écouter Nana nous parler d’elle avec ses mots de fillette

En Algérie, la vie est douce pour Nana, entourée de ses parents, de sa sœur Souad et de leur petit frère.
À l’école française d’Alger, il y a les copines, les garçons que l’on découvre, que l’on embrasse aussi pour enfin savoir quel effet ça fait. Pour enfin grandir un peu.
Il y a les pastels et les dessins qui rythment la vie de Nana, ces jolis pastels apportés de France par les collègues de papa. Car papa est françaoui, et Yemma algérienne.
Dans les années 90, c’est très compliqué pour les couples franco-algériens de vivre au milieu des barrages, des attaques, des exécutions perpétrés dans le pays par les frères musulmans.
Alors pour son bien, Souad va partir à Paris. Seule, mais elle saura se débrouiller, elle sait toujours se débrouiller la belle Souad que tous les garçons admirent.
C’est un déchirement pour Nana.
Mais les mois et les années passent. De plus en plus d’étrangers ou de binationaux quittent le pays tant l’insécurité grandit. Et un jour, c’est Nana qui part rejoindre sa sœur. Elle quitte le soleil, la chaleur, le bleu du ciel d’Algérie pour rejoindre seule le gris mortel du ciel de Villetaneuse. Banlieue triste et morose où se morfond Souad.
Les deux filles vont apprendre à vivre en ayant tout quitté du jour au lendemain. Sa chambre d’enfant, ses parents, son frère, sa famille, la douceur de l’aïeule et l’odeur du jasmin.
Vivre ou plutôt survivre et se débrouiller comme elles peuvent, en mentant chaque semaine au téléphone, en oubliant les visages, les odeurs, les vagues et le bleu de la mer, du ciel, de la vie heureuse, laissés là-bas.
Peu à peu elle grandit la petite Nana si discrète, effacée, sage dans sa robe qui tourbillonne quand elle tourne sur elle-même, comme savent le faire toutes les petites filles de son âge.
Elle apprend à oublier ceux qui l’ont oubliée, ces parents restés au pays, cette famille perdue.
Elle découvre la banlieue, Paris, le doute, la peur, prend de l’assurance, étudie à l’école, aime un garçon, s’occupe de sa sœur qui se perd chaque jour un peu plus. Elle va vivre, douter encore, craindre, espérer, déserter ce monde qui l’entoure pour être elle, enfin elle.
J’ai aimé le ton, le rythme, les personnages de ce roman. J’ai aimé écouter Nana me parler d’elle, de sa vie, avec ses mots de fillette de bientôt 12 ans, puis de jeune fille solitaire et perdue. J’ai aimé la justesse de ses propos, de ses sentiments, de ses questionnements. Sa façon d’appréhender cet exil dont elle n’a jamais voulu, dont elle n’a jamais rêvé, qu’on lui a imposé et avec lequel elle doit apprendre à vivre.
J’ai aimé sa force, sa façon de se forger une vie, son courage pour affronter cette solitude imposée, la voir grandir.
Un très beau premier roman paru aux éditions Fugue, une maison d’éditions qui nous propose à chaque fois des personnages attachants et forts.
Catalogue éditeur : Fugue
Elle est joyeuse, la vie de Nana, entre ses meilleures copines, l’école française d’Alger, les garçons à embrasser et les boîtes de pastels achetées au trabendo. Mais lorsque le quotidien est percuté par les attentats-suicide, les barrages militaires et les disputes des parents, la peur fait son apparition.
Un jour, sa grande sœur Souad est envoyée étudier en France. De Villetaneuse, tous les samedis au téléphone, elle répète : « Tout va bien ». Un an plus tard, Nana a douze ans et c’est son tour. Elle rejoint sa sœur et doit apprendre le froid, le gris, la solitude – le mensonge, surtout. Mais « tout va bien », n’est-ce pas ? Jusqu’à ce que Souad dévisse. Jusqu’à ce que Nana, confrontée au vertige de la liberté, cesse d’être une enfant et choisisse son destin.
208 pages / 20,00 € / 978-2-494062-70-2 / 23 janvier 2026








