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Parc national des Îles-de-Boucherville -
Cet espace-temps propre à l’image n’est autre que le monde de la magie – monde où tout se répète et où toute chose participe à un contexte de signification. Pareil monde se distingue structurellement de celui de la linéarité historique, où rien ne se répète et où toute chose a des causes et aura des conséquences. Par exemple, dans le monde historique, le lever du soleil est la cause du chant du coq, alors que dans le monde de la magie le lever du soleil signifique le chant du coq et le chant du coq signifie le lever du soleil. La signification des images est magique.
Pour déchiffrer les images, il faut prendre en compte leur caractère magique. Aussi est-il erronné de voir en elles des événements gelés. Bien plutôt remplacent-elles les événements par des états de choses, qu’elle traduisent en scènes. La force magique des images se fonde sur leur qualité de surface; et c’est à la lumière de cette magie qu’il convient de considérer la dialectique qui est la leur, la contradiction qui leur est propre.
Vilém Flusser, Extrait de Pour une philosophie de la photographie
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Parc national des Îles-de-Boucherville -
La réalité est beaucoup plus vaste que ce que nous sommes capables d’appréhender. Parfois, nous ne pouvons éclaircir une chose qu’en la confrontant à ce que nous ne savons pas. Et parfois les questions que nous posons nous conduisent à des expériences beaucoup plus anciennes, qui n’appartiennent pas uniquement à notre culture, ici et maintenant. C’est comme si une connaissance, qui nous appartiens depuis toujours, revenait à nous, mais dont nous ne sommes plus conscients, ni même contemporains. Elle nous rappelle quelque chose qui nous est commun, à tous. C’est cela qui nous donne force et espoir. Les questions ne s’arrêtent jamais, pas plus que la recherche. Il y a là quelque chose d’infini. Si je regarde notre travail, j’ai l’impression d’avoir à peine commencé.
Pina Bausch
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Varennes -

Varennes -
Je pense que le propre d’un photographe, c’est de trahir le réel. Il faut simplement maîtriser cette trahison et il faut qu’elle soit en cohérence avec soi-même. Je pense que je trahis certaines choses. Mais j’essaie de ne pas me trahir moi-même. Qu’est-ce qu’Errance ? C’est le regard à l’état pur. C’est mon regard à l’état pur. Qu’est-ce que je vaux dès que je sors du thème, de l’histoire, de la légende, du mythe, du journalisme, de l’information, de tous les prétextes qui peuvent venir se greffer ? Qu’est-ce que je suis, qu’est-ce que je vaut, quel est mon regard ? C’est une obsession chez moi, depuis longtemps, c’est une chose que je travaille un peu comme l’on travaille des notes. Beaucoup de photographes ont cette obsession de l’unité du regard, cherchant toujours à ce qu’à la fin de leur vie, il y ait une cohérence leur première et dernière photo, pour faire un beau livre, une grande exposition, etc. Moi, je m’en moque complètement. Peut-être est-ce le cinéma qui m’a apporté ça. À chaque film, je change un peu ma façon de faire. Ça ne veut pas dire, bien sûr, qu’en revanche, on ne peut reconnaître ma façon de photographier. Je l’ai revendiquée d’une manière douloureuse quelque fois à partir de la Correspondance New-Yorkaise, à partir de Notes.
Raymond Depardon, Extrait de Errance
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Jardin Botanique de Montréal -
II
Quand nous serons couchés côte à côte
dans la crevasse du temps limoneux
nous reviendrons de nuit parler dans les herbes
au moment que grandit le point d’aube
dans les yeux des bêtes découpées dans la brume
tandis que le printemps liseronne aux fenêtresPour ce rendez-vous de notre fin du monde
c’est avec toi que je veux chanter
sur le seuil des mémoires les morts d’aujourd’hui
eux qui respirent pour nous
les espaces oubliésGaston Miron, Extrait de L’homme rapaillé
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Parc national des Îles-de-Boucherville -
Un corps flexible ou élastique a encore des parties cohérentes qui forme un pli, si bien qu’elles ne se séparent pas en parties de parties, mais plutôt se divisent à l’infini en plis de plus en plus petits qui gardent toujours une certaine cohésion. Aussi le labyrinthe du continu n’est pas une ligne qui se dissoudrait en point indépendants, comme le sable fluide en grains, mais comme une étoffe ou une feuille de papier qui se divise en plis à l’infini ou se décompose en mouvement courbe, chacun déterminé par l’entourage consistant ou conspirant.
Gilles Deleuze, Extrait de Le pli : Leibniz et le baroque
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Ontario -
Il y a sans doute encore bien des choses,
Qui veulent être chantées par ma voix :
Ce qui n’est pas dit gronde, sonore,
Ou taille dans le noir une pierre sous la terre,
Ou se fraie un chemin à travers la fumée.
Je n’en ai pas encore terminé
Avec le feu, avec le vent, avec l’eau…
Et c’est pourquoi mes somnolences
M’ouvrent soudain en grand des portes
Et m’entraînent derrière l’étoile du matin.Anna Akhmatova, Extrait de Elégies du Nord ; Les secrets du métier
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Collage -
Ideas are like fish. If you want to catch little fish, you can stay in the shallow water. But if you want to catch the big fish, you’ve got to go deeper. Down deep, the fish are more powerful and more pure. They’re huge and abstract. And they’re very beautiful.
David Lynch, Extrait de Catching the Big Fish: Meditation, Consciousness, and Creativity
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Montérégie -
Il comprit bien que ce n’était qu’un coin du monde. Derrière ces montagnes, il y avait d’autres plaines, d’autres pays, d’autres chambres, d’autres hommes hésitant au bord du lit où une femme va se donner pour la première fois ; d’autres qui s’accoudent à une fenêtre, ayant enfin pris sur eux de s’arracher à leur chair, et comprennent tout à coup que le bonheur n’est pas au fond d’un corps. Il se sentait une étrange fraternité pour ces hommes, accoudés à ce même moment à des fenêtres ouvertes sur la nuit, comme au rebord d’un promontoire d’où l’on ne peut pas se lancer. Car on ne navigue pas sur la nuit. Les hommes et les femmes vont et viennent, dans un espace qu’ils ont créé, encadré de leurs maisons et de leurs meubles, et qui n’a plus rien de commun avec ce qu’était l’univers. Leur espace, ils le transportent avec eux, où qu’ils aillent, et, parce qu’il plaisait à des gens, ce soir-là, de voguer sur le lac dans des barques illuminées, le Léman semblait n’être que le promontoire de couples. Et cependant il existait. Il existait par lui-même, indifférent à tous les rapports qu’on découvre entre lui et l’homme, et Georges comprenait, avec une émotion qui le menait au bord des larmes, que la beauté de ce paysage galvaudé consistait précisément à résister à toutes les interprétations qu’en donne ce qui passe, à se contenter d’être et, quelque effort qu’on fît pour l’atteindre, à demeurer ailleurs.
Marguerite Yourcenar, Extrait de Conte bleu – Le premier soir – Maléfice
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Parc national des Îles-de-Boucherville -
Il me reste un pays à te dire
Il me reste un pays à nommer
Il est au tréfonds de toi
N’a ni président ni roi
Il ressemble au pays même
Que je cherche au coeur de moiVoilà le pays que j’aime
Il me reste un pays à prédire
Il me reste un pays à semerVaste et beau comme la mer
Avant d’être découvert
Puis ne tient pas plus de place
Qu’un brin d’herbe sous l’hiver
Voilà mon jeu et ma chasseIl te reste un pays à connaître
Il te reste un pays à donnerC’est un pont que je construis
De ma nuit jusqu’à ta nuit
Pour traverser la rivière
Froide, obscure, de l’ennui
Voilà le pays à faireIl me reste un nuage à poursuivre
Il me reste une vague à dompterHomme, un jour tu sonneras
Cloches de ce pays-là
Sonnez, femmes, joies et cuivres
C’est notre premier repas
Voilà le pays à vivreIl nous reste un pays à surprendre
Il nous reste un pays à mangerTous ces pays rassemblés
Feront l’homme champ de blé
Chacun sème sa seconde
Sous l’amour qu’il faut peler
Voilà le pays du mondeIl nous reste un pays à comprendre
Il nous reste un pays à changerGilles Vigneault
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Collage -
Posséder le joyau d’Escarboucle c’était posséder un gage de fortune et de chance. Barco Centenera passa par de nombreuses et pénibles épreuves à travers les jungles et les fleuves du Paraguay à la recherche de cet animal qui se dérobe; il ne le trouva jamais. A ce jour, nous ne savons rien d’autres au sujet de cette bête, rien d’autre au sujet de la pierre cachée dans sa tête.
Jorge Luis Borges, Extrait de Le livre des êtres imaginaires
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Montréal -
C’est l’organe grâce auquel nous pouvons percevoir quelque chose de la plus profonde intimité des choses; et il se dissimule lui-même à nos regards dans une profonde cavité du crâne. Sa structure des plus délicates, remplie et baignée de liquide, niche au creux d’un « rocher » très dur, comme un mollusque spiralé qui a secrété autour de lui, pour sa protection, une coquille résistante. Avec le système adjacent des canaux semi-circulaires, l’oreille est un des organes les plus sensitifs de tout notre corps. Quand on jette un regard sur l’oreille externe, on y voit une conque de formes sinueuses qui conduisent au canal auditif externe et s’y perdent. Cette conque, avec son canal, rappelle un entonnoir tourbillonnaire. Le canal auditif externe mène à une première membrane, le tympan, derrière lequel se trouve les « osselets » de l’oreille moyenne. Ceux-ci représentent une minuscule réduction du système locomoteur (selon Rudolf Steiner). Il communique les vibrations à la membrane dite « fenêtre ovale », qui donne sur l’oreille interne. De là, les vibrations sont transmises à des régions encore plus profondes, encore plus ténébreuses : le « limaçon » de l’oreille interne. On passe, en allant jusqu’à l’oreille interne par l’élément aérien, l’élément solide (osselets) et l’élément liquide (labyrinthe). En chemin, chaque forme trahit son origine en reproduisant des motifs de l’élément-eau.
Theodore Schwenk, Extrait de Le Chaos sensible
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Asbestos -

Chemin du Lac Supérieur -
le ravissement de ton œil
agrandit l’espacela lune tombe
ou s’élèvedes rangées d’étoiles se jouent
de mes calculsje ne demande rien
dans ta pensée
j’existeta pensée est matière
à étonnementMartine Audet, Extrait de Orbites
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Place Lagny -
J’ouvre les mains
et, dans ce monde resté ouvert,
les petites fleurs ombellées
de l’asclépiade
— jusqu’à s’abolir —
semblent dire que tout est bien,qu’il y a tant de façons de ne pas être captives,
que le fruit qui s’effiloche
n’a qu’à attendre le vent.Car le cœur de chacun est visible
le cœur de chacun est visible
et, à la sortie des gris vacarmes du viaduc Saint-Urbain,
quand je traverse le terrain vague
qui, en pente légère,
me ramène à moi-même,
les asclépiades — du paquet de jeunes tiges pour deux sous
aux pièges étoilés des métamorphoses — disent encore que tout est bienCar le cœur de chacun est visible
et orange noir toxique
la lumière qui l’emporte.Martine Audet
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Parc national des Îles-de-Boucherville -
Il y a plus d’une manière pour la voix humaine de nous prendre — de nous tenir en suspens, les tempes froides, le souffle coupé, pour quelques instants l’oreille miraculeusement contre la porte, sur le seuil d’un monde où tout se passe d’une autre sorte, où le temps revient, où le seul toucher rappelle, où le cours même des choses se livre à volonté dans une pure déhiscence de fleur et dont elle nous apporterait le pressentiment dans la pure vibration. Celle-ci m’est restée inconfortable entre toutes en ce qu’elle était la voix la plus nue que j’aie jamais entendue. Plutôt aiguë que grave, il me semble, — mais, je crois alors en juger par le souvenir très banalement et très indignement, car le sentiment comblant de son immédiat pouvoir me consentait pas à l’enfermer dans un registre délimité. La langue certainement m’était inconnue : c’est par une préférence tout arbitraire que lorsque le timbre m’en revient à l’oreille, je songe toujours à la langue gaélique dont le nom et le domaine géographique m’enchantent et m’engagent à ne pas tenir compte de ses sonorités probablement rudes et rauques, tant la voix ressuscitait pour moi les rivages de l’Irlande et faisait malgré tout de la fenêtre pluvieuse une fenêtre de Keats.
... opening on foam
Of perilous seas, in faery lands forlorn.Julien Gracq, Extrait de La maison
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Varennes -
Qu’est-ce que ça veut dire une main déchaînée ? On n’a qu’à se guider. Qu’est-ce que c’est que la chaîne de la main ? La chaîne de la main, quant à la peinture c’est évidemment l’œil. Tant que la main suit l’œil, je peux dire qu’elle est enchaînée. La main déchaînée c’est la main qui se libère de sa subordination aux coordonnées visuelles. Or le chaos-germe, le diagramme présent sur la toile, est essentiellement manuel. Et après tout, là aussi, vous comprenez, il faut aller son chemin, et voir en quel sens ce chemin, en s’accrochant à des petites choses, dont on est relativement sûr, retentit sur des problèmes classiques. Parce qu’après tout, est-ce qu’on ne tiendrait pas là une certaine manière de nous mêler, nous, d’un problème classique, problème classique : quels sont les rapports de l’œil et de la main dans la peinture ? Je veux dire la peinture, c’est un art visuel ou un art manuel ? Et si on dit : c’est les deux ? Bon, ça n’avance pas, quel rapport il y a-t-il entre l’œil et la main dans la peinture ? Et là, encore, avec toutes les réserves que je refais chaque fois : est-ce que c’est une question générale ou est-ce que ça varie avec chaque peintre, ou est-ce qu’il y a du moins de grandes tendances que l’on peut distinguer ? Pour ces rapports de l’œil et de la main dans la peinture, est-ce qu’un peintre dit abstrait ? Et au lieu de fonder ces catégories : abstrait , impressionniste, figuratif, etc., sur des données puériles, comme est-ce que ça représente quelque chose ou pas ? Est-ce qu’il n’y a pas lieu de reprendre ces grandes catégories si elles sont bien fondées en les rapportant à de tout autres critères ? Exemple : est-ce que les rapports de l’œil et de la main sont les mêmes chez un peintre qu’on appelle abstrait que chez un peintre qu’on qualifiera d’impressionniste ou chez un peintre qu’on qualifiera de figuratif ? Est-ce que c’est la même chose ?
Gilles Deleuze, Extrait de Peinture – cours 16 du 28/04/81
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Montréal -

Jardin botanique de Montréal -
Il y avait qu’il fallait détruire et détruire et détruire,
Il y avait que le salut n’est qu’à ce prix.Ruiner la face nue qui monte dans le marbre,
Marteler toute forme toute beauté.Aimer la perfection parce qu’elle est le seuil,
Mais la nier sitôt connue, l’oublier morte,L’imperfection est la cime.
Yves Bonnefoy, Extrait de Poèmes: Du mouvement et de l’immobilité de Douve ; Hier régnant désert ; Pierre écrite ; Dans le leurre du seuil
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Lac Cameron -

Lac Cameron -

Lac Cameron -

Lac Cameron -
En peinture le hasard est quelquefois simulé, par ceux mêmes qui cherchent à s’en défaire. En photographie aucun besoin de le simuler, il est d’emblée dans la place.
Yves Bonnefoy, Extrait de Poésie et photographie
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Parc national des Îles-de-Boucherville -
Un enfant peut tout voir à condition d’avoir eu la possibilité de construire sa place de spectateur. Or, cette place est longue à construire. Il faut donc en conclure qu’un enfant ne peut pas tout voir s’il n’est pas soutenu par la parole de ceux qui voient avec lui et qui, eux-mêmes, doivent avoir appris à voir. L’image n’est pas un espéranto accessible à tout un chacun. L’image en tant qu’objet passionnel est toujours violente, reste à savoir la force ou la faiblesse qu’on en tire. La violence d’une image donne de la force quand elle ne dépossède pas le spectateur de sa place de sujet parlant. Voir avec d’autres, voilà la question puisque l’on voit toujours seul et qu’on ne partage que ce qui échappe à la vue. C’est ce qui se tisse invisiblement entre les corps qui voient et les images vues qui constitue la trame d’un sens partagé, d’un choix dans le destin des passions qui nous traversent. Cela se joue sur l’écran et n’est pas visible sur lui. L’atopie de l’image au cœur des visibilités nous met en demeure de produire l’invisible, ce que tous disent avoir vu et que le visible n’a pas montré. Une salle de cinéma est au sens fort une salle d’attente.
Marie-José Mondzain, Extrait de L’image peut-elle tuer ?
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Jardin botanique de Montréal -
Offerte aux appétits de l’air, pareille à ce qui fonde la loyauté du soir.
Clémente à ton désir, tu as un geste lié, tu traces sous contrainte les plus libres objets.
Tu aimes, tu t’embarrasses de cette fièvre, oui. Parce qu’il faut bien s’interdire de disparaître au bord de soi.Jean-Pierre Siméon, Extrait de Poèmes du corps traversé
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Lac Gauthier -
C’est une ville dans le soir : une forte et puissante ville crénelée dont nous sommes à la fois les hôtes et les maîtres, — car maintenus par la géomancie à la croisée des deux voies cardinales, nous avons devant nous l’horizon Sud. Nous voilà plus hauts que tous les édifices, excepté celui qui nous élève, le Pavillon de la Tour porte-tambour. Moins que les visages renfoncés des façades, ce sont les ondulements des toits que nous dominons. Ils se poussent et se pressent, ailes déployées, ces grands oiseaux couveurs des familles humaines. On en voit toutes les crêtes, les cornes et les chevrons volants ; ils disputent entre eux le diagramme dentelé du Ciel ; ils appellent la pénétration du clair d’en haut dans les mordants obscurs : toute la Divination de la Ville. Et c’est le soir.
Plus loin que les toits, les créneaux. Et plus loin que les créneaux, le bourbillement de mouches des faubourgs marchands. Et par delà, la ligne des montagnes coupée d’une brèche : les deux promontoires s’affrontent sans jamais se saisir au museau, grâce au filet clair de la rivière entre eux deux.
Mais tournez à droite : voici l’Occident. Cette peinture n’est pas comme les autres disposée sur un plan seul. Voici bien l’horizon d’hier et le soleil couché et les derniers coups de feu qu’il lance encore sur les nues.
Et tournez vous aussi vers le Nord, face au pays du froid : ce sont des collines plissées se surmontant en pleine terre jaune, toutes habitées de sépultures. C’est un oreiller funèbre sous la tête de la ville pesant sa nuque et son sommeil sur les Ancêtres enterrés là. Car maintenant toute la nuit s’abat sur eux tous et leurs descendants. Le sombre se pose, exaltant le blanc, noyant le noir. Il fait décidément noir au Nord, et c’est en vain que vous tenteriez par là de prolonger un peu plus ce jour.
Tournez vous donc vers la porte qui sera demain, — vers l’Est où la lune lève dans un lac plus nacré que les jours. Les lointains sont proches tant que la lumière descend dans la rue, sur le parvis des Palais, des Ministères et des Prétoires, et plus bas, dans les impasses où l’on discute le cours non officieux des délices et de la joie temporelles. Vous assistez aux allées et venues, aux échanges, aux dons. Une vie affairée, un commerce nocturne s’établissent ici pendant que les autres cantons s’endorment.
Et tournez-vous une dernière fois : nous voici de nouveau face au Midi, étonnés du geste entièrement révolu : cette peinture sous ses quatre angles est donc infinie et circulaire comme l’horizon même ? Oui. Et la ville que nous habitons ainsi n’est donc autre que Lo-Yang redevenue Capitale par la faveur du second et dernier de SOUEI, de Yang-Ti ?
C’est bien cela, dites-vous ? La brèche au Sud est la « Porte-montagneuse du Dragon », Long-men. La double colline mortuaire Nord est Mang-chan. Les feux rouges du ciel de l’Ouest, et l’incandescence terrestre orientale, — nous-mêmes, entre hier et demain, plantés au milieu sur la tour, — et voilà les cinq cardinaux répondant à la plus locale expertise : c’est une peinture géographique : c’est bien à Lo-Yang que nous sommes…
Victor Segalen, Extrait de Peintures
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Montréal -
Ce que la vue obstrue par son trop grand flamboiement, ce que la conscience cache à l’esprit, ce que le savoir ignore, le peintre agissant comme un rêve le sort de sa réserve nocturne.
Stéphane Lambert, Extrait de Visions de Goya
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Collage -
Une force, c’est la force invisible. C’est en ce sens que je vous disais : il n’y a de lutte qu’avec l’ombre. Il n’y a de rapports du corps qu’avec les forces invisibles, ou avec les forces insensibles. Il n’y a de lutte qu’avec les forces. Quel est le rapport du visible et de la force qui n’est pas visible ? (…)
Gilles Deleuze, extrait de Sur la peinture
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Magog -
L’immobilité trouverait sa métaphore accomplie dans le cadavre : le « mourir » est la conversion de tout mouvement possible en repos définitif. Mais là encore, l’irréductibilité des fonctions fait que le « mourir » n’est jamais la mort.
Alain Badiou, Extrait de Beckett : L’increvable désir
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Jardin botanique de Montréal -
La couleur qui, excitée par l’œil, se produit simultanément pour compléter l’impression chromatique est ce qu’on appelle la couleur complémentaire, et elle appartient à notre sens visuel dans son ensemble et dans son état d’équilibre.
On appelle ces couleurs des couleurs harmonieuses, parce qu’elles exigent et réclament toutes les deux, par une nécessité, un équilibre, une complétude que l’œil, par sa nature même, ne cesse de chercher.
Si à une couleur donnée il manque la couleur complémentaire, elle exerce sur l’œil une action unilatérale qui, dès lors, ne peut plus trouver son équilibre et, par un effort continu, produit la couleur complémentaire manquante.
Johann Wolfgang Goethe, Extrait du Traité des couleurs
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Jardin botanique de Montréal -
Mais ces considérations amènent, me semble-t-il, à reconsidérer le conseil du carpe diem. Convient-il de cueillir le moment présent ? J’ai l’impression que le culte du présent, très contemporain, peut aller de pair avec un gigantesque malentendu. Pour qu’il y ait résonance, il est indispensable que l’instant présent se déplie et s’ouvre sur le passé ainsi que sur le futur. (…) Inversement, se barricader dans le présent, en n’y laissant entrer ni les souvenirs ni aucune forme d’attente, c’est se couper du monde. C’est pourquoi, je ne ferais pas l’éloge du présent. Je préfère la coprésence. Ce qui m’intéresse, en d’autres termes, c’est ce phénomène par lequel passé, présent et futur semblent être là simultanément, ensemble. Non pas carpe diem, donc, mais quelque chose comme : « Ouvrez-vous à la coprésence ! »
Hartmut Rosa, Extrait de Remède à l’accélération
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Jardin botanique de Montréal -
le temps ne demande
qu’à être saisi
non pas espoir mais geste
comme si la mort n’y pouvait rien
ni les idées encombrées
les tintamarres grimaçants
vite submergés
sous le flot ininterrompu
des vanités et des débats
tu as raison et je m’en vais
renouer avec les sonates
sans décortiquer le rêve
la seule possibilité
d’être au monde est
je t’aimeJean-Marc Lefebvre
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Acrylique sur toile, 2013 | 39X58" -
Vivre en pays barbare, à l’ombre des baobabs, et retrouver le goût du feu dans les gestes quotidiens. L’amour aidant l’ampleur du brasier, cuire l’inutile à la broche.
Le futur ne saura rien de ses absences précieuses et le présent ferme l’œil.
Sous la paupière passe un troglodyte transpercé de stalagmites et trois cents aurochs illuminent la plaine. Dans la main de l’homme, le silex patiente.
Homme de Néanderthal, n’as-tu pas dessiné la forme de ta vie sur le calcaire de tes demeures ? Le rouge crie, le noir souligne et l’ocre nous parle de la terre où croisaient tes désirs échevelés, à l’état sauvage, à l’air merveilleusement libre.
Tu n’avais pas la parole facile mais la tête claire et la main heureuse.
Roland Giguère, Extrait de La Main au feu
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Montréal -
Niché au fond du cratère d’un volcan éteint, le lac de Sfânta Ana culmine à environ 950 mètres d’altitude et a la forme d’un cercle incroyablement régulier. Alimenté par les eaux de pluie, son seul locataire est le poisson-chat. Les ours, quand ils viennent s’y abreuver, empruntent d’autres chemins que les hommes lorsqu’ils quittent les pinèdes pour se promener. Sur une portion du rivage, peu fréquentée, le terrain est particulièrement plat et marécageux, aujourd’hui, un passage, fait de planches en bois, permet de traverser le « marais », quant à l’eau du lac, on raconte qu’elle ne gèle jamais, car elle reste toujours chaude au centre. Le volcan est assoupi depuis des millénaires, tout comme le lac. La plupart du temps, un grand silence pèse sur toute la contrée.
László Krasznahorkai, Extrait de Seiobo est descendue sur Terre
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Lac Gauthier -
On se reporterait facilement au temps où toute cette plaine n’était qu’une seule masse houleuse de feuillages, parcourue, le long des rivières, par des troupes de barbares nus. On verrait les chapelets de canots iroquois descendre rapidement sur l’eau morte; on verrait les beaux soldats du Roi de France, dans leurs barques pontées, monter vers le lac Champlain, couleurs déployées. Sans doute, l’endroit où nous sommes était un poste d’observation, et pris par mon rêve, j’ai presque peur, en me retournant, de trouver debout sur le rocher, quelque guerrier tatoué d’Onondaga appuyé sur son arc!
Frère Marie-Victorin, Extrait de Croquis laurentiens
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Lac Gauthier -
Ce qui caractérise la véritable force, en définitive, est qu’elle ne (se) force pas. La pensée chinoise ne se lasse de revenir sur ce motif : il est dans la nature de l’eau de couler vers le bas ; si elle peut charrier jusqu’aux pierres sur son passage, c’est en se contentant de suivre la pente qui s’offre à elle. L’eau est l’image de ce qui ne cesse de chercher une issue, pour poursuivre son chemin, mais sans faire violence à son inclination, en suivant sa propension (…). Le stratège, comme l’eau, contourne les obstacles et s’insinue par là où la voie est libre devant lui ; comme l’eau, il ne cesse d’épouser la ligne de moindre résistance et de trouver, à tout moment, par où c’est le plus facile de progresser. »
François Jullien, Extrait de Traité de l’efficacité
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Lac Gauthier -
La conscience de n’être jamais qu’un voyageur vous lave les yeux.
Philippe Jaccottet, Extrait de Haïku
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Lac Gauthier -
C’est dans et au travers de la musique que nous sommes le plus immédiatement en présence de cette énergie que la logique et la parole ne peuvent exprimer, mais qui n’en est pas moins parfaitement tangible, énergie de l’être qui communique à nos sens et à notre réflexion le peu que nous pouvons comprendre du mystère total de la vie.
George Steiner, Extrait de Réelles présences
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Lac Gauthier -
Pieds nus dans les cours d’eau, on gravit la douce montée déserte jalonnée de sanctuaires et de monastères, la colline de Kanheri. Les brèches sombres des vihara où dormaient les moines s’ouvrent comme des lèvres tout au long de ce Golgotha couvert de jungle. Solitude, silence, ciel du Maharashtra gris de mousson, cocotiers maigres échevelés, le grand vent souffle de la plaine et les chauves-souris crient en battant le plafond des grottes de leurs ailes feutrées.
Muriel Cerf, Extrait de L’antivoyage
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Lac Gauthier -
Plongeant ses racines dans une écriture idéographique (qui a favorisé, d’une part, l’usage du pinceau et l’art calligraphique et, d’autre part, la tendance à transformer les éléments de la nature en signes), se référant à une cosmologie définie (qui a mis en avant l’idée du Souffle primordial dérivé du Vide originel et celle des Souffles vitaux Yin et Yang qui, par leur interaction sans cesse activée par le souffle du Vide médian, régissent la relation ternaire entre Ciel, Terre et Homme), cet art a d’emblée possédé ses conditions d’épanouissement, même si certaines « virtualités » ne se sont révélées ou réalisées que progressivement.
François Cheng, Extrait de Souffle-Esprit : Textes théoriques chinois sur l’art pictural
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Lac Gauthier -
Tu vois
la parole est rare et précieuse
maintenant que nous sommes seuls
parmi ces soleilsil n’y a plus d’opaque
il n’y a plus d’ornière
et les fléaux passent
bien au-dessus de notre ciel.Roland Giguère, Extrait de L’âge de la parole
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Lac Gauthier -
Si les peintures égyptienne et orientale présentent une multiplicité de points de vue, c’est en revanche le point de vue unique qui est à la base de la perspective « linéaire » ou « centrale » en Occident1. Celle-ci fait son apparition à l’époque de la Renaissance. C’est l’architecte, ingénieur et sculpteur florentin Filippo Brunelleschi (1377-1446) qui, le premier, en démontre les principes lors d’une expérience célèbre réalisé en 1415 sur la place San Giovanni, à Florence, devant le baptistère du même nom. Cette expérience a changé le cours de l’histoire de l’art et est à l’origine d’une véritable révolution esthétique dans la figuration occidentale. Elle va aussi contribuer à semer le doute dans les esprits sur la véracité absolue du postulat des parallèles d’Euclide. Debout près de la porte centrale de la cathédrale de Florence, dos à la nef et faisant face au baptistère, l’architecte tient d’une main un miroir et, de l’autre, appuie contre son œil une planchette sur le devant de laquelle a été monté un petit dessin du baptistère San Giovanni, reproduit fidèlement selon les lois de la perspective, en se servant d’une ligne d’horizon, d’un point central et de lignes droites convergentes. La planchette est percée d’un petit trou, « pas plus gros qu’une lentille », qui permet à l’architecte de voir l’image du dessin du baptistère réfléchie par le miroir. Brunelleschi démontre que, s’il se tient à un endroit précis, il peut exactement superposer le reflet de son dessin avec le vrai baptistère, créant de la sorte une parfaite illusion de la réalité. La perspective linéaire permet ainsi de créer avec une précision scientifique l’illusion de la profondeur. Elle offre la possibilité de représenter le monde sur une surface plane absolument tel que l’œil le voit. Brunelleschi découvre que, pour obtenir une coïncidence exacte entre le dessin et la réalité, il doit se tenir en un seul et unique endroit là où le dessin du baptistère a été réalisé, un seul point de vue est donc possible.
La perspective « linéaire » (ainsi appelé parce qu’elle repose sur le fait que la lumière se propage en ligne droite) ou « centrale » (il y a un point de vue unique) est aussi dite « géométrique ». Elle se fonde en effet sur la géométrisation de l’espace laquelle admet que des lignes parallèles dans la réalité, convergent en un point de fuite sur le dessin, et qu’il existe une relation étroite entre ce point de fuite et le point de vue unique et central du spectateur.
Mais Brunelleschi n’est pas versé dans les mathématiques et il revient à un autre architecte florentin, le peintre et humaniste Leon Alberti (1404-1472), de rédiger en 1435 le premier traité de perspective, intitulé Della pittura, et d’en exposer les fondements géométriques et mathématiques. Alberti explique que la perspective réduit l’homme à un œil, et l’œil lui-même à un unique point de vue. À partir de ce point de vue se construit une pyramide visuelle dont l’œil constitue le sommet, et la surface plane du tableau où se forme l’image, la base. « Le tableau est une intersection place de la pyramide visuelle », écrit Alberti. L’architecte élabore ce qu’il appelle la costruzionne legittima, méthode qui consiste à déterminer et à tracer tous les points d’intersection des rayons visuels avec le plan du tableau, ce qui permet une rigoureuse mise en perspective de n’importe quel paysage ou objet.
La perspective linéaire est une conséquence des progrès accomplis dans l’exploration des lois optiques régissant le comportement de la lumière, et d’une vision qui attribue à l’homme la place centrale dans l’univers. L’univers géocentrique règne en maître au XVe siècle et ne sera remplacé par l’univers héliocentrique de Nicolas Copernic qu’en 1543. Avec l’avènement de la perspective, le monde n’est plus considéré comme un simple reflet de la pensée divine, mais comme un monde physique doté d’un espace réel et humain, réglé par les lois rationnelles de l’optique. La perspective apporte la stabilité à l’expérience visuelle; elle remplace le chaos par l’ordre et la cohérence. Jamais un outil aussi puissant destiné à mettre de l’ordre dans l’expérience de la vision par le moyen de l’illusion n’avait encore été inventé. On dirait presque de la magie : appliquez la méthode de la perspective centrale, et l’illusion de la réalité apparaît sur la toile comme par un coup de baguette magique.- Le mot « perspective » vient du latin perspicere, qui signifie « voir à travers ».
Trinh Xuan Thuan, Extrait de Désir d’infini
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Lac Gauthier -
Si l’on pouvait demander à l’homme de la grotte Chauvet ce qu’est la condition d’homme, peut-être pourrait-il répondre : Je suis celui qui, s’étant perdu de vue, a désiré voir dans la trace de son absence [les contours de sa main laissés sur la paroi] le regard d’un autre [le regardeur devenu étranger à la trace de sa main] d’où sa présence va surgir [la main est celle de cet autre].
Marie-José Mondzain, Extrait de Homo spectator
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Lac Gauthier -
Inaugurer la transparence,
voir à travers un corps, une idée,
un amour, la folie,
distinguer sans obstacle l’autre côté,
traverser de part en part
l’illusion tenace d’être quelque chose.
Non seulement pénétrer du regard dans la roche
mais ressortir aussi par son envers.Et plus encore :
Inaugurer la transparence
c’est abolir un côté et l’autre
et trouver enfin le centre.
Et c’est pouvoir suspendre la quête
parce qu’elle n’est plus nécessaire,
parce qu’une chose cesse d’être interférence
parce que l’au-delà et l’en deçà se sont unis ;Inaugurer la transparence
c’est te découvrir à ta place.Roberto Juarroz, Extrait de Poésie verticale
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Lac Gauthier -
Aliéné de la Beauté – nul ne peut l’être –
Car la Beauté est l’Infini –
Et le pourvoir du fini a cessé
Avant le bail de l’Identité –Emily Dickinson, Extrait de Car l’adieu, c’est la nuit
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La chimie moderne ramène la variété des saveurs et des parfums à cinq éléments diversement combinés : carbone, hydrogène, oxygène, soufre et azote. En dressant des tables de présence et d’absence, en évaluant le dosage et des seuils, elle parvient à rendre compte de différences et de ressemblances entre des qualités qu’elle aurait jadis bannies hors de son domaine parce que « secondes ». Mais ces rapprochements et ces distinctions ne surprennent pas le sentiment esthétique : ils l’enrichissent et l’éclairent plutôt, en fondant des associations qu’il soupçonnait déjà, et dont on comprend mieux pourquoi, et à quelles conditions, un exercice assidu de la seule intuition aurait déjà permis de les découvrir ; ainsi, que la fumée du tabac puisse être, pour une logique de la sensation, l’intersection de deux groupes : l’un comprenant aussi la viande grillée et la croûte brune du pain (qui sont comme elle des composés de l’azote) ; l’autre, dont font partie le fromage, la bière et le miel, en raison de la présence de diacétyle. La cerise sauvage, la cannelle, la vanille et le vin de Xérès forment un groupe, non plus seulement sensible mais intelligible, parce qu’ils contiennent tous de l’aldéhyde, tandis que les odeurs germaines du thé du Canada (« winter-green ») de la lavande et de la banane, s’expliquent par la présence d’esters. L’intuition seule inciterait à grouper l’oignon, l’ail, le chou, le navet, le radis et la moutarde, bien que la botanique sépare les liliacées des crucifères. Avérant le témoignage de la sensibilité, la chimie démontre que ces familles étrangères se rejoignent sur un autre plan : elles recèlent du souffre (K., W.). Ces regroupements, un philosophe primitif ou un poète aurait pu les opérer en s’inspirant de considérations étrangères à la chimie, ou à tout autre forme de science : la littérature ethnographique en révèle une quantité, dont la valeur empirique et esthétique n’est pas moindre. Or, ce n’est pas là, seulement, l’effet d’une frénésie associative, promise parfois au succès par le simple jeu des chances. Mieux inspiré que dans le passage précité où il avance cette interprétation, Simpson a montré que l’exigence de l’organisation est un besoin commun à l’art et à la science et que, par voie de conséquence, « la taxinomie, qui est la mise en ordre par excellence, possède une éminente valeur esthétique » (l. c., p.4). Dès lors, on s’étonnera moins que le sens esthétique, réduit à ses seuls ressources, puisse ouvrir la voie à la taxinomie, et même anticiper certains résultats.
Claude Lévi-Strauss, Extrait de La Pensée sauvage
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Je cours sur les eaux du fleuve,
les noyés m’encerclent;
des plumes de rapaces se mêlent à mes cheveux
quand je m’élance dans de longues chevauchées.Carole David, Extrait de L’année de ma disparition
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Magog -
Il y a une solitude dans la pauvreté, mais une solitude qui rend son prix à chaque chose. À un certain degré de richesse, le ciel lui-même et la nuit pleine d’étoiles semblent des biens naturels. Mais au bas de l’échelle, le ciel reprend tout son sens: une grâce sans prix.
Albert Camus, Extrait de L’envers et l’endroit
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Magog -
On veut toujours que l’imagination soit la faculté de former des images. Or elle est plutôt la faculté de déformer les images fournies par la perception, elle est surtout la faculté de nous libérer des images premières, de changer les images. S’il n’y a pas changement d’images, union inattendue des images, il n’y a pas imagination. Il n’y a pas action imaginante. Si une image présente ne fait pas penser à une image absente, si une image occasionnelle ne détermine pas une prodigalité d’images aberrantes, une explosion d’images, il n’y a pas imagination. Il y a perception, souvenir d’une perception, mémoire familière, habitude des couleurs et des formes. Le vocable fondamental qui correspond à l’imagination, ce n’est pas imagination, c’est imaginaire. Grâce à l’imaginaire, l’imagination est essentiellement ouverte, évasive. Elle est dans le psychisme humain l’expérience même de l’ouverture, l’expérience même de la nouveauté […]
Gaston Bachelard, Extrait de L’air et les songes
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Parc des Chutes Dorwin -
Tu es rare
Tu es l’immensité
Je te connais hors du temps
Un rêve de couleurs
Me conduit au chant
De mes ancêtresJ’ai perdu mes incantations
Je t’implore de diriger mes pas
Là où tout se rassembleJoséphine Bacon, Extrait de Un thé dans la toundra
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Jardin Botanique de Montréal


