« C’est important les organes, surtout les yeux ! »

Comme promis, mon article sur le magnifique La Vie d’Adèle se trouve ici : http://www.radio-ellebore.com/les-chroniques/cinema/item/623-la-vie-dadele-chapitres-1-et-2-dabdellatif-kechiche.html

Il fait froid alors on s’enferme dans les salles de cinéma. puis faut dire que celui-ci, on l’attendait de pied ferme ! Nous sommes allés voir…

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9 Mois Ferme, Albert Dupontel, Comédie, 1h22 (2013)

Ariane Felder est une jeune juge qui a soif de réussite. Pour cela, elle n’hésite pas à travailler d’arrache-pied même si nous sommes le 31 décembre. Ses collègues viennent pourtant la chercher et elle s’enivre rapidement (pour ne pas dire elle est bourrée comme un trou). 6 mois plus tard, elle se rend compte qu’elle est enceinte. Et l’enfant a été conçu cette fameuse nuit du réveillon alors qu’elle ne se souvient de rien…

Sandrine Kiberlain interprète Ariane Felder et est confrontée à un voyou, Bob Nolan accusé d’être « globophage » joué à merveille par un Dupontel encore plus beau que d’habitude. Le duo fonctionne parfaitement, deux classes sociales, une femme qui réussit pleinement sa vie contre un « taré-débile », une juge contre un voleur.

Comme tous les Dupontel, c’est évidemment très drôle. C’est un bonheur d’entendre les rires fuser de partout dans la salle, les brefs un peu gênés puis ceux qui s’éternisent, proches du fou rire. Un film de Dupontel, ça rassemble, c’est un anti-dépresseur.
Evidemment, il nous donne à voir quelques scènes bien glauques, bien sanglantes comme il les aime, mais ça ne fait que participer à nous faire rire davantage.
Enfin, certaines scènes sont douces, tendres, sans jamais tomber dans le mélodrame ridicule. C’est beau et mignon chez Dupontel, alors que la minute d’avant c’était dégueulasse et drôle. Il excelle dans le mélange de genre, voilà qui ne fait plus aucun doute !

Si on devait cependant reprocher un petit quelque chose au film, c’est sa lenteur à démarrer. Le temps de poser le décor avec le personnage d’Ariane Felder, celui de Dupontel n’apparaît que plus tard. Par contre, une fois le film bien en place, on voudrait que ça ne s’arrête jamais, les 1h22 sont bien trop courtes, mais les gags ne s’épuiseraient-ils pas d’eux-même s’il fallait rajouter 30 minutes ?

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Allez-y rapidement, voilà une très bonne comédie (et on sait que les bons films de ce genre sont bien trop rares) !
Je vous donne envie si je vous dis que Dujardin reprend son grand rôle de The Artist dans le film ? Et pour les plus cinéphiles, une autre belle surprise qui fait du bien.

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« Jean il m’a fait manger ses crottes de nez »

Après avoir vu la magnifique palme d’or (mon article sera sur radio-ellebore.com dès mercredi prochain !), sans doute fallait-il s’aérer un peu l’esprit, aller vers quelque chose de tout à fait différent. C’est chose faite avec…

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Maman est en Amérique, elle a rencontré Buffalo Bill, M. Boreal, T. Chatel, Animation, 1h15 (2013)

Inutile de vous dire que pour une fois que je vois un film en avant-première, je suis pas peu fière d’en parler. D’autant plus que c’est un film absolument charmant.

Jean est un petit garçon qui fait sa rentrée au CP dans les années 1970. Il habite une jolie maison qu’il partage avec son petit frère Paul, sa nounou Yvette et son père, patron peu présent car accaparé par son travail. Le premier jour d’école, alors que la maîtresse lui demande quel métier exerce sa maman, Jean panique, puis ment : « elle est secrétaire ». Oui, parce que sa maman elle est partie en voyage, elle parcourt le monde, il le sait parce que Michèle, sa gentille voisine à peine plus âgée, lui lit les cartes postales qu’elle lui envoie…

Tiré d’un album jeunesse du même nom de Jean Regnaud et Emile Bravo, Maman est en Amérique… est un film formidable qui interroge de nombreuses choses avec beaucoup de délicatesse. Ainsi seront abordés les thèmes de la peur, de la mort, du Père Noël évidemment, mais aussi de l’amour et de l’amitié. Ils sont développés avec beaucoup de finesse et d’humour si bien que les parents pleurent pendant que les enfants trouvent tout ça parfaitement normal. Quelques séquences sorties de l’imaginaire de Jean viennent nous faire vivre une aventure palpitante aux quatre coins du globe.

Moins poétique dans l’illustration que le magnifique Ernest et Célestine (atteindra-t-on de nouveau un tel chef d’oeuvre ?), ce film est tout de même un enchantement pour les petits et les grands qui pourront ainsi partager ensemble une étape importante dans la vie de Jean.

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Le film sort sur vos écrans le 23 octobre prochain. En famille ou seuls, ne le manquez pas, c’est l’assurance de passer un bon moment.

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« Et moi, j’suis qui ? – Monroe. »

Attention, on ne s’arrête plus. Après l’échec Woody Allen, il fallait renouer avec les salles obscures. Cette fois, je n’ai pas choisi (comme ça j’ai moins de remords si le film est nul). Bref, il a choisi d’aller voir…

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Alabama Monroe, Felix Van Groeningen, Drame, 1h49 (2013)

Didier et Elise vivent une passionnante histoire d’amour sur fond d’american dream en Belgique. Elle est tatoueuse, lui est joueur de banjo dans un groupe de bluegrass. De leur amour naît une petite Maybelle. Dès le début du film on l’apprend, Maybelle à 7ans et un cancer. Alabama Monroe est ce récit décousu autour de ce drame intime. La narration se veut fuyante, alternant flash-back, temps présent et flash-forward pour le plus grand plaisir du spectateur.

La beauté du film vient sans doute de deux choses :
Incontestablement, la musique y est pour beaucoup. Un film qui reprend la moitié de la BO de O Brother sera toujours pour moi un chef d’oeuvre. La country, ou plutôt la bluegrass imprègne la vie du couple jusqu’aux moments les plus intimes, qu’ils soient heureux ou douloureux. Elle accompagne donc également le spectateur dans cette fiction qui prend aux tripes…
Oui, parce que si le film est beau, c’est aussi parce qu’il est formidablement violent. Evidemment, les évènements qu’ils vivent ne sont pas les plus simples, mais la véritable violence se trouve dans leurs réactions. D’abord silencieuses, puis déchirantes, pour finir désespérées… Et nous, en tant que spectateur, on est obligé de suivre même si on aimerait bien que ça cesse.

J’émets cependant une réserve, surtout par rapport au film précédent de F. Van Groeningen; l’excellent La Merditude des choses. En effet, Alabama Monroe est très efficace, l’effet escompté est bien présent, le spectateur ne peut guère s’empêcher d’aller dans le sens du film… Peut-être se sent-il alors un peu coincé dans une fiction de l’intime où il ne trouve pas forcément sa place. Loin d’être voyeur, il ne serait plus que voyant dans l’incapacité de faire quoique ce soit…

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Il va sans dire qu’Alabama Monroe reste un excellent film qui interroge de nombreuses choses. L’intime, le politique et la politique, la science, la religion, la société contemporaine, l’émotion…

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« Qui est-ce qui ment là ? »

Voilà bien longtemps, trop longtemps que je n’étais pas venue ici. Non pas que je n’aille plus au cinéma, mais j’écris ailleurs, je me fais des infidélités à moi-même. Ici : http://www.radio-ellebore.com/les-chroniques/cinema.html
Et puis entre temps je suis rentrée en master Cinéma. J’en suis toute fière mais la perspective du mémoire me force à ralentir un peu les choses parfois.
Je suppose que je serai moins présente dans le coin. Cependant, j’ai voulu reprendre un peu du service aujourd’hui pour parler d’un film. Encensé par la critique, tout le monde titre « Le retour du génie », je suis allée voir…

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Blue Jasmine, Woody Allen, Drame, 1h38 (2013)

Vous l’aurez peut-être déjà saisi dans ce petit prologue, je ne suis pas de ceux qui crient au génie.

Jasmine est interprétée par Cate Blanchett qui porte le film à elle seule par une interprétation impeccable, loin des 3 mots et demi qu’elle avait à dire dans Le Seigneur des Anneaux. Elle est une femme de la haute société, croulant sous l’argent et les dîners mondains, elle mène une vie en apparence parfaite avec Hal, son doux époux qui lui fait de nombreux cadeaux tant il a de l’argent. Seulement, après une crise conjugale aux conséquences plus que lourdes et irréversibles, elle perd tout et se voit contrainte d’emménager un temps chez sa soeur Ginger. Cette dernière vit à San Francisco, dans un quartier populaire et côtoie un homme aux amis plus que populaires également.

C’est donc ainsi que nous suivons Jasmine, évoluant dans un monde qui n’est pas le sien, en proie à de nombreuses et fortes crises d’anxiété mais aussi de folie. Ce parcours est ponctué de nombreux flash-backs dans lesquels on découvre sa vie d’avant et  la douce montée vers la crise qui va détruire sa vie.

Le décor est posé. On a donc une femme mondaine angoissée qui ne sort pas sans son Xanax et qui parle toute seule, une soeur sympa mais influençable, des amis populaires un peu lourds et un horrible passé. Voilà. On a donc un ramassis de clichés un peu insupportables qui ne sont jamais dépassés.

Je me suis clairement ennuyée devant ce film, il souffre de longueurs dans la première partie, il manque peut-être aussi un peu de violence. Je crois profondément que le film gagnerait à davantage de cruauté, de cynisme. On reste, à mon sens, dans un monde qui n’est pas si pourri. Woody Allen porte un regard tout à fait bienfaiteur sur ses personnages et c’est un peu fatigant.

Ce n’est pas tant que le film soit très mauvais. Je pense juste avoir découvert que je n’aimais pas Woody Allen (le seul que j’aime est la comédie ridicule mais Ô jouissive Escroc mais pas trop, déplorée par tous les fans du réalisateur). Incontestablement, il va plaire au plus grand monde, parce que chacun aime savoir que chez le voisin c’est pire et qu’une femme en apparence parfaite est en réalité une angoissée profonde. Personnellement, je m’en tamponne.

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« On n’est pas sérieux quand on a 17 ans » – Rimbaud

Ozon et moi, ce fut une grande histoire d’amour. Sans même savoir que c’était lui, petite déjà je me repassais son 8 Femmes en boucle, si bien qu’aujourd’hui je me souviens toujours par coeur des chansons, mais le nom du meurtrier m’est totalement sorti de la tête. J’avais 10ans, ça faisait donc déjà une décennie que je n’avais pas repris rendez-vous avec Ozon. Après le joli scandale cannois et les nombreux avis divergents, je me suis décidée à aller voir…

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Jeune et Jolie, François Ozon, Drame, 1h34 (2013)

Isabelle a 17 ans. Et comme le dit Rimbaud, « On n’est pas sérieux quand on a 17 ans ». Pour le plaisir, pour retrouver chaque fois un peu d’émotion, Isabelle se prostitue.

Le film est dense, il travaille sur de nombreuses choses à la fois et pour cette raison, il est difficile d’en faire un simple résumé. De la relation mère-fille, celle d’Isabelle avec sa famille, avec les hommes, avec ceux de son âge, c’est un véritable portrait d’une jeunesse désabusée qu’Ozon dresse ici.

Tout ça sonne donc bien Nouvelle Vague. Rien que l’affiche nous le signale, Marine Vacth pue Bardot à plein nez. Bardot jeune hein, la jolie et trépidante Brigitte découverte dans Et Dieu créa la femme puis posant dans Le Mépris. Le traitement de l’image, jouant par instant sur le gros plan, les thématiques familiales, l’insolence adolescente. Jeune et Jolie paraît donc être un film des 60’s arrivé trop tard. Tellement trop tard que tout a déjà été fait. Bardot est meilleure que Vacth, Pialat est meilleur qu’Ozon dans les scènes dramatiques dans le cadre familial (on se souvient tous de cette scène fabuleuse dans A nos amours), la jeunesse bourgeoise a été filmée maintes fois par Truffaut, toujours de façon brillante. Ce dernier film d’Ozon en appelle bien d’autres à la réflexion. En ce sens, il ne se suffit pas à lui-même, il devient bancal. On s’appuie sur des connaissances pour l’apprécier pleinement.

Enfin Ozon crache sur la bourgeoisie, sa fausse compréhension du monde, sa fausse indulgence. Seulement, on le sait tous, le public d’Ozon est ce bourgeois qu’il dépeint. Alors peut-être un jour faudra-t-il trancher : se fâcher définitivement avec son public en créant l’oeuvre qui le fera hurler ou cesser de cracher sur son gagne-pain.

Jeune et Jolie m’avait laissé une bonne impression en sortant de la salle, 2 semaines après il ne m’en reste plus rien. A l’image des amours adolescentes, le film reste fugace, il se savoure un temps puis nous lasse…

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Dans la vie de cinéphile il y a des étapes importantes. J’en franchis une dimanche soir grâce à l’avant-première de Jimmy P. présenté par son auteur de génie qu’est Arnaud Desplechin (je vous raconterai !). 

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« Des fois j’la r’garde et j’imagine que j’vois sortir un p’tit poussin »

J’ai été débordée ces derniers temps. J’ai loupé tous les bons films au cinéma, je m’en veux et me flagelle tous les soirs rien qu’à cette pensée. Mais comme l’appel de la salle obscure est plus fort que tout, alors même que les bons films n’étaient plus à l’affiche, que mon cinéma d’art et d’essai n’avait plus de séances à cette heure-ci… Je suis allée voir un dessin-animé blockbuster au Pathé. (Vous pouvez me huer, j’ai honte et mon portefeuille crie famine depuis.)

Touchée par le premier volume, je me suis laissée porter jusqu’au deuxième… On est allé voir…

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C’est donc LE film de l’été. Oui, probablement. Ce ne sera sans doute pas celui de l’année. Les distributeurs ont bien joué : le film est sorti pile à temps pour pouvoir être un succès, semaine après semaine et ce pendant tout l’été. Il sera éclipsé en septembre au profit de la rentrée cinéma et de toutes les belles choses vues à Cannes.

Moi Moche et Méchant 2 est ce que j’appellerai un « honnête divertissement ». J’ajouterai à cette dénomination la préposition suivante : « Qui ne casse pas trois pattes à un canard ».  La question du public est tranchée : on vise les enfants, les parents ne sont là qu’en accompagnateurs, quant aux ados, il y’a les films d’horreur. Soit. Le film souffre cependant de cette rupture, son humour jouant alors sur un seul degré, le scénario sur un seul niveau de compréhension. Adieu film formidable qu’on revoit tous les ans et auquel on découvre sans cesse des choses : Moi Moche et Méchant 2 se consomme tout de suite maintenant, et s’oublie aussitôt.

Le scénario souffre de quelques manques, de certaines facilités. En effet, peut-être faut-il avoir 5 ans pour ne pas comprendre dès le début les enjeux du film, et par conséquent, le dénouement, mais ça manque incontestablement d’un peu de suspens, d’un peu de rêve. L’image quant à elle est made in France, et mis à part un géant bleu aux allures de Hulk, on  peut s’auto-applaudir avec les mains : c’est réussi !

Les célèbres Minions, moins effacés que dans le premier opus, sauvent le film par leurs pirouettes et leurs gags qui ne sont pas sans rappeler un certain comique burlesque.

Le film est donc un concentré de mignonitude. Sauf que c’est pas assez écrit et qu’il n’y a pas assez de cohérence pour qu’on en retienne quelque chose.
Retrouvera-t-on cette année quelque chose du niveau d’ Ernest et Célestine ? Je me permets d’en douter.

 

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Ce soir, je reprend du service : 21h45 dans un cinéma d’art et d’essai : Les Salauds, de Claire Denis avec Chiara Mastroianni et Vincent Lindon. Ne vous éloignez pas trop, j’en parlerai donc prochainement !

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« Because you love each other »

Accablée de partout parce que je n’ai pas aimé Le Passé, j’ai décidé d’aller voir un film qui faisait encore l’unanimité. Un peu méfiante, un peu peur de perdre encore 2h10 de ma vie, d’autant plus inquiète que j’ai embarqué le copain dans l’aventure.
Nous sommes allés voir…

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Mud, Jeff  Nichols, Drame, 2h10, 1/05/2013

Ellis et Neckbone sont deux amis de 14 ans qui vivent dans le bayou. A la recherche du fameux bateau dans l’arbre ils se rendent compte que celui-ci est habité et font la connaissance de Mud. Mud est un ancien du bayou, il a vagabondé à droite à gauche et se cache aujourd’hui sur une île en attendant de fuir avec celle qu’il aime. Ellis et Neck sont pris à parti pour l’aider, entrainés dans cette aventure qui les dépassent…

La plupart des critiques titrent « Le plus grand film américain de l’année ». Soit. L’année n’est pas finie et c’est excessivement réducteur de parler seulement de « film américain ». Mud est un grand film. Point. Pourtant loin d’apprécier à sa juste valeur le cinéma américain (comme ils disent), Mud et bien au-dessus de tous les films français sortis récemment (sauf Dumont d’amour mais là on ne joue plus dans la même cour).

L’histoire de Mud est bonne. Sans digressions folles, elle va de A à Z sans rechigner, alimentant cependant plusieurs problématiques qui se croisent et influent les unes sur les autres (divorce, Mud, May Pearl…). Le mot d’ordre serait sans doute l’amour tant il motive les actes de chacun. En ce sens Mud est un film sur l’amour, un film optimiste qui redonne foi en l’amour inconditionnel malgré les échecs.

L’image est belle. Les plans sur le Mississippi sont magnifiques et rendent tour à tour le fleuve menaçant ou bienveillant. Le reste est peut-être assez classique mais est là pour servir l’histoire (tout en soignant chaque plan) et ça fonctionne.
La bande-son quant à elle est fabuleuse. Signée par David Wingo elle oscille entre jazz et rock et, comme c’est la coutume dans le cinéma américain, ne vient pas te dire ce qu’il faut ressentir à tel ou tel moment. Loin d’être tire-larme elle accompagne le film et permet de rendre compte du monde particulier qu’est le bayou.
L’interprétation est également formidable. Les deux enfants qui oscillent entre préoccupations adultes et peurs adolescentes sont poignants de justesse. Mention spéciale pour l’exceptionnel Tye Sheridan (Ellis) qui vole facilement la vedette à Matthew  McConaughey (Mud) par sa gueule d’ange et ses idéaux plus que respectables.

Vous l’aurez compris, Mud est un vrai coup de coeur. Pour oser la comparaison avec Les Bêtes du Sud Sauvage (je me la permets compte tenu des similitudes :  des enfants dans le bayou), Mud est plus grand. Peut-être parce qu’il est moins sentimentaliste, moins tire-larme, mais surtout parce qu’il est d’un optimisme fou, et que putain, ça fait du bien !

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« C’est quoi ce secret de Polichinelle ? »

Retour dans les salles. Trop longtemps que je les avais désertées au profit de mes cours, de mon déménagement et du reste.
Ainsi, pour fêter ça j’ai choisi un film en compétition à Cannes (comme ça s’il est primé je pourrais sciemment le critiquer…). Alors c’était parti, non sans une petite appréhension…

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Le Passé , Asghar Farhadi, Drame, 2h10, 17/05/2013

L’histoire semble difficile à résumer. Elle l’est. Marie aime désormais Samir dont la femme est plongée dans le coma. Ahmad a vécu quelques temps avec elle avant de repartir pour Téhéran il y’a déjà 4 ans. Il revient en France sur la demande de Marie qui veut finaliser la procédure de divorce. Il se retrouve à gérer Lucie, la fille de Marie, adolescente en colère, mais surtout à maintenir un semblant d’équilibre alors que le passé qui resurgit menace la construction de cette nouvelle famille dont il ne fait plus partie…

Une question me brûle les lèvres alors que je sors de la séance… Le Passé ne serait-il pas un film pour bobo ?

Le public présent dans les salles amène un premier élément de réponse. Tout est écrit pour le public cultivé de plus de 60ans. Ils semblent tous ravis de pouvoir entendre Bérénice Béjo qui leur avait bien plu dans The Artist. De plus, quoi de mieux qu’un film dont le réalisateur et les deux acteurs principaux sont iraniens pour assouvir leur faux alter-mondialisme ?

Le film ne soulève rien. Ni question, ni innovation. Le cinéma est-il obligé de soulever quelque chose ? Je ne le pense pas. Seulement, si le fond ne suit pas (l’histoire de A à Z n’évolue pas, on les regarde gentiment se déchirer, bien que dans le déchirement on ait vu mieux), il faut que la forme prenne le relais. Or, dans ce film, la forme est classique : du champ/contre-champ, pas spécialement de prise de risques… Rien qui vienne sauver ce fond un peu facile du trio amoureux en crise.

Certaines scènes méritent d’être sauvées, principalement celles avec le jeune Fouad ou l’excellente Lucie. Les enfants donnent une profondeur au film que les adultes n’atteignent pas, concentrés à réciter leur texte. Palme d’or de la réplique la plus insupportable pour Ahmad (joué par Ali Mosaffa qui est pourtant bon) : « Mais c’est quoi ce secret de Polichinelle ». Voilà.

Finalement, Farhadi filme de façon banale une histoire banale. Et nous dans tout ça, on s’ennuie ferme.

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« Je n’désespère pas de sortir un jour d’ici »

Mercredi 13 mars. Cette date était entourée de rouge sur mon petit agenda. Presque j’y’aurais mis un coeur. Puisque oui, le 13 mars c’était la sortie de ce film. Ce film, rappelez-vous, je l’avais mis en première position dans mes films les plus attendus en 2013. Avant même le Godard, ce qui pour moi n’est pas rien. Alors arrive le 13 mars, comme chaque mercredi on choisit le film qu’on va voir, mais cette fois-ci, pas d’hésitation. Ca fait tellement longtemps que j’en parle avec un énorme sourire aux lèvres qu’on ne peut pas me refuser d’aller voir…

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Camille Claudel 1915, Bruno Dumont, Biopic, 1h32, 13/03/2013

Qu’on se le dise, je suis une amoureuse inconditionnelle du cinéma de Bruno Dumont. Et de Bruno Dumont lui-même d’ailleurs. Ses penchants réalistes me semblent les plus justes, cette capacité dans la maîtrise de s’ouvrir à l’aléa me transportent… Camille Claudel 1915 n’a pas échappé à la règle.

Le film raconte 3 jours de la longue période d’enfermement de Camille Claudel dans un asile du sud de la France. Elle vit dans l’attente de l’arrivée de son frère et dans l’espoir de sortir un jour d’ici… On sait tous que son souhait ne sera jamais exaucé et qu’elle ne sculptera jamais plus.

Tout d’abord, Juliette Binoche. Etonnante. Il faut déjà savoir que c’est la première fois que Dumont tourne avec une actrice professionnelle. Il me semble qu’avec une actrice non-professionnelle le film aurait été différent mais tout aussi parfait. Par contre, avec une autre actrice professionnelle que Binoche, il serait absolument tombé à l’eau. Binoche a cette humilité et ce désir de tourner avec Dumont qui font que le film se tient parfaitement.

Ensuite, l’image, le son, le montage, tout le reste… Tout est parfait. J’écris cet article alors que je suis encore sous le choc (on est pourtant vendredi), j’ai envie de pleurer, j’ai envie de le revoir.
Bruno Dumont filme la vie. Celle qui se déroule devant nous. Il la filme en plan-séquence parce que la vie ce n’est pas un long chemin tout tracé. C’est aussi l’imprévu qui peut advenir seulement dans la durée. En décidant de faire jouer les vrais patients de l’asile dans lequel il tourne, Bruno Dumont s’ouvre un peu plus à l’aléa, au risque aussi qu’un plan ne soit pas celui qu’il attendait. De ces imprévus naissent les grands films.
La vie se fait aussi par le montage. Loin d’être en opposition avec le plan-séquence, le montage chez Dumont est surtout présent pour avoir un contre-champ. Le contre-champ est hybride. Soit venu trop tôt, soit trop tard, il est là pour différentes raisons mais chaque fois il porte en lui un sens très particulier et une forte émotion. Chaque plan est une expérience phénoménologique où le spectateur apprend à voir de nouveau.
Bincohe et Jean-Luc Vincent (qui joue le rôle de Paul Claudel) remplissent le contrat avec leurs longues tirades soit expliquant le désir de Camille de sortir d’ici, soit louant Dieu pour le fervent Paul. Seulement, l’émotion ne naît pas de cette parole, de ce visage plein de larmes. Non, l’émotion vient de l’image, de ce léger travelling qui ne cesse de s’approcher d’eux, de cette absence de profondeur de champ, comme si au fond, les personnages ne pouvaient pas échapper à leur condition.
Quant au son il est également là pour être au plus près de la réalité. Pas de musique extradiégétique venue vous dire quoi ressentir mais des gros-plans sonores sur des bruits qui nous font nous rapprocher de la psychologie de Camille Claudel. Des rires, des voix, des pleurs et des reniflements. Voilà ce que capte le micro de Bruno Dumont. Autant de bruits familiers qui sont mis en avant et véhiculent un sens (alors qu’ils viennent d’un monde où ils ne signifient pourtant plus rien).

J’ai été profondément émue par ce film. Non pas par le côté métaphysique et le rapport important à la religion, mais par tout le reste. Les émotions ne sont pas exacerbées, on n’éclate pas de rire, on ne pleure pas à chaudes larmes, tout est dans la nuance, dans l’infime. On est touché par cette grâce qui s’élève de tous les films de Bruno Dumont…

Le plus triste dans cette histoire c’est qu’il faudra attendre minimum 2 ans pour refaire l’expérience d’un Bruno Dumont… Et ça je vous assure que ça me rend malade.

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« Chili, la joie viendra »

Grosse entorse au règlement, nous sommes allés au cinéma un mardi (rassurez-vous, on y va quand même demain). Le cours de séries TVs, aussi intéressant soit-il, n’aura pas fait le poids devant le désir de voir ce film. On est allé voir un film sur un sujet qu’on ne maitrisait pas, et on a tout compris ! Ce mardi, était à l’honneur…

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NO, Pablo Larrain, Historique, Drame, 1h57, 6/03/2013

No raconte la célèbre campagne publicitaire et politique engagée contre Pinochet en 1988. Alors que l’international a les yeux rivés sur le Chili et demande au Général Pinochet de légitimer sa présidence, ce dernier organise un référendum pour savoir si OUI ou NON il doit rester au pouvoir. Sûr d’en sortir vainqueur, le référendum n’est là que pour apaiser l’international qui lui demande des comptes. Alors qu’il concède chaque jour 15 minutes de télévision à un spot de campagne de la partie adverse, cette dernière a pour principal objectif de se faire entendre…

Oeuvre très intéressante sur la manipulation des médias, elle donne encore aujourd’hui beaucoup de clés pour comprendre l’influence de la télévision dans la vie des citoyens. Mêlant images d’archive et images tournées pour le film, Pablo Larrain nous offre un regard critique et amusé sur cette campagne du NO désormais célèbre dans le monde entier grâce au renversement de Pinochet qu’elle a engendré.

Loin de connaître le sujet (à vrai dire je n’en avais même jamais entendu parler), le film se laisse pourtant saisir dans sa totalité et on prend plaisir à participer activement à cette fameuse campagne dont on pressent les enjeux très rapidement.

Gael Garcia Bernal est parfait. Comme toujours. Outre sa belle gueule, il incarne son personnage de papa-publicitaire à merveille. Pour lui, la campagne du NO est avant tout une campagne de publicité. On vend de la joie, l’espoir d’un futur meilleur comme on vend un micro-onde (savoureuses scènes du micro-onde d’ailleurs !). Bien entendu, le personnage évolue (et c’est un plaisir) jusqu’à cette scène finale à en donner des frissons.

L’image et le montage, eux, sont plus étranges, plus insaisissables. Larrain tourne son film avec 4 caméras utilisées dans le tournage de films dans les 80’s ce qui a pour effet de donner un grain à l’image, un aspect presque moche, un peu télévisuel au fond. Larrain explique ce choix par cette volonté d’être au plus proche de cette période mais aussi pour éviter la trop grande différence d’aspect entre l’archive et le tournage. Le résultat est impeccable, il va jusqu’au bout de son idée et même si ça peut déconcerter on se laisse prendre dans la narration du film sans aucun problème. Il me semble que No a ce mérite que n’ont pas les derniers grands films sortis en salle. Le réalisateur a un axe narratif, il le traite de A à Z sans digressions inutiles et de façon égale. A aucun moment il ne s’écarte de son projet et ça fait du bien.

No est un bon film. On peine peut-être un peu à rentrer dedans, il met sans doute un peu trop longtemps à démarrer, mais une fois que la guerre des campagnes est lancée c’est un délice. Larrain filme cet évènement historique avec beaucoup d’humour tout en ayant bien conscience des conséquences qu’il entraine.

Puis, blague à part, pour moi qui suis une grande fan des scènes où une population se soulève, ensemble, dans un objectif commun, je peux vous dire que j’ai frissonné une dizaine de fois devant ce film. Larrain filme cet engouement d’un peuple uni dans la construction d’un avenir meilleur à laquelle le spectateur participe activement. Avec lui, incontestablement, la joie dans les salles de cinéma du moins, est venue !

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