Galates
| Galates | |
Le Galate mourant (Palais Neuf de Rome). | |
| Période | IIIe siècle av. J.-C. – VIe siècle |
|---|---|
| Ethnie | Celtes |
| Langue(s) | Galate |
| Religion | Polythéisme celte, influences des croyances locales. |
| Villes principales | Ancyre, Pessinonte, Tavium |
| Région d'origine | Galatie, territoire conquis par les Galates dans l'actuelle Turquie. |
| Rois/monarques | Léonorios, Lutérios, Déiotaros, etc. |
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Les Galates, appelés aussi Gallo-Grecs (Gallogræci) par les Romains, sont des tribus celtes (principalement les Tectosages, les Trocmes et les Tolistobogiens) qui à partir de 277 av. J.-C., à la suite de la Grande Expédition, ont migré dans le centre de l'Asie Mineure, région appelée d'après eux Galatie. Leur langue, le galate, est étroitement apparentée au gaulois. Menant d'abord des raids en Anatolie occidentale, ils sont ensuite cantonnés au centre de la Phrygie par les Attalides. En 25 av. J.-C., la Galatie devint une province de l'Empire romain, avec Ancyre (actuelle Ankara) pour capitale. Au Ier siècle apr. J.-C., de nombreux Galates sont christianisés par l'intermédiaire de Paul de Tarse.
Histoire
[modifier | modifier le code]Grande Expédition
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La Grande expédition des Celtes en Grèce et en Asie Mineure (vers 280-277 av. J.-C.) trouve ses origines dans des mouvements migratoires survenus au cours du IVe siècle en Europe centrale[1]. En 335, les Scordiques, une tribu celte de la région danubienne concluent un traité d'amitié avec le jeune Alexandre le Grand. Après sa mort en 323, des bandes celtes se mettent en mouvement vers le sud des Balkans et commencent à menacer le royaume de Macédoine. Vers 310, des Celtes pénètrent profondément en territoire illyrien et tentent de soumettre les Dardaniens, les Péoniens et les Triballes ; mais ils sont finalement vaincus par les Dardaniens. Cassandre, nouveau maître de la Macédoine, prend alors sous sa protection ses anciens ennemis illyriens face à cette menace celte. En 298, une armée celte commandée Brennos envahit la Macédoine, avant d'être repoussée par Cassandre. Ce Brennos ne doit pas être confondu avec l'homonyme qui a pris Rome un siècle plus tôt : brennos est en effet un titre celte signifiant « chef » ou « roi guerrier ». Une autre armée celte se dirige vers la Thrace, où la tribu des Serdes (ou Serdi) s'installe durablement et fonde la ville de Serdica (actuelle Sofia).
Depuis la mort d'Alexandre, la Grèce est déchirée par les guerres des diadoques[2]. La mort de Lysimaque, roi de Thrace et de Macédoine en 281 av. J.-C. affaiblit la Macédoine[2], car son succcesseur Ptolémée Kéraunos n'a pas son expérience face aux raids barbares[1]. En 280, trois armées celtes de 300 000 hommes (femmes et enfants inclus) se mettent en marche. La première, conduite par Kérethrios, attaque la Thrace à l'est. La deuxième, commandée par Brennos et Akichorios, attaque par le centre et envahit la Dardanie et la Péonie. La troisième, dirigée par Bolgios, attaque la Macédoine par l'ouest. Ptolémée Kéraunos, le nouveau roi de Macédoine, subit une importante défaite et est tué début 279[3]. Pourtant, malgré ce début de campagne prometteur, cette première armée s’arrête à cette victoire et fait demi-tour[4].
L'armée de Brennos et Akichorios attaque Delphes mais échoue. Une tradition – tardive et fausse – rapporte que le sanctuaire d'Apollon a été sauvé par une tempête de neige[5]. Les Celtes font surtout face à une guérilla des Étoliens, des Phocidiens et des Béotiens. Gravement blessé, Brennos se suicide et son armée se replie en Thrace en traversant la Thessalie et la Macédoine[4]. Finalement, ce groupe celte est vaincu par Antigone II Gonatas à la bataille de Lysimacheia en 277 à la suite d'un traquenard tendu par l'Antigonide[6]. Grâce à cette victoire éclatante, Antigone II Gonatas peut asseoir son autorité en Macédoine en devenant roi et en imposant la dynastie antigonide (il prend l'épithète de « Sauveur » ou Sôtér), après une longue période d'anarchie politique en Macédoine entre 297 et 277[7].
Une autre partie de l'armée celte fonde en 277, aux portes de Byzance, le royaume de Tylis[3]. D'autres migrent vers l'Italie du Nord en passant par les Alpes ; certaines d'entre eux retournent en Gaule, dans les Cévennes et autour de Toulouse, où ils sont désormais désignées sous le nom de Volques Tectosages[réf. nécessaire].
Formation de la Galatie
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Les contingents de Léonorios et Lutorios sont invités par Nicomède, roi de Bithynie, alors en guerre contre le Séleucide Antiochos Ier[4]. Ils franchissent l'Hellespont vers 278 av. J.-C. et éliminent rapidement le dernier frère et prétendant de Nicomède, Zipoétès II[8]. L'armée celte s'installe au sud du territoire de la Bithynie, sur les bords du Sangarios, la future Galatie. De là, les Celtes dévastent la partie de l'Asie Mineure baignée par la mer Égée, depuis la Troade jusqu'à la Carie[9].
En 274, les Galates participent à la première guerre de Syrie aux côtés de Mithridate Ier du Pont. Ils infligent une défaite à Ptolémée II, puis sont battus par Antiochos Ier. L'installation des Galates se confirme alors et forme une fédération celte connue sous le nom de Koinon Galaton (Communauté des Galates)[9].
Les Galates sont vaincus en 241 par Attale Ier, roi de Pergame, qui les regroupe ensuite dans la partie nord de la Grande Phrygie, qui reçoit le nom de Galatie. Les Celtes/Galates s'hellénisent progressivement, ce qui leur vaut le nom de Gallogræci dans les sources romaines[10].
Organisation de la Galatie
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Géographiquement, l'implantation des Galates est délimitée par le royaume du Pont et la Paphlagonie au nord, la Cappadoce à l’est, le royaume de Pergame à l’ouest et la Bithynie au nord-ouest. Ils sont désignés sous l’appellation de Communauté des Galates (en grec Koinon Galaton, en latin Commune Galatarum)[11]. Cette communauté est composée de trois peuples principaux :
- les Trocmes occupent l'intérieur des terres, et leur capitale est Ancyre (aujourd’hui Ankara) ;
- les Tectosages ont notamment les cités de Pessinonte, Gordion, Orkaorkoi[12], Gorbeus et Ergobrotis ;
- les Tolistobogiens ont notamment les cités de Tavium, de Petobriga et d'Eccobriga.
Chacun de ces peuples est gouverné par une tétrarchie (pouvoir partagé par quatre personnes) dont le pouvoir politique est partagé entre un chef, un juge (dikastès) et un commandant (stratophylax), celui-ci ayant deux officiers sous ses ordres (hypostratophylax).
Les Galates forment une confédération de guerriers, dirigés par une aristocratie militaire. Selon Strabon, les Tétrarques et les 300 membres du conseil se réunissent dans le Drunemeton, sanctuaire où se rendent la justice et d'autres affaires. Leur économie repose sur l’élevage, mais surtout les razzias, les pillages, les rançons et le mercenariat au service des monarchies hellénistiques[13]. Polyène écrit dans Stratagème : « Antigonos ayant recruté certains mercenaires galates sous le commandement de Kidérios au prix d’une monnaie d’or macédonienne ». Antigone II Gonatas a recruté plus de 11 000 Galates pendant son règne. Ceux-ci font aussi payer de lourds tributs à l’ensemble des territoires conquis et menent des pillages sur divers cités et royaumes de l’Asie Mineure, comme à Héraclée, qui doit verser un tribut de 5 000 statères d’or. Ce tribut se nomme galatika. Cette communauté possède pour l’essentiel des structures rurales, avec forteresses en hauteurs et des habitats protohistoriques, les oppidums. Ils ont une réputation de cruauté. Il y a une forte cohésion de groupe, visible à travers leur mode de combat et la persistance de leur langue qui n'est que peu influencée par les contacts culturels et linguistiques[14].
Mercenariat
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La fin de la Grande Expédition en 277 av. J.-C. laisse plusieurs dizaines de milliers de guerriers celtes en Grèce, et ceux-ci ne tardent pas à être engagés comme mercenaires par les souverains hellénistiques[15].
Ptolémée II fait venir 4 000 guerriers celtes (avec leurs familles) pour renforcer son armée, notamment pendant la révolte de son demi-frère Magas en Cyrénaïque[16]. Ils servent comme mercenaires, gardes du corps et troupes d'élite, et son souvent appréciés pour leur férocité au combat. Ils se mutinent à Memphis, reclamant leur part du trésor royal. Certains s'installent définitivement en Égypte lagide pour devenir des colons militaires. Ils sont par exemple présents à la bataille de Raphia du côté de Ptolémée IV. Comme beaucoup d'autres groupes ethniques (Grecs, Macédoniens, Crétois, Rhodiens, Thraces, etc.), les Galates sont intégrés au système des clérouquies : des terres leur sont attribué en échange d'un service militaire obligatoire. Ils forment ainsi une caste à la fois militaire et agricole, contribuant à la défense et à la mise en valeur du sol. Des attestations papyrologiques et épigraphiques montrent leur présence continue du IIIe siècle jusqu'au IIe siècle av. J.-C.. Ils se sont installés avec leurs familles, formant des communautés distinctes tout en s'intégrant progressivement[17]
Des Galates sont aussi recrutés en tant que mercenaires dans les armées séleucides et antigonides. Antigone II Gonatas enrôle ainsi 9 000 celtes pour lutter contre son rival Antipater II Étésias[18]). Des stèles funéraires de l'époque lagide montrent des soldats galates, souvent représentés avec leurs boucliers et leurs armes typiques. Ces monuments (notamment conservés au Metropolitan Museum of Art) confirment leur rôle dans l'armée lagide. Les mercenaires galates sont à l'origine de l'adoption du long bouclier ovale (le thuréos) parmi les fantassins de l'époque hellénistique (thuréophores et thorakitès).
Relations avec le royaume de Pergame
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Le roi de Pergame Attale Ier veut mettre fin aux pillages et au tribut des Galates. En 241 av. J.-C., il remporte une victoire décisive contre les Tolistobogiens aux sources Caïques[19]. Pour commémorer cette victoire un ensemble de statues de bronze est érigées sur la colline de Pergame, dont le Galate mourant. L'art pergamien influence fortement l'image du Celte/Gaulois à travers la figure du Galate. Dans les diverses représentations de ce peuple, on y voit la présence forte de la nudité, mais aussi le travail sur la musculature. Le Gaulois est donc un homme fort, grand combattant, mais aussi sauvage et sans raison, comme on le voit dans la statue du Suicide du Galate[20].
La fascination envers Galates est aussi visible dans l'art alexandrin. On note par exemple la présence d'une « tombe des Mercenaires » à Alexandrie, où des archéologues ont aussi retrouvé plusieurs stèles évoquant les Galates[21].
Intégration dans l'Empire romain
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En 189 av. J.-C., une expédition romaine menée par Cnaeus Manlius Vulso ravage la Galatie. Eumène II, roi de Pergame, vainqueur des Gaulois, aurait même annexé la Galatie en 183 av. J.-C. Toutefois un sénatus-consulte octroie l'autonomie aux Galates en 166 av. J.-C.. Les Galates luttent contre Mithridate VI, roi du Pont, et détruisent un corps d'armée en 73 av. J.-C. La réorganisation administrative de l'Asie Mineure par Pompée confie le pouvoir sur la Galatie, devenue un État-client, à trois princes, sous la surveillance du Tolistobogien Déiotaros, qui est fait roi (66 av. J.-C.). Marc Antoine procède à une nouvelle réorganisation qui agrandit le territoire de la Galatie, mais le pouvoir est confié à des hommes sûrs, étrangers aux familles régnantes (37-36 av. J.-C.). En 25 av. J.-C., la Galatie est pleinement intégrée à l'Empire romain en devenant une province impériale.
La Galatie est évangélisée dès les débuts de l'ère chrétienne. Vers 49 apr. J.-C., Paul de Tarse rédige une épître aux Galates qui fait partie du Nouveau Testament. Au IVe siècle, Jérôme de Stridon rapporte que les Galates d'Ancyre parlent le gaulois de Trèves[22].
Assimilés par la population locale devenue hellénophone, les Galates disparaissent des sources au Ve siècle.
Notes et références
[modifier | modifier le code]- 1 2 Will 2003, p. 105.
- 1 2 Kruta 2000, p. 240-242.
- 1 2 Will 2003, p. 106.
- 1 2 3 Kruta 2000, p. 242.
- ↑ Will 2003, p. 107.
- ↑ Will 2003, p. 108.
- ↑ Will 2003, p. 108-109.
- ↑ Kruta 2000, p. 272.
- 1 2 Kruta 2000, p. 273.
- ↑ Dictionnaire général de biographie et d'histoire par Ch. Dezobry et Th. Bachelet publié en 1873 chez Delagrave
- ↑ Kruta 2000, p. 273-276.
- ↑ Strabonis Geographica: Graece cum versione reficta, Volume 1 ed.Karl Müller, Editore Ambrosio Firmin Didot, Paris, 1853
- ↑ Jean-Louis Brunaux, Guerre et armement chez les Gaulois : 450-52 av. J.-C., Paris, Errance, , 219 p. (ISBN 2-903442-62-2)
- ↑ Miklós Szabó, Les civilisés et les barbares du Ve au IIe siècle avant J.-C. : actes de la table ronde de Budapest, 17-18 juin 2005, vol. 3, Glux-en-Glenne, Bibracte, Centre archéologique européen, , 243 p. (ISBN 2-909668-48-7)
- ↑ Kruta 2000, p. 254.
- ↑ (en), Christos Avramidis, The Galatian Mercenaries of Egypt, Université de Pavie, 2026, p. 28.
- ↑ (en), Christos Avramidis, The Galatian Mercenaries of Egypt, Université de Pavie, 2026, p. 48.
- ↑ (en), Christos Avramidis, The Galatian Mercenaries of Egypt, Université de Pavie, 2026, p. 26.
- ↑ Henri Hubert, Les Celtes, Paris, Albin Michel, , 733 p..
- ↑ Jean-Louis Voisin, « La mort volontaire du vaincu chez les Celtes : du lac Vadimon au Galate du Capitole », Mélanges de l'école française de Rome, vol. 121, no 2, , p. 395–405 (DOI 10.3406/mefr.2009.10901, lire en ligne, consulté le ).
- ↑ Adolphe Reinach, « Les Galates dans l'art alexandrin », Monuments et mémoires de la Fondation Eugène Piot, vol. 18, no 1, , p. 37-116 (DOI 10.3406/piot.1911.1686, lire en ligne, consulté le ).
- ↑ Saint Jérome, Commentaire de l'Épître aux Galates.
Annexes
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Les Celtes, ouvrage collectif (catalogue de l'exposition européenne d'archéologie celtique), Palazzo Grassi, Venise, 1991, Bompiani (ISBN 2-23700-484-6).
- Jean-Louis Brunaux , Guerre et armement chez les gaulois (450-52 av. J.-C.), Éditions Errance, 1987.
- Stephan Fichtl, Les peuples gaulois, Éditions Errance, 2012.
- Christian-Joseph Guyonvarc'h et Françoise Le Roux, La Société celtique, Ouest-France Université coll. « De mémoire d’homme : l’histoire », Rennes, 1991 (ISBN 2-7373-0902-6).
- John Haywood, Atlas historique des Celtes, coll. « Atlas/Mémoire », Paris, Éd. Autrement, 2002 (ISBN 2-7467-0187-1).
- [Kruta 2000] Venceslas Kruta, Les Celtes, histoire et dictionnaire : des origines à la romanisation et au christianisme, Paris, Robert Laffont, coll. « Bouquins », , 1005 p. (ISBN 2-221-05690-6)
- Kevin Parachaud, « Galates : les guerriers celtes de l'orient hellénistique », Guerres et Histoire, no 86, , p. 68-73 (ISSN 2115-967X).
- Félix Robiou, Histoire des Gaulois d'Orient, Paris, 1876 (lire en ligne).
- Maurice Sartre , L'Anatolie hellénistique de l'Egée au Caucase (334-31 av. J.-C.), Paris, Armand Colin, 2004.
- Miklós Szabó , Celtes et Gaulois, l'Archéologie face à l'Histoire, Les Civilisés et les Barbares du Ve au IIe siècle avant J.-C., juin 2005 à Budapest, Glux-en-Glenne, Bibracte, 2006.
- Édouard Will, Histoire politique du monde hellénistique 323-, Paris, Seuil, coll. « Points Histoire », (ISBN 2-02-060387-X).
- Édouard Will, Le monde grec et l'Orient : Le monde hellénistique, t. 2, PUF, coll. « Peuples et Civilisations », (1re éd. 1975), 702 p. (ISBN 2-13-045482-8).
Articles connexes
[modifier | modifier le code]- Celtes
- Épître aux Galates
- Galate (langue)
- Galate mourant
- Grande Expédition (280-279)
- Suicide du Galate