En lisant, François Baril Pelletier, on entre dans un voyage initiatique. Sonder l’origine. La quête d’un rêveur, au bord de l’eau vive. Être dans un monde d’images furtives. Il y a des brèches. Le mythe des puissances maternelles nous dit C.C Jung « que la mort est remise à la mère pour être réenfantée » (1).
Un livre de méditations
Il faut lire ce livre avec son cœur d’enfant. Lire des invocations aux échos solennels dans une succession ininterrompue d’images. L’âme et le monde, unis dans la même totalité, entraînés dans un flot mouvant et écumant.
« Ce qui ouvre le cercueil
Est la lumière des geôles
Conduisant vers le ciel
Tel l’ilot
Des outardes
La boue sur la route
Ce naufrage
Sur la ligne des étendues
Pris à l’univers:
Tel dans la toile :
Ces déserts
De sens » (p. 32)
Nouvelle naissance
Est-ce qu’il existe un commencement? J’ai pensé à Nane Couzier dans « Commencements » (2)
« Ce rien
Ultime en premier.
Le bout de toute dépossession
Ordre pur sans objet
Le désert consume
Jusqu’au ciel »
Le poète Pelletier est un aventurier à travers le temps et l’espace. C’est un prince qui foule des terres, des labyrinthes. Nous sommes dans les origines. Le schéma Rimbaud : détruire le connu pour accéder à l’inconnu.
« Je vendrai mes larmes à la nuit
Je chercherai le mystère
Dans les coffres et cavernes
Je toucherai le sens
De l’être » (p. 57)
La lumière des temps anciens
Je suis avec toi. Je suis « cet enfant qui joue avec son ombre (p. 71 ). J’ai vu dans tes yeux l’eau du monde la lumière des temps anciens » (p. 78). Peut-être comme moi, cherches-tu « une énorme Clef » ? (3 )
Comme Rilke, tu parcours les verg ers inaccessibles. Tu le dis : « le jardin écoute le poème » (p.89). Il faudra se libérer de toutes les illusions matérialistes. « Retrouver les marées du souffle » (p. 98 ). Cette lumière chaude qui claironne dans l’espace. Elle est quelque part en nous dans « l’éternité des mers » (p. 106 ). « Comme un dieu satisfait qui s’endort » (4 ).
La lumière à l’ombre
Depuis « Terre de soleils » (5 ), nous traversons ensemble un temps de renaissance, malgré les extases inexplicables. Il y a le chaos du monde, le champ sémantique. Tout cela a peu d’importance, tu nous amènes dans les plus hautes sphères du grand Tout.
Avec toi, on voit la lumière à l’ombre.
Notes
Gaston Bachelard, « L’eau et les rêves », Livre de poche 2018.
Nane Couzier, « Commencements », Les éditions du passage. 2016.
Rainer Maria Rilke, « Vergers », Gallimard 1994.
Rilke p. 119
« Terre de soleils », figure dans le top 15 des livres de 2025 sur La Metropole.com.
À propos de l’auteur
Né à Montréal, François Baril Pelletier a amorcé très jeune un travail de création dans plusieurs domaines, dont les arts visuels, l’illustration, le slam et la poésie. Il a vécu à Montréal, Régina, Aix-en-Provence et Ottawa, où il a obtenu un diplôme en arts visuels avec mineure en études anciennes, à l’Université d’Ottawa, summa cum laude.
Aujourd’hui, il consacre son parcours à l’écriture poétique, dans une démarche esthético-spirituelle. Son site personnel, franchement inspirant : www.francoisbpelletier.com ll est l’auteur de onze recueils de poésie, dont Déserts bleus (Prix Le Droit, 2015), Les trésors tamisés (finaliste au Prix du Gouverneur général), La soif de la soie et Terre de soleils, parus en 2024-2025.
Francois Baril Pelletier, « De l’éclair nait la glaise », Pierre Turcotte Éditeur Collection Magma Poésie. 2026.
Ricardo Langlois a été journaliste a Pop Rock. Il a gagné 2 fois le prix du meilleur journaliste. Il a travaillé en région notamment à la radio de Châteauguay. Il a écrit plus de 70 articles pour l’UQAM. Prix du meilleur réalisateur a CHOQ FM en 2006. Il a écrit plus de 300 articles pour Famille Rock. Il est l’auteur de 7 livres de poésie.
Du 9 au 31 mars 2026, dans tous les territoires de France et dans plus de 50 pays à travers le monde, le Printemps des Poètes, avec 17 millions de participants nationaux en 2025, fédérera de nouveau une diversité d’énergies et une multiplicité de talents autour de la célébration de la poésie. Avec pour thème de cette 28e édition – Liberté. Force vive, déployée.
Isabelle Adjani, l’unique comédienne française primée cinq fois meilleure actrice aux Césars, dont la carrière conjugue de manière flamboyante le cinéma, le théâtre et les lectures littéraires, sera la marraine de la 28e édition de la manifestation. « Sa liberté, son talent et son engagement qu’elle a toujours mis au service des grandes œuvres, des grands talents et des grandes causes nous honorent », souligne Emmanuel Hoog, le président du Printemps des Poètes. Artiste engagée, Isabelle Adjani incarnera en mars 2026 cette force vive intarissable qu’est la liberté – le thème de cette édition –, liberté dont la poésie est toujours porteuse par son audace et son énergie créatrice.
L’affiche officielle du Printemps des Poètes 2026
La liberté est le propulseur de la vie. Aussi l’affiche officielle de la 28e édition de la manifestation est une œuvre photographique qui en témoigne symboliquement, tout en étant profondément ancrée dans le réel. Une œuvre qui allie naturel et force d’impulsion, signée par le reporter-photographe Áris Messínis, et qui marque le nouveau partenariat du Printemps des Poètes avec l’Agence France-Presse.
Horizon vertical de Catherine Joanette, Editions du Wanpum, 2025
Horizon vertical est un recueil de poésie de Catherine Joannette publié aux Éditions du Wampum en octobre 2025. Il s’inscrit dans le parcours d’une auteure québécoise dont l’écriture se distingue par une grande sensibilité, une intensité affective assumée et une attention constante aux mouvements intérieurs. Ce livre prolonge une démarche poétique où l’expérience intime devient matière de réflexion et d’élan existentiel. Au cœur du recueil se trouve la confrontation entre émotion et raison. Ces deux forces, souvent présentées comme opposées, traversent les poèmes sous la forme de tensions constantes, parfois douloureuses, parfois fécondes. L’horizon proposé par Joannette n’est pas une ligne calme et stable mais une verticale, une montée, une élévation intérieure. Cette verticalité suggère que l’expérience humaine n’avance pas en ligne droite mais se vit dans l’effort, dans le déséquilibre, dans le dépassement de soi. La lutte intérieure est un motif central du recueil. Le cœur y est souvent présenté comme un organe de combat, un muscle soumis à l’épreuve quotidienne de l’amour, de la colère, de la persévérance. La poésie devient alors un lieu de résistance, un espace où la rage et la tendresse coexistent sans s’annuler. L’écriture transforme l’effort de vivre en énergie poétique, faisant de chaque poème une tentative de tenir debout malgré les tensions. La métaphore de l’horizon joue un rôle structurant dans l’ensemble du livre. Traditionnellement associé à une limite ou à une ouverture lointaine, l’horizon devient ici un espace intérieur, un point de tension entre ce qui est vécu et ce qui est espéré. En le qualifiant de vertical, Joannette détourne l’image paysagère pour en faire une figure philosophique et existentielle. L’horizon n’est plus devant soi mais en soi, à gravir, à traverser, à éprouver dans le corps et la pensée. L’écriture de Catherine Joannette se caractérise par une grande authenticité émotionnelle. Les poèmes s’ancrent dans le vécu quotidien, dans la fatigue, le doute, la persistance du désir d’avancer. La langue est directe, parfois proche de l’oral, mais toujours traversée par une tension poétique qui ouvre le sens. L’émotion n’est pas simplement racontée, elle circule dans le rythme, dans les images, dans la respiration des vers. Le ton du recueil oscille entre intimité et portée universelle. Les poèmes donnent accès à une expérience personnelle tout en rejoignant des préoccupations communes liées à l’endurance, à l’amour, au temps et à la transformation de soi. Le style repose sur une alternance entre phrases simples et images plus chargées symboliquement, ce qui confère au livre une dynamique vivante et accessible sans renoncer à la profondeur. Horizon vertical apparaît ainsi comme un recueil du dépassement et de la persévérance. Catherine Joannette y explore les contradictions de l’existence non pour les résoudre définitivement mais pour les habiter pleinement. L’horizon qu’elle propose n’est pas un lieu de repos mais une figure de tension et d’intensité, un espace à gravir où se rencontrent le cœur, la pensée et la volonté de continuer.
Extrait :
« en dépit de tout j’ai surmonté les côtes du destin et finalement je pense que les choses ont changé un peu comme des vagues opposées ma raison et mon cœur s’entrechoquent et ne deviennent qu’un
le cœur est un muscle gros comme un poing et chaque jour je continue de me battre avec amour avec rage pour l’horizon vertical »
Poésie Éditions de Wampum 5½ X 8½ po 72 pages ISBN : 978-2-925048-33-6 Paru le 1er octobre 2025 18,00$ CA
Catherine Joannette est une jeune auteure québécoise qui vit à Montréal. Son écriture est un véritable maelstrom de sentiments et d’émotions d’une spontanéité et d’un réalisme bouleversants. Elle a publié un roman, Cayenne, ainsi qu’un recueil de poésie, Réfraction. Horizon vertical est son troisième ouvrage aux Éditions du Wampum.
Christophe Condello est poète, blogueur (Christophe Condello | « Les arbres sont des êtres qui rêvent » Aristote), chroniqueur et directeur littéraire de la collection Magma Poésie chez Pierre Turcotte Éditeur.
Pierre Turcotte Éditeur a le plaisir d’accueillir la poète, écrivaine et chercheuse brésilienne Licia Soares de Sousa. Nous publierons bientôt dans notre Collection Magma Poésie son recueil Nos corps territoires inondés et brûlés.
Licia Soares de Souza est professeure de sémiotique de la culture à l’Université de l’État de Bahia (UNEB), au Brésil. Elle est aussi professeure associée à l’UQAM, membre de FIGURA, chercheuse au Conseil national de recherche à Brasília (CNPQ), vice-présidente de l’Association internationale d’études québécoises (AIEQ), côté Amériques. Elle est aussi membre du CRILCQ, Centre de recherche en littérature québécoise et du CRIEM/CIRM à l’Université McGill, ainsi que de LA TRAVERSÉE, l’atelier de Géopoétique du Québec, à l’UQAM. Elle est l’auteure de plusieurs ouvrages théoriques dont le dernier en français porte sur la géopoétique : Pour une géopoétique interaméricaine, Paris, Société des Écrivains, 2019.
Nous avons le grand plaisir de recevoir aujourd’hui au questionnaire de P(oés)I(e), la poète Catherine Joannette.
Présentation :
Je m’appelle Catherine Joannette, je suis chargée de projet dans un organisme d’intervention en milieux festifs à Montréal (et aussi auteure apparemment!). J’aime rire, le dessin, les balades, essayer des nouveaux cafés, le soleil qui passe entre les branches ou les rideaux. Je m’inspire du quotidien et de ma vie personnelle dans mes projets d’écriture.
1-Qu’est-ce qui vous a amené à la poésie ?
J’ai eu la chance d’avoir grandi entourée de livres, ma mère nous a initiés très jeunes, mon frère et moi, à la lecture. J’ai toujours été attirée par la poésie et les figures de style, et surtout, les images et les interprétations qui en découlent. Je me trouvais souvent à écrire quelques mots sur des bouts de papier, et je finissais les poches pleines de pensées; et à un moment, j’ai décidé de make it make sense.
2-Pouvez-vous nous indiquer un livre que vous aimez particulièrement ?
Javotte de Simon Boulerice! Vous comprendrez que j’aime tout ce qui est cru, authentique, sans tabou, et j’ai plus que trouvé mon compte dans ce livre, je le relis fréquemment, 10/10.
3-Pouvez-vous nous dévoiler un ou deux de vos poètes préférés et pourquoi ?
Jean-Christophe Réhel : c’est grâce à son recueil La douleur du verre d’eau que j’ai découvert que le style d’écriture que je portais existait. Et Failure d’Emmanuel Deraps : dans sa langue âpre et dépouillée, je me reconnais autant dans l’écriture que dans les émotions.
4-Quelle est votre dynamique d’écriture ?
Je ne suis clairement pas assez constante haha! J’écris un peu par-ci par-là, dans des cafés en mode session d’écriture ou dans le transport. La musique m’inspire aussi beaucoup, et ce qui m’entoure, les émotions que je vis. J’écris un peu comme je pense. Au final je me dis souvent que j’écris plus pour moi, et si ça peut toucher 2-3 personnes au passage, tant mieux.
5-Pouvez-vous nous présenter votre dernier recueil, sa naissance, son thème, ses inspirations ?
Horizon vertical suit un peu la thématique de Réfraction, mon premier recueil. J’aborde des thèmes liés à la santé mentale, comme l’anxiété et les peines en général, mais aussi des réflexions sur l’identité. Je l’ai écrit à un moment où je remettais beaucoup de choses en question dans ma vie. Une bonne partie a été écrite pendant mon voyage solo au Portugal. Un moment où j’ai vraiment pris le temps de réfléchir à savoir où j’en étais. Le livre parle aussi de reconnaître nos patterns. Il y avait des sphères de ma vie avec lesquelles j’étais inconfortable, mais que je répétais sans cesse. Des choses que je voulais changer, sans jamais vraiment y a
rriver ou passer à l’action. Je ressentais comme un épuisement à regarder en arrière et à voir que rien n’avait changé. En écrivant, j’ai réalisé que mon état d’esprit évoluait au fil des poèmes. En relisant l’ensemble, j’ai même remarqué une évolution dans le langage que j’utilise. Ça m’a permis d’explorer d’autres thèmes ou au moins de me mettre dans un autre état d’esprit. D’écrire différemment, avec moins d’images crues ou de mots vulgaires. Je parle aussi de stagnation, mais pas comme quelque chose de négatif. La stagnation peut faire partie du changement. Sur le moment, on a l’impression que rien ne bouge. Mais quand on s’arrête et qu’on prend du recul, on arrive à voir le big picture, et on se rend compte que des aspects ont quand même progressé. On avance tous à notre rythme. Il y a des choses qu’on fait ou qu’on vit et que les autres ne comprennent pas. C’est correct. Horizon vertical, c’est ça. C’est une image qu’on regarde sans comprendre, soit parce qu’on ne l’observe pas sous le bon angle, soit parce qu’on n’aurait pas choisi ces couleurs-là. Mais ça finit par être cohérent pour quelqu’un quelque part.
6-Pouvez-vous nous en offrir un ou extrait ?
aujourd’hui je me réveille avec le chant des sirènes c’est le temps de les nourrir je leur donne mes cheveux d’ange comme des spaghettis interdits pis je suis chauve parce qu’elles ont trop faim mais je rock le shit pareil
les rayons emprisonnés dans ma face me réchauffent et pour une fois je n’ai pas besoin de quatre couvertures à l’horizon normal les étourneaux toupillent vers un lac kaléidoscopique je plonge dedans comme dans la fontaine de jouvence la claire fontaine pis l’eau est actualy sale en esti
j’essaie d’être plus positive je sourie à quelques personnes qui détournent le regard ou qui me regardent croche faque je replonge dans la fontaine pis le monde me lance des vingt-cinq cennes dessus en faisant le vœu que je décriss
*
une chaude soirée d’été dans mon souvenir un zéphyr d’or se faufile entre le feuillage des peupliers pour se déposer délicatement sur ta joue il scintille en hésitant au rythme de ta respiration un lac éthéré s’enflamme au contact du crépuscule alors que tu inclines la tête et si j’ai de la chance je verrai peut-être à l’embrasure de ton bord pupillaire une valse langoureuse languissante lancinante entre l’azur et l’abîme et l’anse argentée et je ne peux pas détourner le regard même quand tu me surprends je cherche un chemin que je ne peux pas trouver suspendue entre l’ombre et la lumière à ton rire vêtu du manteau de la nuit je demeure vouée à ne rien avouer et le temps se dissout à la vitesse de ton souffle
7-Le mot de la fin
Merci beaucoup pour cette chronique! Je travaille tranquillement à un autre projet de poésie et à la suite de mon roman. Lentement mais sûrement.
Voilà, Un très grand merci, chère Catherine, d’avoir joué le jeu du Questionnaire de P(oés)I(e), et pour ces réponses qui nous permettent, un instant, d’entrer dans votre univers littéraire. Je vous souhaite tout le succès que vous méritez.
Catherine Joannette, jeune voix québécoise établie à Montréal, écrit comme on affronte une tempête intérieure. Son œuvre est un maelstrom vibrant, où les sentiments s’entrechoquent avec une spontanéité vive, portée par un réalisme qui ébranle. Après le roman Cayenne et le recueil de poésie Réfraction, elle poursuit sa trajectoire avec Horizon vertical, son troisième livre publié aux Éditions du Wampum.
Christophe Condello Christophe Condello est poète, blogueur et directeur littéraire de la collection Magma Poésie chez Pierre Turcotte Éditeur.
Avec Botte de foin, Abandons, Bouche-Fumier et Ruralités, Hortense Raynal impose une voix organique et non anthropocentrée, ancrée dans la mémoire paysanne.
Petite mise en lumière – Hortense Raynal
par Christophe Condello
La poésie d’Hortense Raynal s’écrit au plus près de la terre, là où le corps pense avant les idées. Elle engage une langue nue, parfois heurtée, qui ne cherche ni le décor ni la consolation, mais l’impact juste de ce qui a lieu : travailler, aimer, habiter, survivre. Le monde rural n’y est jamais folklorique ; il est lieu de formation, de mémoire vive, de gestes transmis et de fractures intimes. Chez elle, la terre, les bêtes, les outils, les voix et les paysages deviennent des organes de perception. La poésie est alors un biotope : elle capte, elle enregistre, elle transmet, et dans un monde à sec, elle épand encore quelque chose de fertile.
ELLE L’A DIT FAUT
ça prend par la nuque le nœud, pas un décor. c’est l’existence même. imprimé en face des yeux sur les murs qui mentent pas.
le lapin assommé, la mort plus le souffle, fini. responsable paysanne.
après ça c’est repos forcément table en pierre qui rape et racle la peau des doigts.
c’est devant soi la poule égorgée c’est le brochet suspendu c’est pas d’air c’est fini c’est octobre c’est humide c’est trois heures comme ça.
sans le vouloir vraiment c’est courir vers la mort.
i a qu’a acabar com’aquò n’en parlarà pus
elle l’a dit faut, faux, en finir, c’est fini.
acabar le verbe pas en français dans les souvenirs acabat en oc.
Dans le cerveau, de cette mort à la ferme, le tampon.
Que crament les bottes de foin. (n’I a pro, y’en a assez
Botte de foin, Cambourakis, 2026.
Donc premier refuge et puis y a les suivants mais le premier mot après un silence est mon préféré ou bien le chemin sous l’arche en pierre de quoi voir de chaque côté en pente élan gamine dévalant dévalant son avenir en face dévalant dévalant vers la suite de la journée ; vers de grands yeux d’amour
Abandons, La Crypte, 2025.
Notre terreau, fait de nos ouvertures la maison peut être comme un bulbe.
les ressources qui font qu’aujourd’hui je tiens debout ok je les ai trouvées à l’école je ne peux pas dire que c’est faux mais aussi trouvées sur le tracteur dans les bois en ramassant les champignons sur les bords des monotraces en cueillant les mûres sur les bords des nationales aussi trouvées dans les gestes francs du désherbage les ongles pleins de terre et l’odeur du fumier répandu sur l’òrt.
ce que j’y ai appris ça ne se touche pas, ça ne se voit pas, c’est là.
et je pense à ma maison-source loin de la maison fermée qui jaillit-dehors, qui épand son fertile fumier, quand le monde est à sec
Bouche-fumier, Cambourakis, 2024 (Poche 2025).
Intense vie végétale, les oreilles. a boca de sac celles gares qui prennent tout ce que les landes ont à dire (aucun arbre pour braver le vent)
tout un monde ça s’anime si tu te tends-épingle là où d’autres-enveloppes oreilles non préparées se ferment-saccades.
sourdes, inertes, une vanité de cheminée.
j’ai parlé aux vibrations cerceaux de blés, elles se sont inscrites en moi.
j’ai un biotope microscopique coincé au coin de l’œil, à te donner, mon ami.
pour nous, nos yeux, et nos marécages. mes oreilles, deux versants d’une vallée bavarde.
Nous sommes des marécages, Maelstrom, 2023.
Je ne saurais comment vous dire ce qu’est la vie en ce moment
Est-ce l’avant est-ce l’après est-ce le blanc est-ce le vent Est-ce la mer est-ce la neige Et ce qui était il y a un an ?
C’est pour ça que dans les collines je laisse aller ma voix devant mes jambes courent mes yeux divaguent la vie c’est aussi ces vagues
La vie c’est aussi ce son aussi ce sont les abris qui feulent où j’ai caché tous mes jouets d’avant, d’avant
et ce moment qui désespère et ce moment qui demeure
Je ne saurais comment vous dire ce qu’est la vie en ce moment
Est-ce dans la bouche l’odeur de vin de noix Est-ce que ma nuque se repose encore dans le bartas Si ce n’est l’amour qui subsiste dans leur salon ou plutôt dans leur salle à manger pas de salon chez eux c’est bourgeois une salle à manger sans salon ça c’est paysan
Je ne saurais comment vous dire ce qu’est la vie en ce moment car je ne saurais être dans l’aujourd’hui de la ville que mon corps traverse je suis là-bas ou plutôt ici c’est mon ici
La vie c’est aussi ici
Ruralités, Les Carnets du dessert de Lune, 2026.
La poétesse
Hortense Raynal est écrivaine et performeuse. Née en 1993, elle vit près de Marseille. Elle est l’autrice de quatre livres de poésie, Ruralités, (Carnets du Dessert de Lune, 2021), Prix du Premier recueil de la Fondation Labbé, Nous sommes des marécages (Maelström, 2023), Sélection Prix CoPo et Ganzo Révélation 2024, et Bouche-Fumier, (Cambourakis, 2024, poche 2025), sélection Prix SGDL de Poésie et Abandons (La Crypte, 2025). Elle fait partie des poètes et poétesses qui comptent dans le paysage contemporain, son œuvre est saluée par la critique. Elle est diplômée de l’ENS Ulm. Son travail d’écriture s’intéresse entre autres à une vision non anthropocentrée du paysage, à la mémoire du monde paysan, l’enfance et la filiation, la parole, le taire, et la mort dans une langue organique et physique. Dans son travail performatif, sa voix est un instrument de musique et le rythme restitue la colonne vertébrale de son texte.
Dans la forêt de l’être J’ai parlé Du voltigement du ciel Avec des ailes vermillon Depuis la pourriture des temples Par le souvenir des palissades Le terroir de ma vie Avec le mot des autres ou celui de la terre
*
J’ai parlé pour vous depuis la plongée Dans la mer des épeautres Par la grande avancée : Communion des voyages Cérémonie du bleu Royaume de la Chair
*
Dans la gloire des midis À la perle des matins Au rose de l’atmosphère Et au chemin des vents J’ai parlé Girouette suivant toujours La foi de l’allée
*
J’ai parlé parmi le seul présage De coquilles Abandonnées sur la grève Sous l’arbre franc Suivant les ruisseaux Les cailloux, les sables sous les soleils Trésors de la route Aux poudres des terreaux : Reliques des saisons
*
J’ai parlé de ces canaux clandestins Ces routes indéchiffrables Parmi les clameurs D’un monde endormi Par l’écume De ses lointaines mélasses Et de ses eaux usées Prêt pour le grand cercueil De pays Où l’on enterre les grands Parmi ces tombes et ces fantômes De l’habitude
*
Les paroles du ciel Tiennent dans la poche Sur un chiffon froissé Gravées au roc De la rose
*
La poésie Cette voix D’humanité Imbibée Du rêve D’au-delà Le chercheur de pépites Ne trouve pas mieux Que la sente qui mène À la ruine Des émeraudes Pour faire reluire le silence À tailler sur tous les murs Sur le temple — du cœur
« Le lynx, roulé en boule dans sa tanière, en quelque chaos rocheux, attendait, pour reprendre sa maraude, que, dans le ciel du Nord, le soleil s’inclinât peu à peu vers l’occident… »
Nous sommes assis par terre, mon petit frère Thomas, mon père, moi, les loups, le nord canadien, les indiens…La voix de mon père…
Alors que je vous écris juste un peu qui je suis, d’où je viens, ces quelques livres qu’il a tenu si souvent dans ses mains qui ne sont plus, sont ouverts sous mes yeux… pas d’illustrations, juste la couleur de ces mots racontés, la chaleur de sa voix douce et grave.
Les mots naquirent en moi de sa voix, mêlant musique, émotion, couleurs… le sens vînt en grandissant.
les mots furent marqués à jamais par beaucoup plus que leur étymologie, beaucoup plus que le sens objectif commun qu’on leur prête. Je crois à une sorte d’impressionnisme verbal; je pense que les mots, seuls, sont insuffisants à exprimer nos sentiments, nos ressentis, ils prennent vie lorsqu’on les associe à la musique, mais aussi à la danse, la peinture, à toutes les formes d’expression corporelle. Les mots ont de multiples dimensions, couleurs, saveurs, sonorités… quand certains sont froids comme des minéraux, d’autres palpitent dans votre bouche, se révoltent sous votre plume, s’écharpent, s’échappent !
Je suis issu d’une famille de mangeur de livres.
Ma grand-mère paternelle, femme extraordinaire, féministe, intellectuelle, écrivain, comptât beaucoup dans ma vie… adolescent je passais plus de temps à parler de la vie, de la mort, des livres, de spiritualité avec elle qu’avec les gens de mon âge… elle m’emmena assister à mes premiers opéras, ne me faisant comme cadeaux que des disques de musique classique.
Mon père bien sûr… jouait, quand il pouvait, de la guitare, écoutait en boucle Brassens, Brel, Charles Dumont, mais aussi Vivaldi, Paganini… autrement à la maison tout le monde passait son temps à bouquiner…
Un jour une de mes tantes s’installe chez nous. Elle s’achète un piano, un Gaveau magnifique… elle n’apprendra jamais mais le piano est resté, sa chambre est devenue la mienne et la musique est née. Je me réveille chaque matin avec de la musique dans la tête. Quand j’étais gosse je chantais pour mon frère souvent le soir avant que nous nous endormions… s’il pleuvait en rentrant de l’école (j’adore la pluie !), je chantais « singing in the rain » en sautant dans les flaques d’eau, Fred Astaire, Gene Kelly… parmi mes idoles, les claquettes, la danse… Mes parents voulaient m’inscrire aussi en danse au conservatoire, idiot que j’étais je trouvais que cela faisait trop fille… quel regret aujourd’hui ! Heureusement on peut faire danser les mots, il suffit de les chanter, de les faire tournoyer, valser, pleurer, crier, rire !
J’écris parfois des textes sombres, car la nuit de l’homme est profonde… mais je n’ai pas âme à me morfondre ! La vie est trop lumineuse pour passer son temps à se plaindre !
J’écris et je chante juste pour savoir un jour vraiment dire « je t’aime »… et parce que vivre est merveilleux de doutes, d’espoirs, de joies, de larmes, de rires, de tristesses, de passions, d’amour !
Chaque battement de mon cœur est une note de musique…
J’espère que mes mots vous emporteront sous leurs ailes ! Soyez les bienvenus dans mon univers !
Ce poète regarde le monde et le contemple afin d’en souligner à la fois les désastres et la beauté. Au centre de son tableau, il inscrit celui qu’il appelle « l’humain » ; il montre ce dernier dans un univers dévasté, une sorte de désert, un blanc, un vide absolu. C’est là un symbole. Il brosse le portrait d’un homme en marche, d’un pèlerin. Devant lui, au bout de sa route sont des villes nouvelles à découvrir et la mer, surtout la mer, le vaste océan où joue le vent et dont les vagues se gonflent.
Lisant ce recueil, je ne puis m’empêcher de penser à l’œuvre de Saint-John Perse. Non parce que la prosodie de Pelletier s’en rapprocherait, ce qui n’est pas tout à fait le cas, mais en raison de la hauteur et de l’ampleur de son propos. Aussi parce que du début à la fin, le registre littéraire se déploie avec une certaine magnificence. Le caractère épique de la poésie de ces deux poètes est ce qui dans mon esprit les unit. On trouve chez l’un et l’autre une entreprise, une quête, une aventure collective. Certes, Perse ressemble à un oiseau de grande envergure volant lourdement et persévérant longtemps au-dessus des vastes territoires que parcourt, explore et conquière sa parole. La force des éléments naturels semble se retrouver au cœur de sa poésie, laquelle rivalise quasiment par sa haute tenue avec les vents et la mer. Au sol, sur la grève, il crée d’immenses blocs de paroles d’où son poème s’élève jusqu’aux plus hauts sommets, aux étoiles quasiment de la pensée et du sentiment. Un souffle incommensurable alimente sa forge.
Pelletier, lui, ne donne pas dans le monumental, dans le symphonique, dans les stratosphères. Il semble cependant nous offrir des fragments dont la tonalité est souvent similaire à celle des poésies de Perse, à la différence que chez lui le verbe ne s’accomplit pas à travers de vastes déploiements. Comme mentionné ci-haut, la prosodie chez ces deux poètes diffère considérablement. Aux longs versets qu’affectionne Perse, notre poète privilégie une forme plus concise. Ses poèmes, que sur la page de titre il prend soin d’appeler des prosèmes, ne sont pas versifiés, même librement ; ils n’empruntent nullement aux divers procédés de la versification, ne sont en rien construits systématiquement dans le constant souci des accents de rythme, dans l’alternance des sonorités, comme en une danse rappelant celle des longues et des brèves, ou plutôt d’assonances et allitérations prononcées et divers procédés se trouvant chez les Anciens, que Perse, tout moderne qu’il fût, parvint admirablement à ressusciter, chez lesquels en tout cas il puisa, et dont nos contemporains et moi-même, du moins pour la plupart, ignorons à peu près tout. Il y a belle lurette que le vers à peu près partout a été chassé de la poésie.
Chez Pelletier, donc, nous ne trouvons rien qui s’apparentent à de fastueuses constructions, nul recours aux grandes figures d’une rhétorique parfois ronflante, avec ses périodes emphatiques, non, mais de manière plus retenue, notre poète produit des morceaux qu’on croirait prélevés à même de gros blocs de discours, tels ceux que pratiquait Saint-John Perse, et alors ce ne sont pas à de grandiloquentes épopées que nous avons affaire, mais, ici et là, à « un bout d’épopée », quelque chose non pas comme le puissant aquilon qui souffle dans les versets du poète de Vents, mais bien plutôt une poésie générant des paroles semées en « une poignée de vent ».
Ce rapprochement, sur lequel je ne m’éterniserai pas, faute de pouvoir le mener à bien, avec preuves à l’appui, permet néanmoins de cerner une des particularités de la poésie de Jean-Pierre Pelletier, à savoir son caractère universel. Ce n’est pas à sa propre subjectivité que le poète nous convie, c’est à une collectivité, à un projet collectif, à une marche commune. Il y eut autrefois l’impassibilité parnassienne, le poète étant de glace, son poème empruntant à la dureté du marbre. Ce n’est pas le cas ici. Le verbe de Pelletier est vraiment habité par une âme, un sujet y manifeste de la pensée. Et c’est avec chaleur qu’il entreprend d’ajuster ses mots à notre monde, de recourir au langage pour mieux situer l’humain au cœur du désert.
Mais par désert, qu’entendons-nous précisément ? Je ne saurais répondre à cette question, et du reste le poète lui-même ne s’engage pas dans ses prosèmes à préciser nettement sa pensée et encore moins ses états d’âme, quoiqu’on les puisse aisément deviner —on le sent profondément inquiet. Non, rien ici qui soit de l’ordre de l’intime. Nous n’apprendrons rien sur le sujet Pelletier en lisant sa Poignée de vent. L’intime, du moins dans ces pages, ne l’inspire pas. Il ne se confesse pas, ne nous offre pas un autoportrait. Non, je le répète, il s’intéresse au sort du plus grand nombre. Devant le présent dévasté, devant le futur incertain, le poète manifeste de graves préoccupations. Son « je » est absent dans la première partie de son recueil. Le poète écrit au « nous ».
Que dit-il de nous ?
Cela est du plus grand intérêt. L’auteur nous parle de notre aventure sur Terre, sur cette planète dont il ne répétera pas ad nauseam qu’elle est sur le point de voler en éclats, toutefois, c’est là une vérité qui se trouve en toile de fond dans son recueil et qu’il évoque sans jamais s’appesantir sur tous les malheurs qui nous accablent, malheurs qui ne sont pas uniquement d’ordre politique et social, qui sont aussi et peut-être surtout d’ordre métaphysique ; or tout cela est inextricablement relié. L’humain qu’il faut sauver est lui-même responsable de sa destinée. Nous voici lancés depuis l’aube de l’humanité dans une aventure qui aujourd’hui plus que jamais sans doute se heurte à des impasses. Du moins, tel est le constat du premier prosème :
Tout fuit, se délite, gagné par la fumée, le souffle et les choses sans forme autour desquelles nous gravitons, Les mots comme les gens courent au plus pressé puis s’effacent dans leur blancheur.
Je l’avoue, cet effacement dans la blancheur m’a longuement laissé songeur. Et admiratif. C’est là un blanc hautement significatif. L’auteur a trouvé le mot juste. Son blanc est celui de l’effacement, d’un certain retour à la page blanche de l’histoire de la Terre et de l’humanité. Nos discours — ils seront plus loin dévalorisés par le poète qui accusera leur inanité : « Se taire devient ce langage dont le vent porte très haut la connaissance et le respect. » — nos discours, dis-je, courent comme les poules sans tête que nous sommes. Les gens sont pressés. Nous sommes pressés. Puis, inéluctablement viendra notre effacement dans la blancheur. Notre disparition est en latence. Imminente.
Imminente, mais le poète tout de même ne se fait pas alarmiste, pas tout à fait ; il reste peut-être un certain espoir, qu’une page çà et là recèle, que l’ensemble du recueil assurément exprime. Le « passeur », un des « personnages » du recueil, cherche une issue afin d’échapper au délitement général. Aucune piste cependant ne lui apparaît dans le labyrinthe des cartes qu’il consulte. En l’absence des dieux, l’humain en est réduit à naviguer à l’aveugle, dans le blanc total d’une absence de sens, de direction indiquée, de directive. La nature cependant vient rappeler au poète que quelque chose en l’absence de l’homme, soit le monde tel qu’il sera ou aura été avant lui, amputé donc de sa présence, que ce monde au naturel recèle tout de même un caractère sacré, et à tout le moins connaît et manifeste une manière d’harmonie, voire d’absolu : « Nous disposons d’une patrie que nous avons peuplée par inadvertance. Les arbres, les montagnes, un étang nous incitent à l’indulgence. Nous existons peut-être par défaut. » Telle est aujourd’hui notre pauvre patrie, qu’il eût mieux valu habiter poétiquement. Ce vœu hölderlinien est fort pieu, trop sans doute pour ceux que plus loin dans son recueil le poète appellera les bourreaux et autres « prêcheurs sans envergure ».
Le poète file dans son recueil la métaphore de la marche, de la pérégrination. Le passeur est celui qui favorise le passage d’un ici à un ailleurs. Il salue bellement « les voyageurs qui se libèrent de leurs pas. »
À la première partie du recueil, écrite au « nous », fait suite celle que le poète intitule « Des images dérobées ». Cette fois, il s’adresse à un « tu » qui est « le descendant des convoyeurs de rêves » bien que ce « tu ne rêves plus. » Devant lui se trouve « l’étendue incertaine ». D’autres départs sont à venir :
Si tu t’engages dans une terre d’exil, ou dans une voie plus délicate, continue de restituer au monde ses élans d’une jeunesse foisonnante. Il y aura toujours quelque messager aussi noir que le soleil pour t’escorter vers le terme du parcours : // tu le remercieras d’une poignée de vent.
Ce recueil brillamment conçu contient trois parties. Après celle du « nous » vient la seconde où le poète parle au « tu » avant de donner dans la troisième la parole à un « je » qui affirme que « Tout n’est pas perdu ».
Ainsi, même par-delà « une cathédrale déserte » et même si « les pigeons ne nichent plus sur les gargouilles », le poète ne désespère pas. Il considère que tout n’est pas perdu.
« C’est cette parole qui vient d’appareiller aux quatre vents du lendemain. »
Auteur : Daniel Guénette
Né le 21 mai 1952, Daniel Guénette est originaire de Montréal. Il a vécu la majeure partie de son existence dans l’arrondissement de Saint-Laurent. Après des études en lettres à l’Université de Montréal, où il obtient un diplôme de maîtrise en création littéraire, il enseigne la littérature au cégep de Granby. En 2011, il prend sa retraite après 34 années d’enseignement. À l’aube de la soixantaine, il renoue avec l’écriture qu’il avait cessé de pratiquer durant près de vingt ans. Il publie chez Triptyque deux recueils de poésie, Traité de l’Incertain en 2013 et Carmen quadratum en 2016, ainsi qu’un récit, L’École des Chiens, en 2015. Dans son œuvre antérieure alternaient ouvrages de poésie (3 titres au Noroît, 2 chez Triptyque) et productions romanesques (3 titres chez Triptyque). Ces ouvrages furent publiés entre 1985 et 1996. L’ensemble fut bien reçu par la critique. À l’occasion du vingtième anniversaire des éditions Triptyque, feu Réginald Martel écrivait : « Et on soupçonne que bien des éditeurs seraient ravis d’inscrire à leur catalogue, parmi quelques auteurs de Triptyque, le nom d’un Daniel Guénette, par exemple. » J. Desraspes a enchanté Jean-Roch Boivin : « Ce roman est un délicieux apéritif, robuste et délicat, son auteur un écrivain de talent et de grands moyens. » Réginald Martel parle d’un roman « qu’on dévore sans reprendre son souffle » ; il salue également la parution des romans qui suivent, se montrant surtout favorable à L’écharpe d’Iris. Pierre Salducci écrit dans Le Devoir un article élogieux sur ce roman : « L’écharpe d’Iris est une réussite, une petite musique qui nous parle de la nature humaine et qu’on n’arrive pas à oublier. Un roman magnifique, un vrai. Pas un phénomène de mode. Pas un produit branché et périssable. Mais de la littérature. Tout simplement. » L’École des Chiens, qui en 2015 marque le retour de l’auteur au récit, a été commentée par divers blogueurs, dont le poète Jacques Gauthier : « Ce beau récit du poète Daniel Guénette évoque, avec pudeur et humilité, les onze années vécues auprès de Max qu’il a dû faire euthanasier à cause d’un cancer. Ils sont rares de tels livres qui traitent si tendrement de la relation entre un homme et son animal de compagnie. Ça parle de vie et de mort, d’attachement et d’amitié, d’enfance et de solitude. » Pour sa part, Topinambulle écrit : « Dans ce très beau récit, un homme apprivoise doucement le deuil de son chien. À la manière de Rousseau, Daniel Guénette nous invite à le suivre dans ses promenades, dans les méandres de ses souvenirs, où l’évocation de l’ami fidèle nous servira de guide. ». Dominic Tardif, dans Le Devoir, 4 juillet 2015 a rendu compte chaleureusement de L’école des chiens. Il a souligné qu’avec ce récit, l’auteur avait produit « de la vraie littérature » : « Plus qu’un livre sur un maître et son animal, L’école des chiens célèbre le pouvoir de l’écriture qui, chez Daniel Guénette, n’aspire pas à remplacer l’en allé, mais bien à en continuer la vie. » Recommandé avec enthousiasme à ses téléspectateurs, L’école des chiens a fait l’objet d’un échange de cadeaux à l’émission LIRE présentée sur ARTV. À partir de 1975, l’auteur a collaboré à diverses revues de littérature à titre de poète et de critique. On a pu lire ses recensions dans la revue Mœbius. Pour l’une d’elles, l’auteur a été finaliste au Prix d’excellence de la SODEP 2016, dans la catégorie Texte d’opinion critique sur une œuvre littéraire ou artistique. Plus récemment, l’auteur a publié deux nouveaux titres en poésie, Varia au Noroît en 2018 et, à l’hiver 2023, La châtaigneraie aux Éditions de la Grenouillère. Pour ce recueil, le poète a été finaliste au Prix d’excellence du webmagazine La Métropole. Dans la recension que réserve à cet ouvrage la revue LQ, le critique Antoine Boisclair écrit: « Ce recueil émouvant, très maîtrisé du point de vue formel, témoigne d’un savoir-faire indéniable. » Le critique et poète français Pierre Perrin écrit dans sa revue trimestrielle de littérature, la revue française « Possibles », ne pas confondre avec la revue québécoise du même nom : « Daniel Guénette a le vers sûr, souvent proche de l’alexandrin, parfois très bref. Il sait restituer une vie, avec sa foudre, ses éclairs, et les moments de calme, voire de communion. La Châtaigneraie constitue un beau recueil presque filial. » Pour sa part, dans Le Ou’tam’si magazine, Nathasha Pemba déclare que « La châtaigneraie est un recueil de poésie qui a l’allure d’un hommage, d’un renouvellement du contrat amical. C’est une poésie ontologique qui va au fond des choses pour faire émerger l’être. Daniel Guénette une fois plus confirme qu’il est poète, le poète de l’amitié, le poète de l’altérité, le poète de l’éternité. » Outre ces recueils de poésie, l’auteur fait paraître quelques nouveaux romans. De Miron, Breton et le mythomane, paru en 2017 à La Grenouillère, Dominic Tardif écrit dans Le Devoir : « Chronique des glorioles imaginaires d’un grand taquin aimant (se) conter des histoires et fabuler une légendaire vie d’aventures, Miron, Breton et le mythomane est le carton d’invitation d’une fête organisée en l’honneur du mensonge auquel s’abreuve n’importe quelle forme de littérature digne de ce nom. » Pour sa part, Dédé blanc-bec reçoit dans Nuit Blanche un commentaire signé Gaétan Bélanger : « Le ton poétique empreint d’humour et de nostalgie adopté par l’auteur rend extrêmement agréable la lecture de ce roman émouvant. Il faut préciser que, tout d’abord, il est un peu déroutant de suivre les bonds fréquents de la narration dans le temps. Plus que de simples digressions, elles donnent parfois l’impression que l’auteur saute du coq à l’âne pour revenir aux mêmes événements, observés sous un angle différent. Mais on s’habitue vite à cette manière ou à ce style et on l’apprécie pour son originalité. Voilà donc un roman au texte minutieusement poli et se démarquant par sa qualité et son audace. » Vierge folle est le dernier roman de l’auteur. La recension parue dans Culture Hebdo se termine avec ces mots : « Nous vous laissons le soin de découvrir la conclusion. Excellent, est un euphémisme. On a adoré. » Ce roman, sans doute le meilleur de l’auteur, s’il a suscité l’enthousiasme de ses lecteurs n’a guère fait l’objet de recensions sérieuses. Pour des recensions sérieuses, il aura fallu attendre l’hiver 2023. Au billet d’Antoine Boisclair portant sur La châtaigneraie, se sera ajoutée dans Le Devoir une chronique de Louis Cornellier consacrée non pas à un roman ou un recueil, mais à un essai. Le journaliste y salue d’abord le travail entrepris par l’écrivain sur son blogue : « Fin lecteur de poésie, l’écrivain s’y impose comme un critique raffiné, érudit et amical dont le style, limpide et élégant, s’apparente à celui de la conversation relevée. Ces qualités en font une rareté dans le paysage littéraire québécois. » Puis, il rend compte de l’essai : « Dans Le complexe d’Orphée (Nota bene, 2023, 186 pages), l’écrivain se fait plus essayiste que critique en proposant « une manière de promenade » dans laquelle il tente « de saisir la nature de la poésie ». Fidèle à son approche modeste et exploratoire, il déambule en compagnie des poètes et penseurs qu’il aime afin de délimiter son objet, tout en cultivant le souci de ne pas l’enfermer. » Il conclut sa chronique en ces termes : « Partisan des « poèmes limpides » qui disent de « simples vérités », Guénette trouve dans la poésie un antidote « à l’endormissement de [ses] facultés » ou, comme l’écrit Valéry, un discours « chargé de plus de sens, et mêlé de plus de musique, que le langage ordinaire n’en porte et n’en peut porter ». Fénelon aurait aimé ce livre admirable. » La conclusion de l’article d’Antoine Boisclair portant sur La châtaigneraie était elle aussi plutôt réjouissante : « Romancier accompli (son dernier récit, Vierge folle, est paru en 2021 aux éditions de La Grenouillère), critique littéraire important (son blogue, intitulé Dédé blanc-bec, offre des comptes rendus très étoffés sur des publications québécoises), Daniel Guénette est aussi un poète qui mérite toute notre attention. »
L’écrivain et poète Fernand Ouellette s’est éteint le mardi 03 février 2026 à l’âge de 95 ans, laissant derrière lui une œuvre immense et marquante. Acteur majeur de la littérature québécoise depuis les années 1950, il a contribué à façonner la poésie et la pensée d’ici, notamment comme l’un des premiers auteurs de L’Hexagone et cofondateur de la revue Liberté, à laquelle il est demeuré fidèle pendant des décennies.
Auteur d’une trentaine de recueils de poésie, ainsi que de romans, d’essais et de biographies, il a exploré les frontières entre les genres avec une rare liberté. Son écriture, à la fois méditative et exigeante, était traversée par une quête spirituelle et une profonde réflexion sur la condition humaine. Des œuvres comme Les heures ou L’Inoubliable témoignent de cette tension lumineuse entre l’ombre et l’élévation. Lauréat de prestigieuses distinctions, dont le prix Athanase-David et le Grand Prix international de poésie Léopold-Sédar-Senghor, il a aussi marqué son époque par ses prises de position courageuses, notamment son refus du Prix du Gouverneur général en pleine crise d’Octobre.
Figure engagée, homme de dialogue et de culture, Fernand Ouellette aura profondément influencé plusieurs générations d’écrivains et de lecteurs.
J’offre mes plus sincères condoléances à sa famille, à ses proches ainsi qu’à tous ceux et celles que son œuvre a touchés. Sa voix continuera de résonner longtemps dans notre mémoire littéraire.
PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, ARCHIVES DE LA PRESSE.
Poésie
Ces anges de sang, Montréal, L’Hexagone, 1955. Séquences de l’aile, Montréal, L’Hexagone, 1958. Le Soleil sous la mort, Montréal, L’Hexagone, 1965. Dans le sombre, suivi de Le Poème et le poétique, Montréal, L’Hexagone, 1967. Poésie (1953-1971), suivi de Le Poème et le poétique, Montréal, L’Hexagone, 1972. Errances, Montréal, Éditions Bourguignon, 1975. Ici, ailleurs, la lumière, Montréal, L’Hexagone, 1977. À découvert, Montréal, Éditions Parallèles, 1979. En la nuit, la mer (1972-1980), Montréal, L’Hexagone, 1981. Éveils, Montréal, L’Obsidienne, avec neuf lithographies de Léon Bellefleur, 1982. Les Heures, Montréal/Seyssel, L’Hexagone/Champ Vallon, 1987 ; Typo, 1988 ; Typo, 2007. Au-delà du passage, Montréal, L’Hexagone, 1997. Choix de poèmes (1955-1997), présentation de Georges Leroux, Montréal, coll. « du Nénuphar », Fides, 2000. L’Inoubliable, Chronique I, Montréal, L’Hexagone, 2005. L’Inoubliable, Chronique II, Montréal, L’Hexagone, 2006. L’Inoubliable, Chronique III, Montréal, L’Hexagone, 2007. Présence du large, suivi de Le tour et de Lumières du cœur, Montréal, L’Hexagone, 2008. L’Abrupt, Tome I, Montréal, L’Hexagone, 2009. L’Abrupt, Tome II, Montréal, L’Hexagone, 2009. L’Absent, Montréal, Éditions du passage, illustré de 34 œuvres sur papier de Christian Gardair, 2010. Sillage de l’ailleurs (choix de poèmes 1953-2008), préface de Georges Leroux, Montréal, Typo, 2010. À l’extrême du temps (poèmes 2010-2012), Montréal, L’Hexagone, 2013. Poèmes inédits, publiés par la revue Études françaises, 2014. Avancées vers l’invisible, Montréal, L’Hexagone, 2015. Où tu n’es plus, je ne suis nulle part (2015-2016), Montréal, Éditions du Noroît, 2017. Vers l’embellie (2017-2022), Bromont, Les Éditions de la Grenouillère, 2023.
*
Tu es maintenant morte, Tellement morte dans l’urne, Sans parole, sans présence, Et pourtant je ne cesse de t’entendre, De t’aimer, de te supplier Là-haut dans ta plénitude. Tu reçois tout d’ici, même si ton image, Compagne, est fixe comme une pierre, Sans le moindre frémissement des lèvres, Le moindre clignement des paupières. En somme, à la fois morte Et si attentive à ce qui Te sollicite jusque dans l’extase.
Entre ferveur amoureuse, mémoire de l’exil et blessures irréparables, la poésie de Didier Leclair avance dans une langue habitée, charnelle et lucide.
Petite mise en lumière – Didier Leclair
Par Christophe Condello
La poésie de Didier Leclair explore cette endurance secrète où l’amour et l’espérance refusent de céder, même lorsqu’ils frôlent la démesure. Une ferveur presque fiévreuse traverse ces pages, née de l’intime, où chaque mot semble chargé d’une clarté inaugurale, comme si l’écriture elle-même ouvrait la voie à un recommencement.
L’amour y surgit tel un appel irrépressible, une poussée qui libère les effluves des corps et des mémoires. Il s’y déploie avec la même intensité que la terre offerte aux saisons : brûlée par le soleil, abreuvée par les pluies, fouettée par les vents salins, elle finit par exhaler une odeur profonde, charnelle, qui envahit tout l’espace. Cette parole poétique est à la fois féconde et tourmentée, enracinée dans la matière du monde autant que dans l’élan du désir.
Mais ce cri d’amour se double d’une déchirure. L’exil y laisse une trace âpre, la redécouverte d’un pays longtemps quitté y ravive autant la joie que la douleur. S’y inscrivent aussi les ruptures irréparables, l’amitié brisée, et surtout l’absence de la mère, présence fantôme devenue chant intérieur, brûlure persistante qui ne s’éteint pas. Ces poèmes demandent une lecture attentive, presque recueillie, afin d’en accueillir toute la charge émotionnelle. Ils disent, dans une langue habitée, la faim d’aimer et la soif de vivre, sans jamais dissocier l’une de l’autre.
Poèmes choisis
FAIBLESSE DE SOI
J’aime le sel de tes larmes La tulipe rouge qui te sert de lèvres La toupie qui me fait rêver de toi
La maison entre tes bras La passion entre tes jambes Ta langue au venin sans péril Ton allégresse que je ne cesse d’imiter
Même ma bassesse t’allume Mon vice t’extasie Ma nonchalance à tes pieds Est un reptile amical Toutes mes faiblesses d’homme Ne prêtent allégeance qu’à toi
FEMME
Qu’elle soit oiseau rare Vaste folie qui exhibe sa lucidité Tendre démon du plus sombre abysse C’est une citadelle sans un seul pont-levis Où je n’accède que par la pensée Elle court à la merci des vents Dans le sens opposé du pollen Et j’imagine avec appétit Son parfum.
VEUVE NOIRE
Veuve noire Tu t’es glissée dans mes draps d’insomniaque Funambule, tu es descendue du pays qui est ta toile Pour m’injecter tes rêves venimeux
Géante sur les murs des étoiles Tu te meus ronde et langoureuse Comme un deuil dans la nuit Amante crépusculaire
Ton poison infaillible irrigue mon sang
ADIEU
Ne sois pas triste Chandelle où brille ma flamme Si tu te consumes, je m’éteins aussi Rappelle-toi, ma fée sans baguette Que tes gestes-velours sont des formules magiques Tu exhumes mon allégresse En faisant de ma cendre, des limbes et des présages Tes larmes, ma porcelaine Sont un gâchis de perles inestimables.
VAGABOND
J’accours toujours aux sirènes des bateaux Et j’ai sur les lèvres, le sifflement des trains Encore une nuit à dormir sous les ponts Quand volerai-je Aussi haut que la mouette valseuse ? J’attends toujours une autre histoire J’espère encore le retour du miracle M’apportant un destin tout neuf.
RWANDA (PRÉ-GÉNOCIDAIRE)
Je proclame dissidence Pays aux vertes collines Ma maison est le refuge des opprimés sans nom Mon ciel m’est prêté par une main tendue Je proclame dissidence L’échine rebelle aux danses de ton peuple De mes lèvres inadaptées à la langue d’origine Pour mes mains castrées du tambour ancestral Pour la faute que je n’ai pas commise Car au fils mal aimé Je préfère l’indésirable.
CHE
Combien de coups de feu et de lames souillées Dois-je garder en mémoire ? Je n’ai plus de place pour Santiago sanguinolente Pour ces femmes en pleurs Dont le deuil est une religion Combien de coquelicots douloureux S’abreuvent du sang des révolutions ? Seras-tu de ceux que les fusils éternisent ?
ENTRE MIEL ET FIEL
Ma douleur arrive Habillée de mots et de maux Comment ai-je fait pour courir Sur un fil d’encre Et sourire en même temps ? Je cours après l’oubli Mais je suis en retard sur le pardon Mon sourire attend le tien Désespérément Le miel, c’est toi Le fiel, c’est moi Ou est-ce le contraire ?
Le poète
Didier Leclair, de son vrai nom Didier Kabagema, est né en 1967 à Montréal, au Canada, de parents rwandais. Il grandit dans différents pays d’Afrique francophone, notamment en République du Congo, au Togo, au Gabon et au Bénin. En 1987, il revient dans son pays de naissance et choisit de s’installer à Toronto pour poursuivre ses études universitaires. Didier est l’auteur de plusieurs romans dont Toronto, je t’aime qui a remporté le prix littéraire Trillium 2000, finaliste au Prix littéraire du Gouverneur général en 2004 pour Ce pays qui est le mien et lauréat du Prix Christine Dimitriu Van Saanen en 2016 pour son roman Pour l’amour de Dimitri, il partage son temps entre la littérature et sa passion pour le jazz. Ce titre est réédité plus de vingt ans après sa parution et vient d’être traduit en anglais par un éditeur torontois.
Commentaires récents