parution du numéro 5 de la revue Hespérie

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https://hesperie.blogspot.com/

Faire naître une nouvelle publication, c’est à chaque fois quelque chose de très intense et émouvant.
Une fois le choix fait des écritures, l’artisan que je suis rentre en empathie avec ce que les mots recèlent.
Puis se tisse un récit.
C’est un travail patient que Catherine Andrieu résume mieux que moi dans un long message qu’elle m’a adressé après lecture ce ce numéro et dont je vous partage quelques extraits :

Cette revue donne véritablement le sentiment d’un espace vivant — un lieu où les voix se croisent sans se recouvrir, où chacune garde sa singularité tout en contribuant à une respiration commune. Dès les premières pages, votre introduction installe ce mouvement : ce monde un peu renversé que nous traversons, ce besoin de rester intègres et inventifs malgré le tumulte, et cette conviction que la poésie n’est pas un discours plaqué sur l’époque mais une manière d’habiter les instants, de rester attentif à ce qui tremble encore dans les vies ordinaires.

La revue ne s’organise pas comme une simple juxtaposition de textes, mais comme une traversée sensible. Chacun de ces univers paraît ouvrir une porte différente sur la même question : comment rester humain dans un temps qui vacille.

J’ai beaucoup aimé aussi la manière dont la revue ménage des respirations — images, fragments, silences — comme si l’on marchait réellement d’une présence à l’autre, d’une sensibilité à une autre, sans jamais perdre la cohérence du chemin.

J’ai été particulièrement sensible à la place donnée aux images et à cette atmosphère presque incandescente qui accompagne les poèmes — comme si le corps, la mémoire et la parole se rejoignaient dans un même foyer de présence.

En refermant ce numéro, je me suis dit que vous aviez réussi quelque chose de rare : faire d’une revue non pas un simple objet éditorial, mais un lieu de circulation des regards. Un lieu où la poésie continue d’inventer des liens — discrets, fragiles, mais obstinés — entre les êtres.

Quelle joie de construire cette riche aventure.
Merci aux auteur(e)s d’en avoir saisi l’importance.
Merci aux lectrices et lecteurs de poursuivre le chemin ensemble.

à lire sur : https://hesperie.blogspot.com/

stationnaire (16)

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fev26/ invasif

Tout s’apparente dans l’écho des murs
à l’amorce d’un naufrage
au corps qu’on replie
effrayé
pauvre origami de chair et d’os

On écoute mains collées sur les oreilles
le ressac qui nous enveloppe
et nos yeux voient la houle
vraiment
au milieu du bazar de la rue


Il s’enveloppe dans un songe de papier froissé
sourd au bourdonnement
insistant
il rêve qu’il rêve
ça le prend quand son corps vibre sans raison
Sait-il la pulsation qui l’étreint à l’aplomb du plexus
est-ce le le sol qu’il épouse à chaque alerte
Non il ne sait plus où s’arrête sa chair
l’esprit éparpillé par l’incertitude des secondes

Il ne rêve pas qu’il ne rêve pas

Mourir
pourquoi mourir ainsi
le songe l’emporte par dessus le talus
yeux plantés dans les yeux de la bête

Il faudrait traverser la rue
ôter le fracas à l’intérieur du crâne
fumer un clope
même si fumer tue
même si on a arrêté depuis tant
juste pour expirer tranquillement
pleinement

de doigts, de mains (de vilains) 4

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déc 25/ tactile

Point de bascule
après point de bascule
c’est par le col que j’attrape mon propre reflet
juste pour être certain qu’il respire encore frais
que la vitre ne déforme pas
le fond de la pensée
parce que du moindre signe
je ne suis sûr

Parce que les paroles vont et giguent
dissimulées par des postiches interchangeables
commerce frauduleux
envahissant les étals
et moi
misérable
sauvant quelques fringues du naufrage
misérables mais digne indigné
jouant du rideau
pour tantôt m’accrocher
me déposer
ou essayer d’y voir plus qu’une simple goutte

Je visite peu les blogs actuellement, étant très pris par la préparation du numéro 5 de la revue Hespérie. Veuillez m’en excuser.

de doigts de mains (de vilains)3

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janv 26/ valse hésitation

Ce pas en avant ce pas en arrière

mouvement oscillant
tout en retenue
préfiguration des heures en devenir

Ouvrir le champ et de ses yeux voir
ou tirer le rideau et se taire
se terrer
et arroser au goutte à goutte
une illusoire survie

A force de mutisme
ne prendrait-on pas la disparition des autres
pauvres et étranges
pour argent comptant
Puis viendra notre tour
inévitablement

Reviennent du fond des tripes
les siècles de justes
les actes salubres et solidaires
les vers macérât qui résistent à la vague
les raisons et déraisons
quand la poigne enserre cogne et abat

Se meut la main
animal farouche
apprivoisant le jour

stationnaire (15)

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19/02/26 quadrature

Hors cadre
la piste est rouge-gorge
d’eau et de sueur
Elle file fille centrifuge
sur l’anneau de tartan
corps légèrement incliné
corps centrifugé
elle file
fille chronomètre

foulée légère

Pas âme qui vive
et la ville ici au cordeau
la rumeur du boulevard ne franchit pas les hauts murs de grisaille
que sait-elle au juste des travailleurs enfouis
de l’usine
son nom interchangeable
les contremaîtres
les mains calleuses
répétitions formatages

Pas âme qui vive
la ville se déserte d’elle-même
à croire que les cheminées de jadis ont craché l’humain
de leurs poumons d’acier
à croire
la lessive faite
des bleus de grosse toile

des bleus


de la mémoire

Elle
seule
son souffle obstiné et rapide
la buée qu’avec force
elle éjecte de son corps

la puissance invisible de la course
et les secondes qu’égrène le silence
et elle tourne
tourne
inlassablement


stationnaire (14)

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15/02/25 infranchissable

Les pas cessent de battre la neige
dans la poussière d’eau se résignent nos désirs


Sommes-nous du fleuve le limon
si peu de prise sur son destin
par la crue entrainé
qui s’habitue au pire
et n’espère rien d’autre
qu’un lit de feuilles mortes
pour dormir au soleil

Il n’y a pas de violence banale
de justesse dans les coups portés à autrui
de pitié pour la haine
Il n’y a pas de pitié pour la haine

Serais-je d’une vieillesse telle
qu’on ait oublié les raisons de nos terreurs
des bottes
des bras tendus doigts bandés
des pas cadencés s’engouffrant dans l’avenue
et les lumières qu’on masque comme on éteint les rires
ce souffle de mort que plus rien n’arrête

sauf la résistance

On a dressé des mémoriaux
lettres gravés sur les frontons
jurant la main sur le cœur
et les voici pignons sur rue
forçant la soumission
eux
petits soldats de l’effroyable
doubles visages
anges et démons

démons

et sur le sel de l’Histoire des larmes
on fait silence


On s’est si bien pris au jeu
aux lunes
qu’on croit revenus à date fixes
les mêmes petits bonheurs
qui nous peindront en rose
les états d’âme


Et on se réveille un matin
par le fleuve
emporté

stationnaire (13)

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06/02/26 courant

Dans le rétroviseur intérieur
une tête de chien oscille

yeux fixes
regardant les bâtiments défiler
et le passé s’éloigne

murs rapetissant flous
en silence
par la lunette arrière


Il arrive le temps
quand Ferré tangue fort
où les artères trahissent la jeunesse
qu’on croyait éternelle

J’ai lu l’infinie tristesse d’un champion déchu
ses larmes pour trois centièmes de secondes
le marchepied raté et le train s’éloignant
lui à quai
désolé

C’est quelque chose la gloire
les traits d’un instant T balancés sur la toile
sa gueule dans le macro
les yeux aimantés
pour un rien de poussière
l’imperceptible d’un geste soi-disant parfait
le hasard d’une pièce de monnaie
te couvrant d’or

Au champion
on ne lui demandera pas le sens de la vie
le travail acharné sur des flocons d’artifice
l’affutage et la douleur
Merde trois centièmes
on parlerait éventuellement de physique quantique
d’infinitésimale
et moi ça me dépasse
ça me dépasse

Léo disait à la gal’rie j’farfouille dans les rayons d’la mort

Le clebs à l’arrière opine
et la pluie se déverse sur le pare brise
en rythme balayée

il y a un temps pour tout
et c’est parfois un temps de chien


stationnaire (12)

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07/02/25 émergence

Un hiver à dévisser les écrous
genre montagnes russes qui auraient échappé à la révision
et le chariot
empli de hauts le cœur
de sang remontant à la tête
d’yeux exorbités
décolle


L’image est trompeuse
la brume
le frêne coquet qui épouse le frais
mi-visible
mi-disparu
et le silence des traces emplissant la prairie

On perçoit difficilement ce qui trouble l’ambiance
oh esprits en quête de rémission
fouillant dans l’équilibre des siècles
pour comprendre l’essence
dans le secret du talweg
le ruisseau plein
son sillage patient
les flancs inclinant les troncs violacés
bleuis d’une lumière diaphane et diffractée
la pierre discrète que couvre l’éclat vert des mousses
ces imperfections que fouillent
l’impertinence des eaux
et la terre soumise sous un tapis bruni

oh esprits en quête de rémission
happant émergeant des ombres
le repos déposé sur une prairie qui s’ouvre

Mais l’image est trompeuse

On croise les doigts
plus par habitude que par superstition

On sait de l’instant
l’inévitable
et l’évitable

et user du peu de nous dont dépend l’avenir
Hurler certes
et se ressaisir



de doigts de mains (de vilains)2

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janv 26 / empreinte 2

S’inviteraient au cœur du geste
les sillons
promesses de cartomancienne
les chassés-croisés
le soleil rasant
paume glabre racontée d’ivresse douce
rigueur du muscle
bague au doigt
ouvrages qui entaillent
deuil sous l’ongle
arthrose fléchissant la tenaille
sincères salutations
récits d’ouvrages clandestins

Ce serait aussi par la délicatesse du courbe
offerte aux articulations
un menuet juvénile et frais

Ce serait être ici et ailleurs dans l’instant

enfin
accoudé et soumis à l’angle du regard
au long en large d’une rue d’habitudes
ses palabres et ses égarements
nous
poussière repoussée d’un souffle par-dessus le rebord
de peau à espace
nous éloignant

de doigts de mains (de vilains)1

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nov25/ empreinte 1

Nous sommes de nos mains
d’inconscients voisins
si peu aimables
prompts à les reléguer
à l’abri des regards

Elles restent à portée
et nous suivent à la lettre
virtuoses ou engourdies
exploratrices du vide
éclaireuses éclairées

Elles constitueraient
la mesure initiale

Ce qu’on retient si proche

Ce qu’on met à distance

*

Au plus près du visage
une dépose
points d’interrogation
s’attardant entre menton et lèvres

Dans ce tâtonnement
l’instinct
une tentative de se projeter hors de soi
Mais nous restons coudées de marbre
tenant la pose
ensablé dans l’absence
impuissants

Suffit-il
quand papillonnent les pensées parasites
de vouloir

Il faudrait
commencer par rendre la peau orpheline de son propre toucher
sentir l’échappée
pliure de l’air entre index et majeur
danse des phalanges une par une
puis progressivement par contagion
toutes ensemble
entrainant le poignet

Au bout des doigts
et dans la coulée qui s’étire
toute latitude
toute longitude
et l’imprévisible donnée