Astrid Waliszek – clac


visuel:  Omer Parent tes veines, vivantes et bleues dansent une sarabande effrénée sur le dessus de ta main. La terre tremble, dis-tu. à bousculer les nuages à chercher la chaleur nous avons oublié l’heure celle de l’au revoir – non, pas adieu   et voilà, c’est ici, c’est maintenant couvre-toi, ne prends pas froid tu ne reviendras pas, c’est là c’est maintenant qu’il faut partir les … Continuer de lire Astrid Waliszek – clac

Neige sur le dos de pierres – (RC )


– Le dos de pierresCourbé dessousLe tas de cendres,Et puis l’été,Et puis la colline, Vautrée sous le passage de l’orage.Demeurent, parmi les restes de murs,De la petite ruine,Les éclats d’ardoise,Que le feu a révélés… Les mauvaises herbes, en tas,Agressives,Avaient pris possession des lieux,Et les orties, étaient chez elles.Sur le dos de pierres,  de la voûte écroulée, –          C’était il y a … Continuer de lire Neige sur le dos de pierres – (RC )

Bassam Hajjar – S’il faut parler de lui ( le conteur )


S’il faut parler de lui Evidemment, je ne suis pas le conteur je ne suis pas le loup ni la porte du jardin, je ne sais pas avant la fin comment vous mourez avec la déception de celui qui manque le train et attend le train d’une heure et demie. Evidemment, ce n’est pas moi qui attends car je n’ai pas même écrit une lettre … Continuer de lire Bassam Hajjar – S’il faut parler de lui ( le conteur )

Annick Le Scoëzec Masson – L’arbre au-dehors


photo Ansel Adams L’arbre vint à moi.Comme un petit oiseau, un chien, un chat.Sur la terrasse où j’étais assise,ses branches poussées depuis le baspar un peu d’air léger,s’accrochaient à ma frange.Derrière, sous la véranda,une rumeur de vent de plaine,de conversations inlassables.Des pétales tombaient à mes pieds.L’arbre contait bien des chosesque je ne saurais dire.Ses odeurs énergiquesde sève en ruisseaux, d’écorce saignante,me soulevaient.Je perdais consistance,mes yeux … Continuer de lire Annick Le Scoëzec Masson – L’arbre au-dehors

L’aube dans la lente marée des heures – ( RC )


peinture Chu Teh-Chun L’aube ne passe jamais si vitedans la lente marée des heures….A chaque instant s’égarent les repèresle tracé de la côte n’est plus le mêmeque celui laissé hier avant la tempête.Tout a changé, la nuit après le cielles mains dans l’échancrure de la plaieun timide drap de jour où un bleu d’azurnous rappelle ce monde d’avant. Est-ce celui que nous avons rêvéou s’est … Continuer de lire L’aube dans la lente marée des heures – ( RC )

Pierre patiente – ( RC )


sculpture Henry Moore: mémorial pour W B Yeats Ma pierre est patiente.Elle n’a que son grain pour corps, Inerte en apparence,elle surveille mon sommeil. Elle ne va pasjusqu’à ma ressemblance. Elle se dresse au bout du jardin,pâte dure qui a survécu. Survécu à la faim,mais peut-être qu’à la fin elle va me mangercomme un corps étranger qu’il faudra sculpterde figure humaine sans trop de détails,juste … Continuer de lire Pierre patiente – ( RC )

Avec une robe en papier alu – ( RC )


collage Hannah Höch – Indian dancer Je me suis  retrouvé un jour, emballé  dans  du papier  alu, avec  quelques  branches  de glaïeuls et un verre  cassé, sur lequel était dessiné un petit monstre. Un vieil oiseau dodelinait de la tête, et me considérait comme une pièce  de musée. Il est vrai que  j’étais un peu froid mais en pensée, j’ai convoqué la vénus  androgyne  ( à … Continuer de lire Avec une robe en papier alu – ( RC )

Claude Saguet – Belle, pour quel désert suis-je promis ?


– Belle, pour quel désert suis-je promis, pour quel autre désert s’il faut, à chaque instant, retrouver sa solitude dans tous les yeux qui passent ? Lorsque les routes se dédoublent et s’amoncellent les fleuves ; lorsque lentement, dans le matin, s’élève l’haleine rouge des heures, je voudrais m’ouvrir comme une parole privée d’air depuis longtemps. La mer, de tous ces plis, m’apporte des chants … Continuer de lire Claude Saguet – Belle, pour quel désert suis-je promis ?

Le fleuve semblable et indifférent – ( RC )


  J’ai erré dans des contrées, où les plaines endormies, tiraient des draps gris . Ce n’était ni l’hiver,  ni le printemps, et le chemin de la falaise, chuintait d’une pluie fine, semblant sourdre à travers les cailloux, devenus glissants. J’ai pensé aux oiseaux véloces, qui allaient venir bientôt strier le ciel, et plonger d’un coup, vers le Rhône, tout en bas . Il passait … Continuer de lire Le fleuve semblable et indifférent – ( RC )

Franck Venaille – D’un vol entier de mouettes


                                                  Nicolas de Staël   Les Mouettes     D’un vol entier de mouettes J’entends la plainte, alors   Qu’elles survolent l’immense Territoire d’où elles furent   Autrefois bannies Leurs cris de colère leur fureur   Et plus que tout, cet indéfinissable … Continuer de lire Franck Venaille – D’un vol entier de mouettes

Antoine Wauters – cinq extraits d’os


_ La maison de la poésie de Belgique  présente  Antoine WAUTERS 5 extraits d’Os. cueille langue, dents, dame d’onze heures et muguet, cueille cheveu chenu,  regard chauve en larmes tombées à l’eau, fauche les mal pensées, les amorphes, tasse-moi de frissons sauvages, de gorges où rugir en sang, cueille, tasse, entame l’incendie des feuillus térébrants ne parle pas des bris sous peau, des soupentes, du … Continuer de lire Antoine Wauters – cinq extraits d’os

Charles Bukowski – Un poème est une ville


Un poème est une ville remplie de rues et d’égoutsremplie de saints, de héros, de mendiants, de fous,remplie de banalité et de bibine,remplie de pluie et de tonnerre et de périodes desécheresse, un poème est une ville en guerre,un poème est une ville demandant à une horloge pourquoi,un poème est une ville en feu,un poème est une ville dans de sales drapsses boutiques de barbiers … Continuer de lire Charles Bukowski – Un poème est une ville

L’habit de l’écrivain – ( RC )


C’est comme l’histoire de la petite graine Abandonnée dans un champ,         qu’un oiseau, en volant,         ne pense pas qu’il sème         ce qui va devenir         un futur géant dont le feuillage secoué par le vent va lentement s’épanouir. De même,        l’habit de l’écrivain ne se limite pas … Continuer de lire L’habit de l’écrivain – ( RC )

Heinrich Böll – ils rient


J’ai vu un dessin animé prodigieux : le titre, je ne le sais plus.Ça se passait en Orient et il y était question d’une petite chattetravestie en danseuse de charme vers laquelle un matou,travesti en pacha, étendait d’avides bras élastiques de dessin animé :à cet instant les choses ont pris une tournure excitante.Les pirates sont arrivés, ils sont arrivés traversant les airssur des tapis volants, … Continuer de lire Heinrich Böll – ils rient

Laine de l’air, duvet impalpable – ( RC )


–La laine de l’airaccrochée aux branchesce duvet impalpablequi plane sur l’étang . Des rayons de lumièrese risquent parfoisdans les déchirures de brume,-disparaissent, furtifs comme si leur règnen’était qu’au-dessusdes choses matérielles là où les montagnesprennent leur élanpour affronter les verticales chapeautées de neigepresque incandescentesous le soleil. Continuer de lire Laine de l’air, duvet impalpable – ( RC )

Mahtab Ghorbani – quelqu’un est venu


photo Ed Boubat … Moi aussi, je suis une femme seuleà la veille de l’avènement du néant,assise sur une tombe froide qui est ta demeure. Te souviens-tu que tu avais fait un rêve ?Le rêve de celui qui ne ressemblerait à personne ?Heureusement, tu n’as pas vu se réaliser ton rêve ! En effet, quelqu’un est venuqui n’avait pas de nomet qui ne ressemblait à … Continuer de lire Mahtab Ghorbani – quelqu’un est venu

André Velter – La poésie ne peut être coupée ni du sacré


La poésie ne peut être coupée ni du sacré ni du réel. Elle n’est pas un réservoir de mots d’ordre. Elle a du souffle et pas de frontières. Sa langue lui appartient, mais elle appartient à la rumeur des langues. Opaque à tout populisme, elle n’a pas à craindre d’être populaire. Si elle est vécue, elle change la vie. – André Velter – extr  de  … Continuer de lire André Velter – La poésie ne peut être coupée ni du sacré

William Carlos Williams – l’attente


peinture PIERRE-ERNEST PRINS 1889 Quand je suis seul je suis heureux.L’air est frais. Le ciel esttacheté, éclaboussé, lacéréde couleurs. Les phallus cramoisisdes feuilles de sassafrase serrent en foule devant moiaccrochés aux lourdes branches.Quand j’atteins le pas de ma porteje suis accueilli parles cris de joie de mes enfantset mon cœur s’effondre.Je suis brisé. Mes enfants me sont-ils moins chersque les feuilles qui tombent oufaut-il devenir … Continuer de lire William Carlos Williams – l’attente

soleil noir comme un désir d’encre – ( RC )


gravure Terry Winters Noir comme un désir d’encre,le soleil est le négatifdes sourires et de l’été.Je le couche cependant sur le papier. C’est un crépuscule avec ses rayonsaussi obscurs que mon écriture,mais qui rassemble ces couleurs,qu’on ne voit qu’avec le miroir des yeuxde ceux qui n’auront pas peurde se confronter à leur chaleur, seraient elles aussi éphémèresqu’un rêve qui s’étire encore un peuau réveil, et … Continuer de lire soleil noir comme un désir d’encre – ( RC )

Sans bagage ni visage – ( RC )


Ayasaki – Crépuscule Je laisse l’éternités’éteindre avec les derniersrayons du soleil, je préfère le présent à tes côtés,tandis que murmurel’estampe grised’un matin de brume. Nous avons parcouru les chemins, même les plus incertains,sans remarquer que les fleurs,nous offraient leurs couleurs. Le printemps est chargé de sève, et le jour se lève sur l’étendue des fougères encore rousses .Mes bras battront l’aircomme pourvu d’ailes légèreset je … Continuer de lire Sans bagage ni visage – ( RC )

Anna Maria Carulina Celli – Mes ruisseaux sont des sentiers


Mes ruisseaux sont des sentiersJ’écoute les voix d’eau et suis le rayon qui courtUn courant d’air fredonné au-dessus des secretsOù le chant des morts sous les reflets, sourdCouchée par-dessus la pierre millénaireQui refermera la dernière porte, un jourLa main tirée par le fil de l’ondeJ’entre dans la palpitation de l’arbreHoule jade fougèreEncens de chênes et de figuiersJe tombe dans les paumes, à l’enversRêve que je … Continuer de lire Anna Maria Carulina Celli – Mes ruisseaux sont des sentiers

Pas de blanc-seing – Susanne Derève


Enfantssavez-vous que mon pèrefut un jour étrangeren son propre paystraqué bannidormant l’été à la lisière des blésl’hiver chez ceux d’un soir qui lui ouvraientla porte au risque de leur vie Que je fus moi-même étrangèreignorant les usages et les motsd’une terre lointaineles mains qui se tendaientétaient des mains amiescette terre devint ma seconde patrie et je n’en vénérais pas moins la mienne Enfantson est toujours … Continuer de lire Pas de blanc-seing – Susanne Derève

Yehuda Amichaï – Journée commémorative pour les morts de la guerre ( extrait )


Le jour du souvenir.Le sel amer est déguiséen petite fille avec des fleurs. Les rues sont délimitées par des cordes,pour le défilé commémoratif des vivants et des morts. Les enfants qui ne portent pas leur propre chagrin marchent lentement,comme s’ils marchaient sur du verre brisé. le texte original, ou du moins traduit en anglais provient du site poetrysoup Continuer de lire Yehuda Amichaï – Journée commémorative pour les morts de la guerre ( extrait )

Fonte des glaces sur la Neva – ( RC )


photo « retravaillée » Fonte de glaces sur la Neva RC Pénombre bleue sur le blanc,je ne sais où faire surface.D’immenses blocs de glacedérivent lentement.Je ne reconnais plus rien. Les blocs recouverts de givre,les eaux de la Neva,la débâcle à grand fracas,au sein d’une nuit plaintive sur la plaine immense…. Les ponts emportés au loin,seule, la tour, par intermittence,qui persiste dans son signal,contre le rideau flou d’un … Continuer de lire Fonte des glaces sur la Neva – ( RC )

L’encre s’étend en petits gris – ( RC )


Encre: Lisa Weiss était-ce encore un tempsà faire s’éloigner les nuages ?Des maux croiséssur une pageun peu gondolée…C’est que la pluiea transformé le paysageen un lavisoù l’encre s’étenden petits grisdans un ciel immense.L’écriture est à double sens.C’est là qu’elle fleuritaussi discrètequ’une brise :une écriture secrètequi n’attend pas qu’on la lise…. Continuer de lire L’encre s’étend en petits gris – ( RC )

Florence Seyvos – la trotteuse


Suzanne appuie de toute la force de son regard sur la grande aiguille pour la faire descendre plus vite. Elle s’imagine assise dessus, sautant de tout son poids pour l’abaisser. Ses yeux s’attachent à la trotteuse, courent avec elle autour du cadran. La trotteuse est une amie, pressée, obstinée. La suivre est toujours le meilleur moyen de faire passer le temps. court extrait de son … Continuer de lire Florence Seyvos – la trotteuse

Marc Hatzfeld – n’oublie pas…


Si l’herbe casse sous le regard du ventEt si le vent dérape sur le seuil de ce soirSi le soir se dérobe et tâtonneN’oublie pas de leur dire:«Retournez aux pages blanches de vos cahiers perdusRetournez au lit de feuilles sèchesRetrouvez le chemin d’une étoile.»N’oublie pas de leur direDe retrouver la bulle d’air égaréeDans la bille de verreLibellule à l’envers.N’oublie pas. Continuer de lire Marc Hatzfeld – n’oublie pas…

un poisson au-dessus des dunes – ( RC )


Je me roule dans les mains de lune glisse dans l’océan des rêvesje suis un poisson qui s’envole au-dessus des dunes. Ta poitrine de sirèneblanche et ta chevelure brunesont celles d’une reineau regard limpide. Je vais planer, planer encore, puis je retomberaidans l’étendue liquidel’instant d’une petite mort. Ton corps d’or, en devenirconnaît les sentiers secretsdes ressacs du désir. Tu sais que l’on se noiedans le … Continuer de lire un poisson au-dessus des dunes – ( RC )

Poèmes du Gevaudan V- (Susanne Derève)


  Comme elle regrette infiniment ,  ces hauts plateaux sous le vent , les prairies d’altitude offertes au  ciel d’été , vastes, blondes , solitaires, et pourtant finies , où le regard ne se perd pas comme il s’égare en mer mais s’arrime aux tourbières, aux moissons, aux troupeaux , aux noires boursouflures du basalte, aux longs soubresauts de la terre, à ses cascades , … Continuer de lire Poèmes du Gevaudan V- (Susanne Derève)

Géographie du silence – (Susanne Derève)


Silence pas tout à fait la paix une attente les bruits assourdis de la vie fusant dans la lumière du jour qui ne l’amenuisent pas l’étreignent comme une bulle vient crever la surface de l’eau on ne sait plus si c’est un rêve ou juste son lointain écho Il arrive que le ciel soit si bleu qu’il vous inonde Soleil de plein été chassant la … Continuer de lire Géographie du silence – (Susanne Derève)

Garous Abdolmalekian – drapeau dans le vent


( imagedu film   Sissi impératrice ) Nos poings sous la table Ta robe bouge dans le vent Voilà  Le seul drapeau que j’aime   – Garous Abdolmalekian est né à Téhéran en 1980. Après avoir publié son premier recueil à 23 ans, L’Oiseau Caché, il reçoit le prix du recueil de la jeune poésie iranienne pour les Couleurs fanées du monde. Bien que les poèmes … Continuer de lire Garous Abdolmalekian – drapeau dans le vent

Répandre des étoiles – ( RC )


L’origine des temps se perd dans le lointain, et la nuit clignote de myriades d’étoiles, qui nourrissent les rêves. Tu as arpenté les terres nues, les chemins creux, en recueillant dans tes bras, comme tu le souhaitais, les moissons du ciel. As tu réussi à capter l’un d’entre ces astres lors de tes dérives buissonnières, qui t’emportent loin de la lourde glaise des jours ? La … Continuer de lire Répandre des étoiles – ( RC )

Je la vois qui s’élance – (Susanne Derève)


        Je la vois qui s’élance sous le berceau des arbres de très loin                    je la vois   ( dans sa course aérienne en  a-t-elle oublié le tic tac des heures, a-t-elle encore le trac  d’ailleurs ? )   Il y a des fenêtres qui  penchent sur les grilles du parc   et le long des allées des promeneurs distraits des couples … Continuer de lire Je la vois qui s’élance – (Susanne Derève)

au début de la rue de la Nuit – ( RC )


sculpture: Colleen Madamombe, 1964-2009 (Zimbabwe )   Je me suis assis au début de la rue de la Nuit, le coeur sombre ne sachant que faire de mes mains. Je devais attendre sans le savoir que se fende la Montagne Noire, ou retrouver le chemin clair de pierres lisses bordé du dessin des lys . J’ai cru en apercevoir le contour, apparu de façon brève, … Continuer de lire au début de la rue de la Nuit – ( RC )

Fleur recluse – ( RC )


photo perso –   Chanac     C’est comme un coeur qui garde sa couleur encore quelque temps : il parle doucement de ses quelques printemps vécus bien avant . –         C’est une fleur à l’abri de l’air, qui, par quelque mystère         jamais ne fane, mais ses teintes diaphanes à defaut de mourir, finissent toujours par pâlir . Détachée … Continuer de lire Fleur recluse – ( RC )

Restes d’une langue électrique ( RC )


image extraite d’un film « noir » américain – Au sommet  d’immeubles, Les lettres  s’échappent, s’agitent. Certaines se précipitent, se mêlent finissent par retrouver  leur ordre. En néons verts se disputant aux  rouges. Ce sont les façades voisines qui assistent à leur  course. Balbutiant leur clignotement. Deux lettres, presque au milieu  du mot, lassées , vibrent  d’une lumière  déteinte, maladive,     à leur base. Personne ne songe  à … Continuer de lire Restes d’une langue électrique ( RC )

Semis de pierres à Carnac – ( RC )


A Carnac, on a planté des petites pierres,pour retenir les rayons de lune. ( C’était au début, quand elle a commencésa course autour de la terre. -) Maintenant les pierres ont bien grandi,ce sont des témoins, Ils se sont redressés, au fil du temps,Communiquent avec le soleil et le vent : Ils racontent, muets, en grandes files, alignés,beaucoup de choses, sur ce qu’on ne connaît … Continuer de lire Semis de pierres à Carnac – ( RC )

Transports stellaires ( la nuit étoilée ) – ( RC )


Van Gogh –  la nuit étoilée On ne saura pas dire, s’il suffit  d’une  échelle Pour  toucher le velours de la nuit. Un tissu d’astres  s’y répand, Comme une  corne  d’abondance Car celui qui franchit les marches  du temps, Peut  changer, en cas  d’urgence, Les  étoiles qui se meurent de froid et de peur comme il le ferait de simples  ampoules. Allumeur  de réverbères, Van … Continuer de lire Transports stellaires ( la nuit étoilée ) – ( RC )

Claude Esteban – Le jour ne revient pas, dites-vous


assemblage « nature » Andy Goldsworthy Le jour ne revient pas, dites-vous,mais seulement sa blessure, le sang que laisse le soleil quand il s’effondre au loin tous les corps oubliés veulent savoirsi quelque chose existe sous le sol, qui les rassemble,une parcelle de substance ou rien que l’ombre,immobile comme un caillou peut-être que l’espoirn’est qu’une entaille dans la chairune étincelle sans futur dans la mémoirene dites pas, … Continuer de lire Claude Esteban – Le jour ne revient pas, dites-vous

Gérard Pons – Brise au ponant


Longue lame de sable qui s’ébrèche dans la mer. Dos forgés dans les collines à la sueur des hommes de peine. Brise de terre brise de mer. N’est immobile dans la transhumance du temps que le rocher noir aux mouettes, miroir sans tain du ciel. La brise au ponant ensorcelle la nuit des lutins insatisfaits. Nous regardons la mer qui soulève son ventre, respirant avec … Continuer de lire Gérard Pons – Brise au ponant

Audre Lorde – la couleur d’un mot


dessin RC ( retranscription de motifs sur des cases du palais de Tiébélé, Burkina Faso ) Vais-je rompre ou tomber abattuepar la couleur d’un motou son absenceet par oùsera faite l’ouverturequi exposera mon vrai visage à moimise à nu en un tout Mes enfants tes enfantsleurs enfantstous engagésdans la conjugaison de nos affaires. [1961] Continuer de lire Audre Lorde – la couleur d’un mot

Rita Mestokosho – On the road again


ON THE ROAD AGAIN 4 La seule vitesse qui existen’existe pas en réalitécar les routes sont éternelles.Elles sont infiniment bellesles routes du Nordles routes de la merles routes du ciel. Seuls nos pas se retrouventà travers la grandeur de notre quête.Je pars de la ligne de départqui est moi-même.Je parcours des distances incroyablespour me retrouver moi-même.La ligne de départ ne s’annonce paselle est toujours là … Continuer de lire Rita Mestokosho – On the road again

Dylan Thomas – ne rentre pas sereinement dans cette bonne nuit


peinture Gertrude Abercrombie seule 1946 N’entre pas apaisé dans cette bonne nuit,La vieillesse doit brûler et se déchaîner face au jour qui s’achève ; Rage, enrage contre l’extinction de la lumière. Même si les sages, à la fin de leur vie, savent que l’obscurité est juste,car leurs paroles n’ont pas bifurqué vers la lumière,ils ne rentrent pas apaisés dans cette bonne nuit. Les hommes de … Continuer de lire Dylan Thomas – ne rentre pas sereinement dans cette bonne nuit

On sait que ne reviendra pas l’été – ( RC )


peinture Paul Klee-  Ceremony and Sunset 1920 Le jardin ne connaît d’autres floraisonsque celle de la peinture,la toile s’embrase de plantes contre natureelles occupent le champ en rouge vermillon ; des tiges sombres et fleurs carminen un désordre apparent :le jardin rouge aurait-il été peintcomme avec ressentimenten évitant les couleurs vives ? Peut-être le soleil couchanty est il pour quelque chose:les fleurs à la raideur … Continuer de lire On sait que ne reviendra pas l’été – ( RC )

Robert Piccamiglio – Accordez-moi encore une danse


dessin aquarellé R Chabrière – Morlaix 2025 Accordez-moi encore une danseavant que la nuit entre en nocesune collisionavec les gestes et l’impossiblequi guide nos pasaccordez-moi encorede découpersous le couteau affûtédes mauvais joursles flocons la grâcela quête de votre corps.Accordez-moi encore une dansefunéraire ou brodéedans le ciel des partagesqu’il me reste encore à trouverdans la rage la hontel’humiliationou pourquoi pasla belle la tendre indifférence.Accordez-moi encore une … Continuer de lire Robert Piccamiglio – Accordez-moi encore une danse

Yannis Ritsos – Stade  de fatigue


photo Pentti Sammallahti TranquiIle, la fumée du train dans le couchant rouge, seule est assise sur le seuil avec une cage de canaris, écoute l’accordéon de l’aveugle sur les marches d’Aghia-Varvara. Nous n’avions plus aucune justification pour le jour présent ni pour  le lendemain. Les noms ne s’ajustaient plus aux choses. Des chiens sans maître errent dans le quartier. Le soir, maisons et arbres et … Continuer de lire Yannis Ritsos – Stade  de fatigue

Louise Dupré – qu’on te délivre du mal


peinture – le livre de chasse de Gaston Phoebus Tu entends les hurlements retenus dans lesentrailles de la terre chaque fois que tu posesles pieds sur le sol, tu les entendrais même si tuen venais à tuer tous les vivants. Tu demandeschaque fois qu’on te délivre du mal, mais quipourrait te tendre la main, quelle parole tesauverait de la détresse ? Tu appartiens à unelignée … Continuer de lire Louise Dupré – qu’on te délivre du mal

Catherine Pozzi – Ave


manuscrit enluminé Atelier de Jörg Breu le Jeune mi XVIè siècle Très haut amour, s’il se peut que je meure Sans avoir su d’où je vous possédais, En quel soleil était votre demeure En quel passé votre temps, en quelle heure Je vous aimais, Très haut amour qui passez la mémoire, Feu sans foyer dont j’ai fait tout mon jour, En quel destin vous traciez … Continuer de lire Catherine Pozzi – Ave

Tarjei Vesaas – que la neige se pose sur moi


La neige ne peut pas se poser sur moi, pensait-elle, et si elle le fait, tant mieux.Pendant ce temps-là, les flocons mouillés se posaient, denses et lourds, sur ses épaules et sur sa casquette de garçon rejetée sur la nuque – ainsi que partout où il y avait une petite place pour s’accumuler. Elle était déjà couverte de petits tas çà et là. Bien sûr, … Continuer de lire Tarjei Vesaas – que la neige se pose sur moi

Nayim Smida – Ce grand amour à attendre


peinture-collage origine non identifiée Ce ne serait plus toi Cette patrie dont j’ai rêvéIl y a longtempsCe ne serait plus toi ce ciel témoin depuis toujoursDe la raison du plus fort et ses pions tout autourDe l’injustice à justifier par le sang des innocents Ce ne serait plus toiCe grand amour à attendreCette femme qu’on aimait sans chercher ni comprendreOù et quandQuand pourquoi désirer sa … Continuer de lire Nayim Smida – Ce grand amour à attendre

Marcella Boccia – mes chaussures sont lourdes


Le poids que je soulève chaque matinTous les matins je me mets à genouxdevant le petit autel de cuir et poussière,En train de glisser des veines noires dans leurs yeux argentés,Je resserre le temps autour de mes chevilles.Les chaussures attendent comme des animaux obéissants.Ils connaissent la forme de mon hésitationIls se souviennent de chaque trottoirqui m’a mordu.Je pense que c’est que la gravité,Seule la terre … Continuer de lire Marcella Boccia – mes chaussures sont lourdes

Murièle Camac – mieux vaut admettre la nuit


tant que durent les pilesla petite lampe de pochefait balbutier dans la nuit des bouts de chemindes cercles d’herbe des caillouxde menues solitudesla petite lampe éclairece qu’est la nuit dehors :l’obscur et la présenceet l’inquiétant des bruits grouillent dans les fourrés(des yeux luiront tout à l’heure)le chemin disparaît à chaque pasla mer énorme respire mieux vaut pas de lampemieux vaut laisser les carpes ambiguësnager au … Continuer de lire Murièle Camac – mieux vaut admettre la nuit

Sylvie Durbec – des anges sur des ronds-points


art Youssef Abdelke Il y a des anges sur des ronds-points avec ou sans chien.Il fait nuit et ils ne sont que quatre, on ne sait si sont filles ou garçons, les anges, c’est comme ça.Ils écrivent sur des grandes feuilles blanches des poèmes en une langue inconnue.On peut reconnaître quelques signes pourtant, écrits au futur inconditionnel.Il fait un peu froid. Les phares des autos … Continuer de lire Sylvie Durbec – des anges sur des ronds-points

Mario Luzi – Ne pars pas


photo Javier Molina Ne pars pas,ne laisse pasl’éclipse de toidans ma chambre.C’est le soleil qui te cherche,il n’a aucune pitié pour ton absence,le soleil te trouve même dans les lieuxfortuitsoù tu es passée,dans les endroits que tu as quittéset dans ceux où tu esallée sans t’en rendre compte,il brûleet réduit à néanttoute ta journéebrûlante.Et pourtant, elle a été,elle a été,aucune heure n’a été vaine. Non … Continuer de lire Mario Luzi – Ne pars pas

Grégoire de Narek – prière ( extr )


Nul être, nulle créature, rien ne peut recueillir le fuyard que je suis : ni les crevasses, ni les gouffres sans fond, ni les plus hautes cimes, ni les failles des rochers, ni les troncs, ni les pierres, ni les creux, ni les trous, ni les cavernes béantes, ni les gorges des torrents, ni les caves, ni les combles, ni les dédales occultes, ni la … Continuer de lire Grégoire de Narek – prière ( extr )

Paul de Brancion – Je n’ai pas dit au revoir à ma Mor


peinture Suhair Subai Je n’ai pas dit au revoir à ma Mor encore, pas encore.Même si je l’ai fait. Elle m’a dit au revoir.J’ai reçu son adieu mais je n’y ai pas répondu,je n’ai rien dit, c’était impossibleparce qu’elle avait été si dure.Je ne l’ai jamais prise au sérieux, même dans sa mort.Elle était une sorte de monstre.Maintenant qu’elle est morte, j’ai bien consciencequ’après tout … Continuer de lire Paul de Brancion – Je n’ai pas dit au revoir à ma Mor

l’étoffe des fleurs a longtemps attendu notre retour – ( RC )


image – texte Susanne Derève, sur une peinture de Denis Laget L’étoffe des fleursa longtemps attendunotre retour,-ces roses au velourssi fragile-devant l’arbre nuaux branches dresséesdans le ciel , solitaire…Quand nous sommes revenus,un tapis de corail à nos piedsc’était déjà l’hiver, l’espoir d’une renaissancetout à coup ralenticomme la sève du marronnierdont nous ne verrons plus les fruits, car le gel nous a devancéset a tout pris … Continuer de lire l’étoffe des fleurs a longtemps attendu notre retour – ( RC )

Après la brume, les gouttes de pluie reflètent le monde à leur portée – ( RC )


Après les brumeset le silence qui plane,épais – après le passage du train,les gouttes de pluiese précipitent,elles griffent les vitresde leurs pointillés,où se reflèteune part du mondeà leur portée….Il me reste beaucoup de tempsà tuer avant le passage du prochain,qui vient pourtanttoujours trop tôtavant que j’aie terminé le récit. Pendant ce tempsl’esprit voyageet prend de vitessela course des nuages,surtout après le vin chaudque j’ai emportéavec … Continuer de lire Après la brume, les gouttes de pluie reflètent le monde à leur portée – ( RC )

Nathaniel Tarn – La mer se ferme sur les yeux


La mer se ferme sur les yeux, les yeux devenus ciel :du ciel descendent les poissons translucides,adoucie par les lèvres de la mer, à l’eau si généreuse,sa chaleur versant une huile d’hydromel,les poissons commencent  à l’instant nous entrons –étant à peine visibles nous ne les voyons pasjusqu’au moment où nous passons dans leurs bancsles derniers de la création, l’eau-création,et puis nous sommes au-dessus d’eux,glissant à hauteur d’œil … Continuer de lire Nathaniel Tarn – La mer se ferme sur les yeux

Charles Akopian- Dadig et Babig *


Quand une montagne perdle fil de l’histoire Quand une montagne est coupéede ses montagnes Quand une montagne ne voit plusqu’à travers une cage Quand une montagne n’a plus de braspour enserrer les siens Quand une montagne souffred’avoir perdu sa famille Quand une montagne n’entend plusle chant des grues qui la salue Quand une montagne tombecomme une plume abandonnée Quand la montagne ne perçoit plusla couleur … Continuer de lire Charles Akopian- Dadig et Babig *

Pentti Holappa – les mots longs


peinture Marsden Hartley Si seulement je me souvenais comment on jouit, par quel organe, et comment on oublie. Et l’amour : jouissance au premier jour, douleur le deuxième, au troisième la solitude. Toute chose trouve sa fin. Je suis malheureux. Pire encore : je suis. Le vin de messe a un petit goût de sang. Continuer de lire Pentti Holappa – les mots longs

Seamus Heaney – Tourbière


à T Flanagan Nous n’avons pas de prairiesQui découpent un grand soleil le soir-Partout l’œil s’arrêteAux empiètements de l’horizon, Se laisse courtiser par l’œil de cyclopeD’un lac. Notre pays sans clôturesEst une tourbière qui ne cesse de se craquelerSous les visées du soleil. Ils ont sorti de la tourbeLe squelette du Grand ÉlanIrlandais, et l’ont érigé,Quelle stupéfiante caisse pleine d’air! On a retrouvé blanc et … Continuer de lire Seamus Heaney – Tourbière

les roses de corail prolifèrent sous les tropiques – ( RC )


Dans la tiédeur des mers des tropiquesles roses de corail prolifèrentet les animaux marinsse glissent entre les vaguescomme des éclairs d’argentque même le regardne parvient à saisir,c’est un festival de couleurssous nos piedsdans la transparence de l’ondeoù la vie se multiplie. L’attrait turquoisedu bénitier à la coque entr’ouvertey est plus à sa placequ’au sein d’une cathédrale engloutiedans le sable aussi finqu’une farine collant aux pieds: … Continuer de lire les roses de corail prolifèrent sous les tropiques – ( RC )