond ». Dans mon esprit, à bas bruit, ça s’interroge à nouveau, sans que j’en sois totalement conscient. Quel sera le premier cours de l’année 2026, la disposition des tables, les blagues à sortir quand les élèves commenteront mon absence…

Et la fatigue, sourde, qui va avec cette tâche. Avec laquelle tout prof apprend à vivre.

Mercredi 24 décembre

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Common swifts (Apus apus) in flight, Merseyside, Wirral, UK, July

Retour dans la famille pour les fêtes. Nous discutons avec mes parents, fondateurs d’une chorale, de l’importance de la régularité de l’entraînement, d’apprendre des textes par cœur, et je me rends compte que ces convictions me sont récentes. Qu’il a fallu que je passe par ailleurs que mon parcours d’élève, ailleurs que ma position d’enseignant pour comprendre que les moments de labeur ont leur joie.

Ça amène a énormément d’humilité. Le goût pour l’apprentissage des élèves ne vient pas de nous. Pas que de nous. Réussir à leur ouvrir le plus de portes possibles, que l’école leur apporte le plus d’autonomie possible pour qu’ils puissent s’en détacher.

Et l’aimer en retour.

Mardi 23 décembre

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Me revoilà dans le rythme du boulot, de « vraies » vacances. Mine de rien ça fait quelque chose. Retrouver le temps qui régit ma vie depuis dix-huit ans après cette escapade. Respirer un grand coup avant de retrouver l’essentiel du métier. J’essaye de ne pas trop fanfaronner, évidemment. J’ignore comment va se dérouler la suite des événements.

Mais pas après pas. Désormais conscient de ma faiblesse et de mon envie d’explorer cette faille.
Et de les retrouver, évidemment. Ces mômes.