Dimanche 20 mai 2012

En ce moment je ressens une profonde tristesse comme je ne me souviens pas en avoir ressentie auparavant.

Ce long week-end de l’Ascension me fait me rendre compte à quel point je suis seule. Pendant ces quatre jours je  n’ai vu que mes amis d’enfance vendredi à midi au restaurant habituel, et en rentrant à la maison mon concierge taillant la haie de thuyas.

Rien d’autre, personne d’autre, pas de téléphone, pas de message, presque personne connecté sur les sites sociaux, le vrai désert.

Vendredi j’ai oublié de m’inscrire pour le cours d’aquagym, quand je m’en suis rendue compte c’était complet. Si bien que ce matin je n’ai même pas mon activité sociale du dimanche. Hier soir comme tous les soirs je me couche tôt, ce matin je reste endormie, je me lève peu  avant midi… j’ai dormi bien plus que douze heures. Je ne sais pas pourquoi j’ai toujours besoin de tems de sommeil? Dans un sens tant que je dors je ne « vis » pas, le temps passe; mais cela ne me paraît pas normal de toujours dormir autant.

La météo est meilleure qu’annoncée, le ciel est même bleu. Je me décide à m’occuper de mon jardin, je prévois de nettoyer l’étang, replanter quelques plantes autour, et m’occuper des plantes en pot qui ont souffert de l’hiver très froid et de la sécheresse.

Je me sens tellement triste, je prends un anxiolytique pour ne pas sombrer dans les pleurs, et j’arrive passer tout l’après-midi au jardin. Je n’arrive pas faire tout ce que j’ai prévu, au moins l’étang est fait.

Je ne sais pas si je ne me rends pas compte du temps qu’il faut pour faire les choses, ou si je suis tellement diminuée dans toutes mes capacités qu’il me faut beaucoup plus de temps qu’avant. En plus jardiner signifie se baisser et se relever en permanence, chaque fois que je me relève je dois attendre que mon équilibre se stabilise, je sens toujours ce vacillement dans ma tête qui me donne l’impression de m’évanouir. Je sais que je n’ai pas absorbé grand chose aujourd’hui… mais j’ai quand même mangé une tartine à midi et bu un smoothie vert dans l’après-midi, malgré que je n’aie pas du tout faim.

Là je suis complètement exténuée, déprimée, profonde tristesse. J’aimerais que ma vie s’arrête à ce moment même.

Peut-être devrais-je aller marcher jusqu’au coma hypoglycémique? Ce serait une mort naturelle…

J’ai tellement envie de mourir, mais dans un autre sens j’ai tant raté ma vie que j’aimerais au moins finaliser le jardin, pour avoir l’impression d’avoir accompli au moins quelque chose. Je sais qu’un jardin n’est jamais fini, je pense juste à le remettre complètement en ordre après ces années de voyages et une ou deux modifications.

Il y a aussi l’hoirie à partager… ce n’est pas vraiment un projet, juste que j’aimerais avoir mes affaires en ordre et ne pas être lâche comme mon père qui n’a rien fait, alors qu’il savait que cela causerait des problèmes.

La seule chose que je sais est qu’il n’y a que ça qui me maintient en survie, me motive à subir la vie encore quelques temps. Je sais aussi qu’un jour ce fil se rompra, et même si mes projets ne sont pas finalisés je partirai pour un autre monde.

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Mardi 15 mai 2012

Longue journée aujourd’hui, journée test aussi. Cela s’est bien passé, mais je sens qu’il y a encore bien des étapes avant de reprendre une vie dite normale.

Prise de sang le matin… cela signifie se lever plus tôt que j’en ai envie…

Vers onze heures j’arrive au bureau, retrouve mon collègue qui me rejoint, enfin j’aurai de l’aide et cela sera aussi plus facile pour les absences. Je rencontre peu de gens, juste mes collègues du service, je fais  remettre mon ordinateur à jour, le temps passe vite.

Pendant ces dernières années je travaillais en open space, le retour seule dans un bureau avait été difficile, je laissais toujours la porte ouverte pour entendre un peu de mouvement autour de moi. Là très vite je ferme la porte, entendre les gens passer et discuter dans le couloir me stresse. Déjà rien qu’en arrivant sur le parking en voyant ces grands bâtiments gris je me suis sentie oppressée.

À midi je mange avec mes chefs à la cantine, mais dans le coin avec service, je n’aurais pas supporté d’être dans la foule. En repartant je vois un collègue proche, je lui dis bonjour en vitesse et lui demande s’il vient à l’apéritif après; il me répond que oui, je me sens soulagée, je peux quitter la cantine et je pourrai parler plus tard avec lui.

Je passe l’après-midi chez le coiffeur, j’ai pris rendez-vous pour me sortir du bureau et me reposer un peu de tout ce stress. De toute façon il fallait que j’y aille car la fois précédente était avant mon entrée en clinique.

Je retourne au bureau, mais l’autre bâtiment, celui où j’étais quand je travaillais sur le projet. Ça fait du bien de revoir certaines personnes, toutes sont surprises de mon changement physique, certaines ne m’ont pas reconnue tout de suite. Une collègue m’a reconnue à cause de mon sac à main, elle sait que c’est ma marque fétiche, et qu’on ne trouve pas cette marque ici!

Ensuite on part à l’apéritif, ma collègue m’emmène car c’est de l’autre côté de la frontière et je ne me sens pas de conduire à l’étranger. Le trajet pour venir au bureau est le plus grand que j’ai fait depuis début février, et ce n’est que trente kilomètres. Je sens qu’au niveau concentration je suis à la limite.

Mon collègue qui quitte a sélectionné les personnes invitées, je sais donc qu’il n’y a pas trop de monde et que ce sont aussi les personnes avec lesquelles j’avais le plus de relation pendant le projet. Ça se passe relativement bien, mais je sens que c’est la limite que je peux supporter. Il y a quand même du monde et du bruit. Quand ma collègue me dit qu’on rentre je suis soulagée, cela commence à faire trop. Surtout que je dois encore rentrer à la maison….

Cette journée me confirme qu’on a pris la bonne décision hier avec mon psychiatre, je recommence le travail la semaine prochaine, à raison d’un matin et un après-midi par semaine, mais depuis la maison et non pas au bureau.

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Dimanche 13 mai 2012

Semaine mitigée entre « normal » et triste… aujourd’hui c’est la Fête des Mères ici, en allant peu dans les commerces et n’allumant ni radio, ni télévision je n’en entends pas trop parler.

Cependant cela génère bien des pensées et des émotions de tristesse. Le fait d’avoir eu une mère seulement biologique, qui m’a rejetée, que je n’ai jamais ressenti d’amour de sa part et que je n’ai pas aimée non plus. Et bien sûr de n’être pas mère moi-même, plus les jours passent, plus je dois me rendre à l’évidence que je ne le serai jamais.

Et les questions existentielles reviennent: qu’est-ce la vie? À quoi bon vivre si ce n’est que pour ressentir toute cette tristesse en moi.

Lundi matin je téléphone à la masseuse et elle me trouve une place pour l’après-midi même. Je lui parle de l’effet des pierres chaude et froide sur le sacrum, mais que maintenant, même avec un massage du côlon, c’est à nouveau bloqué. Elle dit ne pas vouloir encore travailler sur le ventre, c’est le centre d’énergie et il vaut mieux aller en douceur, elle me propose de refaire un massage de Breuss et travailler sur les intestins par la réflexologie.

Elle me dit de continuer de faire les massages du côlon, avec la réflexologie elle a débloqué quelque chose, maintenant quand je me masse, je n’entends plus que quelques gargouillis de temps en temps, mais je sens vraiment bouger, et mes intestins refonctionner. Pourvu que cela continue.

Mon ex-ami fait toujours le mort, ne répond à rien et surtout ne me rembourse pas. Il sait que s’il me rend l’argent il n’aura plus d’emprise sur moi, il ne pourra plus m’avoir à sa merci, me faire souffrir quand il a besoin de faire souffrir une femme. Il sait aussi que s’il revenait je dirais non.

Je téléphone à ma cousine, celle qui était venue me chercher à ma sortie de clinique en janvier. Je n’avais plus eu aucune nouvelle depuis ce jour. Elle me dit qu’elle n’a pas repris contact avec moi car elle se sent si impuissante, qu’elle ne sait pas que faire pour m’aider, de voir que je n’ai plus la force et l’envie, tout en sachant que je suis trop mal pour trouver une force et une envie.

Cela ne fait que confirmer que j’ai fait une erreur la nuit du 8 février. Longtemps j’ai hésité de me suicider, pensant réellement que ce serait la meilleure solution. Je ne l’ai pas fait uniquement à cause de ce faible espoir d’avoir un enfant.

C’est vrai, même si je fais des efforts pour m’en sortir, je n’ai aucune idée de ce que cela signifie, qu’est-ce qui changera dans ma vie? Qu’est-ce que ça fait de rire en regardant un humoriste que je trouve ridicule? Qu’est-ce la joie, le bonheur, la sérénité? Apparemment l’inverse de tout ce que je connais, mais je n’arrive pas me le représenter.

Finalement jeudi le soleil et la chaleur sont arrivés, j’ai pu sortir chaise longue et bikini, sentir les rayons brûlants du soleil sur ma peau. Je me sens tout de suite un peu mieux quand je vois le soleil et sens la chaleur. Bien sûr ça n’a pas duré et samedi retour en novembre…

Je ne sais pas ce qu’il y a de spécial ce vendredi. J’ai regardé ce que j’avais fait ou s’était passé les années précédentes le 11 mai, mais ne trouve rien de particulier.

La journée commence plutôt mal, enfin pas catastrophique, je n’ai pas réussi à refuser une conférence téléphonique avec le travail. Je suis encore en congé maladie, je travaille tous les jours un peu pour débloquer certaines choses et m’exercer à garder un peu de concentration et mémoire, et  je suis déjà en train de me faire happer par le travail, que très vite je vais retrouver la boucle infernale: des heures au travail, finir trop tard le soir pour aller régulièrement faire du sport, avoir une vie sociale, et continuer à me retrouver de plus en plus seule.

Après la conférence téléphonique je tonds le gazon, une fois fini je vois que j’ai plusieurs appels en absence de mon amie d’enfance sur mon téléphone, je la rappelle, elle me dit qu’elle commençait à s’inquiéter et se préparait à venir voir chez moi. En fait elle va manger au restaurant asiatique et me propose de venir aussi. Comme d’habitude je n’avais rien prévu pour le repas… j’accepte. Je prends un douche, enfile une petite robe achetée la semaine dernière et la retrouve sur la terrasse au soleil avec une de ses amies, cela fait enfin été. Je me rappelle de ce que je mangeais tous les jours à midi quand je travaillais dans un de nos sites à l’étranger, je demande s’ils l’ont sur la carte. Le patron me dit que non, mais pas de problème il peut m’en préparer un. Ça fait du bien de remanger ce plat, au soleil. En plus dans mon pays où on ne peut rien demander en extra, à part si on est hyper riche bien sûr. Mais les patrons ne sont pas originaires d’ici et ont gardé la serviabilité de leur pays.

De retour à la maison c’est sieste au soleil. Si seulement cela pouvait être tous les jours ainsi, je pense que jamais je ne me lasserais de sentir les rayons brûlants du soleil sur ma peau.

Je reçois un message d’un ami qui me demande si je suis chez moi et s’il peut s’arrêter me dire bonjour. C’est tellement rare que je reçoive de la visite, faut dire que je ne visite personne non plus… et je préfère à l’improviste, je n’ai pas le temps d’angoisser. Il reste deux heures vers moi, c’est un deuxième moment agréable de la journée, qui empêche les idées dans ma tête de prendre le dessus.

Et finalement, en début de soirée je suis sur mon canapé pour profiter des derniers rayons quand mon voisin me propose de venir manger les grillades avec eux. Cela me surprend tellement, que j’arrive juste balbutier oui merci, j’apporte le vin.

Là aussi c’est à l’improviste, j’ai juste le temps de me changer et aller chercher une bouteille de vin à la cave, pas le temps d’angoisser, surtout qu’ils ont un enfant de dix-huit mois et elle est enceinte…

La soirée se passe bien, je peux profiter de boire du vin, un vin que j’aime, cela faisait si longtemps que je n’avais pas bu de vin. Je ne bois pas beaucoup, entre un et deux décilitres, mais très vite je sens la tête tourner, malgré que j’ai pris un petit-déjeuner avant d’aller tondre, j’ai mangé à midi et ce soir aussi je mange; je n’ai plus l’habitude de boire, j’ai beaucoup maigri. Je me sens gênée au moment de débarrasser la table de devoir la laisser faire seule, je sens que je suis incapable de tenir sur mes jambes!

On parle de mes maladies, ils n’étaient pas au courant que j’ai passé trois mois en clinique. Ces dernières années j’étais tellement absente que les gens ne remarquent plus si je suis là un peu, en permanence ou pas du tout. En plus seule je ne fais pas de bruit, excepté quand je passe la tondeuse à gazon. Je préfère dire ce que j’ai moi-même, plutôt que cela se dise en téléphone arabe, je ne le dis pas pour qu’on me plaigne, ressentir la pitié, mais pour que les gens sachent que c’est normal pour moi d’être seule, il n’y a pas vraiment de raison à part la maladie. Et surtout que certaines périodes où je ne suis pas bien du tout j’évite le plus possible de devoir croiser les gens.

Comme je m’y attendais en acceptant l’invitation du soir, cela ferait trop pour la journée et je ne serai pas bien le lendemain. Mais j’ai quand même accepté, c’est si rare que quelqu’un pense à moi, et vu qu’ils n’étaient pas au courant de mes maladies, ce n’était pas par pitié.

Le samedi matin je ne suis pas bien du tout quand mon chat vient me réveiller, même si je n’ai pas beaucoup mangé aux repas c’était trop par rapport à ce que je mange habituellement, même que j’ai bu peu d’alcool c’est comme si j’avais bu la bouteille entière à moi toute seule tellement j’ai perdu l’habitude du vin; cela ne fait rien, j’ai eu une journée si inhabituelle, ce matin l’été est déjà fini on se croirait en novembre, il n’y a rien à faire, je peux rester couchée presque toute la journée. Et pour une fois je ne suis pas très bien physiquement, cela change de la tête…

J’angoisse de plus en plus pour mardi prochain, je suis invitée à l’apéritif de départ d’un collègue. Quand j’ai reçu l’invitation il y a plus d’un mois j’ai accepté, me disant que d’ici là j’irai beaucoup mieux. Je prévoyais d’aller chez le coiffeur le matin, vu qu’il est près de mon travail, ensuite aller au bureau pour mettre à jour mon ordinateur, manger avec mes collègues, et rester au bureau l’après-midi en attendant l’apéritif de départ. Je me disais que ça ferait un bon test pour voir comment cela se passe au bureau.

Maintenant je me rends compte que je ne suis pas si prête que ça… pour l’instant je n’ai pas dépassé quinze kilomètres de conduite sur autoroute, pour le travail ça fait une trentaine par trajet… je ne me vois pas être au bureau l’après-midi, plus être avec plein de monde à l’apéritif. Je ne sais pas ce que je vais faire, j’en suis certainement capable… mais quand je sais les choses à l’avance j’angoisse, j’ai peur et je regrette d’avoir dit oui.

Depuis cette semaine j’arrive à nouveau lire, enfin lire est un bien grand mot. En faisant les courses il y avait un seul roman dans le minuscule rayon livres, perdu au milieu des livres de cuisine ou pour enfants. Je lis le résumé, il me semble que c’est un livre qui devrait me plaire. Dès le début je le trouve bien, avant je l’aurais lu en deux jours, voire un jour en ne travaillant pas… là j’arrive lire trois-quatre pages, après quelques heures je peux relire à nouveau un peu.

Par contre c’est une histoire un peu triste, on verra comment elle se termine. Cela me fait penser aux quelques livres que je lisais en permanence enfant, les livres dont les héros sont des enfants malheureux, maltraités, livres que je lisais pour me sentir moins seule dans ma souffrance.

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Samedi 5 mai 2012

Grande déprime ce soir… questions existentielles… pleurs…

Cette semaine j’ai  acheté plein de choses, mais ce n’est qu’un leurre. À quoi ça sert d’avoir encore ne table et des chaises pour manger au soleil couchant s’il n’y a personne avec qui partager le repas? À quoi ça sert d’avoir un canapé d’extérieur à deux places pour y être toujours seule?

Ce matin ça va, je fais des courses, j’achète même de quoi me faire à manger facilement: de la salade déjà lavée et coupée, du poisson et de la viande qu’il suffit de mettre quelques minutes dans une poêle, du pain complet, fromage, œufs durs viande séchée pour faire des sandwichs riches en protéines et hydrate de carbone, des fruits et légumes verts pour faire des smoothies verts.

L’après-midi je continue à arracher la mauvaise herbe au jardin, ce grand jardin qui recommence à prendre forme. Mais à quoi ça sert d’avoir un grand jardin s’il n’y a jamais personne qui en profite, à part mon chat?

Ce soir j’ai un peu faim, comme d’habitude je n’ai pas mangé grand-chose, mais ne trouve même plus la force de mettre la salade sur une assiette, mettre un peu de sauce toute prête, chauffer une poêle pour griller la viande. D’ailleurs pourquoi manger? Pourquoi faire attention à une alimentation équilibrée si ce n’est que pour être accompagnée de la solitude?

Je n’ai toujours pas de thérapie, apparemment tous les psychologues spécialisés en borderline ne prennent pas de nouveaux patients, ou sont situés trop loin, ce sera ingérable avec  le travail. J’ai déjà tant de fois raconté mon histoire au personnel médical que j’en suis fatiguée, je ne veux pas faire quelques séances et devoir arrêter car ce sera incompatible avec le travail. Ils disent que c’est une longue thérapie, je ne veux pas recommencer et recommencer au début, avant qu’un résultat soit visible.

Je fais mon repassage, je commence à installer l’imprimante, mais rien n’y fait. Toujours ces pensées qui tournent et tournent dans ma tête, et ces larmes qui coulent sur mes joues.

Et pourquoi faire des efforts? Suivre des thérapies?

Le matériel que j’achète ne change rien à ma solitude, l’amour que je n’ai jamais reçu ne peut pas apparaître soudainement, je ne peux pas revenir à la naissance, tout le mal qui m’a été fait et qui m’est encore fait ne peut pas être oublié en un clic, et l’enfant que je n’ai pas eu? Mes chances sont si fables selon ce que me dit la clinique à l’étranger, est-ce que cela vaut vraiment la peine d’essayer pour essuyer un échec de plus dans ma vie?

Pourquoi vivre encore?  Des années que je reviens toujours à cette question, que je repousse pour un faible espoir que la roue tourne. Mais elle continue de tourner inlassablement  dans le même sens, se concentrant sur le centre de la spirale où tout le mal est là.

Je ne veux pas revoir un nouvel automne, un nouvel hiver en étant toujours aussi mal. J’ai toujours pensé que je ne vivrais pas jusqu’à quarante-cinq ans. Il ne me reste plus qu’une chose à faire pendant ces quelques semaines qu’il me reste à la maison: finir de mettre de l’ordre dans mes affaires, je n’arriverai pas faire la séparation de la hoirie, mon ex-ami continue à e mentir ou m’ignorer, par contre il me doit toujours l’argent prêté.

Bientôt les larmes arrêteront de couler le long de mon visage…

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Vendredi 4 mai 2012

Crise d’angoisses en ce moment, je reviens de la maternité… La femme de mon cousin a accouché cette nuit, elle est toujours gentille et compréhensive avec moi, prend de mes nouvelles, comprend très bien que je ne veux pas voir ses enfants quand je ne suis pas bien et s’arrange pour me rencontrer sans leur présence.

Je ne connais pas les coutumes pour les cadeaux de naissance dans leur religion, pour le premier ils avaient une petite liste de naissance, ce qui se comprend car il y a tant de choses à acheter, mais je me rappelle avoir été choquée qu’elle a reçu des paquets de couche-culotte au lieu de fleurs!

Je sais qu’elle aime bien recevoir des fleurs et n’en reçois presque pas,  est-ce considéré comme trop futile? En sortant de  chez mon psy je passe à la jardinerie chercher un bouquet, En plus elle a les mêmes goûts que moi, c’est facile de faire composer un bouquet qui lui plaît.

J’ai préféré aller directement aujourd’hui le premier jour, car je sais que peu de monde vont le premier jour, et demain c’est le week-end, je risque de rencontrer trop de monde. Je me sens plus à l’aise d’aller ainsi tout de suite un peu sur un coup de tête que ruminer quand sera le meilleur moment. En effet elle est très contente de recevoir des fleurs,  le premier bouquet!

Pour aller à l’hôpital qui est à moins de dix kilomètres de chez moi je suis bien. Dès que je sors de l’hôpital tout de suite je sens les angoisses arriver. Je reste un moment assise, bois de l’eau, respire profondément et arrive rentrer sans problèmes. C’est une étape hyper difficile dans mon état psychologique actuel, aller à la maternité de l’hôpital où je refuse d’être hospitalisée, voir un bébé qui vient de naître, je n’ai pas été capable de le toucher, suis restée une quinzaine de minutes. Mais j’ai réussi à la faire seule. Bien sûr je ne l’aurais fait pour personne d’autre. Ma cousine qui a accouché juste avant Noël, n’ayant pas son adresse j’ai envoyé le cadeau à ma tante…

Encore une semaine qui passe vite, et sous le signe des achats compulsifs. Cela m’arrive fréquemment et je culpabilisais ensuite, surtout que j’achetais des choses inutiles, que je n’ai jamais utilisées ou mises…. Depuis que je sais que je suis borderline, que les achats compulsifs font partie des symptômes de cette maladie, je ne culpabilise plus. J’arrive même me raisonner en me disant que je n’en ai pas besoin, que c’est trop cher pour ce que c’est.

Par contre cela ne ma pas empêchée de faire un grand trou dans ma carte de crédit!

Lundi matin je prends la voiture pour aller dans une grande zone commerciale, environ quinze kilomètres de chez moi, je choisis la route principale plutôt que l’autoroute, je ne me sens pas très à l’aise de conduire une si « grande » distance…. J’achète l’imprimante que j’ai vraiment besoin et pars faire un tour dans le magasin d’ameublement, un magasin très connu chez nous, ils font des meubles qui durent la vie et sont bien sûr connus pour être chers… J’avais vu un petit canapé extérieur sympa  sur leur catalogue, depuis un moment je voulais mettre un canapé extérieur, mais ce n’est pas une priorité ou nécessité absolue… Je le commande!

Une amie me propose de m’accompagner au centre commercial pour m’acheter des habits, ayant perdu quatre tailles, je n’ai plus grand-chose qui me va! Les centres commerciaux sont horribles quand on est dans cet état psychiatrique, après chaque hospitalisation cela a été le dernier endroit où j’arrivais remettre les pieds.

On y va mercredi matin, le matin il y a toujours moins de monde. Je conduis, c’est aussi à une quinzaine de kilomètres, n’étant pas seule j’ose prendre l’autoroute, la première fois depuis trois mois! Cela se passe bien, je me sens capable de la reprendre seule pour un petit bout, mais pas encore de m’aventurer un peu plus loin… Dans le centre commercial pas de problèmes non plus, mais là je ne me sens pas encore capable d’y aller seule.

Au magasin de vêtements je peux faire mes achats compulsifs… Il y a un rayon avec que des minirobes très jolies,  pour dix à vingt francs, probablement les restes des soldes de l’année dernière.

J’adore porter des minirobes et minijupes, mais ne le faisais plus depuis des années à part dans mon jardin, à cause de ma grande taille augmentant. Maintenant je peux à nouveau! Dans mon armoire j’ai retrouvé deux mini jupes que j’avais achetées lors d’un voyage il y a vingt ans et qui me vont parfaitement maintenant!

En plus c’est si agréable de prendre une robe dans le rayon, l’essayer et qu’elle va! Dans ce magasin d’habits je ne trouvais plus rien… Dans le pays où j’achetais mes habits ces dernières années, je n’avais pas de problèmes ils ont des tailles plus grandes en standard.

Du coup j’achète huit robes… deux jupes et un chemisier…

Je pense que maintenant que je sais la raison de ces achats compulsifs, je n’aurais jamais acheté huit robes au prix normal, là je me suis lâchée car c’est vraiment l’occasion de rêve!

Depuis quelques années j’ai un projet de mettre une paroi en bois au bout de la grande terrasse pour me protéger du vent du nord et bien profiter de la chaleur du soleil. Avec toutes mes absences je ne m’en étais jamais occupée.

Jeudi je pars au magasin de bricolage pour voir ce que je trouve. Depuis cette année il y a des  nouvelles parois avec une plaque en ciment au milieu, ça fait un joli effet. Bien sûr c’est ce qui me plaît, et coûte trois fois le prix d’une paroi standard en bois! Je passe commande… Je prends en plus un store horizontal pour me couper du vent quand je suis sur la terrasse du salon, aussi sur ma longue liste depuis des années…

Aussi depuis plusieurs années j’ai envie de d’une table et chaises en métal, d’une marque connue pour être très résistante, d’un style ancien et romantique. Chaque fois que je vais au garden center je vois ces chaises des couleurs qui me plaisent, soldées à trente pourcent moins cher. Chaque fois j’hésite et me dis que je n’en ai pas vraiment besoin, même aux soldes c’est quand même cher, ces modèles se font depuis des décennies je peux encore attendre. Surtout que j’ai largement assez de tables et chaises pour moi toute seule!

Aujourd’hui en sortant de chez mon psychiatre je passe au garden center pour acheter le bouquet de fleurs pour la femme de mon cousin, cette fois c’est trop de les voir me narguant dans l’herbe à côté du parking… je  vais directement à l’accueil et demande qu’ils appellent un vendeur!

Résultat je repars avec le bouquet de fleurs, mais aussi quatre chaises dans le coffre et la table en commande!

Maintenant il faut que j’arrête… j’ai beaucoup  acheté ou commandé en un coup ce qui est sur ma liste depuis quelques années, je n’ose pas regarder mon décompte de carte de crédit… en plus il y a encore bien des choses sur ma liste…

Le pire est que je suis un peu excitée sur le moment, mais cela ne me fait même pas plaisir, je n’arrive pas encore ressentir des émotions positives. C’est un peu comme une coche dans une case de la liste des tâches.

Ce soir mon concierge arrive avec le canapé extérieur et me fixe une barrière dans le jardin (la barrière est un reste de quand j’avais fait mettre une barrière devant les horribles thuyas… j’ai juste acheté les deux poteaux!).

Là maintenant je me sens un peu bizarre, le calmant fait effet, les angoisses ont donc  passé, j’ai trois nouvelles choses installées dans le jardin aujourd’hui, je suis consciente d’avoir fait des progrès cette semaine dans le sens « vie normale », surtout l’épreuve maternité ce soir… Mais je sais aussi que tous ces achats compulsifs sont un signe que je suis encore loin de la guérison, même si je suis arrivée me raisonner un peu.

Et surtout, je ne sais pas du tout si je vais pouvoir réaliser le seul but de ma vie: avoir un enfant.

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Dimanche 30 avril 2012

La semaine a passé si vite, et je suis si fatiguée le soir, pas le courage d’écrire….

Lundi je vais au salon de massage à côté de chez moi pour un massage de Breuss.  Je ne sais pas vraiment de quoi il s’agit, mais ils disent que cela a une influence sur le psychique, au point où j’en suis autant tout essayer.

Dès qu’elles posent ses mains en bas et en haut de la colonne vertébrale je ressens une faible douleur au niveau du sacrum, l’impression qu’il bouge. Ensuite la douleur diffuse transversalement. Elle me dit que c’est le premier chakra, comme j’ai aussi la formation du massage aux pierres chaudes et encore tout le matériel, elle me dit de mettre une pierre chaude sur le sacrum, et une froide juste en-dessus.

De retour à la maison je cherche plus sur le premier chakra, j’ai beaucoup oublié en ne pratiquant plus, et avec mes pertes de mémoire actuelles heureusement qu’il y a internet. Comme par hasard il influence le gros intestin…

J’enregistre une méditation pour le premier chakra, m’installe dans mon lit avec les deux pierres et écoute la méditation. Je sens gargouiller dans mes intestins, cela fait si longtemps que je n’ai pas ressenti ça, en fait depuis le trente janvier…. Dès le lendemain mes intestins se débloquent.

Je reçois la copie du rapport d’hospitalisation que j’avais demandé, c’est intéressant de voir comment on est perçu du point de vue médical:

Diagnostic selon CIM-10 : Principal Personnalité émotionnellement labile, type borderline F60.31. – Comorbidités Trouble dépressif récurrent, épisode actuel sévère, sans symptômes psychotiques F33.2

Status psychiatrique à l’admission: Patiente anxieuse, collaborante, soignée. Elle est orientée aux deux modes. On note une tristesse, une anhédonie, des troubles du sommeil importants et de l’appétit. Il y a des difficultés de concentration, une apathie, une aboulie, ainsi que des idées suicidaires scénarisées. Le discours est cohérent dans le contenu et la forme, habité par de très nombreuses ruminations morbides. Il n’y a pas d’élément hallucinatoire.

Les facteurs de stress se sont accumulés. Au projet d’insémination dans une clinique à l’étranger pour avoir un enfant, s’est ajoutée la reprise de contact avec son ancien ami qui est dans une relation très ambigüe avec la patiente. On note également une surcharge professionnelle importante. Dans ce contexte, la patiente présente une majoration de l’anxiété avec une réémergence importante d’idées suicidaires et demande son hospitalisation.

Le cadre rassurant et structurant de la clinique ainsi que la présence d’une équipe soignante à ses côtés, a permis à la patiente de ressentir très lentement un amendement de ses symptômes anxieux et de ses idées suicidaires. Elle a pu alors prendre distance avec la relation toxique avec son ex-ami

Durant cette hospitalisation, la patiente a également pris conscience du diagnostic principal dont elle souffre à savoir une personnalité émotionnellement labile type borderline. Elle a activement travaillé ceci dans les séances psychothérapeutiques avec le psychiatre et avec le psychologue.

Je relis ce rapport plusieurs fois, fais de recherches sur internet. J’avais eu de la peine à accepter il y a quelques mois le diagnostic borderline, lire ce rapport confirme ce que je vis depuis toujours. Maintenant je sais pourquoi je n’arrive jamais ressentir de la joie, une émotion positive. Pourquoi je fais des projets, de petits projets pour le week-end comme aller voir une expo, et que je ne fais jamais.

Depuis ma dernière séance chez mon ami thérapeute, je n’arrivais pas compléter l’arbre généalogique et commencer les lettres de deuils. Jeudi soir enfin je trouve la force de finir l’arbre généalogique et d’écrire la première lettre de deuil. Je ressens une impression bizarre, que je n’arrive pas définir. Vendredi  avec le retour du soleil je peux brûler la lettre, il y a un endroit dans le jardin où j’aime bien être et je ne voulais pas le faire dans le froid ou sous la pluie, j’ai besoin de soleil pour ça. C’est étrange la partie non écrite de la page de papier brûle assez bien; par contre la zone de texte je dois rallumer plusieurs fois pour qu’elle brûle, même le dernier centimètre carré!

Jeudi après onze semaines d’absence je reçois le premier téléphone de mon grand chef pour prendre des nouvelles…

Vendredi matin, comme tous les matins je travaille pendant une à deux heures, pour ne pas me sentir envahie quand je retournerai au travail, et surtout pour voir si mon niveau de concentration augmente. De ce côté-là guère d’amélioration, j’arrive faire des petites tâches, mais me lancer dans un dossier plus important ne m’est pas possible. Ce matin là je fais une tâche un peu plus longue, cela m’épuise complètement.

À midi je retrouve ma cheffe dans la ville voisine pour manger ensemble, c’est un moment sympa, on mange en terrasse. Elle me soutient beaucoup au niveau du travail.

Encore brûler la lettre l’après-midi et je suis complètement épuisée, je me couche vers vingt heures…

Samedi j’arrive aller faire des courses, ma semaine de cure est terminée, il va falloir que je commence à me faire à manger, d’autant plus que je suis un peu plus active et je vois souvent les étoiles… J’achète des fruits et des légumes verts pour faire des smoothies verts. Cela fera déjà un repas vite fait, juste à passer au mixer… Par contre il faudra que je trouve la force pour préparer un repas équilibré par jour, là ce n’est pas encore gagné.

L’après-midi avec le retour du soleil je remets les pieds dans le jardin, je plante deux carreaux de pommes-de-terre.

Ensuite je vais un moment chez ma voisine qui s’occupe de mon chat, je reste plus de deux heures, soudain je n’en peu plus je me sens si fatiguée.

Aller dans un magasin me demande beaucoup d’énergie émotionnelle, le jardinage de l’énergie physique, et en plus discuter avec quelqu’un deux heures cela m’épuise. Ce n’est pas encore demain que je reprendrais une vie sociale. À nouveau je me couche tôt, vers vingt-et-une heure.

Dimanche matin je vais au cours d’aquagym habituel, puis pars au garden center. Je suis en crise d’achats compulsifs… je dois me retenir plein de fois,  j’y reste plus de deux heures, je crois que je n’ai jamais eu un caddie aussi rempli… Principalement des fleurs pour les jardinières, et des choses dont j’avais besoin. Si j’avais pu j’aurais dévalisé le magasin.

En rentrant je plante le troisième carreau de pommes-de-terre, et rempote les plantes pour décorer les trois tables dehors. J’espère que le beau continuera, avec tout ce que j’ai acheté j’aurai besoin de la semaine pour tout planter ou semer… à quoi s’ajoute le désherbage, le jardin redevient une jungle!

Ce soir je me sens fatiguée, mais pas épuisée, ce qui m’épuise le plus est de discuter, la vie sociale…

Une fois de plus je réalise que cela prendra beaucoup de temps, pour me remettre de cette dépression sévère, je me sens si fragilisée. Ensuite et en parallèle il y a le traitement pour les troubles borderline.

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Samedi 21 avril 2012

Ma marraine m’en dit plus sur les cas de dépressions et suicides du côté de mon grand-père maternel.

Les grands-parents de mon grand-père maternel travaillent comme employés de maison dans la capitale d’un pays voisin. On a toujours cru qu’ils n’ont qu’un fils unique, le père de mon grand-père, mais la sœur de mon grand-père découvre dans une bible qu’ils ont deux autres enfants: un meurt peu après la naissance, l’autre vers l’âge de deux-trois ans.

Ils reviennent au pays, semble t’il suite à l’héritage d’une maison, qui est ou deviendra le café du village au rez-de-chaussée et habitation en-dessus. La grand-mère de mon grand-père meurt d’un cancer du sein, son mari n’arrive pas à se remettre du décès et a aussi des problèmes financiers. Il se suicide par pendaison dans la grange alors que le père de mon grand-père n’a pas encore atteint sa majorité.

La sœur aînée de mon grand-père fait une dépression avec hospitalisation suite au décès de son mari.

Un fils de la sœur aînée de mon grand-père, un cousin germain de ma mère, se suicide aussi par pendaison dans la grange. Je m’en rappelle, je pense que j’ai un peu moins de trente ans quand il se suicide. Il a des problèmes au cœur, est opéré une première fois jeune adulte, et une deuxième je pense peu d’années avant le suicide. Les deux fois il réagit mal à l’opération, on ne sait pas si c’est l’anesthésie, les médicaments, et fait des dépressions. La deuxième fois la dépression le fait plonger bien bas, il gère de moins en moins la ferme, écrit des lettres aux autorités pour se plaindre un peu de tout, et finalement met fin à ses jours.

L’autre cas que je connais est la tentative de suicide par médicaments de ma mère vers vingt ans suite à un chagrin d’amour.

On ne sait pas si il y a d’autres cas, mais à part mon arrière-grand-père qui est mort jeune dans un accident de moto, renversé par un conducteur de voiture ivre, ça fait quand même des dépressions et ou suicides à chaque génération….

Déjà trois journées entières à la maison à regarder la pluie tomber. Si au moins le soleil revenait que je puisse aller au jardin. Je vais au centre de santé, arrive à peine bouger à cause des courbatures, les cours de gym en clinique ou en fitness ne sont pas de la même intensité.

J’arrive faire de petites choses pour m’occuper, comme ranger un tiroir, détartrer la machine à café, mais passe une grande partie de mon temps sur mon canapé, mon ordinateur sur les genoux et fixant le vide…

Ma mémoire ne revient pas, combien de fois je vais pour faire quelque chose et oublie en route ce que je veux faire… Côté concentration ce n’est pas mieux.

Au moins je n’ai pas fait de crises d’angoisses, juste pleuré un peu. Il faut dire que je ne vois personnel et n’ai presque aucun contact avec l’extérieur, cela limite les risques.

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Jeudi 19 avril 2012

Voilà depuis hier en fin d’après-midi je suis de retour à la maison…

Je n’arrive pas définir ce que je ressens, il y a de la tristesse, de la peur. Surtout qu’est-ce que je vais devenir? L’avenir me fait tellement peur, il y a tant de choses à faire.

Comme dit mon psy la priorité est de stabiliser mon humeur, qu’elle ne fluctue pas en permanence, que le moindre fait me fasse plonger immédiatement dans les angoisses. Ça je le sais, par contre je ne sais pas comment arriver à ce résultat? Visiblement ce n’est pas par les médicaments, malgré la prise de deux antidépresseurs rien ne change, il n’y a que les anxiolytiques qui m’aident… une fois que la crise est déclarée.

Comment vont-ils faire par psychothérapie pour stabiliser l’humeur? Je vois mon psychiatre, j’ai le nom d’une autre psychiatre qui fait de l’hypnose, j’attends le nom d’un psychologue, je vois mon ami thérapeute en biogénéalogie, j’ai pris rendez-vous au salon de massage à côté de chez moi, il semble qu’elle fait un massage qui peut influencer le psychique.

Est-ce que ça va fonctionner? Qu’est-ce que cela va impliquer? La guérison me fait si peur… Si je me casse un bras, je serais plâtrée quelques semaines et serais guérie, je peux comprendre cette guérison car je connais comment c’était avant.

Mais dans mes maladies psychiatriques, je ne sais pas comment c’était avant, cela fait si longtemps qu’elles m’accompagnent, je n’ai pas de souvenir d’avant. Et avant j’étais enfant, on voit les choses très différemment ou on ne s’en souvient pas.

Le personnel médical me dit que j’ai beaucoup évolué en ces dix semaines, que je suis déjà bien différente, moi je ne vois pas ces changements. Oui je remarque que je ne pleure plus tout le temps, que j’ai moins d’angoisses car j’étais en milieu protégé, mais cela n’empêche pas de pleurer le soir, d’avoir des angoisses pour des faits anodins, là aussi c’était moins fréquent car protégée en clinique.

Mon amie me dit aussi que je vais mieux, elle le ressent en lisant mes écrits, moi j’ai l’impression que rien n’a changé dans ce que j’écris depuis plus de quatre ans, que du négatif.

Un ami de longue date, qui a été aussi mon chef pendant une période et qui a quitté l’entreprise, me contacte régulièrement sur le réseau social pour discuter un moment, me soutenir. Cela ne doit pas être facile pour lui, je suis tellement négative, il y a toujours un nouveau point négatif qui s’ajoute, comme maintenant la peur d’une éventuelle guérison.

Je ne me sens pas capable de conduire plus que quelques minutes, je prends les petites routes, n’ose pas m’aventurer sur l’autoroute, même la route principale me fait peur, je la prends le minimum possible quand je n’ai pas d’autres alternatives. Je n’ose pas aller dans les centres commerciaux car j’ai peur d’avoir une crise d’angoisses. Je ne suis plus capable de cuisiner, j’ai tant de choses à faire à la maison que je pourrais m’occuper, du moins un moment, mais je ne trouve pas la force.

À midi je vais au cours de renforcement général, c’est le même genre de cours et d’exercices qu’à la clinique, mais un peu plus longtemps et plus intensif. Je ne suis pas très motivée, je dois prendre beaucoup sur moi pour y aller.

Bien sûr j’ai plusieurs fois la tête qui tourne… j’ai réchauffé quelques pâtes qu’il me restait de dimanche et les ai mangées un peu avant le cours, je n’ai rien mangé depuis le repas de midi hier à la clinique… Je ne les ai pas mangées car j’avais faim, mais parce que je devais conduire et sais que j’ai besoin d’un peu d’énergie.

Le soir je vais au cours d’aquagym, là j’ai un peu plus de motivation, je sens encore mes muscles depuis le cours de midi, l’eau enlève ces tensions, et surtout il y a le sauna après, le seul endroit où je peux trouver un peu de chaleur.

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Mardi 17 avril 2012

Aujourd’hui est mon dernier jour à la clinique, je sors demain après dix semaines, en plus dix jours pour commencer l’année.

Difficile de dire si je suis contente ou pas, prête ou pas. D’un côté je commence à tourner en rond dans la clinique, je n’ai pas grand chose à gérer, je suis en sécurité « mise à l’abri » comme dit mon psychiatre, et je ne peux pas passer ma vie ici, il faut bien sortir un jour. De l’autre côté je vais me retrouver chez moi, avec mon chat, le jardin si la météo s’améliore, mais aussi toute la solitude, personne à qui parler. Manger face au mur ou recroquevillée sur mon canapé, pleurer quand le vide en moi prend le dessus, prendre les cachets pour dormir et faire passer le temps.

Pour l’instant il n’y a pas de programme de thérapie, mon psychiatre m’a dit qu’on allait mettre ça en route. J’ai juste la thérapie avec  mon ami thérapeute paramédical qui est déjà en place.

Je ne sais pas quand je recommencerai le travail, pour l’instant je ne me sens vraiment pas prête à y retourner… Cette fois je dois apprendre à ne pas sauter les étapes, même que je n’ai aucune idée de ce que va devenir ma vie, qu’est-ce sera ma vie quand j’irai mieux. Je ne sais tout simplement pas ce que veut dire aller mieux. La souffrance, la solitude et le vide sont avec moi depuis presque quarante-cinq ans….

Le matin je suis chez mon ami thérapeute, nous parlons de mon arbre généalogique. En le regardant il ne comprend plus rien, avec des mêmes noms des deux côtés, le nom que je ne devrais pas porter… C’est vrai que du côté paternel ce n’est pas simple à comprendre, pour moi c’est ok, jamais rien ne m’a été caché, même si ce n’était pas si convenable. Du côté maternel c’est simple point de vue généalogie, par contre tous les squelettes dans le placard, que certains je sais depuis enfant grâce à la voisine, d’autres que je ne sais que depuis quatre ans, après ma sortie de première hospitalisation.

La mère de mon grand-père paternel est orpheline jeune, bien sûr à dix-huit ans pendant la première guerre mondiale elle se retrouve mariée. Il y a plusieurs versions de sa séparation d’avec son mari, celle que je retiens d’elle est « il m’a mise dehors pour mes bonnes qualités ménagères! », elle le dit sur un ton ironique car elle vit dans un bordel et une saleté qu’il faut avoir vu une fois! Ma mère ne veut pas que mon père m’emmène la trouver, mais mon grand-père m’y emmène car ma mère n’ose rien lui dire. Mon horreur de faire le ménage doit venir de mon arrière-grand-mère….

Elle déménage dans une autre ville à une centaine de kilomètres, il me semble que c’est avec son mari, puis les procédures de divorce commencent. Entre temps elle rencontre mon arrière-grand-père et mon grand-père naît. Mais il naît avant la fin de la période de neuf mois que le divorce a été prononcé, et son père  fait tant la fête pour sa naissance pendant plusieurs jours qu’il oublie de le déclarer à l’état civil. Mon grand-père prend donc le nom de l’ex-mari de sa mère… Son frère naît l’année suivante, toujours hors mariage mais porte le nom de son père. Mes arrière-grands-parents se marient et les deux derniers garçons naissent « officiellement ».

Entre temps c’est la crise, comme ils sont pauvres la commune où ils habitent les renvoient dans leur commune d’origine, soit celle de mon arrière-grand-père. A part un des garçons, ils restent tous dans cette commune, qui est dans le même endroit où je passe mon enfance.

Il semble que mon grand-père a le nom de son père, probablement depuis le mariage de ses parents. Toujours pour des questions d’entretien des pauvres de la bourgeoisie, la commune découvre que mon grand-père est né avant la fin de la période de neuf mois après le divorce de sa mère, et le font changer de nom pour qu’une autre commune paye pour lui. Pendant son enfance il change plusieurs fois de nom: nom de l’ex-mari, nom de jeune fille de sa mère, nom de son père. Un jour le verdict final tombe: son nom est celui de l’ex-mari, duquel nous ne savons rien et n’avons rien à voir avec si ce n’est qu’il fût le premier mari de mon arrière grand-mère; par contre la commune où il habite lui offre la bourgeoisie… ça aurait été trop simple de lui laisser le nom de son père!

Ma grand-mère est enceinte et doit se marier avec le père de l’enfant. Son mari la quitte quand ma tante a quelques mois. Il part habiter de l’autre côté de la frontière, la deuxième guerre mondiale arrive, il est considéré comme déserteur par notre pays, et ne peut pas être engagé dans l’armée de l’autre pays. Il meurt peu après la guerre tué par une mine en déminant un champ. Peu de temps avant que ma tante puisse le connaître. Ma tante apprend une quarantaine d’années plus tard qu’elle a un demi-frère et une demi-sœur.

Le nom de ma grand-mère et de son premier mari sont le même; c’est très fréquent dans cette vallée où il y a peu de brassage de population. Probablement qu’en remontant l’arbre généalogique il y a plusieurs cas ainsi, ou avec un autre nom très commun dans la région.

Ensuite ma grand-mère se marie avec mon grand-père, mon père naît, puis une fille qui meurt à la naissance et finalement mon parrain.

Du côté de ma mère il n’y a pas d’histoires ainsi, du moins pas à ma connaissance. Par contre le nom de jeune fille de ma mère et le même que celui de mon arrière-grand-père paternel. Ma famille maternelle vit dans une autre région que ma famille paternelle, ils ont le même nom mais ne sont pas originaires de la même commune, bon celle d’à côté…

Mon thérapeute me dit qu’il y a beaucoup de consanguinité entre ma grand-mère qui vient d’une famille où des mêmes noms sont portés par les deux conjoints, et le fait que ma famille maternelle a le nom que mon grand-père devrait avoir, par conséquence moi aussi.

Je ne vois pas tant de consanguinité, en grandissant dans cette région j’ai toujours vu des familles dont les deux conjoints ont le même nom.

En plus je n’ai pas d’identité en portant un nom qui n’est pas celui des gènes. Il me dit qu’une des priorités est de rétablir mon identité.

Ma famille maternelle c’est les choses cachées. Le grand-père de mon grand-père meurt en se suicidant. Je ne connais pas la raison, presque personne dans la famille ne le sait. Un neveu de mon grand-père se suicide quand j’ai environ trente ans, il y a l’enterrement, mais depuis plus rien ne se dit à ce sujet.

Ma mère tente de se suicider vers vingt ans en avalant des médicaments suite un à chagrin d’amour. Ça aussi je ne le sais que depuis quatre ans.

Du côté de ma grand-mère ce que je sais est que c’est très patriarcal, que le dimanche toute la famille se retrouve chez mon arrière-grand-père, et que rien ne doit en sortir.

Le plus grand secret, qui est en fait un secret de polichinelle et que depuis toute petite j’essaye de percer est ce qui s’est passé avec la sœur aînée de ma mère. La voisine de mes grands-parents qui a une génération de plus qu’eux, est institutrice de formation et aime raconter des histoires m’apprend beaucoup de choses. Bien sûr étant enfant elle me raconte les histoires de ma famille au niveau de mon âge et laissant certaines parties pour plus tard, quand je serai plus grande. En fait l’histoire complète je ne la connais que depuis quatre ans, quand ma marraine m’explique tout. À part si ma marraine l’a dit à ses enfants je suis la seule des petits-enfants à connaître toute l’histoire de notre Ange. C’est aussi de là que découle le comportement de rejet de ma mère à ma naissance…

Quand ma mère a deux ans, sa sœur aînée âgée de quatre ans veut absolument aller rejoindre sa grand-mère et sa tante. Sa mère lui dit de rester avec elle et de ne pas les déranger pendant le jour de lessive. Elle réussit à échapper à la vigilance de sa mère (ma grand-mère) et pars au salon lavoir. À cette période les femmes portent des longues robes, la petite fille arrive au salon lavoir et vient se mettre dans les pans de la robe de sa tante au moment où celle-ci est en train de se tourner, la petite fille est entraînée par la robe et tombe dans la bassine d’eau bouillante. Elle meurt après trois jours. Je sais que mes grands-parents n’en n’ont jamais voulu à la sœur de mon grand-père, qu’ils ont toujours considéré que c’était un accident, mais ma grand-mère n’en parle jamais. Mon grand-père souffre de ne jamais pouvoir en parler avec sa femme, de devoir garder tout ça enfermé: le squelette dans le placard.

Ma grand-mère fait faire une grande photo portrait de sa fille aînée à partir d’une petite photo et l’accroche au mur du salon. Je pose beaucoup de questions mais obtient toujours la même réponse: c’est l’Ange de la famille. Je sais qu’il y a beaucoup plus derrière cet Ange, cela m’obstine, heureusement que la voisine m’explique un peu. Maintenant j’ai une copie de cette photo, elle est sur le mur de la petite chambre donnant sur le salon, je la vois depuis mon canapé, pour moi elle est toujours mon Ange. C’est lors de ma sortie de ma première hospitalisation que ma marraine me donne tous les éléments manquants à cette triste histoire et me procure la photo.

Peu après le décès de l’Ange de la famille ma grand-mère accouche de jumeaux, deux garçons qui meurent à la naissance. C’est une des histoires que la voisine de mes grands-parents me raconte de temps en temps. Mon grand-père fabrique un petit cercueil et les enterre en bas de la vigne au-dessous de la maison. Cette dernière partie c’est ma marraine qui me l’apprend à ma première sortie d’hôpital. Là je comprends pourquoi mon grand-père a toujours un regard différent quand il regarde cette vigne. Toute mon enfance et aussi adulte j’essaye de comprendre pourquoi ce regard différent, qu’est-ce que cette vigne a de particulier? Maintenant je le sais.

Mon thérapeuthe me dit qu’il y a plusieurs deuils à faire, à commencer par mon ange, les jumeaux, ma grand-mère maternelle qui était très importante pour moi, puis mon père et ma mère. Je dois écrire une lettre et faire un rituel pour chacun, en laissant quelques jours entre les rituels pour intégrer ce qui se passe.

Bien sûr je vais le faire, mais fait entrer une nouvelle angoisse en moi: en quoi cela changera ma vie? Qu’est-ce qui se passera ensuite? Toujours cette peur de ce qui va me tomber dessus.

Ces angoisses doivent faire partie des mauvaises informations stockées dans mon cerveau, les règles inversée, passer du plaisir au déplaisir qu’il vient de m’expliquer.

Je reçois un mail de la clinique à l’étranger, ils ont reçu tous les résultats d’examens médicaux qu’ils ont besoin, il ne reste plus que le rapport de mon hospitalisation et de mon psychiatre qu’il n’y a pas de contre indications pour avoir un enfant. Je sais que les chances sont faibles, mais j’ai besoin d’essayer cette ultime possibilité. En cas d’échec, ce qui est le plus probable, je n’ai aucune idée de comment je le gérerai et accepterai, probablement très mal… malgré tout je dois le faire, même si c’est comme résultat de me faire plonger plus bas que je ne l’ai encore jamais été; ce que j’ai appris ces dernières années est qu’il y a toujours pire que le pire.

Ce soir j’ai vraiment l’impression d’avoir ce grand trou béant devant moi, un énorme mur juste derrière, je ne sais pas ce qu’il y a au fond du trou ni derrière le mur.

Après tout ce que j’ai eu comme expériences, mauvaises ou meilleures, que je connais beaucoup de pays et de cultures, je me retrouve dans l’inconnu total.

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Jeudi 12 avril 2012

Réveil vers deux heures du matin en plein cauchemar. En me réveillant je sens que je suis dans l’état où je ne vais pas me rendormir avant le matin. Je n’appelle pas le veilleur, c’est trop tard pour le somnifère, j’ai déjà essayé les anxiolytiques sans succès, il ne reste plus qu’à attendre le matin pour pouvoir redormir deux heures. Puis trouver un moment pour faire une sieste dans la journée.

En début d’après-midi je vois la psychiatre qui remplace mon psychiatre traitant, je lui raconte mon cauchemar « mon ex-ami, toujours à l’étranger, me téléphone pour me dire qu’il n’arrive pas atteindre son fils qui fait un apprentissage dans un garage de l’autre côté de la frontière. Comme je ne suis pas loin je dois aller voir. Je lui dis que c’est la nuit, je ne peux pas sortir de la clinique, que ce n’est pas mon rôle, son fils a aussi une mère, des grands-parents et il y a la police. En plus je ne l’ai vu que deux fois il y a quatre ans, je ne le reconnaîtrais pas. Il me dit que si je veux encore le revoir et qu’il garde la porte ouverte pour une relation quand j’irai mieux je dois aller chercher son fils, autrement je n’aurai plus jamais de nouvelles de lui. Je ne sais pas que faire, de toute façon je sais qu’il n’y aura jamais de relation durable entre nous, et cette fois j’ai compris, que même si je l’aime comme je n’ai jamais aimé et ne pourrai sans doute plus autant aimer, je ne veux plus de relation avec lui. D’un autre côté j’ai peur qu’il soit en train d’arriver quelque chose à son fils que j’aurais pu éviter ». Je me réveille à ce moment là, comme tout rêve ou cauchemar une partie des éléments sont déplacés, ses deux fils font bien un apprentissage, dans notre pays, pas de l’autre côté de la frontière et pas du tout un apprentissage de mécanicien.

La psychiatre me dit que c’est intéressant comme le subconscient arrive poser des limites, alors que dans le conscient j’ai beaucoup de peine. C’est vrai que je n’avais pas pensé à cet aspect. Dans mon conscient je sais que je ne dois plus avoir de relation avec lui, j’attends mon argent en retour, qui me libérera d’un lien. Ça va tant que les communications sont par des chats, éventuellement un court téléphone, mais je n’ai aucune idée comment j’arriverais réagir s’il était physiquement face à moi.

Je remarque que lorsqu’il m’a demandé de lui prêter de l’argent il m’avait fait un chantage du genre, que si je le lui prête il aura du temps libre pour passer une journée avec moi. La journée n’a jamais eu lieu. Dans la journée de hier j’ai eu un contact avec lui car je n’ai toujours pas l’argent.

Après j’enchaîne avec le psychologue. C’est son dernier jour à la clinique, je ne pourrai pas continuer avec lui dans son nouveau cabinet car il est déjà complet pour les deux-trois mois à venir. Il pourrait peut-être trouver une place à la quinzaine, mais rien en intensif à minimum deux fois par semaine. D’ici là j’aurai probablement recommencé le travail, j’habite au milieu entre deux ville, je travaille dans une et lui dans l’autre, ce sera donc difficile de pouvoir aller en consultations.

Il me l’avait dit mardi. Je n’ai même pas été déçue, tellement habituée que ce qui se passe bien dans ma vie a rapidement une fin.

Il me propose de faire un bilan de la situation, vu qu’il part aujourd’hui et moi mercredi prochain. Je lui dis que je vois mes maladies, mon état comme un iceberg:

Il y a le sommet de la partie hors de l’eau, la partie aiguë qui est OK, d’ailleurs après dix semaines je vais pouvoir quitter la clinique.

Il reste toute l’autre partie sous le sommet, mais aussi hors de l’eau, cette partie est encore présente, c’est celle-ci qui peut me refaire basculer et tout partir en vrille au moindre problème, c’est là qu’est logée toute ma fragilité.

Ensuite on a les couches de l’iceberg qui sont immergées sous l’eau:

La première près de la surface est le burn-out, qui normalement se traite, est une des priorités; je dois prendre mon temps pour récupérer, ne pas précipiter mon retour au travail, mais je dois bien travailler et il faudra recommencer dans un avenir à proche-moyen terme. Je songe de plus en plus à chercher un autre travail, je ne peux pas le faire dans les conditions actuelles.

La couche en dessous est l’importante fragilité de la personnalité, je ne sais pas exactement ce que c’est, je pense que c’est une conséquence des autres diagnostiques, ce qui me fait rapidement partir en vrille.

En-dessous la couche Borderline, qui paraît-il se soigne. Il me confirme que oui, et qu’en effet ça prend du temps. Lui au moins me donne une idée de ce que signifie temps… Entre six mois et deux ans, c’est une fourchette large, cela dépend du niveau de borderline qu’on a atteint, de comment on réagit au traitement, de la fréquence des consultations. Bien sûr c’est une moyenne, ce n’est pas plus court, mais peut-être plus long. Cela rejoint ce que je pensais… entre deux et cinq ans. Ce n’est pas trop encourageant, cela signifie arriver à un âge où le mot famille ne fera définitivement plus partie du paysage, et que je n’ai pas fini avec la solitude.

Puis la couche tout au fond, la dysthymie, qui ne se soigne pas et qu’il faut apprendre à vivre avec… Peut-être que s’il ne reste plus que cette couche pour former l’iceberg ce sera plus facile à gérer.

Ensuite il me parle de la maltraitance que j’ai subie dans mon enfance et dans mes relations, pour lui j’ai reçu un mauvais jeu de cartes à la naissance, que beaucoup de choses fonctionnent à l’envers dans mon cerveau, car je n’ai pas reçu la bienveillance et le réconfort dans mon enfance. Il m’explique que quand un enfant joue et que quelque chose se passe mal, il va se faire consoler vers sa mère ou son père, puis retourne jouer, retourne explorer. Dans les cas comme le mien, quand cela se passe mal on n’a personne pour être consolé, on s’isole dans un coin, et surtout on ne retourne pas jouer, explorer.

C’est ce qui se passe encore aujourd’hui, quand quelque chose ne va pas, je me retire, je m’isole, je n’en parle à personne; ce n’est que quand je n’arrive plus rien gérer du tout que j’en parle au personnel médical.

Je lui dis que pour moi savoir que je peux me suicider, mourir, que j’ai toujours cette issue possible est importante. J’essaye d’avoir toujours mon kit suicide pas trop loin, et j’ai aussi d’autres alternatives, que je réévalue régulièrement. L’alternative suicide est ma seule sécurité dans la vie, ou survie.

Il me dit que c’est intéressant que j’utilise le suicide comme apaisement, que le fait de savoir que je peux maîtriser ma mort si cela devient plus du tout acceptable m’apaise, me donne le réconfort que je n’ai jamais connu.

Je suis surprise, il est le premier à ne pas me dire de jeter immédiatement le kit suicide, et de voir du positif dans cette façon de penser…

C’est sûr qu’il va me manquer, je n’arrivais pas faire confiance aux psychologues, avec lui j’ai pu m’exprimer librement, il m’a toujours bien expliqué les schémas. Dommage que cela s’arrête ici. Il me dit qu’il a aussi bien apprécié de travailler avec moi, et que la stagiaire qui l’a suivi pendant trois semaines lui a aussi dit qu’elle aimait bien les séances avec moi.

Maintenant il ne reste plus qu’à attendre lundi que mon psychiatre revienne pour voir comment se déroulera la suite, quelles sont les options thérapeutiques.

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