Les ténèbres et la nuit – Renée Ballard 04 : Michael Connelly 🇺🇸

ImageTitre : Les ténèbres et la nuit – Renée Ballard 04 🇺🇸

Auteur : Michael Connelly 🇺🇸
Édition : Livre de Poche (06/09/2023) – 528 pages
Édition Originale : The Dark Hours (2021)
Traduction : Robert Pépin

Résumé :
Ballard et Bosch enquêtent dans une Los Angeles au bord de l’implosion

Alors que Los Angeles fête le passage à la nouvelle année, l’inspectrice Renée Ballard est appelée sur une banale scène de crime. Mais la victime, un garagiste endetté, n’a pas été tuée au hasard des festivités.

Ce meurtre est en effet lié à un autre, sur lequel a jadis travaillé l’illustre Harry Bosch, trop heureux de reprendre du service pour aider Ballard.

D’autant plus que celle-ci a déjà fort à faire avec une enquête en parallèle qui la voit traquer un sinistre duo de criminels surnommés les « Hommes de minuit ».

Dans cette affaire, présent et passé se rejoignent et les monstres que Ballard et Bosch recherchent sont prêts à tout pour garder leurs secrets.

ImageCritique :
Une fois de plus, me voici à Los Angeles pour le réveillon de fin d’année. Sauf que la fois dernière, c’était pour le réveillon 1953 (Dream Town – Aloysius Archer 03 de David Baldacci), tandis qu’ici, nous quittons 2020 pour 2021, que la covid est là, les restrictions aussi et que l’attaque du Capitole aura lieu quelques jours plus tard…

Deux enquêtes dans ce roman : la première concernera un ancien d’un gang, qui semble avoir été tué par une balle tirée en l’air pour célébrer le Nouvel An (elles retombent toujours, les balles, loi de la gravité). Accident, ou meurtre ?

La suivante sera consacrée à des violeurs en série… Renée Ballard est sur le coup, elle qui officie aux quarts de nuit, division Hollywood.

Renée Ballard est une inspectrice que j’apprécie énormément. Elle a du caractère, n’est pas badass, sans pour autant se laisser marcher sur les pieds, elle est capable d’insubordination, mais c’est toujours au service de l’enquête. Parce que oui, elle fait partie de celles et ceux qui veulent résoudre les affaires et pas se la couler douce.

C’est un LAPD en ruine que Michaël Connelly nous dépeint. Les flics sont crevés, fatigués, on les insulte, l’affaire du meurtre de George Floyd n’a rien arrangé. La plupart des collègues de Renée en font le moins possible, ne se cassent pas le cul à résoudre les affaires. Bref, nous sommes loin des images d’Épinal que l’on voit dans les séries policières… Et je ne vous parle même pas des ripoux.

Les deux enquêtes de Renée ne seront pas faciles, mais petit à petit, elle va remonter les pistes, aidée par Harry Bosch, ancien du LAPD, l’inspecteur qui ne lâchait jamais rien, tenace, et qui, maintenant qu’il est à la retraite, lui refile un coup de main. Ce fut un plaisir aussi de retrouver Harry Bosch, un flic que j’ai toujours apprécié (même si j’avais arrêté de lire son auteur, pour cause de quelques mauvais romans).

La Los Angeles de ce roman n’a rien à voir avec celui d’une carte postale ou d’une émission sur les voyages à faire. La ville est remplie de personnes qui dorment sous les ponts, il y a des gangs, de la violence, des trucs louches,…

Oui, dans les romans de l’auteur, la ville fait partie des personnages principaux. Elle est là, entière, telle qu’elle est, ni toute rose, ni toute noire, mais tout en nuance de gris. L’Amérique n’en sortira pas grandie.

Renée Ballard est encore montée d’un cran dans mon estime, parce que dans ces deux affaires, elle a eu plus de flair que les autres policiers, plus de pugnacité qu’un pitbull sur un os, plus de coui… de courage, que la plupart de ses collègues masculins et elle a réussi un coup de force qui force le respect. Fuck, les mecs !

Un excellent opus des enquêtes conjointes de Ballard et Bosch où la construction du récit et des enquêtes, est mené de main de maître. Finalement, Ballard est une sorte de Bosch au féminin, parce qu’elle aussi, elle va envoyer les règles paître, quel que soit le prix à payer. Et tant pis si les ficelles sont un peu grosses…

Bon, c’est décidé, il va falloir impérativement que je découvre les précédents romans avec ce duo et que je revienne aux affaires avec les romans de Connelly que j’avais zappé (ceux mettant en scène Harry Bosch, notamment les premiers titres).

3,8/5

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  • Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2025 au 11 Juillet 2026) [Lecture N°81].
  • Challenge « American Year 3 » – The Cannibal Lecteur et Chroniques Littéraires (du 16 novembre 2025 au 15 novembre 2026) # N°17.
  • Un hiver polar (du 21 décembre 2025 au 20 mars 2026) chez « je lis, je blogue ».

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Les éléments : John Boyne 🇮🇪

ImageTitre : Les éléments 🇮🇪 🇬🇧 🇦🇺

Auteur : John Boyne 🇮🇪
Édition : JC Lattès (20/08/2025) – 512 pages
Édition Originale : The Elements
Traduction : Sophie Aslanides

Résumé :
D’une mère en fuite sur une île à un jeune prodige des terrains de football en passant par une chirurgienne des grands brûlés hantée par des traumatismes, et enfin, un père qui monte dans un avion pour un voyage initiatique avec son fils, John Boyne crée un kaléidoscope de quatre récits entrelacés pour former une fresque magistrale.

ImageCritique :
Quatre nouvelles composent ce roman, chacune ayant trait à un élément : l’eau, la terre, le feu et l’air. Dans un film très connu, il y avait un cinquième élément, mais pas ici.

Malgré le fait que ce soit quatre nouvelles mises en roman, il y a tout de même un fil conducteur pour les quatre : les abus sexuels en tout genre (inceste, pédophilie, viol, proxénétisme) et les violences faites aux enfants.

On peut dire que l’auteur a fait le tour de quelques situations possibles, même celle qui implique une femme avec un jeune gamin de 14 ans. Et non, le gamin n’a pas été heureux de vivre sa première expérience avec une femme adulte, et ça le poursuivra longtemps, puisque c’était un viol (quoiqu’en pensent certains mecs, qui, à tort, diront qu’ils auraient donné un bras pour vivre ça aussi).

Il y a un fil rouge aussi avec les personnages, dont nous retrouverons certains dans d’autres nouvelles, ce qui fait que le tout sera lié et qu’il y aura une cohésion entre les différentes histoires.

On pourrait penser qu’avec un tel sujet, le récit sera lourd, plombé, horrible. Alors oui, en quelque sorte, il l’est, mais d’un autre côté, l’auteur évite le pathos, ce qui donne un roman que l’on dévore. Non, il n’y a pas d’action à proprement parler, si c’est ce que vous recherchez, il faudra aller voir ailleurs.

Par contre, il y a une justesse terrible dans les portraits de ses personnages, qu’ils soient des salopards finis ou des victimes devenues bourreaux. Sans oublier les victimes qui se sentent coupables, des violeurs qui sont dans le déni total et une opinion publique qui pense que la fille n’avait pas besoin de s’habiller de la sorte, d’aller dans cet endroit… Bref, ce que l’on entend tous les jours.

L’auteur traitera aussi de l’homosexualité, dans le monde ultra-machiste qui est le nôtre, où les jeunes hommes doivent être des mecs et non des tapettes, comme le pense (et le dit) le père d’Evan.

Un roman qui traite de sujets de société très lourds, mais sur un ton qui évite le pathos, avec une écriture simple, mais efficace et des personnages très réalistes.

Quatre nouvelles ayant pour thème un élément, qui sont différentes, sans pour autant être éloignée l’une de l’autre, puisqu’elles possèdent un fil rouge, des personnages torturés, qui essaient de vivre avec leurs démons, de trouver la paix et qui ne savent pas toujours comment y arriver.

Un roman que je ne regrette pas d’avoir découvert !

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Les morsures du silence : Johana Gustawsson

ImageTitre : Les morsures du silence 🇸🇪

Auteur : Johana Gustawsson 🇫🇷
Édition : Calmann-Lévy (08/01/2025)

Résumé :
Vêtu d’une aube blanche et coiffé de bougies, un adolescent est retrouvé le crâne fracassé sur l’île de Lidingö, qui fait face à Stockholm.

Or, vingt-trois ans plus tôt, une jeune fille a été découverte assassinée, elle aussi, au même endroit, dans le même costume traditionnellement destiné à fêter la Sainte-Lucie. À l’époque, le petit ami de la victime avait été condamné pour ce meurtre qu’il a toujours nié.

Était-il innocent ? Le véritable coupable aurait-il frappé à nouveau ?
Mais pourquoi maintenant ?

Le commissaire Aleksander Storm, avec l’aide inattendue de la policière française Maïa Rehn récemment installée en Suède, va obstinément tenter de démêler les fils de cette énigme. Et mettre au jour un secret enfoui depuis si longtemps qu’il a fait bien des ravages…

ImageCritique :
Oui, les silences peuvent mordre et faire mal… Je ne parle pas du silence d’une personne qui vous ferait la tronche, mais de celui des disparus qui ne peuvent plus vous parler et c’est ce silence qui fait le plus mal (selon moi).

Ce polar nous entraîne en Suède, où deux jeunes viennent de découvrir un cadavre, revêtu d’une aube blanche, d’une couronne de bougie (comme pour la fête de la Sainte-Lucie) et le crâne fracassé. Meurtre rituel ? Puis un second meurtre arrive et là, ça sent le serial-killer !

Ce que j’ai apprécié le plus, dans ce roman policier, c’est qu’il ne se contente pas que d’être un polar, mais qu’il va plus loin et aborde certains problèmes sociétaux qui gangrène notre rapport aux victimes que l’on a tendance à transformer en coupable.

La Suède est en avance sur son temps, sur d’autres pays, la parité n’y est pas un gros mot, mais malgré tout, il y a quelque chose de pourri au royaume de Carl Gustaf (N°XVI). La preuve que l’herbe n’est pas plus verte ailleurs et que l’Humain a encore bien du travail à faire sur lui-même et sur la place que certains accordent à leur tchole.

L’enquête, qui n’est ne simple, ni simpliste, est confiée au commissaire Aleksander Storm, un personnage de flic que j’ai apprécié aussi (pas alcoolo, pas déprimé, pas divorcé, pas torturé,…) et il recevra de l’aide de la commissaire Maïa Rehn, une française en congé sabbatique dans la maison de son mari (qui est suédois).

Le duo fonctionne bien, sans accroche, sans amourette, sans que l’un prenne l’ascendant sur l’autre. Notre commissaire vit, elle aussi, sur l’île de Lidingö, et c’est un personnage féminin réussi.

Maïa Rehn n’est pas badass, pas hautaine, pas borderline, juste avec un poids sur les épaules et qui sera dévoilé au fur et à mesure, sans que cela appesantisse le récit ou ne vire au pathos. Mais c’est là que j’ai ressenti les plus fortes émotions. Non, je n’ai pas vécu ce qui lui est arrivé, mais je connais les affres atroces de la perte d’un proche.

Un polar qui se lit presque d’une traite, tant il est bien mis en scène, avec une écriture agréable à suivre, tout comme les différents personnages. On est clairement en Suède, on le ressent bien, même si l’autrice est française, ce qui donne un polar du Nord, mais différent des vrais polars scandinaves.

Un polar qui n’hésite pas à aborder des sujets douloureux, violents et à nous donner un bon coup de pied dans le fondement (et je remercie l’autrice de nous secouer de la sorte). Un thriller psychologique qui ne nous épargnera pas et qui abordera, avec pudeur, humanité et justesse, des faits terribles.

Une intrigue bien huilée, rondement menée et qui m’a laissé sur le cul.

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Les enfants du serpent – Inspecteur Karel Jacobs 03 : Clarence Pitz

ImageTitre : Les enfants du serpent

Auteur : Clarence Pitz
Édition : IFS Phénix noir (09/10/2023)

Résumé :
Tout le monde est capable d’aimer. Même les pires ordures. 2012. La brutalité des hommes s’abat sur le village de Bumia, à l’est de la République Démocratique du Congo.

Un groupe armé surnommé « les arracheurs » y commet les pires atrocités. Parmi les victimes, Gloria et sa fille Phionah. Seules survivantes, elles parviennent à prendre la fuite, l’âme blessée et le corps ravagé…

2017. Au cœur de Bruxelles, dans le quartier populaire de Matongé, un homme défiguré et énucléé est retrouvé dans un caniveau. L’inspecteur Karel Jacobs reconnaît la signature des « arracheurs ». À l’approche du procès d’un des miliciens, il craint que les témoins du massacre de Bumia ne soient à nouveau en danger.

Engagé dans une course contre la montre, il va devoir se plonger dans ses souvenirs pour sauver la vie des deux rescapées. Mais aussi de ses proches…

ImageCritique :
Ce polar commence gentiment, avec une comptine enfantine, c’est tout doux, avant que le récit ne vous propulse, en quelques lignes, en enfer ! Gloria et sa fille Phionah seront les rescapées des tortures commises par des soldats d’une milice.

Ensuite, après l’horreur qui s’est déchaînée à Bumia, un petit village de RDC, je me suis retrouvée à Bruxelles, dans le quartier de Matongé (quartier africain). Un quartier animé, coloré, où il fait bon se promener, sauf quand on retrouve un cadavre sur le trottoir, baignant dans son sang, énuclée !

Âmes sensibles, foutez-le camp et tenez-vous éloignées de ce roman noir qui n’épargne personne, ni son lectorat, ni ses personnages. Oubliez les Bisounours, nous allons nous retrouver au coeur de la RDC, où les milices armées assassinent, violent, torturent… Le coltan est un minerai fort convoité et donc, toutes les atrocités sont permises pour s’approprier ce minerai. Pensez-y en prenant votre smartphone ou votre PC…

Le récit se fera en alternance entre celui qui se déroule dans la région du Kivu, quelques années auparavant (2012) et celui se déroulant à Bruxelles, dans le quartier de Matongé, de nos jours (2017). Chaque chapitre se terminant, bien entendu, de manière abrupte, ce qui fait monter votre tension.

C’est même démoniaque. Le suspense est à son comble durant tout le récit, on a le cœur qui bat à cent à l’heure et si la plongée en apnée est une discipline olympique, je peux gagner une médaille d’or aux prochains JO, car j’ai lu ces quelques 450 pages en apnée totale (et je suis descendue très bas dans l’âme humaine, dans ce qu’elle a de plus sombre) !

Les personnages sont intéressants aussi et certains, hyper attachants, notamment le docteur Jonas Mutombo, celui qui répare les femmes et les gamines brisées de l’intérieur par des viols ultra-brutaux. L’inspecteur Karel Jacobs aussi, est un personnage fort, un flic qui ne lâche rien. Quant à Gloria et Phionah, j’ai tremblé pour elles durant tout le récit, tant elles étaient maltraitée par le récit et les hommes.

Les enfants du serpent (enfants soldats) est un roman noir qui parle de misère, de corruption, de l’exploitation des mines de coltan, des droits des travailleurs qui n’existent pas, des droits humains qui sont aux abonnés absents aussi, de la violence qui règne dans certains pays d’Afrique, mais aussi du génocide du Rwanda, des bourreaux qui peuvent trouver une rédemption et des victimes qui peuvent devenir des bourreaux, eux aussi.

Si certains passages sont à la limite de l’insoutenable, ils ne sont pas là gratuitement, juste pour ajouter du glauque, mais pour dénoncer des pratiques qui ont eu lieu et qui existent toujours (et partout dans le monde), dès que des hommes ont des armes, du pouvoir, de l’impunité et la sensation d’être des dieux tout puissants, détruisant tout sur leur passage (détruisant des êtres humains, des femmes et des filles, surtout).

Un roman fort, poignant, violent, qui ne vous laissera pas indemne et qui va au fond de la noirceur humaine, là où personne n’a envie de s’aventurer… Une descente dans les enfers sur terre et dans les méandres de la psyché humaine. Pas dans ce qu’elle a de plus joli, évidemment (hormis pour quelques personnages, lumineux, eux).

Un coup de cœur et un putain de coup de poing !

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Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2023 au 11 Juillet 2024) [Lecture N°125] Le Mois du Polar – Février 2024 – Chez Sharon (Fiche N°17).

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Aysuun : Ian Manook

ImageTitre : Aysuun

Auteur : Ian Manook
Édition : Albin Michel (02/11/2023)

Résumé :
Aux confins de la Mongolie et du pays Touva, terres de traditions millénaires, il est une femme qui résiste : Aysuun.

1930. Les Soviétiques lancent une « campagne de pacification » dans le sud de la Sibérie, sur les territoires mongol et touva, pour y éradiquer la culture nomade. Tsuyann et sa fille Aysuun sont laissées pour mortes après le massacre de leur campement. Vingt-cinq ans plus tard, Aysuun recroise la route de son bourreau. L’heure de la vengeance a sonné.

De chevauchées en bivouacs, entre nomades et militaires, cavaliers légendaires et voleurs de chevaux, sur fond de chamanisme et de communisme, commence alors une traque haletante, vers un piège impitoyable…

Avec ce grand roman d’aventure, de lutte et de passions, porté par le souffle de la liberté, Ian Manook, l’auteur de la trilogie best-seller Yeruldelgger, fait un retour époustouflant dans les steppes de Mongolie et la taïga du bout du monde.

ImageCritique :
Bingo, voilà mon premier coup de cœur pour l’année 2024 ! Bon, je ne prenais pas trop de risques non plus, je jouais le cheval gagnant avec Manook qui retournait en Mongolie pour dresser son récit.

La Mongolie ! Je me doutais que la cavalcade serait belle, puissante, profonde et que j’en ressortirais secouée, mais heureuse. Avec ses romans, peu de chance de finir dans la fin du classement puisqu’ils sont souvent dans le tiercé gagnant.

Attention, chevaucher aux côtés de l’auteur n’est jamais sans risque pour votre petit cœur, puisque comme toujours, dans son roman, il va y incorporer des véritables morceaux d’Histoire, de faits réels et y ajouter tout l’illogisme et l’hypocrisie du régime communiste.

Alors oui, les premières pages sont dures, violentes, montrant toute l’ignominie des soldats qui obéissent aux ordres d’un fanatique, d’un homme imbu se son pouvoir, de sa puissance et de sa certitude qu’il faut éradiquer cette société rétrograde de nomades et les transformer en prolétaires… Sérieusement, les gars ? (ironie)

Dans un pays fait de steppes immenses et d’éleveurs de chevaux, de rennes, de yacks, de chèvres,… le prolétariat est impossible, mais au communisme, rien n’est impossible, sans doute, même pas la connerie et l’imbécilité. Surtout pas les violences et l’acculturation des autres, le dénigrement de leurs croyances.

Ce récit est un formidable récit d’aventures, de galopades, de vie nomade, de culture mongole et touva, de personnages qui ne veulent que conserver leur liberté et que le grand frère russe foute son camp, avec son communisme à la noix, violent et inutile. C’est aussi le récit de la vengeance d’une femme, Aysuun, personnage marquant, fort, indépendant, libre et attachée à sa culture, sa famille, ou ce qu’il en reste.

C’est un récit aux paysages magnifiques, dont on voudrait voir en technicolor ou mieux, sur place, afin de se gorger de ces steppes, montagnes, animaux fabuleux qu’ils comportent (loups et aigles). Pour la cuisine, j’éviterai, rien ne me tente vraiment. par contre, faire l’amour sous le ciel immense et sous une fourrure douce de femelle yack, je suis partante !

La petite touche de fantastique, de magie, de chamanisme, d’inexpliqué, passe très bien dans ce récit, puisqu’il se déroule sur des terres où le chamanisme et les croyances sont très fortes.

Mais le plus important n’est pas là, c’est surtout dans le fait que des hommes et des femmes se battent pour rester libre, pour que leur culture vive, survive, eux qui voient tous les jeunes aller s’échouer dans des grandes villes polluées, déracinés, ne plus être reliés à leur terre mère, nourricière, à leur culture et leurs croyances.

Mélangeant habillement l’histoire d’une vengeance, l’Histoire avec un grand H, la fiction, le chamanisme, la nature âpre, la politique de l’URSS, le récit d’aventure pure et dure, l’auteur nous propose un grand roman, beau et violent à la fois, portés par des personnages forts, touchants, inoubliables (Aysuun en fait partie) et un méchant imbu de lui-même, fat, persuadé qu’il a raison et que les autres sont des dégénérés qu’il faut asservir, exécuter, ou éradiquer de leurs terres.

Un récit qui se dévore presque d’une traite, qui se lit les yeux grands ouverts, qui se déguste avec ferveur, tant ce qui est dit dedans n’est que vérité et que l’on a envie de pleurer, une fois de plus, sur les exactions commises par les Hommes envers ses semblables.

Un roman puissant, fort, beau comme un cheval au galop et qui, comme un ouragan, a tout emporté (oui, chantez, maintenant).

Que la route te soit blanche, petit frère, petite soeur, grand-père et grand-mère.

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Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2023 au 11 Juillet 2024) [Lecture N°102].

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Moi Nojoud, 10 ans, divorcée : Nojoud Ali et Delphine Minoui

ImageTitre : Moi Nojoud, 10 ans, divorcée

Auteurs : Nojoud Ali et Delphine Minoui
Édition : J’ai Lu – Témoignage (2009)

Résumé :
« Je m’appelle Nojoud, et je suis une villageoise yéménite. J’ai dix ans, enfin je crois. Dans mon pays, les enfants des campagnes n’ont pas de papiers et ne sont pas enregistrés à leur naissance. Mariée de force par mes parents à un homme trois fois plus âgé que moi, j’ai été abusée sexuellement et battue. Un matin, en partant acheter du pain, j’ai pris un bus et je me suis réfugiée au tribunal jusqu’à ce qu’un juge veuille bien m’écouter… »

Ce livre est l’histoire vraie d’une petite Yéménite qui a osé défier l’archaïsme des traditions dé son pays en demandant le divorce. Et en l’obtenant ! Une première dans ce pays du sud de la péninsule arabique, où plus de la moitié des filles sont mariées avant d’avoir dix-huit ans.

Son courage a été largement salué par la presse internationale et son parcours a ému le monde entier. Passée du statut de victime anonyme à celui d’héroïne, elle raconte aujourd’hui son histoire. Pour briser le silence. Pour encourager les autres petites filles de son âge à ne pas tomber dans le même piège qu’elle.

ImageCritique :
Il est des lectures qui vous font relativiser et vous dire que vous êtes bien né(e)…

Nojoud est une petite fille comme les autres, sauf qu’elle vit au Yémen et qu’elle n’a pas accès au luxe de nos sociétés, à la nourriture abondante, à l’école obligatoire et que dans sa société, les hommes sont les maîtres, les chefs absolus.

Les femmes, les fillettes vivent dans une société patriarcale et elles doivent obéissance à tout ce qui porte un service trois-pièces : père, mari, frère aîné ou fils aîné.

Dans ce récit, cette petite fille, mariée de force à 10 ans (et prise de force par son mari, alors qu’il avait juré d’attendre sa puberté – ce qui en aurait tout de même un pédophile), va oser demander le divorce, dans une société religieuse, patriarcale, où ce droit n’est pas vraiment reconnu (personne n’ose demander).

Le récit est assez court, en 210 pages, tout est dit, du moins, l’essentiel. Commençant par son arrivée dans le tribunal de Sanaa, capitale du Yémen, le récit reviendra ensuite sur une partie de son enfance, sur les mystères qui a entouré leur départ de leur petit village, en abandonnant tout, sur les mystères liés à deux de ses soeurs.

On aura la solution à la fin et cela reste abject, le traitement réservé aux femmes, aux filles, aux gamines… Dans cette société, l’honneur est au-dessus de tout (avec la religion) et ma foi, ils placent leur honneur bizarrement, faisant des victimes des coupables, comme souvent (on fait de même chez nous).

Le récit est assez facile à lire, on sent bien que c’est celui d’une gamine, les termes sont simples, la petite Nojoud ne connaissant rien du monde qui l’entoure, ni du monde des adultes, ni de toutes les règles qui le régissent.

Sans verser dans le pathos ou le larmoyant, elle explique simplement ce qui est arrivé et même sans les détails, on comprend bien son incompréhension, sa honte et sa douleur, lorsque son mari de plus de 30 ans, viendra s’affaler sur elle, prenant ce qu’il estime être son droit, sans que les femmes présentent sur les lieux n’interviennent.

C’est toujours ce qui est le plus terrible : les femmes n’ayant rien à dire, elles n’osent pas élever la voix, s’interposer, mettre fin à certaines pratiques, sans compter celles qui s’en foutent et qui partent du principe que puisqu’elles y ont eu droit, les suivantes y auront droit aussi, reproduisant ces pratiques d’un autre âge.

Ce récit est celui d’un témoignage fort, celui du courage aussi. Ce courage dont la petite Nojoud a du faire preuve pour oser entrer dans un tribunal et d’adresser à un juge. Mabrouk (*) à ces hommes qui l’ont écoutée et qui l’ont aidé.

Un récit autobiographique facile à lire, malgré le sujet traité…

(*) mabrouk : félicitations

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Taqawan : Éric Plamondon

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Titre : Taqawan

Auteur : Éric Plamondon
Édition : Livre de Poche Policier (27/02/2019) / Quidam (2018)

Résumé :
« Ici, on a tous du sang indien et quand ce n’est pas dans les veines, c’est sur les mains. »

Le 11 juin 1981, trois cents policiers de la sûreté du Québec débarquent sur la réserve de Restigouche pour s’emparer des filets des Indiens Mi’gmaq.

Émeutes, répression et crise d’ampleur : le pays découvre son angle mort. Une adolescente en révolte disparaît, un agent de la faune démissionne, un vieil Indien sort du bois et une jeune enseignante française découvre l’immensité d’un territoire et toutes ses contradictions.

Comme le saumon devenu taqawan remonte la rivière vers son origine, il faut aller à la source…

Histoire de luttes et de pêche, d’amour tout autant que de meurtres et de rêves brisés, Taqawan se nourrit de légendes comme de réalités, du passé et du présent, celui notamment d’un peuple millénaire bafoué dans ses droits.

ImageCritique :
Des injustices, tout le monde en a vu dans sa vie mais tout le monde n’en a pas subi comme les Femmes, les Juifs, les Noirs, les Amérindiens, les Gitans, les homos, les handicapés, et j’en passe.

Dès qu’il y a des différences, quelles qu’elles soient, dès que l’on veut faire plier des peuples, des personnes, les spolier, les virer, les anéantir, pour toutes les raisons possibles et imaginables puisque lorsqu’on veut noyer son chien, on dit qu’il a la rage.

Les injustices touchent souvent des minorités, mais pas toujours… Dans notre cas à nous, les femmes, cela concerne plus de la moitié de l’Humanité.

Anybref, ici, les injustices touchent les Amérindiens Mi’gmaq à qui l’ont refuse le droit de pêcher le saumon, chose qu’ils pratiquent depuis la nuit des temps, bien avant l’arrivée de l’Homme Blanc, celui qui s’appropria tout le territoire, reléguant les anciens habitants dans des réserves, transformant leurs enfants sauvages en petits civilisés, le tout à coup de trique (dans tous les sens du terme, hélas).

À partir de 1870, pour remercier ces vaillants guerriers, on leur enlève leurs enfants pour les emprisonner dans des pensionnats. À grands coups de bâton le matin, de douches froides le soir et de viols la nuit, les institutions vont faire rentrer l’idée de civilisation dans la tête des sauvages.

Ironie, bien entendu car pour moi, les Sauvages ne sont pas les Amérindiens, même s’ils ne sont pas des anges non plus. Les Sauvages et les Barbares, c’étaient les Blancs qui spolièrent le tout et qui ont vidé la Nature de tout ce qu’elle produit, reprochant ensuite au Mi’gmaq de prendre quelques tonnes de saumons quand les autres en prélèvent des centaine de tonnes.

Pourquoi se serait-il préoccupé des six tonnes annuelles pêchées dans le sud de la Gaspésie par les Indiens alors que les pêcheurs sportifs de l’Est du Canada en sortaient cent fois plus, huit cents tonnes par année, de la Nouvelle-Écosse jusqu’à Terre-Neuve? C’était encore pire au large des côtes. Les bateaux-usines capturaient trois mille tonnes de saumon par saison (et ça, c’était sans compter les centaines de tonnes d’autres poissons rejetés à la mer parce que trop petits ou pas assez rentables).

Ce livre qui tacle méchamment dans les talons d’Achille n’est pas construit de manière linéaire, ni même en alternant le passé et le présent.

Non, il serait même plutôt déconstruit et au départ, ça déstabilise un peu cette manière d’englober des souvenirs du siècle passé, où d’une ère lointaine, avec ceux de maintenant, le tout entrecoupé d’extrait de J.T, de recettes de soupe aux huîtres, de légendes, de publicité pour un motor home, d’histoires sur les saumons ou de règlements légaux, anciens et présents.

Avec des chapitres très courts, le rythme est saccadé, mais tout se tient, tout est englobé dans le grand tout et forme un récit qui, sous ses airs bordélique au départ, donne finalement un récit d’une grande cohésion et empreint d’humanisme mêlé de fourberies humaines.

C’est violent car les tacles sont sous la ceinture mais ça fait toujours du bien de dire tout haut ce que l’on pense tout bas. Il n’est pas normal que les Québécois luttent pour une reconnaissance culturelle et linguistique alors qu’ils la refuse aux Mi’gmaq ! Si moi j’ai droit à ma reconnaissance culturelle, il est normal que les autres y aient droit aussi et que tout comme moi, ils luttent pour la faire reconnaître.

— Alors pourquoi le gouvernement québécois ne veut pas donner aux Indiens ce qu’il demande lui-même au gouvernement canadien? Pourquoi faut-il un droit à la culture et à la langue française au Québec à l’intérieur du Canada mais pas de droit à la culture et à la langue mi’gmaq à l’intérieur du Québec ?

Véritable roman noir ancré dans la réalité, ce récit commence par le conflit qui opposa les indiens Mi’gmaq aux forces de police chargées de récupérer leurs filets de pêche et tournera autour de cette guerre du saumon, d’autres petites histoires venant se greffer tout autour pour donner au récit un impact qui fait mal à la gueule.

Sans verser dans la caricature, l’auteur parvient à déployer devant nos yeux avides des personnages différents, réalistes, véritable condensé de ce que l’on pourrait trouver dans cette région, avec leurs pensées divergentes et leurs beaux discours empreint d’humanité mais où leur courage est absent.

Sans nous forcer dans une direction comme on le ferait avec un animal que l’on veut piéger, l’auteur nous considère assez grands que pour tirer nos propres conclusions avec ce qu’il nous a livré comme faits.

Et pourquoi acheter quand la nature vous fournit tout ce dont vous avez besoin? On leur a donc accroché au cou l’offre et la demande, le profit, le marché. À Restigouche, le seul bien monnayable était le saumon. Alors on les a obligés à vendre le saumon tout en réglementant son commerce. Un marché contrôlé par le pouvoir, une variable d’ajustement. Le saumon, celui qu’il suffisait d’attraper pour vivre, ils devaient désormais le vendre pour survivre.

Il y a dans ces pages quatre personnages qui m’ont éblouis, chacun à sa façon. Océane étant celle qui m’a le plus ému alors qu’elle a peu de dialogues, mais elle n’avait pas besoin de parler pour dégager cette force. Magnifique.

Une lecture qui ne laisse pas indemne.

Mutt sangewite’lm’g moqwa’ wen gesatgit nmu’j negmewei.
Ne fais pas confiance à celui qui n’aime pas son chien.

On dirait que le colonialisme, c’est un peu comme un saumon, tu peux le jeter à la mer, il finit toujours par remonter là où il est né.

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Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°19.

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À table ! : John Wainwrigh

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Titre : À table !

Auteur : John Wainwrigh
Édition : Gallimard Série noire (1980)
Édition Originale : Brainwash (1979)
Traducteur : Janine Hérisson

Résumé :
Trois meurtres précédés de viol ont été commis, dans la même région, en Angleterre, dans des circonstances similaires. Les autorités policières sont convaincues qu’il s’agit de l’œuvre d’un seul et même individu.

Les officiers en charge de l’affaire ont convoqué dans leur commissariat un suspect « idéal » (il a notamment découvert le cadavre de la 3ème victime) afin d’élucider certains points de sa déposition.

Les policiers vont tenter de lui faire avouer ses crimes au cours d’un interminable et éprouvant interrogatoire.

À force de provocations et de tentatives de déstabilisation, confronté aux contradictions des réponses qu’il fournit aux enquêteurs, le suspect va être amené à rédiger et signer une déposition dans laquelle il avoue être l’auteur des crimes…

ImageCritique :
Lorsque l’on nous crie « À table ! », c’est une injonction des plus agréables (pour ceux qui aiment manger) et de suite on a envie de s’y mettre, à table. Ici, le fait de se mettre à table implique que l’on va parler, avouer son crime, ou plutôt ses crimes, dans ce roman.

Brainwash… le titre original disait bien ce qu’il voulait dire lui aussi : lavage de cerveau.

Pourtant, l’inspecteur Lyle n’a rien d’un tortionnaire ou d’un Inquisiteur qui serait capable de vous faire avouer n’importe quoi, comme le bris du vase de Soissons ou la participation à l’assassinat de JFK.

Sans en avoir l’air, passant du coq à l’âne, l’inspecteur Lyle ammènera George Barker sur les contradictions de son récit, comme le fait qu’un fox-terrier l’accompagnait, furetait partout et n’a pas senti l’odeur du sang dans le fossé.

— Spot n’a pas découvert le corps, dit Lyle avec douceur.
— Non.
— C’est vous qui l’avez trouvé.
— Oui.
— Avant Spot.
— Oui.
— Ça me paraît bizarre, dit Lyle. C’est une des… euh… contradictions que j’ai relevées. Une des raisons pour lesquelles le sergent Bell vous a demandé de venir ici ce soir.
— Le chien ? fit Barker, déconcerté.
— Que ce chien, surtout un fox-terrier, n’ait pas le premier flairé le corps. Ou peut-être, ajouta Lyle avec un sourire, était-il en laisse.
— Non. Il n’était pas en laisse.

Revenant sur des faits qui semblent anodins, Lyle va jouer une partie de tennis où chacun va se renvoyer la balle, même si l’inspecteur a tout d’un Nadal Djokovic Federer tandis que le suspect hautement suspect a plus l’air de nager dans les tréfonds du classement ATP.

On a envie que Lyle arrive à le faire craquer, il y arrivera, mais la bête n’est pas morte, elle a toujours du venin et leur match continuera jusqu’au bout de la nuit.

La force brute, c’est à la portée de tout le monde. Lyle a réussi son coup sans même porter la main sur lui. Lyle l’a écrabouillé, démoli, foutu par terre, et ce pauvre idiot ne s’en est même pas rendu compte.

Véritable huis-clos étouffant, ce roman est à l’origine du film « Garde à vue » où Lino Ventura, en inspecteur, affronte Michel Serrault, le suspect de crimes à caractère pédophile puisque des petites filles ont été violées et tuées.

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Si dans le film, les dialogues étaient d’Audiard, dans le roman, ils sont de l’auteur, ne vous attendez pas donc à des répliques bourrées d’humour mais malgré tout, le face-à-face est un délice de fin gourmet pour qui aime se plonger dans des atmosphères remplies de fumée de cigarettes, de transpiration et de flic qui savent amener les suspects, par la force de leur bagout, à se tromper dans ce qu’ils affirment et à voir les failles dans les détails les plus abscons.

Tout comme dans son autre roman « Une confession », l’auteur maîtrise ses personnages, ne les détaille pas trop, juste ce qu’il faut, mais leur donne une présence importante. Ici, il nous plonge dans le roman d’un coup, sans perdre de temps, car les crimes ont eu lieu et un suspect est aux arrêts sans l’être vraiment.

Jusqu’au bout, l’auteur jouera avec nos nerfs, nos pieds, nos émotions, et même dans le final, il nous réservera encore des surprises. Magnifique !

Le métier de policier ! Il fallait l’avoir exercé pendant vingt-trois ans, – vingt-trois ans de repas sautés, de sommeil en retard – pour acquérir le sang-froid et le cynisme de Lyle. Ça n’était pas facile. Et le prix à payer était élevé ; dans le prix étaient compris les amis et parfois les épouses et la famille. Mais en échange, on acquérait un talent spécial. Pas particulièrement agréable, mais spécial. Le don de prendre un homme et de le dépouiller de toutes ses peaux, l’une après l’autre, comme on épluche un oignon. De ne ressentir aucune souffrance. De ne voir aucune souffrance. De n’éprouver aucune pitié.

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Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois anglais (Juin 2018 – Saison 8) chez Lou & Titine.
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Le chant des revenants : Jesmyn Ward

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Titre : Le chant des revenants

Auteur : Jesmyn Ward
Édition : Belfond (07/02/2019)
Édition Originale : Sing, Unburied, Sing (2017)
Traducteur : Charles Recoursé

Résumé :
À treize ans, Jojo essaie de comprendre : ça veut dire quoi, être un homme ? Non pas qu’il manque de figures masculines, avec en premier chef son grand-père noir, Pop.

Mais il ya les autres, plus durs à cerner : son père blanc, Michael, actuellement en détention ; son autre grand-père, Big Joseph, qui l’ignore ; et les souvenirs de Given, son oncle, mort alors qu’il n’était qu’un adolescent.

Et Jojo a aussi du mal à cerner sa mère, Leonie, une femme fragile, en butte avec elle-même et avec les autres pour être la Noire qui a eu des enfants d’un Blanc.

Leonie qui aimerait être une meilleure mère, mais qui a du mal à mettre les besoins de Jojo et de la petite Kayla au-dessus des siens, notamment quand il s’agit de trouver sa dose de crack. Leonie qui cherche dans la drogue les souvenirs de son frère.

À l’annonce de la sortie de prison de Michael, Leonie embarque ses enfants et une copine dans la voiture, en route pour le pénitencier d’état.

Là, dans ce lieu de perdition, il y a le fantôme d’un prisonnier, un garçon de treize ans qui transporte avec lui toute la sale histoire du Sud, et qui a beaucoup à apprendre à Jojo sur les pères, les fils, sur l’héritage, sur la violence, sur l’amour…

ImageCritique :
Souvenez-vous, Mini-Mir était réputé pour faire le maximum… Et bien dans ce roman noir, je suis tombée sur une mère qui en faisait le minimum, pour le même prix.

Si je commence par un brin d’humour, c’est pour faire le vide en moi et tenter de reprendre pied après cette lecture qui n’était pas de tout repos tant les personnages qui gravitaient dans ces pages étaient sombres et certains l’étaient même tellement qu’on aurait aimé les bazarder de suite, comme les parents de Jojo et Kayla.

Ce n’est pas que Léonie n’aime pas ses gosses, mais elle les aime mal, elle est égoïste et ne pense même pas à leurs besoins vitaux comme boire et manger. Par contre, elle pense toujours à ses besoins vitaux à elle qui sont le crack sous toutes ses formes.

Si Kayla, 3 ans, n’avait pas son grand frère Jojo, 13 ans, pour s’occuper d’elle ainsi que leurs grands-parents maternels, ils seraient mort de faim depuis longtemps. Quant au père, Michaël, en taule depuis 3 ans, il n’a même vu sa gamine naître.

Double péché du père, pour sa famille à lui, c’est qu’il était Blanc et qu’il a fait deux enfants avec une Noire. Si les enfants peuvent compter sur les grands-maternels, ceux du côté de leur père ne veulent même pas les voir car ce sont des grands racistes.

On va finir par croire que j’ai un faible pour les romans noirs qui se déroulent dans le Sud des États-Unis, là où la ségrégation et la haine raciale sont toujours présentes.

Les temps ont beau avoir changé, les lois aussi, dans le fond de leur cœur, de leurs tripes, de leurs cervelles, les Blancs estiment toujours que les Noirs sont justes bons à être des esclaves.

L’auteur l’illustre par des petits détails, sans s’appesantir dessus, mais lors d’un contrôle policier, on est atterré par la violence développée par le policier Blanc envers cette famille Noire. Limite si je n’ai pas été traumatisée par le comportement qu’il a eu envers Jojo, juste parce que celui-ci est café au lait.

Le roman est prenant, il nous tient à la gorge, les personnages des enfants sont touchants, surtout Jojo, protecteur de sa petite sœur et même son grand-père, qui pourtant est un homme dur, est touchant lui aussi car il s’occupe bien de ses petits-enfants et aime profondément son épouse, Philomène.

On sent que Léonie, la mère des gosses, aimerait être une bonne mère, mais il lui est impossible de ne pas s’énerver pour rien sur les enfants ou de les traîner avec elle sur une longue distance pour aller récupérer leur père à la sortie de prison, sans penser à nourrir ses enfants…

La touche fantastique des morts qui hantent toujours certains lieux ne m’a pas dérangé, c’était bien amené, bien utilisé et cela a donné un petit plus à ce roman noir qui avait déjà tout pour lui.

Avec une écriture qui sait si bien faire passer les émotions ou les ressentiments, l’auteur donne la voix à plusieurs de ses personnages, nous faisant voir parfois une partie de la même scène mais avec d’autres yeux.

Un roman noir choral qui nous offre des portraits réussis de ses personnages, dont celui d’une famille Noire qui n’a pas été épargnée par les épreuves, qui nous décrit une Amérique toujours aussi raciste, ou les droits des uns ne sont pas équitables à ceux des autres, comme dans la prison ferme de Parchman, où le papy de Jojo a fait quelques années, pour des peccadilles, alors que les Blancs devaient faire des horreurs pour y être incarcérés.

Un roman noir puissant, qui prend à la gorge, émouvant, touchant, un portrait d’une Amérique au vitriol, où la drogue fait marcher les gens à son pas et détruit des enfances, ces enfants qu’on a eu par accident, qu’on a voulu garder ensuite mais dont on ne s’occupe que de temps en temps.

Un roman noir magnifique.

#LeChantDesRevenants #NetGalleyFrance

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Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois du Polar Chez Sharon (Février 2019).

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Alex : Pierre Lemaitre [LC avec Bianca]

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Titre : Alex

Auteur : Pierre Lemaitre
Édition : Livre de Poche Thriller (2014)

Résumé :
Qui connaît vraiment Alex ? Elle est belle. Excitante.

Est-ce pour cela qu’on l’a enlevée, séquestrée, livrée à l’inimaginable ? Mais quand la police découvre enfin sa prison, Alex a disparu.

Alex, plus intelligente que son bourreau. Alex qui ne pardonne rien, qui n’oublie rien, ni personne.

ImageCritique :
J’apprécie, lorsque dans un roman policier ou un thriller, l’auteur me colle des coups de pieds dans le cul, m’étonne, me fait pousser des « Ho, le salaud, j’avais rien vu venir » ou des « Là, il m’a bien eu ».

Ça marche aussi avec les auteures, mais vous mettrez vous-même les phrases au féminin !

Le commandant Camille Verhoeven est un policier qui n’entre pas dans les codes habituels du flic : il est petit (1,45m) !

Mais il a le mètre quarante-cinq cynique, de la répartie, bref, c’est un bon enquêteur, mais pour les enlèvements, faut rien lui demander depuis que sa femme, enceinte, c’est faite enlever et en est morte.

Oui, un flic torturé, une fois de plus, mais il ne boit pas, ne fume pas, ne se drogue pas, mais il cause !

Là, on se dit, un enquêteur torturé, un enlèvement de femme, ça sent vachement l’éculé, le réchauffé et tout ce que vous voulez… Oui mais non ! Le réchauffé cela sent, mais il nous sert un nouveau plat, avec des tas de tiroirs ou de mets exquis planqués dans ce qui pourrait ressembler à du burger de MacDo.

Je lui tire mon chapeau parce que l’histoire d’enlèvement n’est pas allée là où j’aurais cru qu’elle allait aller, l’auteur étant assez malin et roublard pour ne pas suivre la route habituelle mais nous emmener sur d’autres routes, moins utilisées, ce qui donne un voyage époustouflant et l’impression de ne jamais être au bout de ses surprises, avec lui.

Si certaines scènes sont choquantes, violentes, horribles, stressantes, on poursuit sa lecture (j’ai connu pire, comme scènes horribles, dont une avec un chat…) car c’est plus fort que nous, on veut connaître le fin mot de toute cette violence, de tous ces meurtres, de cet enlèvement.

Le final est magnifique, uppercutant (le mot va exister, je vais le déposer chez Larousse en passant), hitchockien, pervers, sinistre mais c’est tellement bon qu’on termine sa lecture avec un sourire narquois sur le visage.

La seule question qui restera en suspense pour moi, c’est « Pourquoi j’ai laissé traîner ce roman autant de temps sur mes étagères, moi ??? ».

Si ma copinaute de LC, Bianca, se pose la même question que moi sans en connaître la réponse, au moins, elle est d’accord avec moi pour le ressentit de lecture : c’était de la bonne came qui nous a envoyé au nirvana du thriller vicieux.

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Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).