Personne sur cette terre : Víctor del Árbol 🇪🇸

ImageTitre : Personne sur cette terre 🇪🇸

Auteur : Víctor del Árbol 🇪🇸
Édition : Actes Sud – Actes noirs (07/05/2025) – 352 pages
Édition Originale : Nadie en esta tierra (2023)
Traduction : Alexandra Carrasco

Résumé :
Dans un village côtier de Galice, en 1975, un enfant assiste à l’incendie criminel de sa maison et au meurtre de son père.

En 2005, à Barcelone, l’adulte qu’il est devenu semble avoir enfreint toutes les règles éthiques et morales qui avaient présidé à son entrée dans la police. Il a battu (presque) à mort un entrepreneur sans histoire et reste obstinément muet sur les raisons de son acte.

Atteint d’une maladie incurable, il revient sur les terres où il est né. Pour déterrer le passé et venger sa triste enfance ?

Ou pour affronter ses vieux démons et trouver le repos de l’âme ? Trente années défilent alors, qui voient des hommes chasser en meute pour garder leurs secrets, des serments d’amitié se briser contre l’intérêt supérieur du clan, la « blanche » mexicaine remplacer le bourbon irlandais de contrebande, des hommes puissants cachés derrière des masques de loup abuseur d’enfants rêveurs, et un tueur à gages aux yeux noirs accomplir son office avec une éblouissante humanité.

Car « personne sur cette terre n’est innocent, personne n’oublie, personne ne pardonne ».

ImageCritique :
Quel héritage nous laissent nos parents ? Et je ne parle pas d’argent, ou de bien, mais de choses non matérielles, tels des traumatismes, qui ont fait ce que nous sommes devenus à cause d’eux.

Julian Leal a reçu en héritage l’assassinat de son père, la haine de sa mère, qui l’a tenu pour responsable et la fuite hors de son village natal. Les autres personnages de ce roman noir espagnol ne seront pas en reste non plus. Rien n’est plus pareil, depuis leurs héritages, pour eux.

À se demander si tout le monde ne répète pas les actes de ses parents, tout en pensant s’en éloigner.

Cela faisait longtemps que je n’avais plus lu un roman noir de cet auteur (j’avais eu une déception et avait laissé tomber). Pourtant, il m’avait donné un énorme coup au cœur avec « Toutes les vagues de l’océan » (en 2015)…

C’est noir, c’est sombre, on y croisera des personnages sans morale aucune, des pédophiles, des assassins, des trafiquants, des nostalgiques du franquisme, de ceux qui étaient des franquistes, des planqués durant la guerre civile, des salopards, de ceux qui sont prêts à tout pour arriver au sommet,…

Toutes ces horribles personnes vont donner du corps et de l’âme à ce roman qui poisse un peu, mais sans jamais aller trop loin. Gardez tout de même à l’esprit que l’auteur dissèque l’Espagne, son Histoire et qu’il n’hésite pas à sortir les squelettes des placards, ni à soulever les tapis pour aller y dénicher les merdes cachées. Le tout en vous tenant par la main, pour que vous ne vous carapatiez pas.

Durant le récit, l’auteur nous fera profiter de quelques flash-back, afin que l’on en sache plus sur ce qu’il s’est produit dans le passé, ainsi que pour nous éclairer sur certains personnages, ce qui leur donnera plus d’étoffe, plus de présence. Une riche idée, je trouve, sans oublier le narrateur mystérieux qui interviendra au début : un tueur.

Un roman noir comme je les aime, sombre, noir, avec peu de lumière, mais quelques bougies dans la nuit tout de même, des secrets enfouis, des vengeances, des salopards bien torchés, issus des tiroirs du haut et qui ont fait ruisseler bien des horreurs. Bref, ce sont des drames dans toute leur splendeur, dans ce roman noir.

Personne n’est innocent dans ce récit et tout le monde a des squelettes dans le placard, mais certains en ont plus d’autres et de bien pires. Les gentils peuvent se compromettre et les méchants peuvent faire preuve de mansuétude. Rien n’est binaire, personne n’est tout blanc ou tout noir, tout est en nuance, et c’est ce que j’aime.

Ça c’est un roman noir, serré, comme je les aime et je suis contente d’avoir repris cet auteur qui avait réussi à m’émouvoir dans son autre roman (Toutes les vagues de l’océan). Même si je n’ai pas ressenti autant d’émotions qu’avec l’autre roman, celui-ci est tout de même un très bon roman à découvrir.

Personne sur cette terre n’est innocent, personne n’oublie, personne ne pardonne.

3,8/5

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L’Évangile des ombres : Nicolas Nutten 🇫🇷

ImageTitre : L’Évangile des ombres 🇫🇷 🇪🇸

Auteur : Nicolas Nutten 🇫🇷
Édition : HarperCollins Noir (17/09/2025) – 464 pages

Résumé :
1987. Paul Sarda est gendarme dans un village des Hautes-Pyrénées, près de la frontière espagnole. Une nuit, il a un accident et perd connaissance durant quelques minutes. Il l’ignore encore, mais sa vie vient de basculer.

Trente-cinq ans plus tard, son fils, Raphaël, commandant de police à Paris, reçoit une lettre anonyme : « VOTRE PÈRE SAVAIT. » Mais savait quoi ?

En retournant sur les terres de son enfance, Raphaël va faire resurgir des histoires tragiques que certains auraient aimé garder enfouies.

ImageCritique :
C’est un peu à cause (grâce) à la chronique d’une copinaute que j’ai décidé de lire ce polar et de découvrir, par la même occasion, l’auteur.

Le récit va commencer sur deux temporalités : en 1939, dans l’Espagne franquiste et ses prisons dans lesquelles il ne faisait pas bon vivre, ni accoucher, et en 1987, dans un village des Hautes-Pyrénées, avec le gendarme Paul Sarda.

Le rapport entre les deux ? Il faudra attendre pour en savoir plus, notamment l’arrivée de la troisième temporalité, celle de 2023. Si j’étais curieuse de savoir ce qui liait le tout, si j’ai échafaudé des théories, j’ai surtout passé un excellent moment de lecture avec ce polar aux accents de thriller, sans pour autant qu’il prenne des allures de TGV ou que l’on en perde le fil.

Dans ce roman, on prendra le temps de faire connaissance avec les personnages et j’avoue que j’ai adoré les passages dédiés à l’Espagne franquiste. Attention, je déteste les dictatures, elles me foutent la trouille, mais j’ai lu ces passages horribles en retenant ma respiration.

L’auteur ne sombre pas dans le pathos, il en dira assez que pour ne nous laisser aucun doute sur l’inhumanité de ces lieux, de ses gardiennes (des bonnes sœurs qui n’ont de chrétiennes que le nom), l’insalubrité des cachots (ce n’était pas celui de Sarko), la mauvaise bouffe et plus terrible encore : le vol des enfants à leur mère.

C’était très documenté, mais je n’ai jamais eu l’impression de lire un compte-rendu. L’auteur a su y mettre du sien, y ajouter des moments de tendresse et me faire entrer en empathie avec toutes ces femmes (les prisonnières, bien entendu, pas les saloperies de bonnes sœurs sans cœur).

Bref, c’était passionnant ! Documenté, mais pas à l’extrême, le côté policier était bien mis en scène, de manière intelligente, et les indices étaient distillés au fur et à mesure du récit, sans précipitation. Les personnages ne manquaient pas de profondeur, de réalisme, avec leurs psychologies bien mise en valeur.

Le roman était oppressant, les ambiances assez sombres, mais éclairées aussi par un groupe de jeunes qui vont mener une petite enquête, en 1987. C’était un véritable page-turner, où la construction n’a pas été bâclée.

Un polar dur, passionnant, qui m’a tenu en haleine. Le pire, c’est que je pensais qu’une partie des faits post-franquisme étaient fictionnels, qu’ils avaient été ajoutés pour pimenter le récit et bien non, pas du tout ! Ils étaient vrais, même si fictionnés pour les besoins de l’histoire. Mais la base était réelle. Oh putain, ça, c’était pire ! Horrible, même. Je suis restée comme une conne, bouche ouverte, le coeur en vrac.

Un roman qui fut une belle découverte, qui possédait des émotions et qui m’a remué le cerveau.

3,8/5

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Les révoltés de Cordoue : Ildefonso Falcones 🇪🇸

ImageTitre : Les révoltés de Cordoue 🇪🇸

Auteur : Ildefonso Falcones 🇪🇸
Édition : Pocket (2012) – 1086 pages
Édition Originale : La mano de Fatima (2009)
Traduction : Anne Plantagenet

Résumé :
1568. Si l’Espagne vit son âge d’or, ce n’est guère le cas de ses Maures – les musulmans sont expropriés, battus, humiliés par l’impitoyable Inquisition. La révolte gronde.

À Juviles, royaume de Grenade, un jeune muletier est entraîné dans la tourmente des affrontements à venir.

Fils d’une musulmane violée et d’un prêtre aux yeux bleus, rejeté par les deux camps, Hernando le Nazaréen vivra la misère et la gloire, la guerre et les fastes de Cordoue, sans jamais perdre l’espoir de réconcilier les fois et les peuples.

« Une fresque historique fascinante, que l’on compare déjà au Nom de la Rose d’Umberto Eco. » Pierre Vavasseur – Le Parisien

ImageCritique :
Cela faisait des années que ce pavé prenait les poussières dans ma bibliothèque.

Maintes fois, je l’en ai extirpé, afin de le lire, notamment durant les challenges espagnols ou des Pavés, mais à chaque fois, j’ai manqué de courage pour m’attaquer à cet épais roman et il a toujours repris sa place dans les étagères.

De cet auteur, j’avais adoré « La cathédrale de la mer », lu en 2009.

Le décor est historique : nous sommes en 1568, en Espagne, à Cordoue et il ne fait pas bon être maure. Les musulmans n’ont que peu de droits, ils ont dû abjurer leur foi et embrasser celle des chrétiens. Interdits de cultes, de prière, obligés d’assister aux messes, spoliés de leurs biens, ils se révoltent et tout se terminera dans un bain de sang, de massacres, des deux côtés.

Cette fresque historico-religieuse est bien documentée, l’auteur a le don d’immerger ses lecteurs dans le temps et les lieux. J’étais en Espagne, je souffrais avec les deux belligérants, même si je n’étais pas d’accord avec leurs manières de se comporter (des deux côtés !). Les 300 premières pages étaient très prenantes.

Lorsque l’on traite une population avec mépris, qu’on met les gens plus bas que terre, il ne faut pas s’étonner ensuite que des problèmes arrivent… Et ensuite, après la guerre, lorsque tout le monde doit continuer de vivre ensemble, revenant aux situations d’avant (les maures méprisés), les rancœurs restent des deux côtés.

Hernando, le personnage principal, est musulman par sa mère et issu d’un père catholique, un prêtre qui a violé sa mère. Interdit de pratiquer sa foi en Allah (qui est le même dieu que celui des cathos, mais qui y pense ?), il doit devenir plus chrétien qu’un chrétien, cacher ses croyances et notre jeune garçon va vivre mille aventures, grandissant sous nos yeux, devenant un homme…

Hernando, qui se sent maure et musulman, mais n’a rien contre les chrétiens et voudrait vivre en harmonie, va se retrouver mit au ban des deux religions, chacune le considérant comme un traître. Il a sauvé des chrétiens, ça ne se fait pas !

Si le côté historique est bien reproduit, le principal défaut de ce roman, c’est le manichéisme des personnages. Soit tout bons, soit mauvais comme la teigne, sans que rien vienne contrebalancer leurs portraits. Brahim, le père non biologique d’Hernando, est une crapule finie et il m’a exaspéré durant tout le récit.

Mais au moins, les mauvais et les bons étaient des deux côtés, pas uniquement dans une seule religion. Pas de manichéisme de ce côté-là, l’auteur ne prend pas parti.

L’autre bémol, c’est que le récit comporte assez bien de longueurs. Après avoir dévoré 300 pages, tout d’un coup, le rythme ralentit (il faut reprendre son souffle), mais à ce moment-là, trop de détails sur la vie de nos personnages rendent la lecture lente et j’avoue que j’ai sauté des paragraphes…

Ce roman historique est dense, il y a trop de choses dedans que pour que je vous en parle, mais un truc m’a marqué parce qu’il renvoie à nos sociétés et à ce qui est vieux comme le monde : à force de raconter des mensonges et des horreurs sur les autres, on finit par y croire et ça devient des vérités.

On ne cherche pas à aller vers les autres, à les connaître, à les comprendre, à apprendre ce qu’est leur croyance : non, on juge de suite. Seule notre foi est la vraie et les autres adorent un autre dieu. Ben non les gars, c’était le même et c’est toujours le même. Juste les cultes qui changent. Et les livres.

À cette époque, la religion était capitale, elle décidait de vos vies, privée et publique, et l’hérésie était punie sévèrement.

Si ce roman m’a fait moins vibrer que la cathédrale de la mer, il n’en reste pas moins une fresque historique énorme, qui raconte un morceau de l’Histoire de l’Andalousie, quand les maures étaient sur le territoire et essayaient de survivre.

Un roman historique que j’aurais dû lire plus vite, parce que, malgré les petits bémols, l’histoire était prenante et je suis contente de l’avoir apprise.

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Intempérie : Javi Rey 🇪🇸

ImageTitre : Intempérie 🇪🇸

Scénariste : Javi Rey (adapté du roman de Jesús Carrasco) 🇪🇸
Dessinateur : Javi Rey

Édition : Dupuis – Aire libre (2017) – 152 pages
Édition Originale : Intemperie (2013)
Traduction : Alexandra Carrasco

Résumé :
Au milieu de ces terres espagnoles ravagées par une interminable sécheresse, un jeune garçon effrayé fuit à travers les champs d’oliviers jusqu’à trouver refuge entre les racines. Sur ses traces, le shérif du village et ses hommes de main ratissent la campagne afin de le ramener chez son père.

Mais pourquoi un enfant fuirait-il le domicile paternel ? Pourquoi préférerait-il subir les blessures d’un soleil porté au fer-blanc plutôt que de rentrer avec les siens ? Ces questions, le vieux chevrier nomade qui le recueille peu après n’en a cure.

D’un caractère aussi rude que ces régions assoiffées, il prendra toutefois soin du fugitif et tentera, vaille que vaille, de le protéger de ces ombres lancées à sa poursuite. Et ce, même s’il faut lui apprendre que pour échapper à la violence, on se doit parfois d’en user en retour.

Adaptation éponyme du roman de Jesús Carrasco, élu meilleur roman de langue espagnole en 2013, « Intempérie » est un véritable roman graphique réalisé par le talentueux auteur d’ « Un maillot pour l’Algérie ».

À travers de superbes images à la force brute, Javi Rey nous offre une expérience de lecture âpre et puissante, où les sons, les saveurs et les sensations sont portés à leur paroxysme ; un chef-d’œuvre dont on ne ressort pas indemne.

ImageCritique :
Ce qu’il s’est passé avant la fugue du gamin, nous n’en saurons que des bribes. Juste quelques cases explicatives.

Il n’en fallait pas plus pour comprendre que le gamin était battu par son père et que ce dernier l’avait loué à l’alguazil (ancien fonctionnaire de justice et de police) et que ce dernier abusait sexuellement de lui.

Le gamin fuit vers le Nord, c’est une fuite en avant, mais il n’a rien pour boire, pour manger, pour survivre…

Parfois, dans un monde de brutes, dans des terres sèches comme le désert (il ne pleut plus depuis longtemps), on trouve encore une personne qui a un cœur pur, un cœur généreux.

Les dessins possédaient des couleurs chaudes, dans des tons jaunes, même si c’était pour raconter un drame, montrer la sécheresse, des violences et de la brutalité, qu’elle soit envers les humains ou envers les bêtes.

La brutalité de l’alguazil, lancé à la poursuite du gamin, est une violence gratuite, une violence qu’il commet parce qu’il a le pouvoir, le droit, l’envie de le faire. Juste pour montrer qu’il est le chef et qu’il faut lui obéir.

La relation entre le gamin et le vieux chevrier est belle, exempte de violences, de mauvaises pensées et le vieil homme paiera même le prix fort pour avoir aidé le gamin à se cacher. La solidarité peut parfois se retourner contre celui qui a tendu la main à son prochain…

On se doute que les services sociaux n’existent pas, que les gens sont devenus plus durs en raison des conditions climatiques (sécheresse), que ça pèse sur leur caractère (non, ce n’est pas une excuse).

Une bande dessinée âpre, dure, récit d’un drame, chronique d’un monde dans lequel les violences sont omniprésentes et presque naturelles, pour certains hommes.

Mais à côté, nous avons aussi une belle histoire entre un vieil homme et un gamin, un homme qui prépare sa succession tout en apprenant à un enfant à survivre en milieu hostile. Et ça, c’était merveilleux à voir.

Merci à Sharon, c’est grâce à sa chronique que j’ai décidé de lire cette bédé.

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Monteperdido : Agustín Martínez 🇪🇸

ImageTitre : Monteperdido 🇪🇸

Auteur : Agustín Martínez 🇪🇸
Édition : Actes Sud – Actes noirs (2017) / Babel Noir (2018) – 459 pages
Édition Originale : Monteperdido (2015)
Traduction : Claude Bleton

Résumé :
Monteperdido : un village de montagne acculé contre les plus hauts pics des Pyrénées. Des routes sinueuses, impraticables en hiver, des congères, des rivières qui débordent. Quelques familles, souvent coupées du monde, des sangliers et des chevreuils dans les forêts de peupliers et de pins noirs.

C’est là que disparaissent un jour deux fillettes de onze ans qui, comme tous les soirs, traversaient la pinède de retour du collège. Malgré la mobilisation exemplaire du village, on n’a jamais retrouvé leurs traces.

Cinq ans plus tard, au fond d’un ravin, une voiture accidentée et le cadavre d’un homme. À ses côtés, une adolescente désorientée, mais vivante : Ana, une des fillettes disparues. Si l’autre est toujours en vie, le temps presse. Qui se cache derrière cet enlèvement ?

Deux inspecteurs de Madrid viennent rouvrir l’enquête, mais se heurtent à l’hostilité des habitants qui chassent en meute, faisant front contre l’élément exogène, prêts à lutter jusqu’à la mort pour cacher leurs terrifiants secrets. Il apparaît pourtant qu’Ana connaît son ravisseur.

Est-ce uniquement la peur et la proximité de son bourreau qui la musellent ? Comment comprendre la troublante triangulation qui s’est jouée pendant cinq ans dans le sous-sol exigu d’un refuge de montagne ? Un roman puissant, âpre et vertigineux à l’image de son saisissant décor.

ImageCritique :
Monteperdido… Rien que le nom du patelin nous fait comprendre que l’on a affaire à un patelin reculé dans les montagnes, perdu dans les Pyrénées espagnoles.

Dans ce village, on cultive l’entre-soi, les touristes sont les bienvenus, mais ils ne peuvent accéder à certains lieux, réservés aux habitants. Dans ce village, on connait votre arbre généalogique et ce que buvait votre grand-mère.

D’ailleurs, lorsque deux gamines disparaissent, pour les habitants, ce ne peut être que l’œuvre d’un étranger. Impossible que ce soit une personne du village. Tout comme pour les anglais, Jack The Ripper était un étranger… Ben voyons.

Ce polar noir n’est pas un thriller endiablé, mais plus un polar d’ambiance, avec une enquête plus à la Maigret qu’à la 24h chrono.

Même si les deux inspecteurs de Madrid (Sara Campos et Santiago Baìn), arrivés pour l’enquête, après qu’une des gamines a refait surface, cinq ans après, veulent aller vite afin de retrouver la seconde et résoudre cette sordide affaire, on ne peut pas dire que les habitants leur aient facilité la tâche.

Le village leur est hostile, on leur cache des secrets, tout le monde garde ses petits secrets et les atmosphères sont assez lourdes, pesantes, tant on sent bien la chape de plomb qui pèse sur le village, ses habitants et leur côté meute. Le père de la fillette toujours disparue ne leur facilite pas la tâche non plus.

Les deux inspecteurs sont comme deux virus entrés dans un système immunitaire. Ils sont entrés dans ce microcosme et tout le monde attend de les voir se planter et partir ensuite, la queue entre les jambes.

C’est sombre, un peu glauque, à certains moments, mais l’auteur n’a pas rajouté du pathos pour faire pleurer dans les chaumières. J’ai apprécié. Les personnages sont complexes, travaillés, torturés, certaines familles sont éclatées depuis les disparitions et la réapparition d’Ana, une des deux fillettes, devenue une ado.

Cette lecture n’était pas mauvaise, j’ai aimé les ambiances, les atmosphères, les secrets qui se lèvent au fur et à mesure, le côté pesant du village, le huis clos et malgré quelques longueurs, je n’ai pas eu de mal durant ma lecture.

Mais je n’ai ressenti aucune émotions non plus, malgré le sujet des enlèvements, qui aurait dû me tordre les tripes. C’était une lecture plate, sans que mon petit cœur s’emballe, ne batte plus fort, que je croise les doigts pour que l’on retrouve la gamine toujours disparue.

À vous de voir ce que vous en penserez… Pour ma part, si ce n’était pas un mauvais roman noir, ce n’était pas non de l’exceptionnel et je pense que je l’oublierai assez vite.

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Les folles enquêtes de Magritte et Georgette – 08 – Pataquès à Cadaqués : Nadine Monfils [LC avec Bianca]

ImageTitre : Les folles enquêtes de Magritte et Georgette – 08 – Pataquès à Cadaqués 🇪🇸

Auteur : Nadine Monfils 🇧🇪
Édition : Robert Laffont – La bête noire (06/03/2025)

Résumé :
Le peintre René Magritte, sa femme Georgette et leur petite chienne Loulou partent à Cadaqués chez leurs amis Dalí et Gala, où un meurtre reprenant la mise en scène exacte d’une peinture du grand maître vient d’être commis.

Plagiat ? Le criminel ne va pas en rester là… Magritte non plus ! Et pendant ce temps, l’extravagant Salvador Dalí savoure un homard au chocolat ! Miam !

ImageCritique :
Cette fois-ci, les Magritte ont été conviés en Espagne, à Cadaqués, pour enquêter sur le meurtre d’un prêtre dont la mise en scène du crime ressemble à un tableau du grand Dââââli.

Les morts vont tomber à l’appel et toutes les scènes de crime ressembleront à des tableaux du grand maître à la fine moustache.

Je ne dirai pas que je n’ai pas aimé le voyage à Cadaqués, mais il ne fut pas aussi emballant que les précédents. Le Grand Dali en étant le principal responsable, sans aucun doute.

L’autrice a fait en sorte d’être au plus juste avec ce personnage, qui est tout de même haut perché, comme s’il n’avait pas toutes ses frites dans le même cornet. Ok, il n’est pas débile, loin de là, mais lorsqu’il intervenait dans le récit, c’était toujours assez compliqué de le comprendre. Non, il ne faut même pas chercher à le comprendre, mais c’était tellement barré (et vrai), que j’ai eu du mal avec lui.

Nadine Monfils fait en sorte d’intégrer des véritables anecdotes, de reprendre les paroles exactes des personnages ayant réellement existé, mais avec le géniââââlissime Salvator Dali, ça passait moins bien. Il joue un personnage et devient vite agaçant et lassant, avec sa grandiloquence.

De plus, j’ai trouvé que René et Georgette étaient moins présents, passaient moins de temps à mener l’enquête. Heureusement, nous avons eu l’humour de Magritte, qui n’aime que rester chez lui, dans son salon, et manger des plats typiquement bien de chez nous (moules/frites ou boulettes sauce tomate, entre autre). Les voyages ne sont pas pour lui.

Ce ne sera pas la meilleure enquête de notre sympathique duo, même si l’explication finale était tout de même bien trouvée.

Une LC en demi-teinte pour ma copinaute Bianca, le genre de choses que l’on aurait jamais imaginé, avec un Magrtitte & Georgette. Maintenant, nous savons qui était la femme que Magritte voyait souvent l’épier… Ben mince alors, je n’aurais pas pensé à cette personne.

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Le prisonnier du ciel – Le cimetière des livres oubliés 03 : Carlos Ruiz Zafón 🇪🇸

ImageTitre : Le prisonnier du ciel – Le cimetière des livres oubliés 03 🇪🇸

Auteur : Carlos Ruiz Zafón 🇪🇸
Édition : Pocket (2013) – 384 pages
Édition Originale : El Prisionero del cielo (2011)
Traduction : François Maspero

Résumé :
Barcelone, 1957. Les membres de la librairie Sempere & fils – Daniel, sa femme Béa, son père et son complice de toujours, Fermín Romero de Torres – s’apprêtent à célébrer Noël.

Fermín prépare son mariage, pourtant quelque chose le tourmente. Malgré l’insistance de Daniel, il refuse de se confier. Tout change le jour où un inquiétant personnage se présente à la librairie. Après avoir acheté une édition rare du Comte de Monte Cristo, il la dédicace à Fermín.

Mais pourquoi signe-t-il du patronyme de ce dernier ? Et quels sont ces secrets qu’il menace de dévoiler ? Poussé dans ses retranchements par Daniel, Fermín lève le voile sur les années les plus terribles de son existence.

1939. La guerre civile, commencée en 1936, vient de se terminer avec la victoire franquiste. Dans la forteresse de Montjuïc, prison damnée qui domine Barcelone, croupissent une poignée d’opposants au régime.

ImageCritique :
Moi qui me faisais une joie de retrouver les personnages de « L’ombre du vent », autrement dit, les Sempere (père et fils)…

Si au départ, j’avais un sourire en forme de banane, à la fin de cette courte lecture (380 pages), je dois dire que si les ingrédients s’y trouvaient, la recette était différente et que cette lecture me laisse un arrière-goût de bâclé.

L’univers de Carlos Ruiz Zafón est toujours bien là, comme dans les autres romans, il explore le côté sombre de Barcelone, de la guerre civile, des exactions commises durant les années de plomb, mais dans tout cela, il manque les émotions à l’état brut et le récit de Fermín tombe un peu comme un cheveu dans la soupe.

Le personnage énigmatique du début, qui a acheté une édition assez chère du Comte de Monte-Cristo et qui y avait laissé une dédicace pour le moins obscure et mystérieuse, qui sentait mauvais les menaces, a lancé la confession de Fermín, mais j’ai trouvé que celle-ci arrivait très vite…

À la fin, lorsque l’on recroise l’homme énigmatique (qui ne l’est plus, à ce moment-là), celui qui nous avait angoissé au départ, et bien, l’on se rend compte que les menaces n’étaient pas aussi terribles que ça (la montagne a accouché d’une souris en faisant pchiiiiit) et que l’on en a fait un pataquès pour rien…

Pour le reste, le roman, tout comme ses prédécesseurs, se lit tout seul, avec une facilité déconcertante. Et puis, Fermín est un personnage truculent, que j’adore.

Les pages se tournent toutes seules, tant on veut savoir ce qu’il s’est passé à la prison de Montjuïc, où Fermín fut emprisonné et dont le directeur se nommait Vals (oui, comme le politicien, et je ne me suis pas privée pour coller la trogne du politicien au grand méchant du roman).

Alors oui, dans l’ensemble, ce roman n’est pas mauvais, mais il lui a manqué ce petit supplément d’âme qui faisait la qualité des précédents. Ce troisième tome est maigrichon, en pages, en émotions et en profondeur.

Il me fait penser à un tome d’entre-deux, juste là pour faire le relais entre deux autres tomes. Et comme le dénouement n’a pas tenu ses promesses, je suis restée sur ma faim en arrivant à la fin, je m’attendais à mieux, à plus fort.

L’avantage de ces romans, c’est qu’on peut les lire dans l’ordre que l’on veut ou ne pas les lire tous. L’inconvénient de celui-ci, c’est que pour savoir le fin mot de l’histoire et si vengeance il y aura (et plein d’autres choses), il faudra lire le suivant.

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Roi blanc – Antonia Scott 03 : Juan Gomez-Jurado 🇪🇸

ImageTitre : Antonia Scott – 03 – Roi blanc 🇪🇸

Auteur : Juan Gomez-Jurado 🇪🇸
Édition : Fleuve Noir (07/03/2024) – 448 pages / Pocket (2025)
Édition Originale : Rey blanco (2020)
Traduction : Judith Vernant

Résumé :
Le grand final de la trilogie phénomène espagnole, après les thrillers best-sellers Reine rouge et Louve noire !

 » J’espère que tu ne m’as pas oublié. On joue ? « 

Quand Antonia Scott reçoit ce message alors que son coéquipier, Jon Gutiérrez, vient de se faire kidnapper en plein cœur de Madrid, elle sait parfaitement qui le lui a envoyé.

Elle sait aussi que la partie qui se profile est presque impossible à gagner. Mais Antonia n’aime pas l’échec. Et elle renoncera d’autant moins que si elle perd cette bataille, elle les aura toutes perdues.

Tandis que l’heure du bilan a sonné, elle se lance corps et âme dans un face-à-face avec son ennemi numéro un, le mystérieux monsieur White.

Une cruelle course contre-la-montre dans laquelle elle compte bien prouver que la reine est la figure la plus puissante de l’échiquier.

ImageCritique :
Me voici donc arrivée à la fin de cette trilogie qui ne manquait pas d’action, de suspense, d’adrénaline, de punch, de questionnements.

Que dire de ce troisième et dernier tome ? Il fait bien le job, il est bourré d’action, lui aussi, mais la sauce a parfois un peu de mal à prendre, si on se donne la peine d’y réfléchir quelques instants.

Oui, certaines situations sont trop exagérées que pour être réalistes, faisant plus penser à un film américain blockbuster qu’à du cinéma d’Audiard.

Heureusement qu’il y a le personnage de Jon Gutiérrez pour donner un peu de dialogues humoristiques et sarcastiques à l’affaire, parce que bon, malgré trois livres lus, je n’en sais pas vraiment plus sur le personnage d’Antonia Scott.

Elle est intelligente, froide, possède un esprit analytique, est imperméable aux sarcasmes (elle ne les comprend pas), elle se fout du code de la route, mais désolée, elle manquait d’épaisseur ! Sherlock Holmes est froid et intelligent, mais bordel de cul, il avait de la présence, il s’imposait de lui-même, on ne pouvait que l’adorer. Antonia, elle, c’est le contraire. L’auteur n’a apporté aucune émotions à ce personnage.

Comme pour les deux tomes précédents, on démarre au quart de tour, ça bouge, on a de l’adrénaline, de la tension, du suspense et des mystères qui vont être dévoilés, notamment du passé d’Antonia et de ses premiers pas au sein du programme Reine Rouge. Mais pas que… Ces chapitres, consacrés au passé, seront éclairants et m’ont permis de comprendre ce qu’il se passait dans le présent.

Ce qui m’a le plus ennuyé, dans ce récit, c’est le Roi Blanc, le grand méchant, qui a tout d’un mégalo psychopathe, comme de bien entendu, mais qui semble aussi avoir trop de facilités pour commettre ses actes, ce qui le rend peu réaliste, du moins, dans un monde qui n’est pas fantastique. Il ne fait pas frémir, tant il paraît être hors-sol et hors-réalité. Quand un méchant est raté, une partie du récit l’est aussi.

Malgré quelques situations capillotractées, j’ai apprécié retrouver ce duo improbable, notamment Jon et son humour sarcastique, bien à lui. Les dialogues sont savoureux, percutants, amusants, et je n’ai pas boudé mon plaisir. Avec un récit qui roule assez vite, pas le temps de s’ennuyer, même si parfois, j’ai levé les yeux au plafond.

Le final était explosif, moutardé (celles et ceux qui l’ont lu comprendront) et l’auteur n’a pas lésiné sur les moyens pour nous offrir quelques surprises, dont j’étais loin d’avoir vu venir certaines (là, j’ai bien été surprise).

Le final est fermé, tout en laissant une porte ouverte pour le retour du duo, dont le public réclame entre d’autres aventures (d’après l’auteur).

Même si, dans l’ensemble, j’ai apprécié cette saga, je ne pense pas lire les romans suivants (s’il y en a), car avec ce troisième tome, j’ai été un poil déçue par le côté invraisemblable (ou trou poussé) à certains moments du récit.

Un thriller divertissant, si on le lit pour ce qu’il est : un thriller divertissant. Pour l’action et l’adrénaline, il est parfait. Pour la profondeur et les émotions, il faudra aller voir ailleurs.

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Barcelona, âme noire : Denis Lapière, Gani Jakupi et Rubén Pellejero 🇪🇸

ImageTitre : Barcelona, âme noire 🇪🇸

Scénaristes : Denis Lapière et Gani Jakupi 🇽🇰
Dessinateur : Rubén Pellejero et Martín Pardo 🇪🇸

Édition : Dupuis – Aire libre (01/03/2024) – 148 pages

Résumé :
Orphelin, industriel en vue, mafieux, amoureux sincère ou baron de la drogue : difficile de définir Carlitos, devenu le puissant Don Carlos. Peut-être parce qu’il est tout cela à la fois…

Dans une Barcelone prise dans l’étau de la dictature franquiste, venez assister à un destin riche en aventures, en amours et en couleurs, porté par des auteurs au summum de leur talent respectif : Denis Lapière et Gani Jakupi, accompagnés d’un trio barcelonais : Ruben Pellejero, Eduard Torrents et Martín Pardo.

Don Carlos est un personnage que vous n’oublierez pas.

ImageCritique :
Don Carlos est un personnage que vous n’oublierez pas…

Croyez-moi, je vais vite l’oublier parce qu’il n’avait rien de mémorable, ce Don Carlos, si ce n’est d’être un personnage insipide, sans profondeur, un homme que j’ai eu du mal à comprendre, tant les auteurs ont été trop vite pour esquisser son portrait, ses douleurs, ses traumatismes.

D’ailleurs, durant ma lecture, j’ai eu l’impression que les ellipses du scénario étaient trop importantes et que l’on sautait du coq à l’âne, sans vraiment rien approfondir.

Pourtant, avec 146 pages, il y avait moyen de faire mieux, de donner plus de profondeur au scénario et surtout à Carlos, que l’on rencontre jeune, en partance pour la France, avant que le récit ne nous renvoie à sa petite enfance, pour nous montrer ce que fut sa vie.

Oui, mais tout va trop vite, tout est esquissé dans les grandes lignes, comme avec son père. Là, ce fut pire, je n’ai pas compris comment on en était arrivé à ça (no spolier), parce que cette révélation arrive comme un gros tas de cheveux dans la soupe.

C’est dommage, parce que les graphismes de cet album étaient agréables, les couleurs, assez pâles, étaient parfaites, mais le scénario a pêché par sa vitesse. Tout est trop court, on ne s’attache à personne, même les mafieux sont lisses, on ne sait pas trop si on doit les détester ou les apprécier, tant ils ne dégagent rien de leurs personnalités.

Une lecture dans laquelle je suis restée neutre, tellement loin du récit qui était froid, sans émotions, attendant, en vain, l’étincelle qui mettrait le feu à ce récit, mais non, que dalle.

Même lorsque les rivalités arrivent, qu’il y a des problèmes avec les syndicats, les anarchistes, le récit n’a pas vraiment décollé, restant vague sur les implications des uns et des autres, ce qui fait que j’ai terminé de lire cette bédé sans savoir vraiment ce que j’avais lu, si ce n’est un scénario classique, mais froid, sans étincelle de vie.

Hasta la vista…

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La Sagesse de l’idiot : Marto Pariente 🇪🇸

ImageTitre : La Sagesse de l’idiot 🇪🇸

Auteur : Marto Pariente 🇪🇸
Édition : Gallimard – Série noire (11/04/2024) – 336 pages
Édition Originale : La cordura del idiota (2020)
Traduction : Sébastien Rutès

Résumé :
Toni Trinidad, unique policier municipal du village d’Ascuas, est un homme solitaire et un peu simplet qui ne porte jamais d’arme, s’évanouit à la vue du sang et ne souhaite qu’une chose : préserver sa tranquillité.

Or sa vie n’est pas simple : son poste est menacé, son ami Triste a été découvert pendu, et sa sœur Vega, qui gère seule la casse du village depuis la disparition de son mari, a de solides ennuis avec un cruel trafiquant de drogue local. Aussi Toni se trouve-t-il malgré lui dans l’obligation d’agir.

Au cœur de la campagne de Guadalajara, entrepreneur véreux, trafiquants en faillite et tueurs à gages croisent la route de Toni pour son plus grand malheur, ou le leur…

ImageCritique :
Ce que j’apprécie, dans les challenges littéraires, c’est qu’ils me permettent d’aller vers des littératures que je connais moins, même si, à force de participer au « Mois Espagnol (Portugais) & Sud Américain », je commence à avoir une solide base de littérature noire espagnole ou sud-américaine.

Me voici donc avec un roman noir espagnol dont le personnage principal, Toni Trinidad, policier, m’a fait penser, à quelques moments, au shérif Nick Corey (Pottsville, 1280 habitants de Jim Thompson).

Pourquoi ? Parce que, comme lui, c’est un flic atypique, qui ne fait pas grand-chose, vu qu’il est l’unique policier municipal du bled d’Ascuas. Il s’évanouit à la moindre goutte de sang et il est un peu simplet, du moins, il semble n’avoir pas la lumière à tous les étages et pourtant, moi, je ne l’ai pas trouvé si con que ça. La comparaison avec Corey s’arrêtera là, parce que Corey supportait la vue du sang et n’était pas… No spolier !

Ce roman noir ne manque pas d’humour. Pas au point de vous faire rire, mais au moins sourire. Toni Trinidad risque sa place, alors, il va tout faire pour donner l’impression qu’il bosse bien et quand un ami à lui est retrouvé pendu, il va creuser pour être sûr qu’il s’agisse d’un suicide.

Dans ce roman, porté par plusieurs narrateurs, nous suivrons Toni, l’abruti, Vega, sa frangine, qui boit de l’alcool comme on boit de l’eau, mais nous entrerons aussi dans la peau d’un trafiquant (surnommé l’Apiculteur) et de ses tueurs à gage, surnommés les McEnroe.

Comme toujours, en voulant se sortir d’une situation, on arrive à en engranger une autre et une fois que le doigt est pris dans l’engrenage, pas moyen de s’en sortir. Toni, qui ne porte jamais d’arme et s’occupe de faire traverser des gosses, va se retrouver dans une histoire dingue, au milieu de règlements de comptes entre trafiquants.

Le point fort de ce roman noir ? Ses personnages, hauts en couleurs, truculents, amusants, même s’ils sont des trafiquants ou des tueurs à gage (ils adorent écouter Mecano). On a de l’action, des moments plus calme, des instants hors du temps, comme lorsque Toni ira discuter avec un banquier et repartira avec la tasse de café.

Ça se lit très vite, l’écriture est agréable à lire, le style de narration changeant selon les personnages concernés et même si on a l’impression que ce roman est une bouffonnerie, il n’en est rien.

Sous ses faux airs de rigolade, l’auteur parlera aussi de politique, des banquiers véreux, de magouilles dans l’immobilier, de primes que touchent les propriétaires pour planter des cultures, qu’ils laissent ensuite pourrir sur pied, parce qu’ils perdraient de l’argent en faisant la récolte…

Toni était un bon guide, j’ai eu énormément de sympathie pour lui et sa sœur, mais je les ai quittés heureuse, le sourire aux lèvres et comme Tripode, le boxer, j’aurais bien pissé, moi aussi, sur le bloc de ferraille.

Un roman noir qui, sous ses airs de pantalonnade, est bien plus sérieux qu’il ne laisse paraître. L’auteur ne se prive pas pour dénoncer certaines choses, mais il le fait enrobé d’humour et avec la sagesse de son idiot qui se nomme Toni et qui ne l’est pas du tout.

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