Personne sur cette terre : Víctor del Árbol 🇪🇸

ImageTitre : Personne sur cette terre 🇪🇸

Auteur : Víctor del Árbol 🇪🇸
Édition : Actes Sud – Actes noirs (07/05/2025) – 352 pages
Édition Originale : Nadie en esta tierra (2023)
Traduction : Alexandra Carrasco

Résumé :
Dans un village côtier de Galice, en 1975, un enfant assiste à l’incendie criminel de sa maison et au meurtre de son père.

En 2005, à Barcelone, l’adulte qu’il est devenu semble avoir enfreint toutes les règles éthiques et morales qui avaient présidé à son entrée dans la police. Il a battu (presque) à mort un entrepreneur sans histoire et reste obstinément muet sur les raisons de son acte.

Atteint d’une maladie incurable, il revient sur les terres où il est né. Pour déterrer le passé et venger sa triste enfance ?

Ou pour affronter ses vieux démons et trouver le repos de l’âme ? Trente années défilent alors, qui voient des hommes chasser en meute pour garder leurs secrets, des serments d’amitié se briser contre l’intérêt supérieur du clan, la « blanche » mexicaine remplacer le bourbon irlandais de contrebande, des hommes puissants cachés derrière des masques de loup abuseur d’enfants rêveurs, et un tueur à gages aux yeux noirs accomplir son office avec une éblouissante humanité.

Car « personne sur cette terre n’est innocent, personne n’oublie, personne ne pardonne ».

ImageCritique :
Quel héritage nous laissent nos parents ? Et je ne parle pas d’argent, ou de bien, mais de choses non matérielles, tels des traumatismes, qui ont fait ce que nous sommes devenus à cause d’eux.

Julian Leal a reçu en héritage l’assassinat de son père, la haine de sa mère, qui l’a tenu pour responsable et la fuite hors de son village natal. Les autres personnages de ce roman noir espagnol ne seront pas en reste non plus. Rien n’est plus pareil, depuis leurs héritages, pour eux.

À se demander si tout le monde ne répète pas les actes de ses parents, tout en pensant s’en éloigner.

Cela faisait longtemps que je n’avais plus lu un roman noir de cet auteur (j’avais eu une déception et avait laissé tomber). Pourtant, il m’avait donné un énorme coup au cœur avec « Toutes les vagues de l’océan » (en 2015)…

C’est noir, c’est sombre, on y croisera des personnages sans morale aucune, des pédophiles, des assassins, des trafiquants, des nostalgiques du franquisme, de ceux qui étaient des franquistes, des planqués durant la guerre civile, des salopards, de ceux qui sont prêts à tout pour arriver au sommet,…

Toutes ces horribles personnes vont donner du corps et de l’âme à ce roman qui poisse un peu, mais sans jamais aller trop loin. Gardez tout de même à l’esprit que l’auteur dissèque l’Espagne, son Histoire et qu’il n’hésite pas à sortir les squelettes des placards, ni à soulever les tapis pour aller y dénicher les merdes cachées. Le tout en vous tenant par la main, pour que vous ne vous carapatiez pas.

Durant le récit, l’auteur nous fera profiter de quelques flash-back, afin que l’on en sache plus sur ce qu’il s’est produit dans le passé, ainsi que pour nous éclairer sur certains personnages, ce qui leur donnera plus d’étoffe, plus de présence. Une riche idée, je trouve, sans oublier le narrateur mystérieux qui interviendra au début : un tueur.

Un roman noir comme je les aime, sombre, noir, avec peu de lumière, mais quelques bougies dans la nuit tout de même, des secrets enfouis, des vengeances, des salopards bien torchés, issus des tiroirs du haut et qui ont fait ruisseler bien des horreurs. Bref, ce sont des drames dans toute leur splendeur, dans ce roman noir.

Personne n’est innocent dans ce récit et tout le monde a des squelettes dans le placard, mais certains en ont plus d’autres et de bien pires. Les gentils peuvent se compromettre et les méchants peuvent faire preuve de mansuétude. Rien n’est binaire, personne n’est tout blanc ou tout noir, tout est en nuance, et c’est ce que j’aime.

Ça c’est un roman noir, serré, comme je les aime et je suis contente d’avoir repris cet auteur qui avait réussi à m’émouvoir dans son autre roman (Toutes les vagues de l’océan). Même si je n’ai pas ressenti autant d’émotions qu’avec l’autre roman, celui-ci est tout de même un très bon roman à découvrir.

Personne sur cette terre n’est innocent, personne n’oublie, personne ne pardonne.

3,8/5

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Dream Town – Aloysius Archer 03 : David Baldacci 🇺🇸

ImageTitre : Dream Town – Aloysius Archer 03 🇺🇸

Auteur : David Baldacci 🇺🇸
Édition : Talents Hauts (19/02/2025) – 484 pages
Édition Originale : Dream Town (2022)
Traduction : Elvis Roquand

Résumé :
1952, Los Angeles, veille du Nouvel An. Le détective privé Aloysius Archer dîne avec son amie Liberty Callahan, actrice montante d’Hollywood, lorsqu’ils sont abordés par Eleanor Lamb, une scénariste qui aimerait l’engager, car elle soupçonne quelqu’un d’essayer de la tuer. Plus tard dans la nuit, lors d’une visite à la maison de Lamb à Malibu, Archer perd connaissance après avoir trébuché sur un cadavre.

Quant à Lamb, elle semble s’être volatilisée. La police étant désormais impliquée dans l’affaire, une amie proche et collègue de Lamb engage Archer pour découvrir ce qui est arrivé à la scénariste. Au coeur de la ville des Anges, tout ce qui brille n’est pas d’or et les apparences sont aussi trompeuses qu’un décor de cinéma.

L’enquête d’Archer le fera ainsi passer du L.A. riche et glamour à son côté glauque et sombre, des canyons et plages de Malibu aux luxueuses demeures de Bel Air et Beverly Hills, des bas-fonds de Chinatown aux casinos de Las Vegas.

ImageCritique :
Los Angeles, Hollywood, lors du Nouvel An qui célèbre la nouvelle année : 1953. Aloysius Archer est un détective privé comme je les aime : à l’ancienne.

Alors qu’il passait le réveillon avec son amie Liberty Callahan (actrice), notre privé est engagé par Eleanor Lamb, scénariste, car elle craint que quelqu’un veuille la tuer.

Aloysius est un privé taiseux, il ne parle pas pour ne rien dire, mais il sait enquêter, remonter les pistes, interroger les gens, se fourrer dans des situations dangereuses et frôler la mort.

En lisant ce polar, j’avais l’impression de voir un vieux film noir américain, avec un privé en imper et Fedora sur la tête. Les ruelles sombres, les quartiers mal famés, les belles bagnoles, les décolletés plongeants, les jolies filles, les superbes baraques de Malibu, Bel-Air et autres quartiers bling-bling.

Parce que oui, dans ce polar, on passe d’un extrême à l’autre et l’auteur ne nous brosse pas un portrait brillant de Los Angeles. Oubliez la carte postale, les reportages télés qui ne montrent que ce que les gens veulent voir.

Ici, le portrait de la ville est sans complaisance aucune. Pas de maquillage, pas de fard, mais l’envers des décors. Et puis, il y a McCarthy et sa chasse aux Rouges (aux communistes).

Bref, rien de joli, dans ce roman qui sentait bon le polar à l’ancienne et qui a montré la véritable facette de Hollywood, loin du rêve et des paillettes. Et dans la maison poulaga, ce n’est pas mieux : la plupart des flics sont corrompus jusqu’à la moelle.

Le personnage d’Aloysius Archer est intéressant et ses réflexions l’étaient aussi. Il a fait la Seconde Guerre mondiale, il a vu le sang, les tripes, les morts et quand il entend que les gens disent que grâce aux films de Hollywood, ils ont eu le moral qui remontait, lui, ça le fait bouillir d’indignation, parce qu’une guerre de ne gagne pas avec des films, ni en restant assis sur son derrière. Dans la vraie vie, les morts ne se relèvent pas.

Ce polar qui se déroule dans les années 50 était une bonne pioche ! Non seulement j’ai évité les téléphones portables et autres technologies, mais en plus, je me suis faufilée dans les placards à squelettes de l’industrie du cinéma, et ça n’avait pas de prix, même si l’auteur ne nous dit pas tout.

Une enquête qui commence de manière banale et qui se révèlera moins banale qu’elle n’en avait l’air et aussi très dangereuse, parce que la pègre n’aime pas que l’on vienne foutre son nez de détective dans ses petits trafics de sucre en poudre (on se comprend).

Cela faisait des années que je n’avais plus lu un roman de cet auteur et je suis contente d’être revenue vers lui, même si c’était pour lire le troisième tome des enquêtes d’Aloysius Archer (oui, on peut prendre le train en cours de route).

Un polar noir qui prend son temps, parce qu’enquêter, ça ne se fait pas à la vitesse d’un Road Runner survitaminé…

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La sirène qui fume – 01 : Benjamin Dierstein 🇫🇷

ImageTitre : La sirène qui fume – 01

Auteur : Benjamin Dierstein
Édition : Points (2016) – 640 pages

Résumé :
Mars 2011. Une série de meurtres de prostituées mineures ébranle la PJ parisienne. Fraîchement muté au 36, le capitaine Gabriel Prigent, hanté par son passé et sa soif de justice, est bien décidé à découvrir la vérité, quitte à faire tomber des têtes.

D’autant que cette affaire semble avoir un lien avec son pire ennemi, le lieutenant Christian Kertesz, compromis dans un business juteux.

Entre tourments intérieurs et obsessions dévorantes, la quête de la vérité ne les laissera pas indemnes. Car dans le jeu de la rivalité, Prigent et Kertesz courent à leur perte.

ImageCritique :
La sirène qui fume est un polar hard-boiled à la française. Si vous adorez les ambiances des commissariats dans les séries télés françaises, où tout est bon enfant, passez votre chemin…

Dans ce roman policier, nous serons dans le mythique 36, quai des Orfèvres.

Oubliez tout de suite l’envie d’aller y bosser, vu le nid de frelons que c’est : flics ripoux, désabusés, sous-payés, au bout du rouleau. Rien de joli dans ce panier de crabes et les bœufs-carottes tournent dans cette mer, tels des requins qui sentent le sang.

Le capitaine Gabriel Prigent vient d’y être muté (à sa demande) et dès le départ, il va se crêper le chignon avec le lieutenant Christian Kertesz, une armoire à glace, ripou de chez ripou, tandis que Prigent est pour la justice à tout prix.

Deux flics que tout oppose et pourtant, ils sont un peu les mêmes. Ils sont hantés par leur passé (une femme partie pour Kertesz, la gamine de Prigent qui a disparu quand elle avait 10 ans), torturés, consomment des médocs à fond et boivent de l’alcool par-dessus.

Quand ils enquêtent et qu’ils flairent une piste, ils ne lâchent rien. Malgré leurs défauts, ce sont de bons enquêteurs. On pourrait croire que Prigent est mieux, puisqu’il a un sens aigu de la justice, mais lui aussi peut virer borderline et faire conneries sur conneries, même des bavures graves.

Pas de Bisounours dans ce pavé noir de chez noir, plus serré qu’un café serré. Les gamines de 13 ans sucent des bites dans les chiottes des écoles, pour de l’argent, se prostitue à 16 ans, avec des faux papiers et on dirait même qu’elles aiment ça. Franchement, quand je vous dis que c’est sombre, croyez-moi, c’est sombre et quasi sans lumière au bout du tunnel.

L’auteur a réussi à se démarquer des autres romans noirs hard-boiled par sa manière d’écrire. Pour Prigent, la narration est à la première personne du singulier, mais pour Kertesz, la narration était à la deuxième personne du singulier ! Cela aurait pu être casse-gueule et ralentir la narration, mais pas du tout et j’ai adoré ce style.

On pourra me rétorquer que des histoires de flics désabusés, déprimés, au bout du rouleau, alcooliques, qui jouent avec les truands, sont corrompus, assassinent des voyous, sont hantés par des traumatismes, qui pètent les plombs, qui jouent au loup solitaire, poursuivant leur propre croisade, c’est du déjà-vu. Pire, on en a trop souvent déjà-lu.

Bizarrement, dans ce roman, ça fonctionne parfaitement. Même si ça ressemble à ce que l’on a déjà trop fréquemment lu, le récit et les personnages nous happent dans leur univers et on échappe à la lassitude et aux soupirs du « je connais trop bien ça ».

Parce que malgré tout, c’est différent, l’auteur ayant su cuisiner le plat autrement, lui donnant du pep’s et des épices, mettant de la profondeur dans son récit, parce que même s’ils sont des écorchés vifs et des tarés, nos deux flics sont des hommes qui ne lâchent rien.

Et puis, l’auteur a su aller loin sans sombrer dans le pathos, parce qu’il a évité de flirter avec trash juste pour faire trash, sans pour autant se priver de mettre à nu notre société, nous montrant l’Humain tel qu’il est, dans toutes ses horreurs, ses contradictions, ses souffrances et sa manière bien à lui de faire souffrir les autres.

Oui, c’est sombre, les actualités qui parsèment le récit sont aussi là pour nous rappeler que l’année 2011 n’était pas une année faite de douceur et de bonnes nouvelles. Que les flics sont des êtres humains comme les autres, avec leurs faiblesses et leurs défauts, leur brutalité répondant à la brutalité du monde qui les entoure. Sans pour autant que je l’excuse.

Effectivement, c’était un putain de bon polar noir, bien serré comme je les aime, noir de chez noir, sombre, violent, sans concession, un peu trash, avec une écriture particulière, qui, loin de me déranger et de me faire fuir, m’a bien plu. Comme quoi…

À réserver à un public averti, à des gens qui aiment les polars noirs hard-boiled où tout est sombre. Si vous aimez les cosy-mystery tous gentils, évitez ce roman (même si vous vous priverez d’un bon moment de lecture).

Sûr que je lirai la suite (La défaite des idoles) qui continue avec les personnages croisés dans le premier tome (je savais que c’était en deux parties). Vous pouvez aussi vous contenter de celui-ci, il se suffit à lui-même et on ne doit pas lire le suivant pour savoir qui est coupable.

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Cartel 1011 – 01 – Les bâtisseurs : Mattias Köping 🇲🇽

ImageTitre : Cartel 1011 – 01 – Les bâtisseurs 🇲🇽

Auteur : Mattias Köping
Édition : Flammarion (16/10/2024) – 640 pages

Résumé :
La péninsule du Yucatán, entre le golfe du Mexique et la mer des Caraïbes. Des sites d’une beauté renversante, mais qui, depuis des siècles, se résignent à la violence.

Le Yucatán est le fief du clan Hernandez, arrivé avec les premiers conquistadors et qui compte sur le pharaonique projet du Train Maya pour resserrer encore l’emprise qu’exerce son conglomérat, la toute-puissante Comex.

C’est là aussi, entre Cancún et Tulum, qu’émerge un nouveau cartel, le 1011, capable du pire pour asseoir son hégémonie sur les trafics internationaux.

Comme celui des capitaines d’industrie, l’appétit des criminels est sans limites. Tout s’achète et tout se vend : drogues, armes, matières premières, animaux, territoires, corps, âmes. Rares sont les téméraires qui osent leur résister.

En Europe aussi, les victimes s’accumulent. Les forces de police sont sur les dents, confrontées à une sauvagerie inédite.

Car nul ne bâtit de nouvel empire sans anéantir les précédents.

ImageCritique :
Âmes sensibles, ne lisez pas ce roman noir ! Quant aux autres, je vous préviens, le monde des Bisounours n’est pas dans ces pages.

L’univers de ce roman est violent, ultra-violent, même, parfois, à tel point que j’ai fermé les yeux et sauté quelques lignes, lorsque c’était trop dur.

Au menu, nous aurons des trafics de drogues, d’êtres humains, d’animaux, de la corruption, des viols, des assassinats, des tortures, des mutilations, du chantage, de la peur, du pouvoir absolu, des pillages des ressources naturelles, de l’exploitation de l’Homme par l’Homme, des prostitutions forcées, de la pédophilie et j’en passe.

Bienvenue dans le monde des cartels, des mafias, des corrompus à tous les étages (de leur plein gré ou parce que pas le choix) et de la criminalité en col blanc. Parce que oui, si au bout de la chaîne, on a un gamin de cité qui fait le guet, dans les hauteurs, ce sont des gens pétés de thunes avec la puissance d’un croiseur de compétition et zéro conscience.

Ce récit était plus sombre qu’une fosse à lisier, remplie de déjections en tout genre et c’était bien plus puant. En ce qui concerne la misère humaine, Dickens peut aller se rhabiller. Le récit nous plonge dans les abysses du genre humain et j’ai eu peur que l’abîme ne regarde en moi.

Lors de ma lecture, j’ai serré les fesses et retenu ma respiration, tant tout était ultra-réaliste et ultra-violent. Non, je ne savais pas tout, j’ai découvert des choses terribles et le pire, c’est que je n’en ai même pas été étonnée. L’Homme est la créature la plus malfaisante sur la Terre. Là, j’ai côtoyé le gratin de la lie.

Léger problème : arrivée au tiers du roman, j’avais plus l’impression d’avoir lu tout un tas de petites nouvelles sombres, sordides et glauques qu’un roman. Le fil rouge était les cartels, les drogues, les miséreux, les salopards, mais tout me semblait décousu, sans rapport l’un avec l’autre.

Heureusement, après, toutes ces petites histoires ont commencé à se rejoindre, dessinant la toile d’araignée globale et là, j’ai compris pourquoi l’auteur avait tenu à nous présenter tout un tas de personnages, car ils allaient avoir un rôle à jouer ensuite.

Ne cherchez pas de lueur d’espoir dans ces pages, il n’y en a pas, ou alors, une petite loupiote. Dans ce récit, les résistants sont peu nombreux et ils risquent tout autant leur peau que celles et ceux durant la Seconde Guerre mondiale. Les gens qui représentent le Mal sont aussi puissants que les nazis et l’armée allemande à l’époque.

C’est un combat perdu d’avance… L’histoire de Saint-George et de Saint-Michel voulant terrasser des dragons qui auraient du sang de l’hydre de Lerne : vous coupez une tête, il en repousse tellement que le combat est foutu d’avance. Les résistants ne jouent pas dans la même catégorie, ce sont des poids mouches face à des poids lourds.

Comme je le disais, c’est très réaliste, et c’est ce qui fout encore plus les chocottes. Le Monde brûle et nous avons allumé les feux, puis nous regardons le tout brûler. Nous étions devant un précipice et nous avons fait un grand pas en avant.

Dans ce roman, on comprend bien comment les êtres humains se tirent eux-mêmes des balles dans les pieds, pensant accomplir un travail pour nourrir leur famille, ils les condamnent à petits feux. On court à notre perte, mais certains ne pensent qu’à emmagasiner toujours plus de profits.

C’est un roman ultra-sombre, ultra-noir, très violent, avec des scènes terrifiantes que j’ai sautée, afin de ne pas lire ce que l’on faisait subir à des gens. Le récit est étouffant et j’ai dû me forcer un peu pour avancer, dans le premier tiers.

Cartel de Don Winslow parlait lui aussi des trafiquants de drogue, il était très sombre aussi, mais les portraits des personnages étaient plus ambivalents, plus équilibrés, moins manichéens. Même si le récit était costaud, je le préfère à celui de Mattias Köping.

Après une telle lecture, j’ai bien envie de chiper tous les albums jeunesses de ma nièce et de son petit frère, afin d’avoir un peu de tendresse et de digérer ce roman noir de chez noir.

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Leo – Benny Griessel 08 : Deon Meyer

ImageTitre : Leo – Benny Griessel 08 🇿🇦

Auteur : Deon Meyer 🇿🇦
Édition : Gallimard – Série noire (10/10/2024) – 624 pages
Édition Originale : Leo (2023)
Traduction : Georges Lory

Résumé :
Promus à l’unité Crimes graves et violents du poste de Stellenbosch, Griessel et Cupido n’en rêvent pas moins de réintégrer le corps d’élite de la police, les Hawks.

Pour l’heure, ils enquêtent sur le décès insolite – étouffement par de la mousse expansive — d’un avocat qui se révèle être un ancien soldat des Forces spéciales.

Dans le même temps, un petit commando hyper entraîné s’apprête à intercepter vingt millions de dollars en or et en coupures sur le trajet entre Johannesburg et une base navale près du Cap.

Affectés clandestinement à une cellule spéciale de lutte contre la corruption de l’État, les deux compères n’ont que quelques heures pour empêcher le convoi d’arriver à destination.

ImageCritique :
Benny Griessel et Vaughn Cupido sont des flics comme je les apprécie : pugnaces, bosseurs, fins limiers, non dénués d’humour, incorruptibles, ayant pour seul crédo de résoudre les enquêtes.

Ils ne sont pas infaillibles, ils ont leurs blessures, leurs traumatismes (l’alcool pour Benny, qui est sobre, maintenant), leurs compagnes auxquelles ils ne comprennent rien et le futur mariage de Benny, qui stresse à mort.

Dans cette nouvelle enquête, deux histoires vont se déployer en parallèle, sans que l’on sache au début si elles se croiseront, ni comment elles se rejoindront.

D’un côté, on a le casse d’un entrepôt bourré de fric (stocké dans des salles blindées), par une équipe de gens compétents. Non, ce n’était pas l’équipe de bras cassés de Dortmunder.

De l’autre, nous avons une cycliste décédée, le corps couvert de morsures et de griffures. Benny Griessel et Vaughn Cupido, anciens Hawks rétrogradés pour avoir enfreint les ordres de leur hiérarchie (La Proie), devenus simples enquêteurs au poste de Stellenbosch, sont mis sur l’affaire. Les voici en train de suivre une piste.

Comme toujours dans les romans de Deon Meyer, on ne voit pas la face cachée de l’iceberg et ce n’est qu’au fil de l’histoire, que les morceaux cachés vont se détacher, apparaître devant nos yeux, pour former un grand tout qui sera plus important que la petite affaire du départ.

Dans ce récit, nous aurons la chance d’en savoir un peu plus que notre duo, qui piétine dans l’enquête, n’arrivant pas à raccrocher les différents meurtres qui se produisent, l’un après l’autre (nous non plus, il nous faudra attendre aussi).

Ce à quoi nous assisterons, nous, c’est à la préparation d’un nouveau casse et au meurtre de certains personnages (détestables). Là, nous aurons une longueur d’avance sur Benny et Vaughn. J’avoue que j’ai adoré cette partie, même celle qui était consacrée au premier casse et à l’après, qui nous entraînera loin de l’Afrique du Sud. J’ai apprécié boire un café à Rome.

L’Afrique du Sud est un personnage important, dans les romans de Deon Meyer. Le pays, ses pages d’histoire très sombres, ses politiciens corrompus, véreux, voleurs (oh, des oxymores), les squelettes dans les placards et le pays qui part à vau l’eau.

L’auteur n’est jamais tendre avec son pays. Il est en crise, son pays et ce n’est pas demain que ses habitants verront le bout du tunnel. L’auteur nous parlera de la fameuse « captation d’État » : un pillage des ressources (fric), réalisé sous la présidence de Jacob Zuma. Les voleurs ne sont pas toujours au coin de la rue, mais souvent au pouvoir. On peut voler plus…

Si vous cherchez un thriller qui va à fond de train, passez votre chemin. Même si le rythme n’est pas celui d’un escargot rachitique, l’auteur prend son temps pour poser ses jalons, présenter ses personnages, planter les décors, parler de l’Afrique du Sud, de ses spécificités. C’est toujours intéressant, jamais barbant. Le tout étant parfaitement intégré dans le récit. Le final, lui, il est bourré d’adrénaline.

Deon Meyer nous livre, une fois encore, un super roman noir, qui a du punch, de l’humour, des vrais morceaux de politiques, deux casses, des voleurs attachants (pas tous, mais certains), des magouilles, de la corruption, des crimes à la mousse expansive (on n’y pense pas assez souvent, à cette méthode) et deux enquêteurs qui ne vont pas se ménager pour résoudre cette affaire, tout en essayant de rédiger les vœux matrimoniaux pour le grand jour (là, ils sont super nuls).

Un roman noir que j’ai dévoré ! Malgré son épaisseur de pavé, il se lit facilement et très vite, tant il est intéressant et que Deon Meyer a un extraordinaire talent de conteur.

Il serait temps que je me mette à lire les premiers tomes, afin de découvrir nos deux enquêteurs à leurs débuts.

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Les Enchanteurs – Quintette de Los Angeles 03 : James Ellroy

ImageTitre : Les Enchanteurs – Quintette de Los Angeles 03 🇺🇸

Auteur : James Ellroy 🇺🇸
Édition : Rivages Noir (08/09/2024) – 666 pages
Édition Originale : The enchanters (2023)
Traduction : Sophie Aslanides et Séverine Weiss

Résumé :
Los Angeles, 4 août 1962. La ville est en proie à la canicule, Marilyn Monroe vient de succomber à une overdose dans sa villa, et Gwen Perloff, une actrice de série B, est kidnappée dans d’étranges circonstances. Cela suffit à plonger le LAPD dans l’effervescence.

Le Chef Bill Parker fait appel à une éminence grise d’Hollywood, l’électron libre Freddy Otash, qui va mener une enquête aux multiples ramifications et rebondissements.

Troisième tome du Quintette de Los Angeles.

ImageCritique :
Avec les enchanteurs, je suis désenchantée (comme le chantait Mylène Farmer).

Ce qui m’énerve prodigieusement, parce que ce roman noir me faisait de l’œil et j’avais envie de le lire, notamment depuis que James Ellroy en avait parlé sur le plateau de La Grande Librairie.

Nous sommes en 1962, aux côtés de Freddy Otash, sorte d’électron libre (fouille-merde, ex-flic du LAPD, maître chanteur, espion, proxénète, pourvoyeur de ragots, voyou, drogué,…) et ce sera lui notre narrateur. Le bât a blessé tout d’abord du côté de l’écriture…

James Ellroy utilise des phrases assez courtes, ce qui, d’habitude, ne pose pas de problème, mais là, j’avais l’impression de lire un compte-rendu haché, tant c’était lourd à lire, laborieux. Une sorte de staccato nerveux. Pas de fluidité dans le texte, ce qui m’a donné l’impression d’être dans un embouteillage et d’avancer par à-coups.

De plus, dans sa narration, on ne peut pas dire que le narrateur Freddy Otash fait des efforts et on se retrouve avec une foultitude de « J’ai dit » (puis le dialogue) ou « Machin dit » (puis le dialogue). C’était lourdingue à la fin. Je n’aime pas cette manière de présenter les dialogues. Ça n’a pas aidé la lecture à être plus aisée.

Bill Parker dit : « Vas-y, saute. » On dit : « À quelle hauteur ? »

J’ai dit : « Je vous enverrai les dernières bandes des écoutes une fois par semaine, ainsi que des transcriptions dactylographiées. Je vous enverrai des rapports de synthèse par téléscripteur tous les quinze jours. Je… »

L’autre problème, c’est que le roman est copieux, trop copieux, trop détaillé. C’est comme si on nous servait 36 entrées, 52 plats principaux et 64 desserts. Je n’ai rien contre les détails, mais la multitude de détails a encore alourdi la narration. Les pages n’avançaient pas.

De plus, nous sommes face à des intrigues super complexes (que l’autre semble complexifier encore plus), hyper dense, une multiplication des protagonistes de tous poils, tant et si bien, qu’à la fin, j’y ai perdu mon latin et qui était qui (hormis les plus connus).

Entre nous, l’auteur a rhabillé pour cinquante prochains hivers JFK, son frère Robert, Marilyn Monroe, Liz Taylor et quelques autres. Maintenant, nous savons que JFK n’était le président que nous pensions qu’il était. Difficile, de nos jours, de nous le faire passer pour le genre idéal (JFK), mais avec le roman de James Ellroy, il est flingué une seconde fois. Image ternie à jamais (et il paraîtrait qu’il avait une petite bistouquette).

Alors oui, c’est ultra-documenté, ultra-précis, on a vraiment l’impression de lire les mémoires de Freddy Otash (en version brute de décoffrage). Hollywood n’en sortira pas grandie, l’industrie du cinéma non plus, le LAPD encore moins et JFK, n’en parlons pas. Ellroy écrit ce qu’il pense, ce qu’il sait, et se fout royalement du politiquement correct.

Les atmosphères sont sales, puantes, sanglantes, remplie de sperme, de drogues, de médocs, d’alcool, de tabac, de sueur… Oui, c’est malsain. Comme si nous étions des voyeurs, les lecteurs assisteront à bien des déchéances, bien des horreurs.

Mais pour moi, le repas était trop copieux, trop lourd, trop sucré, me donnant l’impression de patauger dans de la gadoue, peinant à avancer, suant à chaque petite avancée, luttant pour ne pas y laisser mes bottes.

Moi qui me faisais une joie de lire ce roman noir et bien, je suis rincée ! Mais je n’ai pas dit mon dernier mot, je reviendrai à James Ellroy une autre fois, avec un de ses autres romans (il y en a tellement).

Celui-ci n’était pas pour moi et à la fin, je ne suis même pas sûre d’avoir tout compris (sauf que JFK en avait une petite et le livreur de pizza de Marilyn, une grosse). 666 pages indigestes et laborieuses…

An American Year (2) 2024/2025
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Plus fort que la nuit : Frédéric Lepage

ImageTitre : Plus fort que la nuit 🇺🇸

Auteur : Frédéric Lepage
Édition : Taurnada Le tourbillon des mots (12/09/2024)

Résumé :
En arrivant à New York, Lana Harpending, cavalière hors pair et nouvelle recrue de la police montée, ne s’attendait pas à tomber doublement amoureuse.

D’abord, de son camarade de patrouille, Paul, qui va se retrouver au centre d’une affaire criminelle effroyable. Mais aussi du cheval qui lui est attribué, un appaloosa nommé Éridan, caractériel selon la rumeur, et dont elle parvient peu à peu à gagner la confiance.

Bientôt, un secret terrifiant vient se glisser entre Lana et son cheval. Un secret qui, dévoilé, pourrait entraîner la mort d’Éridan.

Alors, elle va faire un pari fou, et tenter l’impensable.

Original et addictif, ce roman à suspense va vous bouleverser.

ImageCritique :
La couverture et le résumé m’avaient donné envie de lire ce roman au plus vite, puisqu’il réunissait deux de mes amours : les chevaux et les crimes (enfin, les enquêtes policières, je ne voudrais pas avoir des problèmes).

Direction ♪ New-York, New-York ♫ These vagabond shoes, are longing to stray ♫ Right through the very heart of it ♪ New York, New York ♪ (1).

Lana Harpending est policière, elle vient du Wyoming et son rêve est d’intégrer la police montée de New-York, ce qu’elle va faire dans quelques jours. Alors, le crime dégueu qui a lieu, elle s’en fout un petit peu, puisqu’elle change de crémerie.

Ce que j’ai apprécié le plus, dans ce polar, c’est la relation qui va unir Lana, cavalière émérite, à Éridan, un appaloosa Fondation, autrement dit, un descendant des montures des Nez-Percés. Mais ce cheval est réservé et il a un petit souci lié à ses origines, à sa race… Et Lana n’a pas envie de le laisser tomber.

Alors, sur les passages consacrés à Lana et à sa monture, je n’ai rien à redire. Ils étaient magnifiques, beaux, tendres, même si vous n’avez jamais été fan des chevaux, que vous n’avez jamais posé vos délicates petites fesses sur leur dos. C’est même facilement compréhensible pour les dilettantes. Et si vous êtes cavalier (cavalière), vous le ressentirez encore plus intensément, surtout, si, un jour, vous avez vécu une véritable fusion avec un cheval.

Là où le bât a blessé (et le tapis de selle aussi), c’est que ce roman était étiqueté polar, vendu comme tel dans le résumé et que le polar est en arrière-plan ! En fait, après l’intégration de Lana dans la police montée, il faudra attendre un autre crime pour qu’elle se bouge les fesses et qu’elle enquête avec son ancien coéquipier, tout en tentant de résoudre le crime dégueu du début du roman.

Et puis, d’autres choses m’ont semblé être inutiles : partie d’un mauvais pied avec son futur collègue Paul, voilà notre Lana qui en tombe amoureuse. On dirait dit un cheveu tombant dans la soupe, tant cette amourette était mal amenée. De plus, pas besoin que Lana soit amoureuse d’un collègue pour qu’elle prenne les rênes, à l’insu des autres, de la seconde enquête, son passé d’enquêtrice à la criminelle suffisait.

Durant la première moitié de la lecture, une fois Lana intégrée à la police montée, le rythme a ralenti et j’ai ressenti une immense lassitude. L’auteur nous décrivait New-York, mais en nous parlant de rues que je ne connaissais pas, au lieu de rester dans les lieux mythiques et connus de tout le monde (les numéros de rues, ça ne nous parle pas). Les chapitres étaient plus longs et le récit semblait faire du surplace.

Ces petits bémols ont failli me faire arrêter la lecture de ce roman. Mais puisque j’avais eu une si forte envie de le découvrir, je me suis accrochée au pommeau et ensuite, je ne l’ai pas regretté. J’ai même eu droit à un bel instant karma qui m’a fait sourire jusqu’aux oreilles, quand le méchant, qui n’avait rien pour lui (dommage aussi, tiens, on aurait pu avoir un magouilleur qui le faisait pour une bonne cause), a été « arrosé ».

Attention, ce polar n’est pas mauvais, mais il manquait de souffle à un moment donné et les parties enquêtes sont réduites à la partie congrue, les relations entre Lana et Éridan prenant le pas sur tout le reste (là, pas de regrets, j’ai adoré).

Dommage qu’il n’y a pas eu d’équilibre entre ces deux parties. Si les enquêtes avaient été plus étoffées, on aurait eu un chouette polar avec une belle histoire entre une cavalière et son cheval.

Manque d’équilibre aussi dans certains des personnages, même si je suis d’accord que le milieu de la police, c’est un milieu hyper macho, viril, avec de types qui se comparent la bite ou jouent à celui qui pisse le plus loin. En tout cas, ça ne donnait pas envie de sauver le méchant…

Un polar qui se laisse lire, une fois passé les quelques longueurs, et qui apporte du soleil lorsque Lana apprend à Éridan à ne pas paniquer quand sa maladie emporte tout. À savoir que la partie polar est la partie congrue…

PS – Spolier Alert pour les amoureux des animaux — pas de danger, tout se termine bien pour Éridan et pour le chien nommé Einstein. Le cheval pourra vivre avec la maladie qui touche sa race (il y en a dans les refuges, ils le vivent bien, apparement).

(1) New York New York – Frank Sinatra

An American Year (2) 2024/2025

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‭Vine Street : ‬Dominic Nolan

ImageTitre : Vine Street 🇬🇧

Auteur : ‬Dominic Nolan 🇬🇧
Édition : Rivages Noir (03/04/2024) – 672 pages
Édition Originale : Vine Street (2021)
Traduction : Bernard Turle

Résumé :
Londres, 1935. Geats travaille pour la police des Moeurs. Misanthrope et hargneux, il dirige la racaille de Soho selon un code moral élastique. Ses ruelles étroites sont peuplées de jazzmen, de bookmakers, de mafieux et de michetons.

Aussi, lorsque le corps d`une prostitué est retrouvé au-dessus d`un club, les détectives de la criminelle se contentent de classer l`affaire comme un suicide. Geats, quant à lui, flaire déjà la piste d`un tueur pervers et insaisissable que l`on surnommera le Brigadier.

ImageCritique :
Vine Street est une rue de Londres, où il y avait un poste de police. Vine Street, c’est aussi un roman noir de chez noir, tellement sombre qu’il faut se lever de bon matin pour trouver de la lumière (mais il y en aura un peu).

Ce polar anglais est l’équivalent d’un roman Noir qu’aurait pu écrire l’auteur américain, James Ellroy. C’est aussi glauque, aussi fouillé, aussi documenté que les romans du maître américain.

Sauf que nous sommes à Soho (West End), Londres, un quartier avec des bars, des boites pour danser, s’encanailler… Non, vous n’aurez pas envie d’y aller vous promener en vrai, la faune est dangereuse et dans les années 30 (1930, hein, pas 2023 !), Soho avait mauvaise réputation.

Pour mettre au point un roman noir d’un tel calibre, l’auteur n’a pas lésiné sur ses personnages, que ce soient des flics, des putes, des truands ou maquereaux. Le panel est haut en couleur et les flics sont des ripoux (même plus que ripoux), certains l’étant plus que d’autres.

Leon Geats, le flic principal, ne s’embarrasse pas de faire de la diplomatie, un bon bourre-pif et hop, ça délie les langues. Si le flic est choqué que l’on assassine des prostituées, ce n’est pas pour autant qu’il aura des scrupules à balancer un mec du 4ème étage (ok, le mec le méritait amplement !). Geats et un mec misanthrope et hargneux.

Le narrateur, omniscient, va nous faire vivre au coeur de Soho (qui est un personnages à part entière), nous faisant emprunter ses petites ruelles sales, en compagnie de Geats, Cassar et Billie (des flics aussi), à la poursuite d’un tueur en série.

Si le roman commence en 2002, le récit va basculer en 1963, avant de plonger en 1935 et de revenir dans les années 40, lors du Blitz de Londres. Ceci n’étant pas un thriller, il ne faut pas vous attendre à un rythme endiablé et à un retournement de situation tous les chapitres. Ce roman est un roman d’atmosphères et elles sont poisseuses, glauques, sales. Le lieux sentent le tabac froid, l’alcool, la saleté, le stupre, la fornication et le sperme. L’argot est la langue principale (mais on capte tout).

Je me suis laissée porter par le récit, j’ai suivi les personnages dans tous les lieux sordides, dans les abysses où l’Homme est capable de tout, dans les bordels, dans des piaules miteuses, bref, dans un Soho moche, mais beau à la fois, tant l’auteur a pris un soin méticuleux à le décrire, à nous le faire vivre de l’intérieur. Oubliez les salons feutrés, ici, vous êtes dans la fange. Et j’ai aimé m’y vautrer.

Bref, c’était la quintessence du roman noir, que j’ai eu entre les mains. Un ristretto pur jus (sauf qu’avec ces 672 pages, ça fait des litres de ristretto). Pour celles et ceux qui aiment les romans noirs, version hard-boiled, c’est LE roman parfait ! Même plus que parfait… Cela faisait longtemps que je n’avais pas lu un roman noir de ce calibre.

Maintenant, j’ai envie de me faire l’intégrale de Tchoupi, pour me remettre de toute cette crasse que j’ai côtoyée… Putain, quel roman !

#lemoisanglais2024

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La vague arrêtée : Juan Carlos Méndez Guédez

ImageTitre : La vague arrêtée

Auteur : Juan Carlos Méndez Guédez 🇻🇪
Édition : Métailié Noir (2021)
Édition Originale : La ola detenida (2017)
Traduction : René Solis

Résumé :
Magdalena a quitté le Venezuela pour Madrid, elle est devenue une enquêtrice réputée, tout va bien pour elle, à l’exception d’un amant envahissant et indiscret. On lui propose une nouvelle affaire : un homme politique madrilène lui demande de retrouver sa fille et de la lui ramener, elle aurait été enlevée et retenue à Caracas.

Magdalena est sûre de ses compétences et elle a une arme secrète : des dons que lui a accordés María Lionza, la déesse guerrière vénézuélienne, bref elle est un peu sorcière et a des intuitions salvatrices.

Mais rien ne va se passer comme prévu, sa magie est intermittente et Caracas, la ville la plus dangereuse du monde, a beaucoup changé. De surprise en surprise, nous allons nous plonger dans une ville en crise et être confrontés à sa faune dangereuse.

Un thriller palpitant avec une détective unique en son genre.

ImageCritique :
Mais pourquoi n’ai-je pas lu plus tôt ce roman, moi ? Au moins, il n’a pas pris les poussières plus de trois années, mais tout de même, j’avais un bon roman noir et je ne le savais même pas.

Magdalena Yaracuy vit à Madrid, elle a quitté Caracas (Venezuela) il y a quelques années et voilà qu’elle va devoir y retourner pour tenter de résoudre une affaire de disparition. Begoña de Sotomayor, la fille d’un politicien ultra catho de Madrid, a disparu là-bas.

Et apparemment, comme Dieu est occupé ailleurs, le politicien a demandé de l’aide à Magdalena, qui elle, bosse avec l’aide de María Lionza, une déesse guerrière vénézuélienne. Oui, elle est un peu sorcière à ses heures. Magnifique, j’étais déjà conquise !

Une fois de plus, ceci n’est pas un thriller trépidant qui va à toute berzingue, mais plutôt un roman noir d’ambiance, d’atmosphère et qui va nous montrer l’envers du décor du Venezuela et non celui des cartes postales avec des paysages magnifiques.

L’avantage, c’est que comme dit Magdalena, pas besoin de gratter beaucoup pour arriver aux égouts et à la merde. Pas besoin de plonger pour atteindre les bas-fonds. Encore un pays où je n’ai pas envie de mettre les pieds, même si on me paie le billet.

– Cette ville n’est pas simple. En ce moment, ici, pas besoin de gratter beaucoup pour arriver aux égouts et à la merde. Pas besoin de plonger pour atteindre les bas-fonds. Caracas elle-même est le bas-fond pourri où il faut se boucher le nez et faire semblant de vivre.

Au travers de l’enquête de Magdalena, l’auteur va en profiter pour nous parler du pays, de sa culture, de sa politique, des assassinats, des magouilles, des exécutions, de tous les produits manquants, bref, de tout ce qui gangrène le pays. Et croyez-moi, les problèmes sont légions et nous donnent envie de trouver bien banals ceux de nos pays.

Magdalena est un personnage haut en couleur, qui n’a pas froid aux yeux, qui aime s’envoyer en l’air, qui sait se défendre et qui n’a pas laissé son intelligence dans une consigne de gare.

Non, elle va remonter la piste lentement, mais sûrement, mettant à jour tous les petits détails cachés, toutes les saloperies tapies dans les placards, avant de nous donner la solution, façon poupées gigognes, tant il y avait des ramifications dans cette disparition.

Et puis, Magdalena, c’est aussi une certaine verve, de l’humour, des réparties et son don de voyance, accordé par la déesse María Lionza. Attention, n’allez pas croire que la déesse fasse le job à sa place ou qu’elle lui balance la vision des coordonnées GPS de la fille disparue ! Pas de ça, Lisette, Magdalena, elle bosse à l’ancienne, avec des indics, des renseignements qu’elle achète, elle suit les pistes, remonte les égouts…

– Ah, au fait… regarde si tu peux envoyer quelqu’un ramasser un blessé du côté de l’avenue Andrés Bello. Rien de grave. Une blessure au pied. Je nettoyais mon pistolet quand le coup est parti et un ami a essayé de stopper la balle avec sa chaussure.

Anybref, voilà un roman noir comme je les aime, corsé, serré, noir, sombre, qui met en avant un pays et une ville que je ne connais pas du tout, avec des personnages marquants (même les seconds rôles) et une enquête qui va se révéler bien plus retorse que l’on aurait pu le penser. Et puis, tout n’est pas sombre, il y a aussi de la lumière et ça fait du bien.

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Juarez : Nathalie Sergeef et Corentin Rouge

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Titre : Juarez

Scénariste : Nathalie Sergeef
Dessinateur : Corentin Rouge

Édition : Glénat (2012)

Résumé :
Depuis 1993, dans la petite ville frontière de Ciudad Juarez (🇲🇽), près de 2000 cadavres de femmes ont été retrouvés, et plus de 2000 sont portées disparues. Sûr que ça crée des vocations.

Gael Garcia Morales se rend dans la petite ville frontière pour y retrouver la trace de sa soeur, dont le visage figure parmi ceux des milliers de disparues pour lesquelles les familles désespérées collent des affichettes.

Celle-ci avait rejoint Esperanza, une association qui s’oppose aux trafiquants de drogue, aux policiers complaisants et aux avocats véreux pour faire la lumière sur ce qui se passe à Juarez…

Mais Juarez n’aime pas les fouineurs. Certains ont tenté de mener leur propre enquête, on ne les a jamais revus…

Dans le domaine de l’horreur, la réalité dépasse malheureusement souvent la fiction, et les auteurs se sont inspirés de faits réels pour ce one shot racontant l’enquête d’un personnage, menée au cœur des vérités obscures de cette cité mexicaine gouvernée par le crime et l’impunité.

ImageCritique :
En tant que femme, je n’ai pas du tout envie de vivre à Cuidad Juarez, ni même d’aller y faire du tourisme. Le récit se situe en 1993 et les assassinats, disparitions de femmes, jeunes filles et féminicides, étaient déjà légion.

Bon, on ne va pas se mentir, cette bédé n’est pas faite pour laisser traîner devant des enfants… Pourquoi ? Parce que c’est violent, extrêmement violent.

Les premières pages ne laissent planer aucun doute sur la violence qui règne dans cette ville, ni sur ce qui arrive aux jeunes filles, aux femmes. Et personne n’enquête vraiment. Et l’association de femmes qui cherche la vérité reçoit des menaces, on frappe ses membres.

Arrive Gael Garcia Morales, qui recherche sa soeur, dont il est sans nouvelles depuis quelques temps. On lui annonce qu’elle a disparu et que s’il veut enquêter, il a intérêt à le faire de manière discrète.

Ici, l’impunité règne en maître, les narcos sont les chefs, la corruption a gangrené tout l’appareil administratif, judiciaire, répressif (les flics) et personne ne lève le petit doigts contre les enlèvements, les exécutions, les assassinats, les féminicides…

Ce récit est sans concession ! Il est violent, mais toujours à bon escient, si je puis dire, autrement dit, il ne cherche pas à faire du glauque ou du violent juste pour le plaisir. Non, il se contente de raconter ce qu’il se passe, là-bas, sans mettre des œillères, mais sans rentrer dans tous les détails.

Les dessins sont très agréables, réalistes, les couleurs assez chaudes, sans être criardes, bref, rien à redire. Quant au scénario, il m’a entraîné dans ce suspense, cette enquête, sans que je relève la tête de cette bédé et le final m’a coupé le souffle.

Une bédé que je suis contente d’avoir découverte et qui mérite le détour !

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